CHAPITRE IX
Des secours qu'on doit donner pendant r accouchement irrégulier et difficile.
§. 324. Dans toutes les positions désignées au chapitre précédent l'accouchement d'un enfant à terme est totalement impossible par les seules forces de la mère. Il est donc indispensable d'éloigner, par le secours de l'art, de l'orifice utérin la partie de l'enfant qui se présente, et de transmettre l'enfant dans une situation qui rende possible son passage par les organes génitaux. Nous appelions cette manœuvre la version , ou V opération de tourner V enfant.
§. 325. Il y a deux sortes de versions: la versionpar les pieds , lorsqu'on repousse la partie qui se présente , que l'on va chercher les pieds , et qu'on les amène dans l'orilice de la matrice; et la version par la lcLc} quand, au lieu de la'partie qui s'offre, c'est la tête que l'on conduit dans le hassin.
§. 326. La version par les pieds est une opération douloureuse et dangereuse, tant pour la mère que pour l'enfant, et qui quelquefois coûte la vie à celui-ci. Elle est encore très pénible , fatigante jusqu'à l'épuisement, souvent douloureuse, même pour la sage-femme, et du reste la plus importante fonction qu'on lui confie ; elle exige beaucoup de prudence , d'habileté, d'efforts et de patience.
§. 327. A cause de la gravité de cette opération la sage-femme ne manquera pas de prévenir les parens et anîis présens de la femme de sa nécessité, et des suites qui pourroient en résulter. Elle avertira celle-ci , qu'il faut changer la position de l'enfant; mais elle s'abstiendra soigneusement de la décourager , soit en lui communiquant quelque doute d*u succès , soit en la prévenant des douleurs que peut-être elle aura à 1 souffrir. La sage-femme , loin de manifester ni crainte, ni inquiétude, s'efforcera au contraire d'encourager la femme en travail par des propos convenables , de la rassurer, et de la maintenir en bonne disposition.
§. 3a8. Gomme il arrive souvent, qu'à la Suite de la version par les pieds , l'enfant naît en état d'asphyxie, la sage-femme aura soin de tenir prêt ce qui est indiqué au §. 247. et en outre tout ce qui seroit nécessaire pour ranimer l'enfant; elle préparera de plus les linges dans lesquels on le doit envelopper pendant l'accouchement j et un lacs;
§. 329. Lorsqu'on est convaincu que la version est nécessaire, on doit sans délai, si les eaux sont évacuées, procéder à l'opération; attendu que plus on diffère dès lors , plus la version devient difficile et douloureuse. Ce n'est qu'avant l'écoulement des eaux qu'on pourra , si les circonstances le permettent, tarder à rompre la poche jusqu'à ce que l'orifice de la matrice se soit dilaté à pouvoir sans peine y introduire la main; parceque cet instant est le plus favorable pour exécuter la version de l'enfant.
§. 33o. Pour cet effet on placera la femme sur le petit Ut. Comme tel on peut se servir de tout lit préparé, avec des matelas et des carreaux, de manière que la femme puisse s'y placer en travers, avec le derrière sur l'un des bords du lit ni durement ni enfoncé. On mettra sur ce lit la femme plus couchée qu'assise soutenue par une aide, et disposée de façon que les parties génitales soyent placées en dehors du bord, les cuisses médiocrement écartées, les genoux à demi
fléchis, et soutenus par deux aides, les pieds appuyés sur deux chaises.
§. 33i. Quand les pieds de l'enfant sont situés vers le côté droit de la mère, on introduira la main gauche, et la droite, quand ceux-là répondent au côté gauche. On appliquera l'une des mains sur le bas-ventre, pour aider la main qui aura été introduite. Celle-ci sera chaude, et sa face dorsale graissée , ainsi que le bras jusqu'au coude 5 puis c'est en réunissant le bout des doigts que, pendant la douleur, on pénétrera le plus facilement, toutefois avec précaution, en exécutant des mouvemens de rotation, par le pudendum et le vagin, à l'orifice de la matrice.
§. 332. 'Si l'orifice utérin n'est pas suffisamment dilaté, on l'ouvrira par le manuel de l'art. On l'exécute en y portant, avec un grand ménagement pour la poche, autant de doigts qu'on pourra le faire sans difficulté; on dilate, surtout pendant la douleur , l'orifice de la matrice en écartant les doigts , et tournant la main en divers sens; puis à mesure de sa dilatation, on introduit les autres doigts et enfin toute la main.
