CHAPITRE III
Des Fonctions de la Sage^femme dans T accouchement régulier et facile.
§. 23g. L'accouchement régulier et facile n'ayant proprement pas besoin des secours de l'art, la sage-femme doit borner ses soins à en faciliter le travail autant que cela est en son pouvoir; elle éloignera de son mieux tout ce qui peut le rendre pénible, et ce qui pourroit nuire soit a la mère , soit à l'enfant. Pour cet effet la sage-femme fera observer à la personne un régime convenable ; elle doit la placer dans une situation avantageuse; l'instruire sur la manière de faire valoir ses douleurs ; elle sera continuellement attentive aux progrès de l'accouchement, et en général à tout ce qui se passe, comme aussi à la propreté etc.
L'on doit au reste employer encore tous ces Soins , non seulement aux aCcouchemens réguliers et faciles, mais aussi dans tous ceux d'une autre espèce, quoiqu'ils ne puissent suffire qu'à cës premiers.
§. 240. Quand la sage-femme sera arrivée pour l'accouchement auquel elle aura été appelée, elle commencera par s'entretenir avec la femme, pour s'informér de l'état de sa grossesse, ainsi que des circonstances qui l'ont accompagnée , et dont la connoissance pourra être utile et importante relativement à sa délivrance. Par conséquent elle s'instruira principalement sur les points suivans : si la femme à accoucher est primipare , et en cas de la négative , si ses précédens accouchémens ont été faciles ou pénibles, quel en est le nombre, et comment chacun en particulier s'est passé 5 si la présente grossesse est à son terme, et si elle n'a point éprouvé de circonstances particulières. La sagefemme doit de plus s'assurer si dès sa jeunesse, et surtout pendant sa grossesse , la femme a joui d'une bonne santé 5 si ses précédentes couches n'ont point eu de suites fâcheuses ; si elle n'est point affectée de hernie, ni de prolapsus, ou de veines variqueuses etc. , depuis quand et comment le travail a commencé, si, et depuis quand elle est allé à la selle etc.
§. 241. Lorsque le rectum et la vessie n'auront pas été vidés depuis douze heures de teins,
il faut opérer cette évacuation par des lavemens et par la sonde.
§. 242. Le dis ter e (dont il est parlé ici en général) , qu'on appliquera par préférence au moyen d'une seringue 3 peut être à l'eau simple, ou au lait , ou d'une infusion de gruaux , de son ou de camomille; auxquels on peut, selon les circonstances, ajouter un peu d'huile, de miel, de savon ou de sel. Le fluide à injecter doit être tiède ; sa quantité d'environ huit onces ( de quatre onces pour l'enfant ) , et la seringue ne doit point contenir d'air.
Attendu qu'on doit agir avec grand ménagement, en donnant un lavement à la femme en travail, on observera de la coucher sur le côté droit, pour ne pas comprimer le rectum et le colon, et de lui faire retenir l'haleine. (Mais on placera la femme non enceinte sur le côté gauche, et l'enfant de même , ou préférablement sur le ventre.) Après avoir graissé le bout de la canule de la seringue, on en introduit avec précaution la longueur de 2 à 3 pouces (et d'un pouce chez l'enfant) dans l'anus, en le dirigeant d'abord droit en avant, puis le long de la symphyse sacroiliaque gauche. Le fluide étant lentement injecté, et la canule retirée avec précaution, on laissera reposer la personne un peu de tems dans la même situation.
§. 243. Lorsque la rétention d'urine procède de la pression que l'utérus, ou la partie que pré-
ii7
sente l'enfant, exercent sur la vessie, on doit avant tout tâcher d'opérer par l'éloignement de cette pression l'excrétion de l'urine. Dans ce but on couchera la femme sur le dos horizontalement , ou même le siège un peu élevé , puis portant deux doigts dans le vagin , on poussera en ai'rière la matrice ou la partie présentée par l'enfant, laissant la personne uri'ner dans cette position. Si cet expédient ne réussit pas , on se servira de la sonde.
