Laver à l'alcool. Sécher. Monter au baume
(1) Procédé de Levaditi (Soc. de biol., 21 octobre 190S).
1" Prélever des fragments petits de l'organe à examiner.
2» Fixer dans la solution de formol à 10 p. 100 (24 heures), passer dans l'alcool absolu (24 heures).
3" Laver à l eau distillée.
40 Mettre les fragments dans une solution de nitrate d'argent à 1,5 p. 100 dans l'eau distillée pendant 3 jours à la température de + 38". 5" Réduire par immersion (24 heures) dans :
Acide pyrogallique 2 grammes.
Formol 5 cent, cubes.
Eau distillée 100 grammes.
60 Laver quelques minutes à l'eau distillée.
70 Déshydrater par l'alcool (12 heures), le xylol (1 heure) et inclure à la paraffine.
(2) Piiocédé de Levaditi-Manouëlian (plus rapide). 1» Prélever des fragments petits.
2« Fixer dans la solution de formol à 10 p. 100 (24 heures). 30 Séjour dans l'alcool absolu (12 à 24 heures).
40 Lavage dans l'eau distillée jusqu'à ce que les fragments tombent au fond du liquide.
S» Imprégner sur préparation par un séjour de 3 heures dansla solution de nitrate d argent à 10 p. 100, à laquelle on ajoute au moment de l'emploi de la nvridine pure à 10 p. 100. -
6° Passage rapide dans la solution aqueuse de pyridine à 10 p. 100.
7» Réduction par séjour de 3 à 4 heures dans la solution aqueuse d'acide pyrogallique à 4 p. 100 à laquelle on ajoute au moment de l'emploi :
Acétone purifiée 10 p. 100 / , . , ,
Pyridine pure 15 - S ^o^^l.
80 Déshydrater par l'alcool (12 heures) et le xylol (1 heure). D après Fouquct, lorsque l'imprégnation argentique est bien faite, elle suilit Debovb, Ar.HARu et Castaigne. — Tube digestif. III. 28
ponèmes se détachent en noir. Ils sont beaucoup plus facilement visibles par cette méthode, parce qu'ils sont plus gros quoique moins réguliers, car ils prennent souvent des formes coudées en N, en L, en U, en Y.. De plus, ils paraissent souvent groupés en amas comme des paquets de cheveux ou des toufï'es de racines. Dans un foie hérçdosyphilitique, les tréponèmes sont habituellement d'autant plus nombreux'que l'organe est plus malade, et il ne 'semble pas que l'état de
Fig. 149. — Aspect du tréponème examiné à l'ultra-microscope (Levaditi et Roche, d'après Gastou). — a, tréponème; b,c, grains coUoïdaux; d, bacilles avec cils vibratiles; g, tréponème apparaissant sous la forme d'une ligne pointillée.
macération gêne, comme certains auteurs l'ont cru, la recherche du parasite. Les tréponèmes peuvent être retrouvés, en effet, même dans un foie macéré, ainsi que l'ont montré Queyrat, Levaditi et Feuillié. Mais c'est surtout dans les foies non macérés que leur étude est intéressante.
Il existe peu de tréponèmes dans la lumière même des vaisseaux. C'est plutôt dans les parois vasculaires elles-mêmes, et dans le tissu hépatique avoisinant qu'on les observe. Sur les préparations bien
amplement pour mettre en évidence les parasites. Les colorations consécutives n'ont pour but que de colorer le fond de la préparation et de la rendre plus jolie. Parmi les colorants qui ont été proposés, l'éosine et le Ziehl dilué sont seuls à conseiller. On pourra donc employer l'une ou l'autre, ou encore le procédé de Hans Schlimpert :
Passer les coupes, débarrassées de la paraffine par le xylol et l'alcool, dans le « Neutralrotb » ou dans une solution de fuchsine diluée à 1 p. 20 d'eau (2 à 5 minutes). Différencier dans une solution d'acide acétique à 1 p. 100 d'eau jusqu'à coloration rouge jaunâtre. Lavage à l'alcool-xylol, séchage et montage.
imprégnées, les tréponèmes marquent les orifices vasculaires d'un cercle noir plus ou moins large. Ils sont plus abondants autour des veines portes que des veines sus-hépatiques.