§. 333. Quand l'orifice est assez dilate , on rompt la poche des eaux ; ce qui ( suivant §. 3G9. ) peut s'effectuer de diverses manières. C'est alors que la sagc-fcnimc doit profiter du grand avantage de rompre la poche, en
empêchant de son mieux l'écoulement des eaux par l'introduction prompte de la main et du bras dans l'orifice de la matrice. Dès cet instant la sage-femme procédera à la version de l'enfant; mais elle ne perdra point de vue la possibilité de la présence de deux enfans. Elle se souviendra qu'elle ne doit opérer que dans l'intervalle des douleurs; qu'au contraire elle doit, pendant leur action, tenir la main immobile dans l'utérus, et surtout pendant ses contractions ne point retourner l'enfant. La femme de son côté s'abstiendra totalement du travail durant cette opération.
§. 334. k l'égard de l'évolulion artificielle même on l'exécute, selon les différentes situations de l'enfant, de trois manières principales ; tellement que l'une ou l'autre de ces méthodes est
applicable dans tous les cas.
■ t ^9^i^'^i0'^lif^ti^h''i t vr 'éy «rft; -fh - §. 335. Le procédé suivant est le meilleur
et le plus fréquemment praticable: c'est celui
qui doit toujours être employé . quand l'enfant
présente la face postérieure du tronc , ou bien
un côté, i;ne épaule , ou un bras tellement <jue
le dos est tourné en-avant.. On saisit avec le
bout des doigts la parlic 411e présente reniant
et, afin de gagner 1 espace nécessaire à l'intro-
duction de la main, ainsi que pour eu rapprocher
les pieds de l'enfant, ou le repousse en deux
dilïér.entes directions; c'esl-a-dire , 011 tourne son
dos en-avant et au-dessus des pubis, en même
tems qu'on glisse autant que possible tout le corps de l'enfant vers le côté de la mère qu'occupe sa tête. Ensuite l'on conduit la main , la paume tournée vers l'enfant , le long de la paroi postérieure du bassin de la mère, depuis la partie qui s'oiFre, au bas-ventre de l'enfant, et de là à ses parties sexuelles , en évitant le cordon ombilical; puis, afin de s'assurer qu'on embrasse les pieds du même enfant , on porte le doigt du milieu entre ses cuisses, l'index et le doigt annulaire sur leurs côtés, et en glissant ainsi aux jambes et aux malléoles , c'est là qu'on les saisit avec les trois doigts indiqués , soit par devant, le doigt du milieu placé entre deux, ou mieux encore , par derrière tellement que la plante des pieds tombe dans le poignet.
Quand on a saisi ainsi les pieds , on les rapproche avec précaution de la poitrine , en fléchissant les cuisses. Ensuite on applique le pouce dessous la partie qui se trouve sur l'orifice, on la relève , et aussitôt on tire les pieds dans l'orifice de la matrice et le vagin. Lorsqu'on ne pourra suffisamment relever du pouce la partie qui se présente, ni par cette raison tourner l'enfant; on appliquera le lacs aux deux pieds amenés vers l'orifice de la matrice, au moyen duquel on tirera les pieds avec la main qui est hors des parties génitales, en repoussant de celle qui s'y trouve introduite , la partie qui se présente.
§. 336. Si la situation des pieds est telle, qu'on ne puisse les trouver et prendre ensemble, on n'en fera descendre qu'un. Quand celui-ci sera amené dans l'orifice de la matrice, on le fixera par un lacs, pour l'empêcher de se retirer , et l'on ira chercher l'autre pied suivant §• 294.
§. 337. Pour placer le lacs, on fixe le pied dans l'orifice de la matrice avec les deux doigts qui l'ont fait descendre ; on adapte le lacs en forme d'une anse sur le bout des doigts réunis de l'autre main, et, après avoir introduit jusqu'au pied ces doigts couverts du lacs, on le saisit par son extrémité 5 puis, la première main étant retirée, l'on insinue l'anse par-dessus le pied aux malléoles , et la main retirée serre l'anse, en tirant sur le lacs. On peut encore en pareil cas , quoique ce procédé soit peu recommandable , appliquer le lacs a l'un des pieds avant son avancement dans l'orifice. Pour cet effet on fixe l'anse du lacs au bout d'une petite baguette propre à cela; on la dirige, eu suivant le bras introduit, dans la matrice jusqu'au bout des doigts, ceux-ci reçoivent l'anse et l'on retire la baguette. •
§. 338. La seconde manière d'opérer la version par les pieds peut encore s'exécuter dansles cas où l'enfant présente également la face postérieure du tronc, mais surtout la face anté-
rieure de manière que les genoux sont pliés et le» talons appliqués sur les fesses.