§. 244. L'application de la sonde doit se faire dans la même situation de la femme , et préférablement sans le secours de la vue. Après avoir placé un vase convenable entre les cuisses écartées devant les parties génitales , 011 écarte les grandes lèvres avec le pouce et le doigt majeur de la main gauche ( quand on est placé à droite de la femme ) , et l'on recherche de l'index l'orifice de l'urètre d'en-bas en enhaut. L'ayant trouvé, on saisit entre le pouce et le doigt du milieu de la main droite la sonde modérément chauffée dans de l'eau , et graissée, de manière que le bout de l'index porte sur l'ouverture de la sonde, et que la concavité de celle-ci se dirige vers en-haut. Alors on conduit le bout de la sonde le long de l'indicateur gauche à l'urètre, dans lequel on l'introduit avec précaution , en baissant la partie extérieure de la sonde.
ii8
§• 245. Dès que la sage-femme aura achevé son examen verbal, elle passera au toucher externe et interne pour s'assurer par elle même des circonstances qu'il lui importe de connoître. Elle doit surtout se convaincre par ces recher. ches , si le travail a commencé , jusqu'à quel point il est avancé , ainsi que de l'état et de la conformation des parties génitales , de la position de l'enfant etc. La sage-femme doit d'ailleurs réitérer ses recherches pendant tout le tems de l'enfantement, afin de s'assurer de sa marche et de ses progrès.
§. 246. Suffisament instruite la sage-femme s'occupera de tout ce qui est nécessaire pour recevoir l'enfant à naître , à construire le lit de travail et celui des couches.
§. 247. Elle préparera deux ligatures médiocrement épaisses et préférablement plattes , et une paire de ciseaux , ni trop tranchante ni pointue , pour lier et couper le cordon ombilical. Elle mettra également en ordre, et tiendra au chaud, les linges pour la mère et l'enfant, et ce qui sera nécessaire pour soigner le reste du cordon. Elle fera encore attention qu'on tienne toujours prêts de l'eau chaude, un vase commode pour baigner l'enfant , et tout ce qif il faut pour ranimer un enfant en état d'asphyxie. Ce dont il sera parlé en son lieu,
§. 248. Le lit que nous appelons proprement, le lit de travail sera tendre , mais solide et disposé de façon , que la femme puisse s'y placer à demi couchée ; et que les organes génitaux puissent être entièrement libres , pour que la sortie de l'enfant ne rencontre pas d'obstacles. La femme doit pendant le travail pouvoir appuyer ses pieds, les genoux à demi pliés, et tirer de ses mains sur quelqu' objet solide; ce lit sera tenu propre et placé de manière qu'il soit accessible par en-bas et des deux côtés.
§. 249. Ce lit de travail , qui est le plus fréquemment employé, sera arrangé de la manière suivante : on relèvera d'environ un pied la moitié supérieure d'un lit étroit , ou lit de repos , au moyen d'un matelas plié en double , soit par des coussins , ou carreaux ; on étendra sur la place , où se portent les parties génitales une peau de mouton, ou de biche, ou une toile cirée ; on couvrira celle-ci et le reste du lit d'un drap, en ajoutant à celui-ci un autre linge plié en plusieurs doubles , qu'on puisse ôter facilement quand il est sâli de dessous le siège de la femme. On place la personne sur ce lit de sorte que les parties génitales dépassent le bord inférieur du matelas, et qu'elle puisse arc-bouter ses pieds contre le bas du lit, où l'on aura soin de fixer des sangles , ou des essuyemains , sur lesquels elle puisse tirer de ses mains pendant le travail. La tête et le dos seront sou-
tenus, selon qu'il conviendra, par des oreillers. La place la plus convenable à la sage-femme pendant qu'elle donnera ses soins» sera, si cela est facile, au bas, si non, à côté de ce lit.
§. 25b. L'enfantement sur des chaises, ou sur des sièges particuliers est plus rare , et peutêtre tout aussi inconvenant. On peut d'autant plus particulièrement recommander aux sagefemmes le coussin de travail, lequel étant construit comme il convient, peut être employé avec succès sur tous les bits ordinaires. °) Quant à la préparation du lit des couches, il en sera traité dans la suite.
