CHAPITRE I
Des accouchemens en général.
§. 206. L'accouchement est la fonction qui opère le détachement et la sortie du produit de la conception, conséqueminent du fœtus et de ses annexes , hors du sein de la mère.
, §, 207. Cette fonction s'opère presque toujours par les seules forces de la nature . indépendamment de la volonté de la femme. Néanmoins la nature peut rencontrer des obstacles , qui la dérangent dans ses fonctions, et qui, par leur résistance, rendent l'accouchement pénible, dangereux, ou même impossible sans le secours de l'art. C'est dans la connoissance de ces causes efficientes j et dans le talent de les prévenir,
ou d'y remédier, que consiste l'art des accouchemens.
§. 208. Deux principales conditions sont nécessaires , pour que l'enfantement puisse s'opérer par les seules forces de la nature, savoir: la présence des puissances qui en sont les agens et l'absence des circonstances qui s'y opposent.
§. 2og. On distingue les premières par action volontaire et involontaire.
§. 210. L'action involontaire , et par conséquent indépendante de la femme , consiste dans la contraction de la matrice, aux fins d'expulser le fruit par le rétrécissement de sa cavité , de décoller l'arrière — faix et de s'en débarrasser. Comme ces contractions sont presque toujours douloureuses, on les nomme douleurs d'enfa7itement.
§. 211. Ces douleurs, ayant des caractères différens , on les discerne par vraies et par fausses douleurs. Les fausses douleurs ne sont proprement que le réveil de la matrice , dont l'activité s'annonce par de légères contractions locales et inconstantes , et qui peu à peu se changent en vraies douleurs. Les fausses se distinguent des vraies douleurs , en ce qu'elles ne se présentent guère qu'au premier tems du travail, qu'elles ne rétrécissent pas complètement la matrice , et que celle-ci conséquemment n'est pas dure au toucher externe; de plus en ce que la
contraction et la douleur n'ont point de direction déterminée , qu'au contraire elles sont inconstantes, peu interrompues, et qu'elles ne dilatent que très peu jPorifice de la matrice.
§. 212. Il importe de ne point confondre ces fausses douleurs avec la crampe de l'utérus, et les douleurs de la colique intestinale, que souvent on appelle faux-travail. La première peut se présenter à chaque période du travail, mais elle paroit plus volontiers dans le premier tems; elle se manifeste par une douleur plus forte, plus tranchante, plus fixe que les fausses douleurs. Ces dernières, au contraire sont des douleurs inconstantes, accompagnées de gonflemens et d'un certain bruissement du ventre. Pendant ce faux-travail oh ne remarque point de changement dans l'utérus.
§. 2i3. Les vraies douleurs sont des contractions générales de la matrice, qui cependant resserrent davantage le fond et la région moyenne de ce viscère, tandis qu'elles relâchent son orifice et ses parties inférieures ; ce qui rend raison de la dureté qu' oiTre, au toucher, le fond de la matrice, et de la souplesse de sou orifice pendant les douleurs de l'enfantement. Les vraies douleurs ont de plus une direction déterminée d'en-haut en cn-bas et d'en arrière en avant, elles dilatent le col de la matrice et hâtent l'accouchement ; le calme et le repos suc-
cèdent a chaque douleur ; elles sont souvent moins vives et fatigantes que les fausses. Suivant le lieu où elles siègent on les nomme encore
douleurs de ventre, ou douleurs des reins; les premières sont plus éfficientes que ces dernières.
§. 214. L'action volontaire dans l'enfantement, ainsi nommée pareequ' elle dépend jusqu'à un certain point de la volonté de la femme en travail , consiste principalement dans la puissance des muscles abdominaux , et du diaphragme. Provoqiiés par l'action involontaire , ces organes se contractent pendant les douleurs , resserrent dans tous les sens la cavité abdominale (§. 123 et 125.), compriment la matrice et coopèrent ainsi à l'expulsion du fœtus.
Mais pour que les muscles abdominaux et le diaphragme puissent agir avec efficacité, il faut que, par le concours des autres muscles du tronc et des extrémités, le bassin et le thorax soyent soutenus dans leur situation naturelle. L'action simultanément volontaire et involontaire s'appelle travail de ï accouchement.
