HÉPATITES [)1''(JÉ!NÉ11ATIVES
Anatomie pathologique. — Le foie amyloïclo est toujours augmenté de volume, pesant d'ordinaire 2 à 3 kilogrammes. Il est le siège d'une hypertrophie régulière, eL ne pi'ésente aucune déformation, si ce n'est à son bord inférieur qui est mousse.
Il est ferme et élastique, avec une coloration et une consistance spéciales qu'expriment très heureusement les expressions anciennes de joie lardacé, foie cireux. II est gris pâle, anémique, luisant. Lorsqu'on examine la surface de coupe à jour frisant, on aperçoit dans le parenchyme, disposée sous forme de grains variant de volume, une substance translucide, mate, analogue à du sagou cuit. Si on la badigeonne avec une solution iodo-iodurée à 1/200, elle prend une couleur acajou. Si ensuite on fait agir l'acide sulfurique étendu à 1/10, la teinte passe au vert et au bleu.
Cette réaction peut se faire §ur les pièces histologiques bien fixées, mais d'ordinaire on utilise pour celles-ci des réactions plus fines. Les coupes sont traitées par le violet de Paris qui colore la matière amyloïde en rose, tandis que le reste du parenchyme est teint en violet foncé. C'est une réaction métachromatique, que donnent aussi d'ailleurs d'autres couleurs d'aniline (vert de méthyle, safranine, vert d'iode, etc.).
L'examen histologique montre que la maladie siège surtout sur les vaisseaux, car les premières lésions s'observent dans la paroi des veines sushépatiques et la membrane des capillaires trabéculaires ; plus tard, elle envahit les artères interlobulaires. Le processus tend à rétrécir ces vaisseaux, et ceci explique qu'on ait peine à injecter les foies amyloïdes. Les travées hépatiques sont atteintes ultérieurement, et l'on trouve à leur niveau les signes de la dégénérescence spéciale. Les premiers observateurs admettaient que la matière amyloïdo était incluse dans les cellules ; aujourd'hui on s'accorde à reconnaître qu'elle est extérieure à elles, et qu'il s'agit d'une infiltration interstitielle.
Rappelons enfin que, comme l'ont indiqué Cornil et Ranvier, Gil-
Fig. 83. — InfillraLioii aniyloïile. — L'amylose est telle qu'il ne reste plus de travées hépatiques. Des fentes T, T, clivent les blocs amyloïdes et marquent seules la place occupée auparavant par ces travées. En C, les capillaires fortement aplatis et doublés des giller-fasern. Le dépôt de matière amyloïde s'est fait entre le capillaii'e et la travée (Géraudel).
bei't et Siu'mont, à côté d'îlots envahis par l'amyloïde, on trouve des zones où les cellules hépatiques sont en pleine dégénérescence graisseuse, ou seulement atrophiées.
Étiologie. — Le foie amyloïde, comme les autres manifestations de Tamylose, s'observe au cours des cachexies chroniques, particulièrement des cachexies avec suppuration.
Les suppurations osseuses (tuberculose, syphilis, ostéomyélites), les suppurations viscérales (broncho-pneumonies, pleurésies purulentes avec empyème), les suppurations cutanées de toute nature, (ulcères tuberculeux, cancéreux ou lépreux), la peuvent déterminer.
Nous admettons que, sous l'influence d'un processus suppuratif chronique, il se forme une albumine hétérogène spéciale qui est transportée par les leucocytes, dans les parenchymes glandulaires oùTelle s'arrête, lésant d'abord les vaisseaux. Ainsi peu à peu les leucocytes vecteurs de la substance albumineuse vont-ils pouvoir envahir et infiltrer vaisseaux et parenchyme.
Étude clinique. — Le foie amyloïde s'observe d'ordinaire chez des sujets très cach ctiques, portant depuis longtemps un foyer de suppuration chronique, et présentant habituellement une pâleur particulière, blême et terreuse.
Chez de tels sujets, l'examen du foie permet de constater une grosse hypertrophie de l'organe, révélée par la percussion et surtout par la palpation. On constate, en outre, que la consistance du pai*enchyme est fort augmentée, que le bord inférieur est mousse et déformé.
D'ordinaire les signes de la maladie amyloïde du foie se réduisent à cela ; elle ne s'accompagne ni de douleur, ni d'ascite, ni de circulation veineuse complémentaire, et si on la reconnaît c'est en se basant d'une part sur la notion étiologique, et d'autre part sur l'existence d'autres manifestations de même nature : la rate est généralement volumineuse ; le rein élimine des urines abondantes, pâles et fortement albumineuses ; et l'atteinte spéciale de l'appareil digestif, donne lieu à des vomissements, ainsi qu'à une diarrhée séreuse, abondante et indolore.
Le diagnostic pourrait se poser avec toutes les cirrhoses hypertrophiques du foie et avec toutes les splénomégalies. Il se fait, comme nous venons de l'indiquer, non pas tant en se basant sur l'existence d'un symptôme donné, que sur les notions étiologiques, et sur la coïncidence des diverses atteintes de l'amylose.
Le pronostic de la dégénérescence amyloïde du foie est sévère. On peut espérer des rémissions, mais rien de plus. Au reste, quand la maladie se manifeste par des signes cliniques, les lésions sont arrivées à un tel degré qu'aucun espoir ne saurait être conservé, d'autant qu'à côté de la lésion hépatique persiste le foyer suppurant et cachectisant
HÉPATITES UIÎGÉNÉHATIVKS.
qui lui a donné naissance. Aussi le malade s'amaigrit de plus en plus, perd ses forces et finalement tombe dans le marasme et meurt. Néanmoins, dans certains cas, si l'on parvient à tarir la suppuration, il peut se faire que l'infiltration amyloïde disparaisse.
Le traitement curatif consistera donc à supprimer, dans la mesure du possible, et avec l'aide du chirurgien, les foyers de suppuration. On instituera aussi le traitement spécifique quand la suppuration est d'origine syphilitique. Dans tous les cas on prescrira l'iodure de potassium. Enfin on soutiendra les forces du malade par l'alimentation, et les toniques.