§. 261. Tout étant mis en ordre, la sage-r femme donnera toute son attention à la personne; elle ne la quittera point dès le premier instant du travail jusqu'à sa fin , ni sans avoir donné après la délivrance les premiers soins à la mère et à l'enfant.
§. 252. Bien que la femme ne soit pas obligée dans la première période de l'accouchement
■) L'auteur ne pense pas qu'il soit nécessaire de donner ici la description des sièges et des lits de travail artificiels , vu que les sage-femmes en font rarement usage. Il croit plutôt devoir décrire spécialement le coussin de travail inventé par Monsieur de 6'icbold , qui est fort utile , mais très peu connu des sage-femmes : ce qui aura lieu dans le supplément.
à une conduite essentiellement différente de celle qu'elle suivoit pendant sa grossesse , attendu qu'elle peut se coucher, s'asseoir ou se tenir debout, et mieux encore se donner modérément du mouvement en se promenant par sa chambre ,• cependant , à cause de l'interruption de la digestion et de la pression que' l'estomac éprouve durant le cours du travail, elle ne prendra que peu, ou point, de nourriture solide, mais seulement de la soupe, du bouillon , et enfait de boissons du léger et du rafraîchissant , jamais de breuvages irritons ou échaufFans. On débarrassera la femme de tous les habillemens qui la serrent ou la gênent, et Ion éloignera tout spectateur inutile. La sage-femme doit tâcher en outre d'encourager la femme en travail, d'écarter, ou de modérer au moins ses inquiétudes , de la maintenir autant que possible en bonne humeur.
§. 253. A la fin du second , ou au plus tard au commencement du troisième tems du travail, on mettra la femme sur son lit, et dès lors elle doit faire valoir ses douleurs. Dans cette intention elle doit fixer le bassin en appuyant ses pieds, et tirante ses mains; elle baissera le menton sur la poitrine et, après avoir profondément aspiré, elle retiendra son haleine, et poussera ainsi en en-bas. La femme ne fera point d'efforts dans l'intervalle des douleurs, mais prenant leur marche pour règle, elle ne doit ni les prévenir, m vouloir prolonger le travail au-delà de leur du-
rée, et en général elle ne travaillera qu'autant, qu'elle y sera provoquée par ses douleurs. Mais pendant que celles-ci sont en action, la sagefemme soulagera la personne en soutenant ses reins du plat de la main, et lui faisant fixer les genoux par une aide.
§. 254. Lors de la rupture de la poche il conviendroit d'en recevoir les eaux dans un vase, tant pour la propreté , que pour pouvoir les examiner. Toutefois on ne doit point négliger d'avertir la femme à tems de cette circonstance, afin de la préserver , surtout une primipare , de la frayeur que pourroit lui causer cet écoulement subit et inattendu.
§. 255. Au quatrième tems , quand la tête est au passage, la sage-femme sera principalement attentive que le périnée, alors en souffrance, ne se déchire. Deux moyens préservatifs sont dans ce cas à sa disposition.
La sage-femme soutiendra le périnée de la main platte en la glissant, soit nue , soit couverte d'un linge souple , sous le périnée . de sorte que la paume de la main porte sur cette partie, et que les bouts des doigts s'étendent vers le sacrum. Au retour des douleurs elle tirera en avant la peau du périnée, en le pressant en même tems vers en-haut contre l'arcade des pubis aussi longtems que durera l'action sur le périnée ; de façon
que par cette manœuvre, et par la résistance naturelle de l'arcade des pubis, on fera céder davantage la tête,
Ou bien , ce qui au reste convient beaucoup moins, la sage-femme serre, entre le pouce et Je bout des doigts d'une main, toute la région du périnée d'un ischion à l'autre , tellement qu'il s'y forme des plis longitudinaux, ce qui doit la rendre propre à une plus grande extension.
En exerçant soit l'un ou l'autre de ces tours de main, on n'écartera jamais les cuisses de la, femme plus qu'il n'est absolument nécessaire , pour ne point gêner la libre sortie de l'enfant; de plus la femme ne doit travailler que le moins possible ses douleurs, afin que la tête ne traverse que lentement le pudendum.
