‹ Manuel des maladies du foie et des voies bilairesChapitre 118 sur 210 · I. — Traitement de la colique hépatique · texte numérisé non relu

I. — Traitement de la colique hépatique

On s'accorde à peu près, à l'heure actuelle, pour reconnaître que le traitement de la colique hépatique doit être exclusivement médical, sauf exceptions rares. Il s'est trouvé cependant un certain nombre de chirurgiens pour proposer l'intervention systématique et immé-

diate dans toutes les formes de lithiase. La thèse soutenue par ces interventionnistes précoces est la suivante : étant données les notions modernes sur l'infection vésiculaire dans la lithiase, il faut opérer de bonne heure, pour empêcher la propagation de l'infection à la totalité des voies biliaires, propagation d'où part tout le danger; il faut aussi opérer de bonne heure, parce que l'opération précoce est bénigne et facile, pas plus grave que celle d'une hernie; l'opération tardive est, au contraire, souvent incomplète ou dangereuse. A ce propos, on s'est plu à comparer la statistique globale des opérations pour lithiase biliaire obtenue par un temporisateur comme Fink, et par des interventionnistes d'emblée comme les frères Mayo ; d'un côté la mortalité est de 14 p. 100, de l'autre de 4,5 p. 100. On compare à ce propos la cholécystite lithiasique et l'appendicite, et on a dit qu'il n'y avait pas de raison pour ne pas intervenir de bonne heure dans l'un comme dans l'autre cas.

Malgré ces arguments, la totalité des médecins et la majorité des chirurgiens — avec Quénu et Kehr — admettent que la colique hépatique n'est pas justiciable du traitement chirurgical.

Donc, en règle générale, la colique hépatique sera traitée médicalement. Toutefois certaines circonstances exceptionnelles, telles que la fréquence extrême des crises, malgré une thérapeutique rationnelle, peuvent justifier l'intervention. A part ces cas, on se limitera aux pratiques médicales.

1° Traitement de la crise de colique. — On peut agir soit par l'application de topiques sur la région du foie, soit au moyen de sédatifs administrés par voie respiratoire, gastrique, rectale ou hypodermique.

A. L'action topique sur la région hépatique peut être réalisée par l'usage du froid : compresses imbibées d'éther, stypages au chlorure de méthyle, pulvérisations au chlorure d'éthyle. Mais l'expérience a montré que les applications chaudes agissent mieux : cataplasmes très chauds arrosés de laudanum, serviettes trempées dans de l'eau chaude et recouvertes d'un taffetas-chiffon, sacs de caoutchouc remplis d'eau chaude.

Comme topiques, on emploie encore le salicylate de méthyle en badigeonnages, la pommade belladonée, ou des préparations à base d'huile d'amandes douces dans lesquelles on incorpore du gaïacol, du chloroforme ou d'autres anesthésiques.

B. Les médicaments donnés par voie gastrique sont mal tolérés et rejetés au cours des A^omissements. Cependant on peut quelquefois faire absorber, dans une potion, soit du chloroforme, soit de l'éther sulfuriquo ou amylvalérianique.

C. La voie rectale sera utilisée au moyen de suppositoires bel-

LITHIASE BILIAIRE.

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ladonés ou opiacés ot surtout de lavements d'opium et d'analgésine (i).

D. La PIQURE DE MORPHINE est indiquée dans les cas particulièrement intenses ou rebelles. Elle fait cesser immédiatement la crise : c'est donc le traitement idéal ; mais il faut savoir le réserver pour les circonstances où il est indispensable.

2° Traitement de la maladie lithiasique . — La crise de coliques une fois calmée, on doit aussitôt établir une thérapeutique contre la maladie lithiasique.

A. MÉDICATION LiTHOLYTiauE. — La plus en vogue fut le remède de Durante, composé de deux parties d'essence de térébenthine et de trois parties d'éther sulfurique. On a préconisé aussi le chloroforme, le savon térébenthiné, le choléate de soude, le succinate de fer, etc. Tous ces médicaments agis sent in vitro sur les calculs, mais in vivo leur action dissolvante est plus que douteuse. Néanmoins ils ne sont pas inutiles et se comportent en partie comme les médicaments dont nous allons parler.

B. MÉDICATION CHOLAGOGUE. — On utiliscra, pour aider la chasse des calculs, les différents cholagogues connus.

L'huile d'olive doit être ordonnée d'abord à la dose de 50 grammes; puis on augmente rapidement, de façon à faire absorber 150 et 200 grammes par jour. Ce médicament semble agir en exaltant la sécrétion bihaire, comme l'ont montré les expériences de Rosenberg.

La glycérine a été préconisée par Ferrand, et doit être prescrite à la dose de 20 à 30 grammes par jour.

Le salicylate de soudese comporte comme un analgésique et comme un antiseptique bihaire. Il doit être donné à la dose de 2 grammes par jour.

Le benzoale de soude, conseillé par Lépine et Dufour, a les mêmes indications que le sahcylate, et en outre l'avantage de ne pas produire de bourdonnements d'oreille. On peut associer les deux sels.

Le calomel doit être pris à la dose de 5 centigrammes, d'heure en heure,. puis, après la quatrième ou la cinquième dose, toutes les deux heures, jusqu'à l'apparition de selles copieuses, molles, verdâtres. On ne doit jamais dépasser douze prises, et, si elles ne suffisent pas, on leur adjoint une cuillerée à bouche d'huile de ricin.

Il faudrait en outre prescrire, en même temps, des lavages de bouche, car le calomel à aussi hautes doses peut provoquer de la stomatite mercurielle.

(I) Dès le début, de la crise, administrer, selon la formule de Gilbert, un petit lavement contenant de 1 à 4 grammes d'analgôsinc et de X à XL gouttes de laudanum.

Enlin, parmi les cholagogues les plus puissants, il faut encore citer l'extrait de fiel de bœuf, le cholate de soude; le glycocholate de soude, le suc hépatique en extrait glycériné (Cassaët).

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