C. La cirrhose syphilitique pure
Dans une statistique de Lancereaux, portant-sur 24 cas, on trouve 11 fois la forme scléro-gommeuse, 8 fois des gommes simples en activité ou cicatrisées, 3 fois une cirrhose pure.
A Le FOIE SCLÉRO-GOMMEUX présente d'ordinaire superficiellement de multiples adhérences péritonéales, car la "péri-hépatite est peutêtre plus importante ici que dan? aucune autre affection hépatique et il existe parfois des plaques épaisses et résistantes de tissu scléreux.
Une fois que l'organe est dégagé, on s'aperçoitjque la capsule de Debove, AcHAnn el Castaigne. — Tubo digestif. III. 29
Glisson est épaissie, opaque. La forme générale de la glande paraît
Fig. 153. — Foie scléro-gorameux.
tout à fait modifiée et sans régularité : un lobe est souvent atrophié, alors que l'autre est hypertrophié. .
Fig. 154. — Coupe macroscopique du foie scléro-gomaieux de la figure précédente.
Gerhardt a plusieurs fois constaté qu'une partie du lobe droit se développe en un prolongement piriforme qui déborde le bord infe-
rieur, et pourrait simuler, pendant la vie, une vésicule dilatée ou cancéreuse. Dans Tensemble, le poids de l'organe est normal ou un peu diminué.
(La face antérieure est coupée de cicatrices fibreuses, épaisses, profondes, rubanées ou stellaires, qui semblent encercler et même étrangler la substance de la glande, d'où le nom de foie ficelé. L'aspect superficiel est rendu encore plus caractéristique par la
présence de cicatrices stellaires inégales et déprimées, cicatrices pathognomoniques dues à la résorption des gommes, et qui sont ^urtout abondantes au voisinage du ligament suspenseur. Le bord antérieur est, lui aussi, déformé, échancré par une ou plusieurs fncoches.
Le poids et le volume du viscère semblent peu modifiés • en revanche sa consistance paraît tout à fàit augmentée. Quand on sectionne le parenchyme, il paraît ferme sous le couteau, et au niveau (les cicatnces, oppose la résistance d'un tissu fibroïde, parfois presque cartilagineux. Sur la surface de section, on constate que les dépressions cicatricielles de la surface correspondent à des bandes
4r,2 MAL\D1ES DU FOIE ET DES VOIES UILIÂIRES.
fibreuses dont la largeur peut atteindre 2 centimètres, qui sillonnent et segmentent l'organe en tous sens et dont la couleur est, s'ils sont jeunes, d'un blanc rosé, et, s'ils sont plus anciens, d'un blanc nacre semblable à celui des tendons. , . , ,
Entre ces cloisons fibreuses, dans les espaces laissés libres, subsistent des masses parenchymateuses plus ou moins volumineuses qui sont le siège d'un travail hypertrophique compensateur, tendant a translormer les parties restées normales en tumeurs à croissance lente.
Dans l'épaisseur des productions fibreuses on aperçoit des gommes,
c.èjr.
cl;.. Snaucules bill.ircs rudimenfires ; <./.., tr.bécul»» h.pauq.es.
et-ceci achève de créer une physionomie très ^P»'»''' J f^^^^ syphilitique. Leur volume varie entre un grarn de nul et 1«. d un« nix Elles sont tantôt solitaires, tantôt groupées en colonnes e "«^■particulièrement abondantes aux points nodaux des traotu fibreux. Exceptionnellement elles siègent en plem parenchyme, en dehors des bandes cicatricielles. Elles se reconnaissent a leur torm arrondie ou polycyclique, à leur P^^^^yme homog ne compar^^^^^^^^^ la Duloe de marron d'Inde, à leurs bords nettement limites Parlois, l'rs^tfelles sont un peu vieilles, elles sont enkystées dans un capsule flbreuse avec un centre ramolli; parfois aussi elles peuvent être ou c mplètement fibreuses, ou complètement calcifiées R Man a sLnalé des cas où elles étaient verdâtres, colorées par la bile et ù même elles pouvaient, en s'évacuant par les voies biliaires, donner
naissance à des cavernes : il y a là un processus très comparable à celui des cavernes biliaires tuberculeuses.
Étude histologique du foie scléro-gommeux. — Elle montre que,
en dehors des lames scléreuses épaisses de péri-hépatite qui sont
du tissu fibreux adulte parsemé de nombreuses cellules rondes — il existe une cirrhose généralisée.
La cirrhose consiste dans le développement d'îlots fibreux autour des espaces porto-biliaires, et de ces îlots partent des prolongements en tête de serpent qui s'avancent dans les lobules adjacents,, mais il n'y a pas habituellement de sclérose autour des veines sushépatiques.
Les rameaux veineux portes sont épaissis, déformés; il y a donc phlébite comme dans la cirrhose alcoolique. Mais ce qui est spécial à la syphilis, ce sont les lésions considérables de l'artère : il y a périart érite et même endo-artérite bourgeonnante au point que le vaisseau peut être oblitéré.
Les gommes, quel que soit leur volume, microscopique ou macroscopique, sont constituées par des amas de cellules rondes, entre lesquelles on aperçoit, pour les gommes qui sont volumineuses, une substance fondamentale vaguement fibrillaire. Quand les gommes sont dégénérées au centre, cette partie ne se colore plus et ne montre plus aucune structure histologique.