§. 256. L'accouchement étant avancé jusqu'à ce que la tête se présente au passage, la sagefemme , afin de mieux recevoir et donner ses premiers soins à l'enfant, écartera les couvertures du lit qui l'embarrassent , et découvrira autant qu'il sera nécessaire les cuisses de la personne, attendu que dans cet instant la vue lui servira a remarquer bien des circonstances , qui sans ce secours peuvent lui échapper: mais ce découvrement doit se faire avec discrétion, et de manière que la sage-femme seule puisse por-. ter la vue jusqu'aux parties génitales.
§• 257- Quand l'occiput s'est dégagé de dessous le pubis , et que la tête paroît être sortie, il arrive quelquefois que la bouche et le menton restent encore engagés sur le périnée. Dans ce. cas on dégagera ces parties, en glissant, avec un grand ménagement pour le périnée , le doigt majeur et l'iudex de la main qui n'est pas appliquée sur cette partie , dessous le menton, qu'on tirera en avant , tandis qu'on soulèvera doucement du pouce le front.
§. 258. La tête étant complètement sortie , on ne se pressera point d'extraire le reste du corps, mais on attendra que l'utérus se soit contracté autour de l'enfant , et que le retour des douleurs en opère l'expulsion ; l'enfant pouvant sans risque rester quelque-peu de tems dans cette situation. Mais on ne manquera pas , immédiatement après la sortie de la tête, de reconnoitre du doigt indicateur si le cordon ombilical est entortillé sur le cou de l'enfant (§. 358 et 374J.
Si cependant il arrivoit que la matrice restât troplongtems dans l'inaction, ou que des indices particuliers invitassent à avancer l'accouchement; on pourra tâcher de ranimer les douleurs en frottant légèrement le ventre h main ouverte, et si cela ne suffit pas, on dégagera l'épaule située vers en-bas en introduisant l'index en forme de crochet dans l'aisselle. Mais soit que les épaules se développent par la puissance de la nature.
soit par le secours de l'art, la même main, qui aura soutenu le périnée pendant "le passage de la tête, le soutiendra constamment sans se retirer pendant la sortie des épaules.
Lorsque le passage des épaules ne s'opère pas dans le diamètre cocci-pubien , on insinuera sous les deux aisselles les indicateurs , par lesquels on les retournera en tirant légèrement sur les épaules.
§. 269. Afin de recevoir convenablement l'enfant, la sage-femme ne déplacera la main qui a soutenu le périnée , qu'après la naissance des hanches. De l'autre, (la droite, si l'occiput est tourné vers la cuisse gauche de la femme , ) elle soutiendra la tête, en l'appliquant à plat , pendant qu'elle passe la vulve , sur les parties génitales , de manière que les doigts s'étendent vers le mont de vénus et que le pouce soit couché transversalement sur la commissure inférieure des grandes lèvres. C'est ainsi qu'on laisse arriver la tête entre le pouce et l'indicateur, et qu'on attend l'avancement des épaules. Lorsque celles-ci se présentent, on laisse le pouce au col de l'enfant, tandis qu'en glissant les doigts sur sa face dorsale , on l'amène en le tournant sur le dos. L'on avance l'autre main du périnée aux fesses de l'enfant aussi-tôt qu'elles paroissent, et porte le pouce, ou l'indicateur, entre les cuisses de l'enfant.
§. 26o. Pour garantir le cordon oihbilical d'un trop forûiraillcment, et l'enfant d'une transilion trop subite au froid, on aura soin, si la femme est accouchée au lit, de le coucher près des parties génitales transversalement entre les cuisses de sa mère 5 de sorte cependant que les glaires , qui souvent remplissent la bouche de l'enfant , puissent s'écouler, ou qu'aumoins on les en puisse tirer avec le doigt, et que sa face soit détournée des parties génitales de la mère, afin qu'il ne reçoive dans la bouche des fluides qui en découlent.