En dehors des zones vasculaires, on trouve des tréponèmes disséminés dans le parenchyme, en rapport avec les cellules, et même par places pénétrant à l'intérieur de celles-ci. Cette pénétration exphque l'extrême gravité de l'infection syphilitique parle tréponème.
En certains points, les parasites forment de véritables amas se pré-
Fig. loO. — Coupe de foie hcrédo-syphilitique (Levaditi et Roché).
sentant comme des taches noires dont les bords paraissent effilochés par suite de la présence de spirilles libres (Fouquet). Quand on y regarde de près, on constate d'ailleurs souvent que ces puUulations se «ont faites autour d'un petit vaisseau.
Enfin l'on trouve encore très souvent, des amas abondants de tréponèmes à l'intérieur de la capsule de Glisson. Quelques auteurs ont signale leur présence dans la vésicule bihaire ou le canal cholédoque, et ce processus pourrait expHquer l'oblitération congénitale de ces canaux constatée chez quelques sujets hérédo-syphilitiques.
Rappelons en terminant que l'on trouve généralement, chez de tels sujets, des tréponèmes dans beaucoup d'autres organes, en particuUer dans la rate, les capsules surrénales, les poumons, les reins, les testi-
cules, les ovaires. Remarquons aussi que les rapports très marqués des tréponèmes avec les vaisseaux en général, et les veines portes en particulier, constituent une nouvelle preuve, du rôle de la voie porte, dans l'apport du germe syphilitique au fœtus.
Symptômes.
Les symptômes de l'hérédo-sypliilis hépatique précoce, sont assez variables suivant les cas. Lorsque, comme il est assez fré-
151. - Tréponèmes libres dans la lumière d'une veine sus-hépatique ° (Levaditi et Roché).
quent, la^'syphilis tue le: fœtuslm utero, il n'y a pas d'expression clinique''des:iésionslhépatiques. Cependant, pour certains ■ auteurs, Bar"[en^' particulier, Cces lésions pourraient entraîner parfois une augmentation de pression dans la veine ombilicale, d'où développement d'une ascite extra-fœtale qui constitue Vhydramnios. Alors le
HÉPATITES SPÉCIFIQUES
— SYPHILIS DU FOIE
ventre de la mère devient énorme, comme dans une grossesse gémellaire ; les mouvements du foetus sont obscurs, et l'utérus forme une vaste' collection liquide ' où }'on peut constater la sensation de flot. Cette énorme distension de l'utérus peut provoquer de la compression des organes abdominaux, de la dyspnée, de la cyanose même. Ces cas aboutissent très souvent à la mort du fœtus et à l'accouchement avant terme. Ils seraient, d'après Bar, une jausc fr équente de mauvaises présentations.
Dans d'autres faits, la syphilis hépatique ne tue pas l'enfant in utero.
Fig. 152. — Colonie de tréponèmes dans un cas d'hépalite hérédo-syphilitique aiguë
(Levaditi et Roché).
Elle permet la terminaison de la grossesse, l'accouchement à terme. Mais l'enfant meurt quelques heures ^ou^iquelques jours après sa naissance. C'est ce que nous appellerons \es}.formes rapidement mortelles. Les autres formes sont moins graves : nous les étudierons sous les noms de forme hépato-spléno-intestinalê, forme ictérique, forme hémorragique, forme anémique.
l"" Formes rapidement mortelles. —Un de s aspects les plus ordinaires de cette forme est le suivant. Un enfant, issu de parents syphilitiques qui ne se sont pas soignés, ou se sont insuffisamment traités, naît avant terme. Il est chétif, frêle, pesant 1 000 à 2 500 grammes;
mais par contre le placenta est très hypertrophié, pesant de 650 à 1 000 grammes et plus, au lieu de 520 grammes, poids normal.
Tantôt l'enfant ne présente aucune tare sur le corps. Il est seulement pâle, abattu et somnolent. Tantôt il naît avec une éruption typique de pemphigus palmaire ou plantaire, une face vieille et ridée, du coryza simple ou même hémorragique. Il ne cesse de crier et de se plaindre.
Dans les deux cas, le foie et la rate sont très gros. Au bout de quelques heures ou de quelques jours, l'enfant meurt. A l'autopsie, on trouve des lésions variables du foie, ainsi que de beaucoup d'autres viscères, et les tréponèmes se retrouvent partout en abondance.
