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CHAPITRE XII

Des accouchemens difficiles pour causes de maladies ou de défauts de la femme.

§. 379. Cette espèce d'accouchemens demande une attention particulière, parceque les causes, qui proviennent de la femme, peuvent aggraver subitement, et d'une manière inattendue } même l'accouchement qui paroit prendre la marche la plus favorable. On divise ces causes en générales, qui peuvent concerner plusieurs parties du corps de la femme, et en locales, qui n'ap-

paroissent qu'aux parties de la génération. Les causes générales comprennent: une faiblesse générale du sujet, les évanouissemens , les convulsio?is, une respiration pénible, les Jiémorrhagies , des douleurs aiguës, de violens vomissemens, les varices , les hernies.

§. 38o. La foiblesse générale peut être innée, ou bien elle peut avoir pris naissance avant ou pendant la grossesse, ou enfin procéder de l'accouchement lui-même. Un extérieur blême et maladif de la femme dénote le premier de ces cas , mais dans aucun elle ne peut faire valoir ses douleurs, sans qu'aumoins un épuisement total ne s'ensuive : ce qui rend l'accouchement plus pénible.

§. 38i. Les évanouissemens sont pour l'ordinaire l'effet d'une très grande foiblesse générale , plus rarement celui de douleurs, ou d'efforts violens. Us arrêtent presque toujours le travail, et plus ces évanouissemens se succèdent de près, et durent longtems , plus ils sont graves et deviennent surtout très dangereux, quand ils sont occasionnés par des pertes, ou des lésions.

§. 382. Les convulsions (§. 35a.) sont moins à craindre lorsqu'elles ne sont pas très fortes , et que la femme a été sujette à ce mal déjà avant l'accouchement. Les accidens convulsifs sont plus imporlans , quand ils n'arrivent que pendant I'accouchcmcnt, vu qu'ils interrompent le travail, et

amènent du danger pour la mère et l'enfant. Le» indications qui annoncent les convulsions sont: lorsque la femme en travail est dans un état extraordinaire d'indifférence , lorsqu'elle se plaint de maux de tête , dé tintement d'oreille ; d'éblouissement, et qu'elle donne des réponses déplacées ; elle soupire , baille, s'inquiète, s'agitej elle a le regard égaré ; des mouvemens convul-* sifs au visage, avec grinsemens de dents etc.

§. 383- La respiration gênée peut procéder de diverses maladies de poitrine, d'un gros cou> ou d'un gros goitre, de l'hydropisie du bas-ventre , d'une difformité corporelle, d'une surabon-1 dance de graisse etc. Une respiration embarrassée produit de grandes difficultés au travail des douleurs > même l'impossibilité de les faire valoir; de plus elle peut occasionner l'apoplexie et des hémorrhagies.

§. 384. Les hémorrhagies par d'autres orgà* nés que ceux de la génération, p. e. le saignement de nez , le crachement de sang etc., mettent obstacle a l'accouchement, parcequ'elles augmentent pendant le travail, affoiblissent la femme, retardent et ralentissent ou suppriment les contractions utérines.

§. 385. Les douleurs aiguës, telles que le» douleurs des reins , les crampes dans l'utérus ou , ce qui n'est pas rare , dans les membres inférieurs , ainsi que tout autre genre de douleurs ,

interrompent également les progrès de l'accouchement, et même font souvent craindre des convulsions.

§. 386. Le vomissement pendant la troisième , et surtout la quatrième période de l'accouchement, est une apparition ni rare, ni bien inquiétante; puisqu'il est ordinairement accompagné d'un travail vigoureux. Cependant le vomissement, quand il dure très longtems , peut épuiser les forces du sujet et, par là, nuire à l'accouchement.

§. 387. Les varices ( §. 191.) exigent une grande attention , vu que , par l'activité du travail, elles augmentent, grossissent, se distendent et sont sujettes à se rompre ; ce qui pour lors donne lieu à une hémorrhagie marquante et difficile à arrêter. Mais c'est surtout dans les parties sexuelles , et particulièrement dans le vagin, que la rupture des varices est dangereuse jusqu'à devenir mortelle.

