A. SI LA CAUSE DÉTERMINANTE DES PIGBIENTATIONS HÉPATIQUES
EST PASSAGÈRE, le fer accumulé en excès dans le foie peut êtJe utilisé pour la rénovation des globules rouges.Quincke avait déjà signalé ce fait; les expériences de Lapicque reprises par Castaigne confirment cette opinion.
Si à deux chiens de la même taille, issus de la même portée, on fait le même jour une injection intra-péritonéale de la même quantité de sang, et qu'ensuite on fasse à l'un plusieurs saignées répétées, tandis qu'on laisse l'autre mener sa vie ordinaire, on s'apercevra, en sacrifiant les animaux au bout de trois semaines ou un mois, que celui qui a été saigné à plusieurs reprises ne contient pas de fer en excès dans ses organes, tandis qu'on trouve des pigments ocres dans le foie et la rate de celui qui n'a pas été saigné. Il semble donc bien que les pigments
ocres, déposés dans le foie, puissent être utilisés pour la rénovation du sang des animaux qu'on déglobulise.
B QUAND LA CAUSE QUI BÉTERMINE L ACCUMULATION DU FER HÉPA- TIQUE EST CONTINUE, les cellules hépatiques — dont la teneur en fer est limitée, même quand elles sont à l'état d'hyperhépatie — ont tendance à se débarrasser d'une partie de leurs pigments.
La voie lymphatique constitue par excellence la voie d' élimination du pigment contenu dans le joie. On peut s'en rendre compte en étudiant la richesse en fer des ganglions qui reçoivent les lymphatiques venus du foie. L'expression d'Auscher, disant que ce sont de véritables minerais de fer, est très exacte en même temps que très expressive ; pour n'en citer qu'un exemple, nous signalerons que Lapicque rapporte « que, dans un ganglion, un dosage du fer fut fait sur le tissu desséché à 110° ; le ganglion a laissé ainsi 15 p. 100 de résidu sec qui contenait 9 p. 100 de fer ».
Dans une autre observation du même auteur, la quantité de fer exprimée par rapport à 1 000 grammes de tissu frais était de 18,5 pour les ganglions, alors qu'elle n'était que de 11,3 pour le foie, et 4,2 seulement pour la rate.
Les faits de ce genre — qui sont d'ailleurs la règle — permettent d'affirmer l'existence d'une élimination abondante par voie Ij'^mphatique. Nous ajouterons d'ailleurs que les deux autres voies d'élimination possibles, sang ou bile, ne sont que peu ou pas utilisées. C'est un fait que l'on ne pouvait pas soupçonner a priori^ mais que nos constatations anatomiques aussi bien que nos recherches expérimentales nous permettent d'affirmer.
Nous montrerons plus loin que l'élimination lymphatique des pigments accumulés dans le joie a des degrés selon que la quantité de fer est plus ou moins considérable, mais auparavant nous voudrions indiquer qu'il s'agit là d'une loi générale, et que c'est toujours le système lymphatique qui se charge de fixer ^ de détruire et d'éliminer les pigments ferrugineux.
Si l'on injecte sous la peau d'un animal du sang ou de l'hémoglobine dissoute, en le sacrifiant un mois après, on trouve encore les ganglions correspondants infiltrés de pigment ocre.
Beaucoup plus intéressant est le résultat de l'injection intra-péritonéale du sang ; les ganglions lymphatiques abdominaux apparaissent souvent marbrés de brun quand on fait l'autopsie, et, si l'on ne regarde plus simplement les ganglions, mais tout le système lymphatique, on peut constater un véritable réseau sous le péritoine viscéral allant au foie, à la rate, au pancréas, de telle sorte qu'on est en droit de se demander si ce n'est pas cette voie lymphatique quia porté le pigment ocre du péritoine à tous les"viscères.
HÉPATITES IlYPERPLASinUES.
Il se passe la même chose dans les cas d'injection expérimentale de sang dans la plèvre : on trouve les ganglions trachéo-broncliiques gorgés de sang et l'on voit un riche réseau lymphatique bourré de pigments allant aux poumons et au myocarde qui sont infiltrés ' de pigment.
11 parait résulter de ces constatations que le réseau lymphatique l'orme une barrière destinée à empêcher l'introduction du pigment dans la circulation sanguine ; aussi semble-t-il que le pigment ocre, une fois accumulé dans la lymphe, ait tendance à séjourner dans les ganglions et même à se disséminer vers les origines lymphatiques plutôt que de se diriger vers le courant sanguin.