§. 2i5. La durée d'un acoouchement facile varie considérablement suivant ,1e nombre des circonstances dont elle dépend, et principalement : du degré d'activité des puissances expulsives, de la résistance qu'exercent les parties de la génération , du volume de l'enfant, surtout de la partie qu'il présente, comme aussi de l'c~
tat des annexes; de l'âge, du courage, de la fermeté de la mère, et du nombre de ses accouchemens précédens.
§. 216. Pour mieux s'entendre et se former une idée claire de la marche régulière d'un accouchement facile , on le divise en cinq tems , ou -périodes, qui peuvent toutefois plus ou moins s'écarter de leur marche ordinaire , selon les circonstances qui les accompagnent.
§. 217. Dans la -première période, qui est en quelque-sorte une préparation à l'enfantement, la femme grosse sent du mal-aise, de la foiblesse, de la lassitude, de l'anxiété; quelquefois elle est au contraire mieux disposée, plus gaie qu'auparavant, le bas-ventre s'abaisse davantage qu'à la fin du neuvième mois ; la femme éprouve de la pesanteur dans la région du bassin , et souvent le besoin d'aller du ventre et d'uriner; la sécrétion des muquosités dans le vagin augmente sensiblement; l'orifice utérin est facile à atteindre, et ses lèvres , effacées , n'offrent plus au toucher qu'un petit creux ; on découvre à travers les parois de la matrice la partie de l'enfant qui se présente dans l'entrée, et même, quoique rarement, dans l'excavation du bassin. Les contractions de la matrice ne sont encore que de fausses douleurs (§. 211), qu'on nomme avant-coureurs, mouches, ou pronostics, et qui le plus souvent sont assez modérées , et n'ou-
vient l'orifice de la matrice qu'à pouvoir y introduire au plus deux bouts de doigts. La durée de cette période varie considérablement.
Tous ces signes, peuvent paroître déjà quelques jours avant l'aceouchement , et doivent, aussi longtems qu'ils ne sont accompagnés de douleurs, être considérés comme les signes avantcoureurs de l'enfantement.
§. 218. La seconde Période arrive accompagnée des vraies douleurs (§. 2i3,) appellées douleurs préparantes. Pendant celles-ci la femme est obligée de s'arrêter et de s'appuyer, elles dilatent l'orifice de la matrice, et y font descendre les membranes en formant , au moyen de l'eau de l'amnios , une vessie distendue, qui, suivant la partie que l'enfant présente, est plus ou moins arrondie, ou alongée en forme de sae, qu'on nomme la poche des eaux et qui contribue encore à la dilatation graduelle de l'orifice de la matrice.
Quand celui-ci est dilaté jusqu'à environ quatre travers de doigts , on dit que la poche ■des eaux est formée, ou que les eaux sont prêtes à s'écouler. Dans cet instant on sent, pendant l'intervalle des douleurs, en arrière de la poche relâchée, la partie que présente l'enfant. Au même tems les glaires du vagin sont impreignées •de traits de sang provenant de petites ruptures dans l'orifice de la matrice, et pour lors on dit
que la femme marque. La poche des eaux étant aussitôt rompue par les premiers efforts de la douleur , les eaux qui se trouvent en avant de la partie que présente 1 enfant s'écoulent; et c'est ce qu'on appelle les premières eaux.
§. 219. Avec l'écoulement des eaux commence la troisième période et avec celle-ci Vexpulsion même de l'enfant. Il avance dès lors dans l'orifice de la matrice, et, en l'élargissant davantage, il commence à le traverser avec la partie qu'il présente, et qui dans l'ordre naturel doit être la tête. Quand la plus grande largeur de la tête s'est engagée dans l'orifice , on dit que la tête est au couronnement , et c'est où se termine le troisième tems. Les douleurs qui produisent ces effets se nomment douleurs à l'enfantement. Elles sont plus actives, plus rapprochées , plus aiguës que celles du second tems ; et la femme est obligée de se coucher, ou de s'asseoir, et de faire valoir ses douleurs.