§. 388. La hernie est le déplacement de quelques portions des intestins , qui sortent de leur cavité , en poussant en-avant les téguinens qui les entourent, et qui forment une tumeur plus ou moins grande à la surface du corps. Les hernies se manifestent ou par des ouvertures naturelles, telles que l'ombilic, l'anneau inguinal et l'arcade crurale, et alors on les appelle hernie ombilicale, inguinale, crurale; ou par des

passages non-naturels, par exemple du bas-ventre, du vagin, et pour lors on les nomme hernie ventrale) vaginale, etc.

On reconnoit la hernie à une tumeur molle, point douloureuse , de couleur naturelle de la peau , qui se forme le plus souvent subitement et qui sous l'impression de la main et dans la situation couchée diminue, ou disparoit touta-fait ; tandis qu'elle augmente de bout , par l'effort de la toux et surtout par celui des douleurs d'enfantement. Heureusement la hernie inguinale et la crurale disparoissent presque toujours pendant la grossesse; l'ombilicale et l'abdominale , au contraire, augmentent dans cet état. La présence d'une hernie quelconque nécessite toujours dans l'accouchement le secours de l'art 5 parceque le travail la peut augmenter, souvent y occasionner de la douleur et de l'inflammation, et même l'étrangler. Ce dernier cas est très sérieux.

§. 38g. Les causes locales dépendantes de la femme qui peuvent rendre l'accouchement difficile, sont principalement i le trop peu ou trop de capacité , le trop ou trop peu à" inclinaison) les exostoses et les anchyloses du bassin; l'obliquité, l'anté-version et la rétro-version, le diversement, le prolapsus, l'inertie, les crampes , l'inflammation et la rupture de la matrice; la rigidité et V imperforation de son orifice; le rétrécissement, V imperforation) le prolapsus et la rupture du vagin.

§• 3go. Quand le bassin est trop étroit, (a/igustie du bassin §. 88.) la tête ne s'engage qu'avec peine dans le bassin, et elle s'enclave à l'endroit rétréci, ou même ne peut point entrer dans le bassin. En ce dernier cas le ventre ne s'affaisse pas pendant la grossesse ni dans l'accouchement, et il est difficile d'atteindre l'orifice de la matrice et la partie que présente l'enfant.

§. 3gi. La trop grande capacité du bassin (§. 89.) rend la grossesse pénible par la pression qu'exerce la matrice et le fœtus sur la vessie, sur le rectum et les autres parties molles du bassin. L'inflammation de ces organes, des difficultés à lâcher l'urine, ou, au moins , une sensation incommode de pesanteur dans la région du bassin; en sont communément la suite.

Le bassin trop spacieux aggrave l'accouchement en ce que la marche en est ordinairement trop subite; ce qui peut facilement occasionner le prolapsus de la matrice et, par sa déplétion trop prompte, causer atonie et renversement de cet organe, des pertes et en général une délivrance difficile. La femme peut même être surprise par l'accouchement, au point de laisser tomber à terre son enfant.

§. 39a. Le trop peu d'inclinaison du bassin (§. 86.) occasionne à la grossesse et à l'accouchement les mêmes désavantages que le bassin trop large (§. 3gi.) ; de manière que ces deux défauts,

sont d'autant plus à craindre , quand ils se réunissent ensemble.

§. 393. La trop grande inclinaison du bassin (§• 86.) produit aisément, durant la grossesse Tanté-version de l'utérus, et le ventre en besace, ainsi que l'incontinence de l'urine, Dans l'accouchement la partie qui se présente ne s'engage qu'arec peine dans le bassin, parceque le plus souvent elle s'apptiye contre les pubis.

§. 3g4- Le bassin oblique (§. 90.) peut, quand ce vice est considérable, aggraver l'accouchement de la même manière que le bassin étroit.

Les exostoses rétrécissent le bassin et occasionnent souvent des impressions au crâne de l'enfant. Uanchylose du coccix rend celui-ci immobile et peut, par cela, causer la fracture de cet os , quand le détroit périnéal est un peu étroit.