Ces données sont applicables à ce qui se passe quand le pigment ocre est accumulé dans le foie. Il est alors repris par les lymphatiques, comme nous l'avons montré, mais, selon l'abondance du pigment, on peut constater simplement une étape lymphatique abdominale, ou en plus une étape médiastinale, ou enfin une étape lymphatique généralisée .
L'étape lymphatique abdominale suffit à immobiliser, à détruire et à éliminer les pigments absorbés par les cellules hépatiques dans le cas de lésions sanguines. Les ganglions sont engorgés au maximum, et cela suffit le plus souvent pour recueillir le trop-plein des cellules , hépatiques.
Dans le cas d'infiltration pigmentaire par hyperhépatie, l'étape lymphatique abdominale est beaucoup plus prononcée, car non seulement les ganglions deviennent des « minerais de fer », mais encore tout le réseau lymphatique situé sous le péritoine viscéral est injecté, et ainsi s'explique la présence du pigment dans le pancréas, la rate €t la paroi de l'intestin. Et encore, malgré son étendue, cette étape abdominale ne suffit pas.
L'étape médiastinale est constituée par une infiltration considérable de tous les ganglions péri-trachéo-bronchiques et par l'injection pigmentaire du réseau lymphatique situé sous la plèvre viscérale et sous le péricarde. Ainsi s'explique l'infiltration si fréquente du cœur, dont le système lymphatique si riche est infiltré de pigments que la •cellule musculaire parvient à absorber ainsi.
La généralisation du pigment à tout le système lymphatique périphérique finit par être réalisée, ce qui explique la possibilité de retrouver le pigment ocre dans le tissu cellulaire sous-cutané, où il est absorbé par les glandes sudoripares qui servent à l'éliminer.
La transformation en pigment noir est encore un moyen qu'emploie l'organisme quand le pigment ocre est trop abondant. Il semble que •ce soit là un processus qui facilite l'élimination, et à coup sûr nous la constatons, non seulement au niveau du péritoine où elle est maniieste, mais sous la muqueuse intestinale, sous l'épithélium des bronches
et de l'épiderme, c'est-à-dire dans toutes les muqueuses qui servent à l'élimination. Cette transformation du pigment ocre en pigment noir, qui va à l'encontre des données classiques, mais que Castaigne avait soutenue dans une communication à la Société Anatomique, a été depuis lors démontrée exacte par Paul Carnot. En étudiant, dans le tube digestif de la sangsue, la transformation du globule en granules pigmentaires, il vit d'abord la plupart des granules devenir bleus par le ferrocyanure de potassium, puis progressivement un grand nombre présentèrent les réactions du pigment noir, car ils ne donnaient plus les réactions du fer, iparticulièrement au niveau des réseaux pigmentaires de la sangsue qui ne sont probablement que des lymphatiques remplis de pigments.
4° Effets produits sur le foie par l'infiltration pigmentaire. — Nous avons montré déjà que la cellule infiltrée n'est en aucune façon dégénérée ; nous pouvons ajouter maintenant que l'ensemble de nos constatations montre bien que le dépôt de pigment ne devient pas la cause d'un vice de fonctionnement ; au contraire, il semble que la cellule hyper ferrugineuse ait un fonctionnement normal et même exagérée
On peut dire d'ailleurs qu'il s'agit là d'une loi générale, car ces constatations se rapprochent des recherches faites par Paul Carnot et M'" Deflandre sur la vitalité toute particuUère que présentent les cellules épidermiques pigmentées ; en effet, si l'on greffe de l'épiderme noir sur de la peau blanche, on voit que la greffe noire s'étend rapidement et que les cellules pigmentées l'emportent, dans la lutte pour la vie, sur les cellules albinos ; par contre, la greffe blanche sur peau noire n'évolue pas. De même, si l'on provoque, à la limite des territoires blancs et noirs, une rénovation rapide par cautérisation, les cellules pigmentées se multiplient plus rapidement et la cicatrice est envahie en grande partie par'^ l'épiderme noir. Ainsi donc la suractivité des cellules pigmentées semble être un processus général, et le terme de dégénérescence pigmentaire doit être rejeté.
