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CIRRHOSE VEINEUSE D ORIGINE SPLÉNIQUE ; SYNDROME DE BANTI

Dans une série de communications parues de 1894 à 1898, Banti a décrit un type morbide dans lequel la cirrhose du foie ne serait qu'une détermination viscérale secondaire et où, chronologiquement, la lésion primitive est splénique.

1. Description de la maladie d'après les travaux de Banti. — Symptômes. — La maladie évolue en trois phases :

La PÉRIODE PRÉ ASCiTiQUE OU ANÉMIQUE qui peut durcr trois, quatre ou cinq ans et même quelquefois davantage, caractérisée par une tuméfaction considérable de la rate qui dépasse le rebord

des fausses côtes de plusieurs centimètres, des troubles gastrointestinaux et des symptômes anémiques (faiblesse croissante, pâleur des téguments, décoloration des muqueuses, hypoglobulie).

Le STADE INTERMÉDIAIRE, qui durc plusieurs mois, s'annonce par des modifications urinaires (les urines sont moins abondantes, plus

Fig. 126. — Maladie de Banti, 1" stade. La raie seule est grosse

(Castaigne).

colorées, riches en urates, en urobiline et en pigments biliaires modifiés), en même temps que les symptômes gastro-intestinaux disparaissent et que les téguments prennent une teinte ictérique.

L'ÉTAPE ciRRHOTiauE sc manifeste par la production d'un épanchement ascitique et la diminution de volume du foie. Si l'on voit pour la première fois le malade, alors qu'il est arrivé à cette période, on ne saurait le différencier d'un cas de cirrhose de Laennec avec splénomégalie, mais l'évolution est plus rapide et la mort ne se fait guère attendre que qu(elques mois, à partir du moment où la maladie est définitivement constituée.

Anatoinie pathologique. — A l'autopsie, les lésions portent sur

HÉPATITES SCLÉREUSES. —

LES CIRRHOSES VEINEUSES.

la rate, le foie, les ganglions, le sang, mais celles de la rate sont capitales; elle est très augmentée de volume, pèse de 1 kilogramme à l''8,500, et son altération capitale serait la fibro-adénie, caractérisée par ce fait que les filaments qui composent le réticulum de la pulpe sont plus gros qu'à l'état normal, tandis que les corpuscules de Malpighi subissent la transformation fibreuse. Donc hyperplasie du tissu fibreux et disparition progressive des corpuscules de Malpighi, tels sont les caractères positifs importants ; si l'on y ajoute que les veines sont peu ou pas dilatées, et que la pulpe ne

I contient que très peu de

I sang, on comprendra la différence essentielle que Banti a cherché à établir, avec les rates des cirrhotiques qui sont atteintes de congestion Pig. 127. — Maladie de Banti, 2^ stade. Splénomépassive. galie. Ascite. Hépatomôgalic (Caslaigne).

Étiologie et pathogénie. — A ce point de vue Banti insiste sur ce fait que les cas où l'alcoolisme, le paludisme ou la syphiHs peuvent être mis en cause n'appartiennent pas à la maladie qu'il décrit. Il a tendance à penser qu'il s'agit d'une maladie infectieuse, qui retentirait d'abord sur la rate dont l'action hématopoiétique diminuerait (anémie) et qui secondairement enverrait au foie des substances toxiques entraînant la cirrhose, et c'est pour cela que la splénectomie peut, selon lui, enrayer la marche de la maladie et amener la guérison complète, même si la cirrhose existe déjà.

II. Depuis les travaux de Banti, des recherches multiples ont été publiées. On peut diviser en quatre groupes, les auteurs qui ont étudié cette question; nous allons étudier successivement leurs opinions.

A. Il y a des auteurs qui admettent l'existence de la maladie de Banti telle que cet auteur l'a décrite. Nous trouvons cette opinion notamment dans les travaux de Chauffard, qui déclare qu'il

s'agit là « d'un groupe de faits bien établi et qu'on peut rattacher à

ce qu'il a décrit sous le nom d'hépatites d'origine splénique ».

Cheinissc, qui est l'auteur d'une excellente revue sur la question, déclare que cette maladie « mérite de prendre une place à part ».

B. Une seconde opinion consiste à modifier la description de Banti en élargissant son cadre

C'est Senator surtout qui a cherché récemment à élargir le cadre de cette maladie, et à décrire sous ce nom. tous les cas d'anémie splénique avec ascite, alors même qu'il n'y a pas de cirrhose, et comme il a noté que, dans la maladie de Banti, il y a des hémorragies multiples et une formule hématologique spéciale (oligocythémie, oligochromémie, leucopénie), il en arrive à faire rentrer dans cette maladie, de très nombreux cas de cirrhose veineuse avec grosse rate. Enfin d'autres auteurs,

Fig. 128. — Schéma d'une maladie de Banli. ALropliic hépatique.

Rate énorme (Castaigne).

Fig. 129. —Maladie de Banti, 3« stade. Splénomégalie. Ascite. Cirrhose atrophique-

(Castaigne).

en particulier Maragliano et plus récemment Lang, admettent qu&

HÉPATITES SCLÉREUSES. —

LES CIRRHOSES VEINEUSES.

la maladie de Banli se confond avec l'anémie splénique. Mais le moment semble mal choisi pour tenter cette réunion, car, comme le dit très justement Cheinisse, il importe au contraire de scinder l'étude des anémies spléniques, et de dissocier cet ensemble touffu qui englobe trop de choses disparates.

C. La maladie de Banti n'existe pas, telle est la troisième opinion qu'ont soutenue récemment, Gilbert et Lereboullet, avec beaucoup d'arguments à l'appui de leurs dires. Ils établissent que les faits publiés sous ce nom, analysés avec soin, montrent une fois de plus que la rate est l'organe satellite du foie, exceptionnellement malade par elle-même, le plus souvent atteinte du fait d'une lésion primitive du foie (rate hépatique). C'est cette lésion causale du foie, d'origine biliaire ou veineuse, marquée ou à peine ébauchée, qu'il faut chercher à déceler de bonne heure. Et c'est elle, bien plus que l'hypertrophie splénique, que le traitement doit viser.

III. Opinion personnelle. — Tout est donc remis en question au sujet de la maladie de Banti, non seulement la façon de la concevoir, mais son existence elle-même ; aussi nous semble-t-il nécessaire de développer les constatations expérimentales, anatomiques et cliniques par lesquelles l'un de nous a été amené à admettre l'existence non d'une maladie mais d'un syndrome de Banti.

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