Si la femme est accouchée sur le siège, ou sur le petit-lit, la sage-femme, qui pour lors se tient assise devant ce lit, couchera, sans tirailler le cordon, l'enfant sur ses genoux, de façon que sa tête repose sur l'un de ses bras , se reservant les deux, mains libres , et attendant ainsi tranquillement le moment de couper le cordon, après avoir tiré d'un doigt garni d'un petit hnge> les glaires de la bouche de l'enfant.
§. 261. Le moment de séparer le nouveauné de l' arrière-faix , qui maintenant lui devient inutile, est arrivé lorsque V enfant respire librement, et que les pulsations du cordon ont cessées, ou quand le placenta s'est détache et repose sur l'orifice de la matrice.
§. 262. Mais tant que le placenta ne sera pas encore détaché de l'utérus , ce que l'on recon-
noit quand les parties génitales ne fournissent que peu ou point de sang à la suite de l'enfant, la sage-femme se gardera de couper le cordon avant que la nouvelle circulation soit bien établie dans l'enfant; conséquemment avant qu'il respire librement , qu'il crie , et surtout avant que la pulsation du cordon ait cessé 5 indications qui sont a considérer comme autant de preuves , que le sang de l'enfant s'est mis en niveau avec celui de sa mère, et que sa circulation par les poumons se fait régulièrement; ce qui arrive communément dans 5 à 10 minutes après la sortie de l'enfant. La sage-femme doit donc tenir à la distance de 5 ou 6 pouces du nombril , entre le pouce et l'indicateur, le cordon de l'enfant, et attendre ainsi la cessation du pouls, qui se perd graduellement du placenta au nombril.
§. 263. La circulation ayant entièrement cessé, la sage-femme glissera jusqu'au nombril les deux doigts qui tiennent le cordon et, en le préservant de tiraillement, elle exprimera, avec deux doigts de l'autre main, à environ huit pouces du nombril vers le placenta le reste de sang du cordon; elle y appliquera deux ligatures , l'une 3 à 4 travers de doigts du nombril , l'autre un pouce plus loin , et elle en fera entre-deux la section. Il importe que ces ligatures , notamment celle qui reste à l'enfant, soyent faites avec un grand soin et très solidement. Pour cet effet la sage-femme ne fera sur -le cordon qu'un circu-
laire qu'elle arrêtera par un noeud chirurgical bien serré, ensuite elle fera un second tour et le fixera par un noeud et un oeillet. Il est encore essentiel qué tout cela se fasse sans tiraillement quelconque sur l'ombilic.
§. 264. Dès que la circulation du sang par le cordon a cessé, on peut, il est très vrai, le couper sans ligature et sans qu'il en résulte un écoulement de sang de l'un ni de l'autre bout, et de là on pourroit conclure que ces ligatures sont inutiles. Néanmoins que la sage-femme ne se laisse pas induire en erreur à cet égard , puisque l'expérience prouve , que , plusieurs heures et même deux ou trois jours après la section dù cordon, des hémorrhagies ont eu lieu de la portion qui reste à l'enfant, tant par la veine que par les artères ombilicales , et que ces pertes ont occasionné des suites très graves et quelquefois la mort de l'enfant. Ces ligatures doivent en outré empêcher l'air d'entrer dans les vaisseaux ombilicaux. Quant à la ligature du bout du cordon vers le placenta , elle est le plus souvent toutànfait inutile. Cependant comme elle ne sauroit nuire, mais qu'elle peut empêcher l'émorrhagie par ce bout du cordon, cas qui en effet se présente rarement, et que d'ailleurs elle est indispensable dans les cas de pluralité d'enfans , que l'on ne remarque pas toujours à la naissance du premier; la sage-femme ne doit pas s'écarter de la pratique des deux ligatures»
§. i66. Mais si, au contraire, immédiatement après la' sortie de l'enfant le placenta est décollé dë là matrice et situé sur son orifice, ce qu'on peut recohnoître par un flux de sang abondant, et par la recherche externe et interne; le placenta ne pouvant plus fonctionner, devient inutile même à l'enfant qui n'est pas encore hé. Dans Ce cas, si la cessation du battement au cordon n'a pas aussitôt succède, il n'est pas hécessàirë de l'attëndrë , vu que pendant lé délai l'enfant transmet du s art g au placenta, tandis que ;ië plus souvent lui-même n'en reçoit point. Cë n'est dortc que dans cëtte circonstance que l'on peut , aussitôt que l'enfant respire et Crie , faire urie ligature simple , telle que nous venons de la décriré , et couper ensuite le cordon un peu en dehors ; le bout du côté de la mère n'ayant pas bësoirt dë ligature.