2° Forme hépato-spléno-intestinale. — C'est la forme de beaucoup la plus commune. On l'observe souvent chez des enfants dont la mère, reconnue syphilitique, a été traitée pendant sa grossesse.
L'enfant naît à terme, sain en apparence. Il tète bien, augmente de poids pendant les premières semaines ou les premiers mois, puis brusquement il cesse de croître, tandis qu'apparaissent divers troubles digestifs ou autres.
Quand on est appelé près de ces petits malades, on apprend d'abord que l'enfant augmente très lentement de poids, ou diminue de façon régulière. De plus, les parents ont constaté depuis un certain temps des troubles digestifs : vomissements alimentaires ou bilieux, alternatives de diarrhée ou de constipation. Au premier examen, on constate que l'enfant est en mauvais état. Il est chétif; la peau sèche, flasque, ridée; donnant l'impression de la décrépitude; son teint est bistré, terreux, mais non ictérique. De plus, il est triste, il a l'air de souffrir.
L'examen montre que le ventre est ballonné, globuleux, avec parfois un réseau veineux sous-cutané dans la région sus-ombihcale et sur l'hypocondre droit. La palpation permet de saisir deux symptômes importants : le foie et la rate sont augmentés de volume et débordent largement les fausses côtes, devenant ainsi très accessibles à l'exploration, et descendant jusqu'à l'ombilic ou même la crête iliaque. La face débordante du foie et de la rate est lisse, unie et dure ; son bord inférieur reste tranchant et facile à percevoir. De plus, le foie et la rate paraissent douloureux, car leur palpation provoque les cris du petit malade.
Dans des cas très rares on a signalé de l'ascite simple ou hémorragique. C'est un symptôme tout à fait exceptionnel.
A ce tableau s'ajoutent quelquefois d'autres manifestations sjTpWlitiques, soit cutanées (pemphigus, syphilides ulcéreuses), soit muqueuses (plaques commissurales fissuraires, péribuccales ou périanales), soit osseuses (périostites et ostéites surtout crâniennes). Plus
HÉPATITES SPÉCIFIQUES
— SYPHILIS DU FOIE
tard, ce seront des dystrophies diverses (retard de la dentition et de la marche, écrasement du nez, déformation de la voûte palatine, lésions diverses oculaires ou auriculaires).
Lorsque les enfants sont ainsi atteints, ils succombent d'ordinaire rapidement, si aucun traitement n'est institué.
Si, au contraire, le traitement spécifique est administré dès la naissance ou dès l'apparition des premiers symptômes, tout peut s'amender très vite. Les troubles digestifs cessent ; le foie, qui était gros, facilement palpable, revient sur lui-même. L'enfant augmente de poids, et tous les accidents cutanés ou muqueux disparaissent.
A l'autopsie de tels sujets, les lésions habituellement constatées sont celles que nous avons décrites sous le nom de foie silex ou d'hépatite gommeuse miliaire. Elles paraissent généralisées à tout le foie ; beaucoup d'autres viscères sont lésés et l'on trouve du tréponème partout. Cependant, quelquefois, même chez des enfants très jeunes, on peut observer des lésions électives sur le foie qui est seul atteint.
3° Forme ictérique. — Dans cette forme, le plus souvent l'enfant naît ictérique; d'autres fois il naît sain, mais, quelques jours après, l'ictère apparaît et fonce ensuite de jour en jour. C'est un ictère jaune plus ou moins coloré, portant sur la peau et les muqueuses, s'accompagnant d'une cholurie intense, et d'une forte décoloration des matières fécales.
Cet ictère syphilitique comporte d'ordinaire un pronostic mauvais ; il prend très rapidement les allures de l'ictère grave. Des hémorragies plus ou moins abondantes surviennent au niveau du cordon ombihcal; on peut constater des hématuries ou du melsena. Des convulsions apparaissent et le petit malade succombe.
A l'autopsie de tels sujets, on trouve quelquefois le foie gros, verdâtre, imprégné de bile avec la vésicule biliaire très dilatée, et une obstruction des voies biliaires, tantôt congénitale, tantôt acquise (gomme, ganglion hypertrophié). Mais le plus souvent on rencontre les lésions de l'ictère grave, et, fait qui a créé un doute sur la nature syphilitique de ces ictères, on a souvent rencontré des germes autres que le tréponème (Haushalter, Bar et Renon, Lequeux), bien qu'il se soit agi manifestement d'enfants hérédo-syphilitiques.