Le pigment ferrugineux qui infiltre le tissu conjonctif du foie n'est pas non plus capable, selon nous, de provoquer à lui seul de la sclérose. Les expériences de Auscher et de Lapicque, ainsi que les nôtres, sont très probantes à ce sujet, et les constatations anatomo-chniques nombreuses que l'un de nous a pu faire ne permettent pas d'avoir de doute à ce sujet.
En somme, l'étude des variations pathologiques du fer hépatique nous a appris, au point de me de la physiologie patliologique, que l'infiltration ferrugineuse du foie n'est pas une dégénérescence; qu'elle ne peut pas provoquer, à elle seule, la sclérose du foie; mais que, jusqu'à un certain point, elle renforce les fonctions du foie, et qu'elle constitue une réserve ferrugineuse, que la cellule hépatique pourra utiliser uUé-
HÉPATITES IIYPEIIPLÂSIQUES.
rieurement pour les besoins de l'organisme, dans le cas oà la maladie causale évolue vers la guérison. Voyons maintenant si ces données physiologiques vont nous permettre de reconnaître sur le vivant un tel état morbide.
Étude clinique. — Il est certain que la sidérose est surtout diagnostiquée sur la table d'autopsie, et que c'est très rarement qu'on a pu la soupçonner pendant la vie du malade. Cette absence de signes cliniques s'explique bien, si l'on veut songer que la distribution des pigments se fait exclusivement dans les organes profonds et jamais sous la peau, et que l'infiltration pigmentaire ne produit jamais de lésions parenchymateuses ou interstitielles dans les tissus où elle se produit -
Nous croyons cependant qu'il serait inexact de dire qu'on ne peut pas tout au moins soupçonner cliniquement la sidérose. Personnellement l'un de nous a pu, dans six cas, affirmer, du vivant du malade, une infiltration pigmentaire simple qui fut vérifiée plus tard à l'autopsie, et c'est sur de tels malades, ainsi que sur d'autres semblables chez lesquels nous avions soupçonné la sidérose, mais qui ont guéri, que nous avons pu examiner les fonctions des organes infiltrés par la rubigine.
En réalité, ce sont surtout les données étiologiques qui permettent — quand elles sont bien nettes — de soupçonner la sidérose, mais l'examen du sang montrant une fragilité particulière des globules rouges, et la recherche du fonctionnement des organes glandulaires (rein, foie) permettant d'affirmer qu'ils ne sont pas en état d'insuffisance, compléteront les éléments utiles pour le diagnostic.
10 Les renseignements étiologiques à eux seuls permettent d'affirmer l'existence d'une infiltration pigmentaire quand ils se rapportent à un des cas suivants :
L'akémie pernicieuse, en première ligne, nous a paru s'accompagner de sidérose dans tous les cas (Quincke, Hunter, Jeanselme et Papillon, Gilbert et Garnier, Castaigne).
11 faut cependant faire une réserve : dans ces dernières années, on a opposé les anémies pernicieuses qu'on appelle plastiques, c'est-àdire celles dans lesquelles il y a un effort des organes hématopoiétiques pour refaire du sang, à celles qui sont aplastiques, c'est-à-dire dans lesquelles il n'y a pas lutte pour la rénovation sanguine. Il est possible que ces dernières ne donnent lieu qu'à peu ou pas de sidérose.
Mais, ces réserves étant faites, on peut dire que l'on peut soupçonner l'existence d'infiltration pigmentaire dans tous les cas d'anémie pernicieuse, et alors on trouvera le foie augmenté de volume et fonctionnant d'une façon normale ou même exagérée (hyperhépatie de Gilbert et Garnier).
Debove, AcHAno et Castaigne. — Tube digestif. III. 18
Le PURPURA, ainsi que toutes les hémorragies cutanées ou souscutanées, donne^Iieu bien souvent à de l'infiltration par la rubigine. Nos observations personnelles, jointes à celles de Hindelang, de
pjrr. 9J. Coupe d'un rein provenant d'un malade atteint d'anémie pernicieuse dont certains tubes contournés seulement sont infiltrés de pigment ocre (Castaigne).
Gilbert et Grenet, de Apert, montrent que si l'on examine avec soin les organes des malades morts de purpura, on trouve fréquemment de la sidérose, en telle abondance parfois que la coloration du foie est modifiée et attire spontanément l'attention, comme dans un cas de Hindelang.