§. 266. L'enfant étant, par cette opération, détaché du sein de sa mère , la sage-femme examinera le ventre de l'accouchéë pour recohnoître si l'utérus s'est rétréci, ou si peut-être il contient encore un second foetus. Ensuite elle retirera le nouveau né d'auprès de sa mère , elle couvrira d'un linge sec et chaud les parties génitales de la femme , lui fera joindre les cuisses, et l'ayant recouvert chaudement, elle apportera les premiers soins à l'enfant, en attendant le travail des secondines;
§. 267. Quand l'enfant sera soigné , la sagefemme retournera à la mère pour reconnaître si le travail de l' arrière-faix a commencé , c. a. d. si le placenta est décollé, et s'il repose sur l'orifice de la matrice; ce dont elle peut s'assurer, quand sous les tégumens abdominaux elle sentira la matrice retrècie en un corps dur et arrondi, à peu-près du volume de la tête d'un nouveau né; lorsqu'elle remarque un écoulement de sang par les parties génitales , et que par le toucher interne elle trouve le placenta couché sur l'orifice de la matrice; ce qu'elle distinguera facilement par les rayons vasculaires distribués sur la face interne qu'il présente.
§. 268. Lorsque le placenta est sur l'orifice de la matrice , on porte devant les parties génitales l'index et le doigt majeur d'une main, qu'on entortille solidement du cordon ombilical qui sort hors du pudendum ; on avance, en parcourant le cordon, les mêmes doigts de l'autre main, par le vagin jusqu'au placenta, le plie en quelque sorte à double, en poussant contre le sacrum la partie de cette masse, qui se trouve derrière l'arcade du pubis ; et l'on fait de la main qui tient le cordon, en le tirant à soi , l'extraction du placenta, tandis que de l'autre on le dirige le long du sacrum. Quand le placenta paroit hors du vagin, on le saisit des deux mains , en abandonnant le cordon, et on le retourne pour mieux ramasser toutes ses dépendenecs. La femme
pendant ce tems ne fera que des efforts modérés en poussant comme pour aller à selle.
Après avoir déposé l'arrière-faix dans un vase, on examinera s'il est complètement sorti, s'il est sain etc.
§. 269. Quoique ce procédé pour délivrer soit le plus convenable et le plus employé en pratique , il n'est cependant pas absolument nécessaire, étant au contraire plutôt une coutume , peut-être un abus , établi pour règle ; attendu que dans la plupart des cas en laissant agir la nature seule, la femme peut dans l'espace d'une heure , ou moins encore, se délivrer sans accidens et sans douleurs , ainsi qu'il est dit §. 238. Ces considérations semblent indiquer, qu'on s'accorderoit bien mieux avec la nature en patientant durant ce tems et même davantage , et en ne recourant à l'expédient cidessus, que lorsque dans cet intervalle la délivrance ne se seroit pas opérée par les seules forces de la nature.
On ne peut donc trop recommander aux sage-femmes de ne pas hâter l'extraction de l'arrière-faix, mais d'attendre qu'il soit descendu sur l'orifice de la matrice , et que l'utérus se soit resserré par-dessus du placenta; puisque des hémorrhagies , surtout de fortes tranchées , et d'autres accidens sont communément les suites d'une
délivrance trop accellerée , tandis qu'un délai n'est pas nuisible.
§.. 270. L'accouchement achevé, on nettoyera avec une éponge douce et de l'eau tiède les parties génitales ; la sage-femme les examinera , particulièrement le périnée , s'il n'est point rompu , et après avoir recouvert ces parties de linges chauds , et préservé l'accouchée de refroidissement , on la mettra dans un lit propre préparé pour ses couches.