On vient de voir quel est l'aspect habituel du foie scléro-gommeux de la syphilis acquise, et on ne peut s'empêcher de l'opposer à l'hépatite gommeuse de l'hérédo-syphihs précoce. Combien peu ressemble-t-il à ces foies gros, fermes, lisses, pesants, de couleur silex et contenant des gommes en miniature. Combien peu la description histologique que nous venons de faire, rappelle-t-elle la structure de ces organes où il existe, entre les gommes miliaires, une cirrhose diffuse monocellulaire.
Nous avons indiqué au chapitre de la pathogénie les raisons qui peuvent permettre de comprendre pourquoi la réaction du foie diffère dans l'mfection acquise et dans l'infection héréditaire
Entre les deux types lésionnels, il peut exister d'ailleurs des intermédiaires, et Hanot d'abord, Ménétrier ensuite, ont publié des cas 'le foies scléro-gommeux observés chez des syphilitiques non héréditaires, et qui présentaient tout à fait l'aspect anatomique et histologique de l'hépatite gommeuse hérédo-syphilitique, de même que J^rdmann a observé chez les petits syphilitiques un foie ficelé analogue 'I celui de l'adulte.
Etude bactériologique. - L'étude bactériologique des cas de s^piulis hépatique acquise, a été faite avec beaucoup moins de soins quo celle de la syphilis héréditaire. Il serait à désirer que des
454 MALADIES DU VOW. ET UES VOIES ItlLlAlUES.
recherches nouvelles précisent ce point, d'autant que, comme nous l'avons indiqué, dans la syphilis expérimentale du singe, bien que l'on constate des lésions macroscopiques rappelant celles de la syphilis acquise de l'homme, il est impossible de déceler le tréponème dans
les foyers malades.
B. Les FORMES GOMMEUSEs PURES de la syphilose hépatique sont beaucoup moins intéressantes. Elles présentent l'aspect et la structure des gommes, sont assez volumineuses et se trouvent enkystées dans le parenchyme hépatique, comme des corps étrangers. Autour d'elles, on ne trouve ni cirrhose diffuse, ni cicatrices stellaires.
Fig. HiT. — Foio ficelL' sypliilitiiiue.
Souvent ces gommes ne sont pas observées pendant leur période d'activité, et l'examen anatomique permet seulement de constater les cicatrices qu'elles ont laissées sous forme de dépressions profondes irréguhères, étoilées, siégeant vers la partie moyenne du lobe droit ou du lobe gauche. Quand elles sont dans l'intérieur de 1 orgar elles donnent également naissance à des noyaux fibreux, etoil..^. irréguliers, envoyant des prolongements plus ou moins loin.
C Les CIRRHOSES sYPHiLiTiauES PURES sc présentent avec le mémo aspect que la cirrhose du foie scléro-gommeux : il ne manque que les gommes. Encore est-il bien rare qu'en cherchant bien, on n'en puisse trouver quelques-unes de petites dimensions. Il s'agit plutôt de formes scléro-gommeuses avec gommes rares.
D LÉSIONS DES AUTRES VISCÈRES. - Qucllc que soit la forme pathologique observée, il est commun de trouver, au cours de 1 au-
riÉPATITES SPÉCIFIQUES. — SYPHILIS HÉPATIQUE ACQUISE. 45Î)
topsic d'un malade atteint de syphilis hépatique, des altérations au niveau d'autres organes. La rate est surtout atteinte. On la trouve hypertrophiée, soit qu'il existe des lésions spécifiques dans son parenchyme, soit qu'il y ait seulement de la congestion et de l'hypertrophie chronique.
Gerhard t a noté la fréquence des lésions concomitantes du rein, soit sous forme de néphrite gommeuse, soit sous forme de néphrite atrophique granuleuse banale. Enfin, on a pu observer des lésions parallèles des os, de la peau, du larynx, des testicules.
Symptômes.
Nous aurons à étudier successivement la syphilis hépatique secondaire et la syphilis hépatique tertiaire.
1° Syphilis hépatique secondaire. — Un certain nombre d'auteurs, et en dernier lieu Patoir, puis Sezary, ont pu constater, au cours de la syphilis secondaire sans troubles hépatiques manifestes, l'existence des petits signes de l'insufiisance du foie, mais ce ne sont pas là, à proprement parler, des accidents. Ceux-ci sont caractérisés par un ictère un peu spécial qui fut étudié d'abord par Ricord en 1841 et Gubler en 1853
ICTÈRE SIMPLE. — Chez un syphilitique en pleine période secondaire, de six semaines à deux mois après le début du chancre, quelquefois cependant plus tard, on voit se constituer assez brusquement et sans troubles gastro-intestinaux préalables, un ictère catarrhal d'apparence vulgaire. L'ictère est généralisé, les urines très colorées, les selles complètement blanches. A l'examen, le foie et la rate paraissent tantôt hypertrophiés, tantôt normaux. Très souvent cet ictère s'accompagne de fièvre, comme d'ailleurs les autres accidents secondaires. Il existe en outre de la splénomégalie et des adénopathies.
L'ictère syphihtique peut parfois persister assez longtemps si le traitement spécifique n'intervient pas; mais, avec celui-ci, il disparaît rapidement. Presque toujours son pronostic est bénin.
ICTÈRE GRAVE. — Daus uu Certain nombre de cas, l'ictère prend soit primitivement, soit secondairement, après deux ou trois semaines, l'a-spect de l'ictère grave. De nombreuses observations en ont été publiées et ont permis d'établir, de façon certaine, qu'il y a là plus qu'une coïncidence. Ces cas paraissent plus fréquents chez la femme ; et dans quelques observations (Surmont et Patoir) ils ont paru susceptibles de guérir lorsque le traitement syphilitique intervint assez tôt.