L'ÉPANGHEMENT DE SANG DANS LES SÉREUSES ET EN PARTICULIER
DANS LE PÉRITOINE nc dounc pas toujours lieu à la sidérose, quand il s'agit d'une hémorragie traumatique ; mais, dans les pleurésies ou ascites hémorragiques, on peut à coup sûr affirmer qu'il existe de l'infiltration pigmentaire du foie.
HÉPATITES HYPERPLASIQUES.
TOUTE UNE SÉRIE DE MALADIES INFECTIEUSES OU TOXIQUES peuVCnt,
si'lon les cas, produire ou non de la sidérose. Gela dépend sans doute du degré de résistance globulaire et du fonctionnement des viscères : ce sont ces deux éléments qu'il nous faut étudier maintenant.
2° Examen du sang des malades atteints de sidérose. — En dehors de deux observations publiées par Jeanselme et pour lesquelles Parmentier fit un examen très complet du sang, la littérature médicale ne nous fournit aucun renseignement sur ce sujet, qui est pourtant du plus haut intérêt au point de vue pathogénique et même clinique, comme nous allons le voir.
Les résultats que nous rapportons ici proviennent de douze cas de sidéroses étudiées par Castaigne dont nous rapportons les conclusions qui sont les suivantes :
Dans tous les cas observés, nous avons relevé : diminution marquée du nombre des globules rouges; valeur globulaire, normale ou même augmentée ; grande richesse en hématoblastes ; tendance à la formation de globules rouges à noyau et de myélocytes indiquant la lutte des tissus hématopoiétiques ; diminution très notable de la résistance globulaire.
Ces caractères bien particuliers que nous avons constatés par l'examen du sang, expliquent une série de contradictions que certains auteurs avaient relevées dans l'étude de la sidérose. C'est ainsi que Quincke ayant noté que l'infiltration pigmentaire se produit dans le cours des états anémiques, Hayem fit remarquer, à juste titre, que « dans la chlorose, par exemple, la maladie déglobulisante par excellence, qui décolore'complètement les jeunes filles en quelques semaines, on n'observe jamais de pigmentations anormales. Dans le diabète, au contraire, où l'anémie est relativement peu accentuée, le dépôt de pigment ocre est souvent très marqué ».
De même Kretz, dans son mémoire sur les cirrhoses pigmentaires, constate que certaines anémies très marquées ne donnent pas lieu à la pigmentation ferrugineuse des organes, alors que, dans d'autres cas beaucoup moins prononcés de destruction globulaire, on trouve de l'infiltration pigmentaire.
Enfin Quincke lui-même — dans le dernier travail qu'il a publié à ce sujet — fait remarquer, sans en expHquer la raison, que certains états anémiques ne donnent pas lieu à la sidérose.
Si l'on veut se rapporter aux constatations hématologiques que nous avons faites, on comprendra que les contradictions signalées par Hayem, Kretz, Quincke sont plus apparentes que réelles, attendu que ce ne sont pas toutes les anémies, mais seulement certaines d'entre elles, qui donnent lieu à la sidérose.
Sans vouloir aborder ici l'étude pathogénique des anémies, nous
MALADIES DU l'OlE ET DES VOIES BILIAIRES.
pouvons tout au moins poser en principe qu'elles peuvent être produites soit par le peu d'activité des organes hématopoiétiques à former des globules (chlorose, anémie pernicieuse aplastique), soit par suite d'une destruction exagérée des hématies qui ont tendance continuelle à se reformer (épanchements sanguins dans le tissu cellulaire ou les séreuses; anémies pernicieuses plastiques, etc.).
Dans la première catégorie il y a très peu de globules détruits et il n'y en a pas ou peu de reformés : aussi conçoit-on que l'on ne constate pas de sidérose chez de semblables malades.
Dans le second groupe, au contraire, les globules se reforment avec abondance, se chargent en hémoglobine, mais sont moins résistants; aussi sont-ils détruits au niveau des viscères, en particulier dans le foie, la rate et les reins qui s'infiltrent de pigment ocre.
Aussi peut-on dire qu'en clinique on sera en droit de soupçonner la sidérose quand on constatera, en dehors de toute autre donnée, que le nombre des hématies est diminué, que leur richesse en hémoglobine est augmentée, qu'il y a tendance à une rénovation sanguine, mais que la résistance globulaire est notablement diminuée.
Si à ces symptômes se joint une augmentation volumétrique et fonctionnelle du foie, on est en droit d'affirmer le diagnostic de sidérose.
30 Fonctionnement des organes infiltres de pigment ocre. —
Nous avons pu, à diverses reprises, étudier pendant la vie le fonctionnement de reins ou de foies que l'autopsie nous a montrés être infiltrés par du pigment ocre. Il est très intéressant de noter que, dans tous les cas que nous avons examinés à ce point de vue, il n'y avait pas d'insuffisance ni du rein, ni du foie ; bien au contraire, la cellule hépatique nous a paru, fréquemment, être'^en état d'hyperfonctionnement. La notion de l'hyperhépatie telle qu'elle a été mise en relief par Gilbert et Garnier au cours de l'anémie pernicieuse n'est donc pas une exception, c'est au contraire la règle pour tous les cas où le foie est infiltré de pigment ocre, et si cette constatation n'a peut-être pas une application clinique très importante, à coup sûr elle est du plus haut intérêt au point de vue pathogénique, et éclaire d'un jour nouveau le fonctionnement des organes infiltrés de pigment ocre. Non seulement on ne peut pas dire qu'ils sont atteints de dégénérescence, mais on peut même soupçonner, d'après ces faits cliniques, le rôle d'excitation cellulaire que peuvent jouer ces, 'pigments. Mais il s'agit là de constatations nouvelles que la sidérose pigmentaire ne permettrait pas à elle seule d'élucider, ài l'on n'avait pas à ce sujet des confirmations "expérimentales.
Nous nous en tiendrons là en ce qui concerne la possibilité de reconnaître en clinique la sidérose pigmentaire du foie. Nous devons recon-
HÉPATITES IIYPERPLASIQUES.
naître d'ailleurs que son intérêt clinique est relativement peu considérable ; en revanche sa connaissance, sa recherche dans les autopsies peuvent — ànotre avis — éclairer bien des points obscurs de la patho logie, particuHèrement en ce qui concerne les maladies hémorragi pares. C'est d'ailleurs par la constatation de l'intégrité des cellules hépatiques au cours de la sidérose pigmentaire, que l'un de nous a été amené à considérer les rapports si importants duf er et du foie au point de vue physiologique et pathologique, et à envisager l'action que peut avoir le traitement martial sur le fonctionnement du foie; mais, pour arriver à cette conception, il faut de toute nécessité faire l'étude du cycle biologique des infiltrations pigmentaires du foie, qui montre bien que ce pigment, loin d'être une cause ou un produit de dégénérescence, peut être non seulement un excitant de la cellule hépatique, mais encore une réserve que l'organisme pourra utiliser dans certaines conditions.