LES SPLÉNOMÉGALIES SONT CAPABLES D'ENTRAINER DES LÉSIONS
HÉPATIQUES SECONDAIRES. — Si l'ou réfléchit à la disposition des vaisseaux de la rate et du foie, on voit que le sang de la rate amené par la veine splénique s'engage, après le confluent de celle-ci avec la grande mésaraïque, dans le tronc porte qui le mène au foie. On comprend donc que, théoriquement au moins, les lésions primitives de la rate puissent retentir sur le foie.
Mais il y a mieux, et dans la leucémie myélogène, où la rate est toujours prise d'abord, on a, comme l'ont indiqué Chauffard et Castaigne, un bel exemple de ce retentissement des lésions spléniques
IlliPATITES SCLÉREUSKS. — LES CIRRHOSES VEINEUSES. 369 sur le foio. Celui-ci se montre en effet farci de leucocytes au niveau
J30. — Rate d'un cobaye inoculé flans la rate avec une cuRiire do bacille tuberculeux (Cliaufl'ard et Castaigne).
des espaces porto-biliaires. Il y a là comme une injection de leucocytes, injection partie de la rate.
Les expériences de Chauffard et Castaigne ont confirmé la possibilité des hépatites d'origine splénique. En injectant dans la rate de : chiens, ou dans l'artère splénique, des particules de carmin ou d'encre de Chine, ces auteurs ont retrouvé dans le foie, à l'exclusion de tous autres organes, des particules de matières colorantes.
Les mêmes expériences faites avec des produits tuberculeux, leur ont permis de constater 1 existence de gros tubercules conglomérés dans la rate, alors qu'au
Debove, Aciiaiu) et Castaigne. — Tube digestif. III. 24
Fii
i-'il. — Foio du luèiiie eobayo (Gliaullai-d et Castaigne).
;nO MALADIES DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES.
niveau du foie il y avait des tubercules miliaires disséminés, tubercules dont la systématisation semblait péribiliaire, la veine porte était oblitérée et les canalicules biliaires seuls visibles. Dans un certain nombre de cas, ces réactions tuberculeuses secondaires étaient strictement limitées au foie.
Les recherches de Gauckler lui ont montré d'autre part que, comme premier stade de la sclérose hypertrophique, il existe dans la rate une réaction caractérisée par deux sortes de macrophages, les uns dérivés des mononucléaires, les autres du plasmodium des mailles du réticulum hépatique. Ces derniers seraient, d'après Gauckler, susceptibles d'aller irriter la cellule hépatique.
Quoi qu'il en soit, il ressort de tout ceci que les lésions de la rate, et par conséquent les splénomégalies, peuvent retentir sur le foie et entraîner des lésions secondaires (1).
30 NOUS ADMETTONS L'EXISTENCE D UN SYNDROME DE BANTI CARAC- TÉRISÉ PAR UNE SPLÉNOMÉGALIE SUIVIE ULTÉRIEUREMENT DUNE
CIRRHOSE AVEC ASCiTE. — Si nous cmployous l'expression de syndrome et non de maladie, c'est que nous croyons que, si le type morbide décrit par Banti existe, il peut être produit par des lésions spléniques très diverses. Nous ne voyons d'ailleurs pas la nécessité d'éliminer, comme n'appartenant pas au syndrome, les cas dans lesquels le paludisme ou la syphilis sont en cause, car ce sont là, selon nous, des facteurs importants. On verra, en particulier, que dans ces derniers temps on a isolé une forme de syphilis hépatique rappelant le syndrome de Banti. Nous croyons aussi que la tuberculose peut intervenir, lésant d'abord la rate et secondakement le foie. Expérimentalement nous avons, avec Chauffard, produit un foie ficelé, tuberculeux, par injection intra-splénique d'une culture peu virulente de tuberculose. En clinique, nous avons vu une splénomégalie tuberculeuse, évoluer plusieurs années avant l'apparition d'une cirrhose hypertrophique avec ascite.
Ainsi donc nous ferons le diagnostic de syndrome de Banti, toutes les fois que nous pourrons constater qu'une splénomégalie a évolué pendant une ou plusieurs années avant l'apparition d'une cirrhose veineuse avec ascite. Après avoir posé ce diagnostic, pour-ainsi dire anatomique, nous chercherons à préciser la cause qui a entraîné la splénomégalie [infections, aiguë ou chronique : malaria {Kelsch et Kiener, Lesné et Lxderich), tuberculose,syphilis{Ca.ussadeet Milhit), leucémie myélogène,etc. .
(1) Dévé (de Rouen), dans un travail récent et dans la thèse de son élève Cauchois, montre que certaines splénomégalies peuvent être dues à une thrombose de la veine porte. Cette môme thrombose, si elle se propage au tronc porte, peut entraîner une cirrhose veineuse. II y a donc lieu dadmettre que dans cerUi.ns cas la maladie de Banti est due à une thrombose de la veme splenique gagn.uu de proche en proche le tronc porte.
HÉPATITES SCLÉREUbES. —
LES CIHHIIOSES VEINEUSES.