Toutefois, dans d'autres cas, le ti'éponème a été trouvé dans la vésicule et le canal cholédoque, et ceci permet de lui imputer les lésions, d'autant plus que dans la syphilis acquise, existe de façon non douteuse un ictère grave dû au tréponème.
A côté de cette forme ictérique simple, on pourrait peut-être placer une forme décrite par Chauffard chez l'adulte sous le nom d'hypersplénomégaliqiie, et qui a été observée chez des nouveau-nés hérédo-
syphilitiques par Bromûnn et Ellermann. Elle consiste dans la coïncidence d'un gros foie, d'une très grosse rate et d'un ictère persistant.
4° Forme hémorragique. — On connaît, depuis longtemps, les hémorragies des nouveau-nés syphilitiques. Mais l'observation a montré qu'elles coïncident fort souvent avec des lésions hépatiques ou spléniques qui ont été particulièrement observées par Lancereaux. Ces hémorragies surviennent le jour même de la naissance ou les jours qui suivent; elles se font par le cordon ombiUcal, la bouche et le nez ou par la vulve. Quelquefois elles se montrent sous forme de melœna ou d'hématurie. Enfin souvent aussi s'y adjoignent des hémorragies cutanées, caractérisées par des ecchymoses, des pétéchies, des collections sanguines sous-cutanées. Ces hémorragies contribuent souvent à produire la mort de l'enfant, d'autant qu'elles s'accompagnent d'autres épanchements viscéraux que l'on ne découvre qu'à l'autopsie (hémorragies intra-craniennes, hépatiques, spléniques).
A l'autopsie de tels sujets, on^ trouve des lésions spécifiques du foie et en particulier les diverses formes de l'hépatite gommeuse.
Cliniquement les lésions hépatiques d'une part, et aussi l'absence d'autres causes (accouchement laborieux, traumatisme) permettent d'attribuer cette tendance hémorragique à la syphilis hépatique. Il faudra donc, en présence d'hémorragies chez le nouveau-né, toujours penser à rechercher les signes de l'hérédo-syphilis et instituer le traitement : c'est la constatation d'un gros foie et d'une grosse rate]— tout comme dans les cas typiques — qui permettra d'affirmer le diagnostic, surtout s'il existe d'autres stigmates de syphilis.
50 Forme anémique. — Quand on connaît le rôle hématopoiétique important joué parle foie a la période fœtale, on s'explique aisément que la syphilis héréditaire, qui lèse si souvent cet organe, puisse produire divers syndromes anémiques.
Depuis longtemps, d'ailleurs, les observateurs avaient été frappés de' l'aspect spécial anémique de certains syphilitiques héréditaires.
Donc, au point de vue clinique, l'anémie des petits hérédo-syphilitiques ne saurait faire de doute : elle s'accompagne d'ailleurs toujours d'un gros foie et d'une grosse rate.
Les examens hématologiques ont permis de constater que ces anémies correspondent à des lésions sanguines diverses. Les formes que l'on peut observer sont les suivantes :
a) La FORME ANÉMiauE SIMPLE caractérisée par la diminution du nombre des globules rouges, avec diminution parallèle de la quantité d'hémoglobine, s'accompagnant d'une faible augmentation des globules blancs.
b) La FORME cHLORO-ANÉMiauE caractérisée par une diminution
légère du nombre des globules rouges, avec une diminution proportionnellement plus marquée de l'hémoglobine. Les globules blancs sont légèrement augmentés, particulièrement les mononucléaires.
c) Une FORME SIMULANT L ANÉMiE PERNICIEUSE, caractériséc par la diminution des globules rouges, l'altération de leur forme, l'apparition d'hématies nucléées, la diminution des hématoblastes.
d) L'anémie syphilitique pseudo-leucémique. — On y observe des déformations des globules rouges, des globules géants et des globules rouges nucléés, l'augmentation très marquée du nombre des globules blancs (50 à 60 000), surtout des polynucléaires, et l'apparition de myélocytes éosinophiles, de rares mastzellen et de cellules de Tûrck.