Pour lors on repousse l'enfant , sans lui presser le bas-ventre , autant que possible vers le côté de la femme dans lequel se trouve la tête; et, conduisant ensuite la main, le long de la partie que présente l'enfant aux fesses , ou aux parties sexuelles, et de la aux pieds, en parcourant les cuisses et les jambes , on saisit, par devant, les malléoles avec l'index, le doigt majeur et l'annulaire ; on place le pouce dessous le bassin de l'enfant, et le repoussant du côté de la tête, on entraîne les pieds, en les pliantes elon leurs articulations.
Quand on ne peut trouver et amener aisément qu'un pied, on pourra, dans une telle position de l'enfant, laisser l'autre, terminer l'accouchement par un pied et à moitié comme accouchement par les fesses. (§. 294.)
§. 339. Enfin ou peut encore exécuter un troisième procédé dans les cas où l'enfant présente un côté , une épaule ou un bras tellement que le dos est tourné en arrière de la femme et que les pieds , couchés sur le ventre , sont situés en-avant. Pour lors on dirige la maiu , sa face dorsale tournée contre la règle vers l'enfant, en arrière des pubis, aux parties sexuelles et de là aux malléoles de l'enfant ; on prend ceux-ci de l'index, du doigt majeur et de l'annu-
laire, et, ayant relevé avec le pouce l'enfant, on tire à soi les pieds.
§. 340. Si l'un des bras est engagé dans l'oi-ifice et le vagin, et s'il est tuméfié ou fortement gonflé, l'on appliquera à sa main le lacs, au moyen duquel, après avoir tourné l'enfant, on fera descendre le bras le long du corps. Mais quand le bras n'est pas très volumineux, ni le bassin trop étroit, la sage-femme, sans se mettre en peine du bras , exécutera la version , selon la circonstance, comme il est dit plus haut, et dans ce cas le bras se relève le long du côté de la tête.
§. 341. La version étant faite , c'est-à-dire quand les pieds sont avancés dans le vagin, on abandonnera le travail à la nature , si d'autres circonstances ne nécessitent pas d'accélérer l'accouchement par les secours de l'art ; telles sont p. é. à l'égard de la mère: l'hémorrhagie , les évanouissemens , l'inertie de l'utérus; et de la part de l'enfant: des indices d'asphyxie, prolapsus du cordon ombilical etc'. Mais lorsque l'accélération de l'accouchement devient indispensable, ou, qu'en amenant les pieds, l'enfant n'auroit pas été placé dans une situation favorable; l'on se conduira totalement comme dans l'ac-* couchement par les pieds. (§. 286 — 296.)
§. 342. La sage-femme n'entreprendra la version de l'enfant par la tête que lorsque celleci sera située près de l'orifice de la matrice.;
conséquemment quand l'une ou l'autre face du cou, ou de la partie supérieure de la poitrine, se présente. Elle observera encore absolument de ne procéder à celte opération, rjue lors qu'après avoir retourné l'enfant, elle aura la certitude qu'elle peut , sans risque, confier le reste du travail aux efforts de la nature; c'est-à-dire, de n'y procéder que quand d'ailleurs toutes les conditions d'un accouchement facile sont remplies et principalement les contractions de la matrice bien établies. Cette manière de tourner l'enfant n'étant pas très dangereuse ni douloureuse pour la mère et l'enfant, on doit toujours la préférer en pareil cas à la version par les pieds.
§. 3^3. On peut également exécuter cette opération, soit sur le lit de travail, soit sur le petit lit. Quand la tête est située sur l'os des îles gauche, on fait pénétrer la main droite, si elle est couchée sur l'ilion droit , c'est la gauche, graissée et les doigts réunis qu'on introduira par le vagin et l'orifice de la matrice ; ou repousse l'enfant autant que possible du côté où sont ses/ pieds , puis en avançant la main , le dedans tourné contre l'enfant , h la symphyse sacro-iliaque la plus proche de la tète , on la glisse entre la tête et l'os des iles, tellement que le bout des doigts soit placé au plus haut possible du sommet, et l'on fait descendre la tete, après avoir éloigné avec le pouce la partie qui se présente. On doit amener la tète dans une position
occipito-cotyloicjienue , et tâcher de bien faire descendre l'occiput.