LES ICTÈRES DES NOUVEAU-NÉS
biliaires eu abondance. La cliolémie, mesurée par Gilbert ol Lereboullet, a donné 1 p. 1000 en moyenne; elle peut atteindre lp.500. '
Les selles restent colorées et il n'y a pas de troubles digestifs. L'état général est bon. Le foie .et la rate paraissent normaux.
G. Terminaison. — L'ictère se termine enfin par une période de déclin qui survient dix à quinze jours après le début; la teinte jaune de la peau fait place, peu à peu, à la teinte rose pâle des nourrissons bien portants. Bien avant ce moment, les urines ont repris leur coloration normale. Quant au sérum, il suit l'évolution de l'ictére cutané. Il ne reste aucune trace de ce léger incident.
Quel est le mécanisme de cet ictère banal du nouveau-né?
Gubler, dès 1857, avait entrevu la vérité, lorsqu'il rattachait cette
maladie au groupe des ictères hémaphéiques, c'est-à-dire à ces ictères spéciaux qui dérivaient pour lui de la mise en liberté de pigments provenant de la destruction globulaire. On trouvera tout ce qui concerne cette question au chapitre des ictères hémolytiques. Nous rap-^ pellerons seulement ici que Moussous et Leuret ont complètement démontré l'origine hémoh^ique de l'ictère du nouveau-né, en mettant en lumière les diverses modifications du sérum et des hématies que nous avons indiquées plus haut.
Dans trois autopsies récentes, Leuret a pleinement confirmé la théorie qu'il soutient depuis plusieurs années, en montrant, d'une part, que le foie de ces malades ne présente pas de lésions dégénératives et que, d'autre part, le foie, les reins, la rate et les capsules surrénales sont bourrés de pigments d'origine sanguine.
On pourrait se demander quelle est la cause de cette hémolyse, et aucune raison très valable n'a pu en être fournie. I^es uns ont invoqué des causes toxiques, comme l'évacuation tardive du méconium ou le chloroforme donné pendant l'accouchement. D'autres, avec Leuret, ont incriminé le refroidissement qui mettrait en liberté des substances hémolysantes, ainsi que cela se produit dans l'hémoglobinurie paroxystique essentielle. D'autres, enfin, ont rapporté cette hémolyse à un phénomène spontané dérivant de la débilité de l'enfant, du fait de la prématurité ou de la longueur du travail ou encore du surmenage de la mère.
2° Ictères par rétention. — A. Étude clinique. — Il s'agit d'ictères par rétention apparaissant peu d'heures après la naissance et augmentant progressivement. Les selles sont décolorées, les urines renferment des pigments biliaires. L'enfant vomit et présente des hémorragies diverses.
A l'examen on trouve un gros foie avec vésicule tendue et une grosse rate.
Lo plus communément ces états déterminent la mort soit dans les premières semaines, soit dans les premiers mois ou au moins dans la première année.
Dans un certain nombre de cas ces ictères sont plutôt précoces que congénitaux. Ils apparaissent seulement quelques semaines après la naissance et se terminent vite par la mort. Quelquefois, cependant, ils se prolongent, et dans des observations de Kôrte, de Trêves, de Mathieu, on a vu des survies allant jusqu'à quinze et trente ans. Ces sujets ne peuvent d'ailleurs être traités chirurgicalement, car ils résistent fort mal aux opérations et meurent d'hémorragies.
B. Étude anatomique. — A l'autopsie, on trouve : d'une part des lésions consécutives à l'oblitération bihaire, lésions que nous allons étudier, et d'autre part des lésions causales. Les premières sont la distension de tous les canaux et du foie lui-même qui est vert-épinard.
Les secondes consistent très exceptionnellement dans une malformation, une imperforation des voies biliaires, et alors on constate d'autres malformations viscérales ; plus rarement, l'obstacle réside dans un calcul (Bouissou, Portai, Lieutaud, Le Gendre).
La cause la moins rare paraît être l'oblitération des gros canaux extra-hépatiques, et en particulier du cholédoque, par un nodule fibreux, cicatrice d'une gomme hérédo-syphilitique, transformant tout ou partie du canal en un cordon fibreux. Les cas de ce genre ne sont pas exceptionnels, et Thomson, en 1892, en réunissait déjà 50. Plus récemment, en 1905, Rolleston a pu en ajouter 14 nouveaux.
3° Les ictères infectieux du nouveau-né. — A. Forme bénigne. — Elle affecte une allure bénigne, seulement accompagnée par quelques troubles digestifs, un léger état fébrile avec des selles qui peuvent être ou- non décolorées. Le tout disparaît en quelques jours, et la maladie ressemble parfois tout à fait à l'ictère catarrhal de l'adulte. Ces cas d'ictères infectieux légers de l'enfant nouveau-né peuvent avoir une allure épidémique et semblent, en tout cas, sensibles à l'influence saisonnière.
B. Forme fébrile. — Symptômes. — L'enfant présente tous les symptômes d'un ictère franc biliphéique, il est agité et sa température atteint 39 ou 40°. L'ictère prend, dans ces cas, une coloration spéciale à cause de la coloration rouge violacé particulière à cet âge ; il s'accompagne presque toujours d'érythèmes généralisés et de phénomènes gastro-intestinaux caractérisés par de la diarrhée verte et de& vomissements fréquents. La mort en est la terminaison habituelle. La respiration s'accélère, le faciès devient terreux, l'hyperthermie