Telles sont les diverses formes de l'anémie syphilitique. Elle coïncide parfois avec d'autres formes cliniques de l'hérédo-syphihs hépatique, telles que la forme hémorragique ou ictérique, comme cela a été constaté dans une observation de Ribadeau-Dumas et Poisot.
On pourrait discuter, il est vrai, sur le point de savoir si le rôle principal dans la survenance de ces accidents, ne revient pas aux lésions spléniques. La constance des lésions hépatiques, l'importance physiologique du foie dans l'hématopoièse pendant la vie fœtale et le début de la vie extra-utérine, nous incitent à penser qu'on ne peut séparer les lésions du foie de celles de la rate, dans la pathogénie de ces anémies.
En tous les cas, ces anémies sont bien en rapport avec la syphilis hépatique, car, dans tous les cas où les sujets sont morts, on a toujours trouvé des lésions hépatiques et spléniques très marquées, et du tréponème abondamment répandu dans ces deux organes. L'influence de la syphilis peut d'ailleurs être mise hors de doute, par le fait que, dans un assez grand nombre de cas, le tréponème a été trouvé pendant la vie dans le sang de ces malades (Bruschke et Fischer, Ravaut et Ponselle, Ribadeau-Dumas et Poisot, Petit et Minet), et aussi parce que les cultures faites posL mortem ont montré qu'aucun autre germe n'était à incriminer; enfin et surtout grâce à l'action merveilleuse du traitement mercuriel qui fait rétrocéder l'hypertrophie spléno-hépatique, et rétablit rapidement la formule hématologique normale. Il faut pour cela six à huit semaines.
Diagnostic.
Le diagnostic précoce de l'hérédo-syphilis hépatique est d'une importance capitale, car il entraine pour corollaire immédiat une intervention thérapeutique, et très souvent aussi la guérison.
Les diverses formes cliniques de l'hérédo-syphilis hépatique prêtent chacune à des erreurs spéciales
1° La forme commune hépato-spléno-intestinale peut d'abord faire penser à toute une série d'affections intestinales, à l'entérite tuberculeuse, au carreau, aux gastro-entérites banales liées à l'alimentation défectueuse ou trop abondante. Un signe important réside dans ce fait que les troubles digestifs de l'hérédo-syphilis hépatique restent absolument rebelles à toute thérapeutique.
L'hypertrophie hépatique pourrait, d'autre part, faire penser à un sarcome, à des kystes hydatiques ; ce sont là des éventualités bien rares chez le nouveau-né. Avec plus de raison discutera-t-on quelquefois l'hépatite paludéenne.
On peut encore ajouter que, dans certains cas d'hérédo-syphilis hépatique, l'attention sera surtout attirée par les troubles de la croissance, le mauvais état général, et l'on pourra ainsi être amené à faire le diagnostic de rachitisme. On sait d'ailleurs que quelques auteurs ont avancé que cette affection est en rapport avec l'hérédo-syphilis.
2° Les formes ictériques simulent les ictères infectieux simples des nouveau-nés, et le diagnostic en est particuhèrement difïïcile, car nous avons vu que, même dans l'ictère syphilitique, il existe des infections surajoutées. On a dit que le foie n'est jamais aussi gros dans les autres affections que dans l'ictère syphilitique. En réalité, il faut poser en principe que si, chez un nouveau-né, on observe un ictère congénital ou survenant peu après la naissance, on doit, avant d'admettre qu'il s'agit d'ictère simple banal, examiner soigneusement l'enfant au point de vue des stigmates de l'hérédo-syphilis.
3° Les formes hémorragiques sont à différencier d'avec le scorbut infantile, la maladie de Werlhoff, l'hémophilie simple. L'absence d'hypertrophie hépatique et splénique, l'existence des causes habituelles du scorbut (ahmentation exclusive au lait stérilisé), aideront à reconnaître cette dernière maladie.
4° Les formes anémiques seront peut-être encore plus difTiciles à identifier. Cependant, la constatation d'une hypertrophie spléno-hépatique est extrêmement importante dans ces cas. Si, avec cela, l'examen hématologique montre non seulement l'existence de l'anémie, mais encore celle d'une réaction myéloïde (globules rouges à noyaux et myélocytes), on pourrait, d'après Lenoble, affirmer de façon ferme la syphilis.
Dans tous les cas, en somme, on ne pourra le plus souvent que soupçonner l'existence de l'hérédité syphilitique, et toujours on devra parfaire le diagnostic par la recherche des stigmates chez l'enfant, par l'interrogatoire des parents.
