HYPERTROPHIE PARTIELLE ET VARIABLE DU FOIE, AU COURS DU
DIABÈTE. — L'étude très documentée que M. Glénard a consacrée aux variations de volume du foie chez les diabétiques, lui a montré qu'en dehors des formes immuables et définitives de l'hépatomégalie, c'est-à-dire la cirrhose et l'hypertrophie trilobaire du foie qu'il considère comme très rare, il existe toute une série de cas de diabètes, dans lesquels il y a des modifications partielles du foie. En comparant les étapes successives de l'hépatomégalie chez 91 malades, Glénard est arrivé aux conclusions suivantes ; lorsque le processus suit une évolution progressive, il débute par un simple excès de sensibilité de l'hypocondre, auquel s'ajoute bientôt la constatation du ressaut hépatique ou la déformation du lobe droit. Arrivé à ce point, le processus peut s'y cantonner assez longtemps, mais, sous l'influence d'un écart de régime, on constate une hypertrophie simple portant sur le lobe •droit, puis sur le lobe médian, quelquefois sur les trois lobes, et dans une dernière phase cette hypertrophie peut devenir dure. Cette dernière forme, qui est rare et spéciale au sexe masculin, semble, comme nous l'avons déjà dit, être définitive ; à toutes les autres phases du processus, l'évolution du foie peut rétrograder dans le sens de l'atténuation de ses caractères objectifs. Mais cette régression ne se fait jamais jusqu'à l'état normal ; il reste toujours au moins une hypertrophie ou un ressaut du lobe droit, d'où la conclusion de Glénard : « Lorsque le processus hépatique hypertrophique du diabète s'est traduit par des signes objectifs à la palpation, le foie ne recouvre plus jamais son intégrité objective : il existe toujours une limite à sa régression, et cette limite se traduit par une anomalie objective du lobe droit ».
En somme, à côté des hypertrophies définitives du foie, liées ou non à la cirrhose, il existe des hépatomégalies variables d'un moment à
HÉPATITES SCLÉREUSES. — LES CIRRHOSES VEINEUSES. 37o
l'autre et qui peuvent régresser^ sans cependant revenir à la normale.
5° HÉPATALGiE. — Cgs états liépatiques sont souvent très peu accentués, mais l'hépatalgie peut les révéler. Aussi est-ce à juste titre que Glénard avait insisté sur ce fait que la sensibilité à la pression, dans la région du foie des diabétiques, a bien son origine dans le foie luimême, puisque cette sensibilité se rencontre dans les cas où le foie est hypertrophié, l'a été, ou va le devenir, et il concluait que « l'excès de sensibilité dans l'hypocondrc droit, sans aucun autre signe, lorsque la zone sensible présente les contours d'un foie hypertrophié, suffit pour permettre d'affirmer l'hypertrophie ».
Les recherches récentes de Gilbert et LerebouUet, ont précisé la valeur et les caractères de l'hépatalgie au cours du diabète. Ils ont montré que la douleur hépatique a, selon les cas, une intensité variable ; souvent c'est une simple sensation de fatigue ou de pesanteur et, par la palpation profonde, on provoque une certaine sensibilité ; dans d'autres cas, la douleur est plus accusée, et la sensibilité de la région peut être assez vive pour gêner l'exploration du foie et empêcher la déUmitation exacte ; elle peut même, dans des cas rares, égaler l'intensité de la congestion d'origine cardiaque.
Cette hépatalgie, en dehors même de toute modification appréciable de volume, est un des symptômes qui témoignent de l'existence d'un trouble hépatique dans le diabète, et comme Gilbert et LerebouUet ont noté que l'augmentation de la douleur hépatique va souvent de pair avec l'élévation du taux de la glycosurie, ils en concluent que l'hépatalgie est directement en rapport avec le travail excessif imposé au foie par le diabète.
Tels sont les faits cliniques et anatomo-pathologiques. Voyons maintenant s'il est possible de les interpréter, et comment on peut expliquer les rapports non douteux qui existent entre le diabète et les troubles hépatiques.
Physiologie pathologique.
En présence des faits que nous venons de signaler, trois hypothèses sont possibles : ou bien l'altération du foie est consécutive au diabète, ou bien la maladie du foie commande la glycosurie et les autres symptômes qui l'accompagnent, ou bien enfin diabète et affection hépatique sont dus à la même cause, à l'alcoolisme en particulier. Nous envisagerons successivement ces trois hypothèses, mais nous t' nons à faire remarquer, tout d'abord, qu'elles ne s'excluent pas mutuellement, et qu'il est possible que chacune d'elles soit applicable à certains cas particuliers.
1° LE DIABÈTE EST PRIMITIF ET LES TROUBLES HËPATiaUES SONT
SECONDAIRES. — Nous prenons tout d'abord cette première hypothèse, car, si elle semble s'appliquer à un certain nombre de faits, la preuve absolue en est tout au moins difficile à fournir, en se basant sur la pathologie humaine. Néanmoins, il y a des malades — et l'on en voit un certain nombre, pour peu que l'on suive une série de ces sujets à ce point de vue spécial — qui, à une période avancée de leur diabète, présentent des troubles hépatiques, alors que pendant une longue évolution de leur affection il n'a été possible de constater aucune modification ni de volume, ni de consistance, ni de sensibilité au niveau de leur foie. Il y a lieu d'admettre, dans ces cas, que la prolongation de la glycosurie a déterminé des modifications hépatiques.
Certaines données expérimentales tendraient à faire accepter cette pathogénie, tout au moins pour un certain nombre de cas.
Le diabète pancréatique provoqué chez les animaux, entraîne des modifications du foie, et en particulier une augmentation de volume de cet organe. Mais alors la question se pose de savoir si les lésions pancréatiques ne produisent pas la glycosurie, en activant la sécrétion hépatique, et s'il ne s'agit pas là — comme dans d'autres faits que nous allons étudier tout à l'heure — d'un diabète par hyperhépatie.