‹ Manuel des maladies du foie et des voies bilairesChapitre 58 sur 210 · I. — Étude macroscopique · texte numérisé non relu

I. — Étude macroscopique

1° Lésions extra-hépatiques. — L'autopsie complète d'un malade atteint de cirrhose, va montrer la réalité de cette conception de pathologie générale.

A L'OUVERTURE DE L'ABDOMEN, il s'écoulo uuo ascito plus OU moins abondante, qui avait déjà été constatée et ponctionnée pendant la vie du malade, et dont nous détaillerons les caractères importants lors de l'étude clinique.

Le PÉRITOINE est comme lavé dans la plus grande étendue de son trajet, mais épaissi ou dépoli par places.

L'INTESTIN est rétracté contre la colonne vertébrale, et si Ton mesure sa longueur et son diamètre, on constate qu'il est très diminué dans toutes ses dimensions, ce qui entraine des conséquences au point de vue de la circulation veineuse et lymphatique, qui est très gênée du fait de la rétraction de l'intestin ; et au point de vue de la nutrition générale, qui est entravée par suite de la diminution du champ de la chylification et de l'absorption intestinale.

La RATE est généralement augmentée de volume, pesant de 300 à

Fig. 93. — Rato d'un malade alteinl de cirrhose (d'après une pièce analomique de CasLaigne) ; le l'oie est représenté ligures 94 et 9S.

1 200 grammes ; elle est souvent environnée par des vaisseaux dilatés et sinueux, et entourée d'une coque scléreuse plus ou moins épaisse. Dans quelques cas, cependant, il arrivera de trouver une rate ayant un volume normal ou même diminué, mais toujours scléreuse.

Le PANCRÉAS présente des lésions du même ordre, sur lesquelles ont insisté Klippel et Lefas. Pour peu que l'on songe à regarder le pancréas au cours des autopsies de malades atteints de cirrhoses, on

HÉPATITES SCLÉHEUSES. — LES CIRRHOSES VEINEUSES. 28!i

constate que l'orgaiie est plus volumineux et encore plus dur qu'à l'état normal, et qu'il est entouré par des veines très sinueuses, qui se présentent souvent avec l'aspect de véritables lacs veineux.

La VEINE PORTE réunit toutes les conditions requises pour être lésée, puisque ses trois points de départ sont altérés, et que l'organe où elle aboutit est particulièrement lésé. Non seulement son tronc et ses branches terminales, mais encore ses capillaires d'origine au niveau du tube digestif, de la rate et du pancréas, sont atteints d'endo et de périphlébite. Dieulafoy et Giraudeau ont insisté, à juste titre, sur les lésions des veinules portes au niveau de l'intestin : elles sont fréquemment atteintes, et même à l'œil nu on voit souvent ces vaisseaux dilatés soulever la muqueuse de l'intestin, de l'estomac et de la partie inférieure de l'œsophage ; on conçoit que ces dilatations veineuses puissent être parfois atteintes d'ulcérations qui, bien que situées à fleur de muqueuse, peuvent donner lieu aux hémorragies parfois mortelles sur lesquelles ont insisté Debove et Gourtois-Suffît.

Ces lésions, qui sont constantes au niveau de la veine porte et de tous les organes qui lui donnent naissance, présentent un gros intérêt pathogénique et montrent bien que la cirrhose n'est pas une maladie primitive du foie ; de plus, ces lésions sont intéressantes en elles-mêmes, car elles permettent de comprendre la pathogénie de toute une série de symptômes cliniques, constatés au cours de l'évolution morbide des cirrhoses.

Le CŒUR est souvent flasque et dilaté.

Les POUMONS présentent de la congestion ou même de l'atélectasie des lobes inférieurs ; on constate souvent de la pleurite droite, avec épanchement hémorragique dans certains cas ; il existe souvent de la tuberculose associée et probablement surajoutée.

Les REINS sont souvent gros et mous, rarement atteints de néphrite chronique urémigène, mais toujours lésés.

Toutes ces notions font bien comprendre que la cirrhose est loin d'être une maladie exclusivement locale, et nous pouvons maintenant aborder l'étude du foie lui-même, dont les lésions doivent surtout retenir l'attention quand il s'agit de décrire les formes anatomiques des cirrhoses.

