‹ Manuel des sages-femmes [electronic resource]Chapitre 20 sur 40 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des fonctions de la Sage-femme pendant l'accouchement ir régulier et facile.

§. 282. On doit toujours abandonner aux forces de la nature les accouchemens par les pieds, parles genoux ou les lesses , lorsque ces

parties se*$résentent dans l'une ou l'autre des deux premières positions , même dans la troisième, et en concomitance des autres conditions requises pour un accouchement facile. Si donc, en s'engageant, le dos de l'enfant est tourné à gauche, à droite ou en avant, quand nul accident particulier n'est à craindre pour l'enfant, tel que prolapsus, ou pression du cordon, avancement des pieds simultanément avec quelqu'autre partie, une mauvaise situation des bras, refroidissement de l'enfant ou du cordon, un long retard de la tête après la sortie du tronc, des efforts inutiles de l'enfant pour respirer , et si d'autre part la mère n'est menacée d'aucun accident fâcheux, si ses organes génitaux et l'enfant sont bien proportionnés entre eux etc. ; l'accouchement pourra se terminer sans recourir a l'art et sans danger pour la mère et l'enfant.

§. 283. La sage-femme doit se conformer dans cette espèce d'accouchement, non seulement à tout ce qui a été dit au chapitre sur le traitement des accouchemens réguliers et faciles (§. 2,39 et s.) , mais elle observera encore soigneusement pendant les accouchemens irn milliers , d'envelopper de linges secs et chauds toutes les parties de l'enfant, h mesure qu'elles parviennent au jour, et de les soutenir; de faire la plus grande attention' que le ventre de l'enfant ne soit comprimé , ni la circulation au cordon empêchée; de ne point céder à l'envie de tirer

sans nécessité sur l'enfant , parceque la matrice se trouvant par cet expédient intempestif troptôt débarrassée , et le menton s'éloignant de la poitrine, l'accouchement en devient plus pénible.

§. 284. Mais il faudra au contraire hâter l'accouchement , en aidant de la main , si une ou plusieurs des conditions que l'accouchement facile exige ne sont pas remplies , ou si le dos de l'enfant est tourné en arrière.

/. Extraction de t enfant par les pieds.

§. 285. Si , au moment où il convient d'accélérer l'accouchement par les pieds, les eaux ne sont pas encore écoulées, ni les pieds engagés dans le vagin , on rompra la poche (d'après §. 36g.) et l'on ira chercher les pieds en dirigeant dans la matrice la main qui a rompu la poche ; on les saisira de l'index du doigt du milieu et de l'annulaire par les malléoles de façon que le doigt du milieu se trouve entre les deux pieds, et on les tirera ainsi avec précaution jusqu'à la vulve.

§. 286. Avant que de tirer sur les pieds on ne manquera jamais de rechercher par l'indicateur , si le cordon passe entre les cuisses de l'enfant. En ce cas on le dégagera aussitôt pour prévenir les mauvaises suites (§. 357-) que, pendant la descente de l'enfant, la tension du cordon pourroit occasionner à la mère et à l'enfant.

Pour cet effet on tirera du pouce et de l'index sur la partie du cordon qui aboutit au placenta, et passe ordinairement sur le dos de l'enfant; on en formera une anse, par laquelle on passera une de ses jambes flécbie. Ensuite on préservera le cordon, autant que possible, de pression.

§. 287. Quant à ^accélération de l'accouchement , on l'opère en tirant d'abord sur les jambes et les cuisses , et ensuite sur le tronc de l'enfant. On saisit de chaque main une de ses jambes, de manière qu'elle tombe dans le poignet, et que le pouce soit appliqué sur sa face postérieure ; puis on attire avec précaution les pieds, soit en pratiquant des tours de spirale, ou de légers mouvemens en en-haut et en en-bas ; en observant tant que possible de tirer pendant l'action et de reposer durant les intervalles des douleurs. Aussitôt que les cuisses parroissent, on les saisit, et les tire à soi de la même manière qu'on agit sur les jambes , mais toujours au plus-près possible des parties génitales de la mère.

§. 288. Après le développement des hanches on doit, pour éviter toute pression du bas-ventre ; tirer sur l'enfant en appliquant les deux mains h plat sur ses côtés. De même pour empêcher le tiraillement au nombril, on fera descendre une petite anse du cordon.

§. 289. En tirant l'enfant à soi , la sage-femme fera principalement attention, de le tourner de

façon que chaque partie de l'enfant, notamment les épaules et la tête, puissent traverser les diamètres indiqués à l'article de la marche régulière de cet accouchement. (§. 275 et 276.)

A l'égard des hanches , la sage-femme peut favoriser leur dégagement dans le diamètre cocci-pubien, mais aussi dans l'oblique, et même dans le diamètre ischiatique; vu que pour lors les épaules se présentent dans le diamètre oblique, ou dans le transversal, du détroit supérieur. En continuant de tirer sur l'enfant , elle ne sera pas moins attentive à le tourner de manière, que les épaules se présentent dans le diamètre oblique de l'excavation, et dans l'antéropostérieur du détroit périnéal et en outre, qu'au moment où les épaules se dégagent du détroit inférieur et du pudendum , la tête ne soit pas empêchée de se tourner dans le diamètre oblique, ou mieux encore dans le sacro-pubien de l'excavation ; ce qu'elle effectuera en tournant dans ce moment l'enfant obliquement , ou sur son ventre.