Dans l'examen de l'enfant, on tiendra toujours un compte énorme
HÉPATITES SPÉCIFIQUES
— SYPHILIS DU FOIE
■de la constatation d'une hypertrophie hépatique et splénique considérable; on examinera les téguments et on y recherchera soit des bulles de pemphigus aux pieds ou aux mains, soit des éléments papuleux. Dans le liquide des bulles de pemphigus, on pourrait facilement retrouver le tréponème.
On examinera les muqueuses, on recherchant s'il n'existe pas de coryza suspect ou des plaques muqueuses commissurales, buccales, génitales ou autres. Enfin les os, particulièrement ceux de la tête, seront étudiés au point de vue de l'existence possible de périostites ou d'ostéites. On tiendra compte du faciès ridé, vieillot, qui souvent décèle l'infection héréditaire. Enfin l'examen des testicules et, chez les enfants plus âgés, celui des dents et du fond de l'œil, compléteront cet examen qui ne saurait être trop soigneux.
De plus, on interrogera le père de l'enfant, surtout au sujet de sa vie génitale avant le mariage : s'il avoue la syphihs, on s'enquerra de la façon dont il s'est soigné ; s'il la nie, on recherchera sur lui des traces d'accidents anciens : leucoplasie linguale, perforation du voile, pigmentations suspectes, etc.
Du côté de la mère, on s'inquiétera de l'évolution et du résultat des grossesses antérieures, de l'état de santé des autres enfants ; au besoin, on examinera ces derniers. Si la mère est veuve, on tâchera de savoir à quelle affection le père a succombé.
Traitemenr.
Le traitement est à la fois prophylactique et curatif. PRopHYLACTiauE. — H résulte des principes posés par" Fournier, Pinard et Gaucher, et se résume à ceci :
a) L'homme syphilitique doit, quand il connaît sa maladie, subir un traitement spécifique avant de procréer.
b) La femme syphilitique doit se traiter pendant toute la durée de sa grossesse.
Ainsi, l'on donne aux enfants de grandes chances de naître sans tares spécifiques.
ctjRàTiF. — Tout enfant né de parents syphilitiques doit être traité lui-même comme syphilitique dès sa naissance, et pendant un temps suffisamment long. C'est là ce qui ressort de la très fréquente constatation de tréponèmes dans des organes en apparence sains, chez de tels sujets. Ainsi l'on évitera la survenance des accidents hépatiques ; et, quand ils existent déjà, on obtiendra leur régression.
Le traitement consiste, chez les nouveau-nés, dans l'absorption de X à XV gouttes de liqueur de Van Swieten, deux à trois fois par jour dans un peu de lait. En cas d'intolérance gastrique, on peut, suivant
la pratique do Gaucher, remplacer le sublimé par une solution de lactate mercurique au 1/1000^, solution dont on donne par jour trois fois X gouttes. On peut aussi utiliser les frictions, 1 à 3 grammes d'onguent napolitain par jour, et les injections. La tolérance de l'organisme est, en pareil cas, extraordinaire.
Le traitement sera réglé par périodes de un mois. Dans le cours de la première année, on fera un mois de traitement sur deux, soit six mois. Dans la seconde, un mois de traitement sur trois, soit quatre mois. Dans la troisième, un sur six, soit deux mois.
Au traitemeat mercuriel, il faut adjoindre une précaution indispensable : c'est de faire élever l'enfant à l'allaitement maternel. C'est une règle que l'expérience a montrée primordiale.
La guérison clinique correspond-elle à la guérison anatomique? C'est une question que Chauffard s'est posée, et qu'il a pu résoudre, en faisant l'autopsie d'un enfant de dix-huit mois, mort de bronchopneumonie, enfant qu'il avait soigné dès sa naissance pour des accidents de syphilis héréditaire particuHèrement intenses au niveau du foie. Or, le foie de cet enfant était de forme, grosseur et consistance normales, mais à l'examen histologique on trouvait un léger degré de cirrhose porto-biliaire et, de plus, une énorme endophlébite des veines sus-hépatiques. C'était le seul rehquat de la syphilis soignée. Les branches de l'artère hépatique et les cellules glandulaires ne présentaient pas traces de lésions.