§. 220. Au quatrième tems du travail la partie que l'enfant vient offrir, passe complètement de l'orifice de la matrice dans le vagin alors raccourci mais très souple et expansible; de là elle avance à la vulve, exprime les excrémens par l'anus, pressé sur le périnée, et commence h distendre les parties externes de la génération ; elle s'enfonce, pénétre entre les grandes lèvres , les dilate et se montre h la vue: pour lors on
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dit que telle parlie se présente au passage. Deplus les nymphes s'effacent, les grandes lèvres parviennent au plus haut degré d'extension; enlin la partie avancée traverse lentement la vulve et se dégage complètement. Si la partie qui se présente est la tête, la femme jouit alors, pendant un petit intervalle, de quelque repos; mais bientôt succèdent de nouvelles douleurs , qui opèrentla sortie des épaules, lesquelles sont immédiatement suivies du reste du corps , accompagné d'un plus ou moins grand volume d'eaux, qu'o'n appelle les secondes, et qui le plus souvent sont mêlées de beaucoup de sang. Mais si l'enfant offre les pieds , les genoux ou les fesses, les autres parties ne succèdent que lentement au dégagement des hanches ; et les bras de l'enfant se relèvent alors vers les côtés de la tête.
A cette époque les douleurs se succèdent presque sans interruption, elles sont plus aiguës et accompagnées d'anxiétés; la femme transpire et tremble de tout son corps; elle a soif, elle vomit quelque fois et fait de grands éfforts ; les douleurs expulsives et le travail sont pour lors si actifs , et l'ébranlement devient si général, que souvent la personne en perd momentanément connoissance. On désigne ces douleurs par douleurs ébranlantes , ou conquassantes.
§. 221. L'enfant, dès qu'il est transmis à la lumière, respire, crie, il ouvre les yeux et
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met ses membres en mouvement ; quelque fois il jète aussitôt son mine et le méconium. Très rarement il arrive que l'enfant respire, ne fut ce qu' imparfaitement, lorsque la tête seule est dégagée, mais souvent quand la tête et la poitrine le sont.
§: 222. A la cinquième période, qui commence après la naissance de l'enfant, la mère, au bout de 10 ou 20 minutes de repos, éprouve encore, mais sans douleur, de légères contractions dans la matrice , qui détachent le placenta, le transmettent a l'orifice de la matrice, et, en opérant l'expulsion de l'arrière-faix, avec un plus ou moins grand écoulement de sang, terminent ainsi- l'accouchement. On les nomme douleurs après l'enfantement.
\. 223. Les accouchemens, uniquement considérés à l'égard de la position de l'enfant, se divisent en deux classes principales , savoir : les •» • accouchemens réguliers et les accouchemens irre-
guliers.
§. 224. Les accouchemens réguliers sont ceux, dans lesquels se présente la tête. L'expérience a constaté que cet ordre d'enfantement est le plus fréquent et le plus facile. Les accouchemens irrcyulicrs sont ceux , ou l'enfant offre toute autre partie que la tête.
§. 22o. L'on subdivise de plus l'une et l'autre classe de ces accouchemens en faciles et en difficiles.
L'accouchement régulier et facile est celui , où la tête se présente de manière que le sommet se trouve sur l'orifice de la matrice , et l'occiput vers l'une ou l'autre cavité cotyloïde.
L'accouchement régulier et difficile est celui, où l'enfant présente la tête dans une position différente de celle que nous venons d'indiquer.
Les accouchemens irréguliers et faciles sont ceux, où l'enfant offre les pieds, les genoux ou les fesses.
Les irréguliers et difficiles sont au contraire ceux, où l'enfant présente d'autres parties que les pieds, les genoux, les fesses, ou la tête.
§. 226. Indépendamment de la position de l'enfant , diverses circonstances peuvent néanmoins rendre l'accouchement difficile, soit que leurs causes viennent du fruit et de ses annexes, ou de la mère, ou enfin du mauvais emploi de l'art; et sous ce point de vue il est même permis de diviser tous les accouchemens en faciles ( accouchemens naturels), ceux qui, sans avoir besoin de moyens étrangers, s'opèrent par les seules forces de la nature* et en difficiles (contre nature), ceux qvii nécessitent les secours de l'art.