§. 290. Après la sortie des épaules on s'abstiendra surtout de tirer encore sur le tronc, le cou de l'enfant ne pouvant, sans péril de sa vie, supporter aucune distension. Cependant , si les bras sont convenablement élevés latéralement de la tête , et si entre le volume de celle-ci et la capacité du bassin il ne se présente point de

disproportion j on dégagera la tête par le manuel de l'art , ( dont même un court délai dans les parties génitales, exposeroit alors imminemment la vie dë l'enfant. Mais lorsque les bras seroient autrement situés , ou quand par leur "volume ils embarrassent le passage de la tête; oh dégagera d'abord les bras, et ensuite la tête. Il vaut mieux ne pas dégager les bras quand ils sont situés aux côtés de la tête, parcequ'ils préservent le cou de distension et le cordon ombilical de pression, et empêchent l'orifice de la matrice de se contracter autour du col de l'enfant, ce qui rendroit plus pénible le développement de la tête. Rarement les bras se dégagent avec le tronc , lorsqu'on hâte l'accouchement par l'extraction.

§. 291. On doit toujours dégager en premier le bras qui offre le plus de facilité ; c. a. d. celui qui est le plus près de la face de l'enfant On développe par la main droite le bras droit, par la gauche le bras gaucbe de l'enfant , en agissant de la manière suivante. On soutient le tronc de l'enfant de l'une des mains à plat , sur laquelle on le couche 5 ensuite on introduit l'index de l'autre main , par dessus le dos de l'enfant à son épaule, et de là, le long du bras, jusqu'au coude; on glisse l'avant-bras de l'enfant jusqu'au visage, puis, ayant baissé la main dessous sa face sternale, et saisi du pouce et de l'indicateur le bras par le coude . on en fait

l'extraction par dessus la poitrine de l'enfant- Ce bras étant enveloppé, l'on change de main pour procéder a la même opération de l'autre côté.

§. 292. Pour dégager la tête , lorsque la face de l'enfant est plus ou moins tonrnée vers le côté droit du bassin , on avance le doigt du milieu et l'index de la main gauche (et vice versa), le long de la poitrine et du cou , à la face de l'enfant , et les applique aux deux côtés du nez ; puis , après avoir transposé sur le bras gauche l'enfant qui, pendant ce teins, a été soutenu par la main droite , on dirige le bout des deux doigts indiqués de celle-ci a l'occiput , et tandis qu'alors on repousse celui-ci par l'une, l'on tire à soi la face avec l'autre main, afin de rapprocher de la poitrine le menton, qui s'en est éloigné pendant l'extraction du tronc. Ce procédé étant exécuté, on tourne la tête dans le diamèfre cocci-pubien (si elle n'y est déjà) et on opère, sans déplacer les mains, l'extraction de la tête par de grands mouvemens en dessus et en dessous; enfin on la dégage complètement en relevant vers le pubis le tronc, qui est entre les bras de la sage-femme. Celle-ci invitera en outre la femme à faire valoir ses douleurs, et fera soutenir le périnée par une aide.

§. 293. Si l'on a entraîné les pieds , ou quand ils se présentent d'eux mêmes tellement, que le

dos de l'enfant est tourné en arrière , il faut améliorer cette position le plutôt possible. L'on exécute ce procédé de deux manières: on introduit, si l'enfant est encore mobile , les deux mains l'une après l'autre, en parcourant les jambes et les cuisses , aussi haut que possible aux côtés de l'enfant, et on le retourne, de façon crue son dos réponde au côté le plus voisin du bassin. Ou bien , si cela ne peut avoir lieu , on tournera peu à peu l'enfant par de légers mouvemens d'attraction, en le saisissant en-dehors des parties génitales de la mère comme il est indiqué §. 287 et 288.

§. 2y4- Quand un pied seulement se présente, on pourra, pourvu que l'autre soit disposé de façon à s'étendre dessus la face antérieure de l'enfant, ou laisser ce dernier, ou le faire descendre, si la chose peut s'effectuer facilement. Mais quand il est disposé autrement, on l'amènera toujours au premier. Dans ce dernier cas on dirige la main, en suivant la face intérieure du pied qui se présente, aux parties sexuelles; de la on passe à l'autre extrémité abdominale, en la parcourant jusqu'aux malléoles; on saisit le pied entre le doigt du milieu et l'index, et après en avoir fléchi la jambe, on l'amène à ,1'autre pied.

Quand au contraire on veut opérer l'accouchement par un seul pied , on faisira le pied avancé comme à l'ordinaire , et de l'autre côté l'on tirera h soi par le doigt indicateur , insinué en forme de crochet dans le pli des aines.

//. Extraction de r enfant par les genoux.

§• 29^- Quand la nécessité demande d'accé*lérer l'accouchement par les genoux, on appli'que les deux doigts indicateurs dans les plis du jarret, sur lesquels on tire lentement par des mouvemens modérés. Si l'enfant est avancé a peu près jusqu'aux hanches , on étendra ses jambes , et l'on traitera le reste de l'accouchement complètement comme celui par les pieds.

Mais quand les genoux ne sont pas encore descendus dans la cavité du bassin , on peut rompre la poche , conduire la main des genoux aux malléoles , fixer ceux-ci entre trois doigts , étendre les genoux , et terminer l'accouchement comme celui où se présentent les pieds.

Page 1