2° Lésions du foie. — Le foie présente des modifications multiples, grâce auxquelles son aspect est tout à fait caractéristique.

VOLUME ET POIDS. — Le foiccst petit, rétracté, quelquefois réduit àun moignon qui se cache derrière les fausses côtes, tandis que dans d'autres cas, les ligaments étant très distendus, il est flottant dans l'abdomen.

Son poids spécifique est augmenté et, malgré cela, en raison de l'atrophie globale, le poids total ne s'élève guère au-dessus de 900 grammes et 1 kilogramme, et même descend assez souvent à un chiffre inférieur.

MALADIES DU FOIE ET DES VOIES lilLIAIRES.

FORME. — L'organe conserve sa forme générale, mais le bord inférieur est mousse, et présente souvent des échancrures dues à des brides fibreuses.

COULEUR. — La coloration extérieure est très variable, pouvant avoir — selon les cas — une teinte jaune roux ou ardoisée ; entre ces deux extrêmes, on peut trouver tous les intermédiaires, en passant par la coloration brune ou gris noir ; toutefois, dans quelques cas, la couleur peut être blanchâtre, ce qui tient alors à l'épaisseur des fausses membranes fibreuses qui recouvi'ent le foie.

PÉRI-HÉPATITE. — En général le péritoine est très épaissi, grâce à des

Fig. 94. — Cirrhose rlo Laennec à petites granulations (d'après une pièce anatoiiiique de Castaigne).

adhérences fibroïdes qui unissent le foie au diaphragme, et à la paroi abdominale. La capsule de Glisson est, elle aussi, épaissie, fibroïde, blanchâtre ; elle adhère intimement au tissu hépatique, dont on ne peut la détacher sans enlever, en même temps, les débris du pai'enchyme.

VOIES BILIAIRES. — En revauclie, les grosses voies biliaires et la vésicule ne sont pas entourées d'adhérence habituellement et paraissent normales.

SURFACE DU FOIE. — Dans les zones où le tissu péri-hépatique n'est pas très épaissi, on constate que la surface du foie présente une série de saillies et de dépressions, qui lui donnent un aspect granuleux. Les

HÉPATITES SCLÉREUSES. — LES CJKIUIOSES VEINEUSES. 2H7

granulations ainsi formées ont un volume et imc disposition variables. Elles peuvent être petites (grains de mil, lentilles), ou volumineuses (têtes de clous, noisettes) ; généralement on retrouve sur le même foie toutes les formes et toutes les grosseurs de granulations, mais les petites peuvent dominer (cirrhoses à petites granulations) ; quelquefois, au contraire, ce sont les grosses (foies cloutés des Anglais) ; dans quelques cas plus rares, le foie peut être divisé en lobes par les tractus fibreux (foies lobés de Dieulafoy), ou encore les granulations font tellement saillie, qu'elles se présentent sous forme de tumeurs sessiles ou même

[ pédiculées (cirrhose énucléante).

CONSISTANCE. — Le foie est dur, de consistance chondroïdo ; il résiste très nettement au doigt qui veut le déprimer, à l'ongle qui cherche à

I l'entamer ; il crie sous le couteau.

SURFACE DE SECTION. — A la coupc, l'aspcct est tout à fait caractéristique, et suffit à faire affirmer l'existence dé la

' cirrhose; car si les granulations de la surface peuvent être masquées par la péri -hépatite, celles de la profondeur sont toujours

\àsibles et l'on peut tou- „. „ p , ,. ■ <■ ■ • , •

^ . Fig. 95. — Surface de section du foie ciiTliose

jours déceler de petits îlots de la figure précédente. La section a été faite saillants, de couleur brun selon la ligne AB (aspect macroscopique), roux, quelquefois verdâ-

tres, et qui représentent des zones de parenchyme hépatique ; ces îlots sont encerclés par des anneaux de tissu scléreux, de coloration grise, demi-transparente, ou parfois rosée tirant sur le rouge. On reconnaîtra ce tissu non seulement à sa coloration, mais à sa consistance ferme, et l'on verra qu'en dehors des anneaux fibreux il peut exister aussi de grands tractus plus ou moins épais, irrégulièrement disséminés dans toute l'étendue du parenchyme hépatique.

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