§. 395. L'obliquité de l'utérus est la situation dans laquelle son axe dévie de l'axe de tout le corps vers l'un ou l'autre côté. On distingue deux situations obliques : l'obliquité contre la droite, dans laquelle on sent le fond de l'utérus au côté droit de la femme , tandis que le côté gauche est plus vide, et que le col de la matrice est situé vers l'ilium gauche ; et l'obliquité à gauche, dans laquelle le fond de l'utérus est situé à gauche , et son col à droite. L'orifice) dam

ces cas d'obliquités > ne se dilate que lentement , et avec peine, pendant l'accouchement; la poche est inégale et flasque ; les eaux sont sujettes à s'écouler trop-tôt; l'enfant lui-même est quelque-» fois dans une situation oblique , et s'accroche au rebord du détroit abdominal. Les obliquités de l'utérus paroissent très souvent dans un moin-* dre degré, et sont alors de peu de conséquence. L'obliquité; parfaite est fort rare.

§. 3g6. U anté-version de l'utérus est la situa-r tion irrégulière de cet organe, quand son axe se dévie en-avant. Le fond de la matrice se dé^ jette et descend en-avant; son orifice se tourne vers le sacrum , en s'élevant très haut. L'antéversion incomplète est très fréquente , la com^ plète très rare, et n'a guère lieu qu'au cinquième teins de l'accouchement, et, après la délivrance. L'incomplète occasionne un ventre en besace , relâchement de ses tégumens , compression de la. vessie, et pendant l'accouchement les mêmes inconvéniens que ceux qui sont la suite de l'obliquité de ce viscère.

§. 397. La rétro-version est la situation opposée à celle qu'on vient de décrire. Le fond de la matrice est tourné contre le sacrum, son orifice au contraire s'élève très haut en arrière des pubis. La rétro-version peut seulement avoir lieu dans les 3 ou 4 premiers mois de la grossesse, mais elle peut alors provoquer diverses

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incommodités:, même l'avortement , comme il est dit §. 452.

§. 398. Uintro-version , ou le renversement de l'utérus, ne peut avoir lieu que pendant, ou peu de tems après la cinquième période de l'accouchement. C'est la situation contre nature de l'utérus non contracté , dans laquelle le fond de cet organe , en plongeant plus ou moins dans son orifice, descend dans le vagin, ce qui caractérise Vintro-version incomplète : ou bien il s'enfonce jusques dans la vulve , et alors elle est complète. Elle peut provenir d'une attitude trop perpendiculaire de la femme dans la quatrième période de l'accouchement, et surtout quand le bassin est trop large; d'un cordon trop court; d'une traction imprudente sur le placenta avant son décollement ; du propre poids du fond de la matrice , en état d'atonie , après un accouchement précipité etc. On reconnoit le renversement incomplet au toucher d'un corps rond, duret , souvent fort sensible qui, sortant de l'orifice de la matrice , descend plus ou moins dans le vagin; et extérieurement on sent l'utérus comme un pavillon d'entonnoir. Le renversement complet est facile à reconnoître par ce qui en à été dit, surtout quand le placenta est encore adhérent à l'utérus , ce qui à l'ordinaire occasionne une perte de sang plus ou moins forte. Sans un prompt secours il survient facilement inflammation et gangrène de la matrice.

§. 399* Le prolapsus , t>u la descente de Vutérus , c. a. d. une position de ce viscère plus ou moins enfoncée dans le bassin qu'à l'ordinaire, peut avoir lieu dans les trois premiers mois de la grossesse, comme aussi pendant et immédiatement après l'accouçhement. L'amplitude du bassin, le relâchement des Iigamens utérins et du vagin, un accouchement subit, et l'imprudence de la sage-femme peuvent causer cet accident. Il est important qu'on prévienne, par une assistance intelligente et soutenue, les conséquences fâcheuses que sans cela cet état peut amener pour l'accouchement, et même pour l'avenir.

§. 400. L'inertie de l'utérus consiste ou dans un état de relâchement et de foiblesse de cet organe, qu'on nomme atonie et qui peut provenir, soit de la fréquence, soit de la violence du travail, des accouchemens précédens, d'une trop grande extension de la matrice pendant la grossessse, ou de maladies de cet organe. Ou bien elle consiste, et particulièrement chez les femmes nerveuses , dans l'effet d'un spasme continu. Dans le premier cas le sujet n'éprouve que peu pu point de contractions de l'utérus , qui est mou et souvent point douloureux au toucher. Pans lç second cas la matrice au contraire est Constamment un peu dure et souffrante , malgré l'absence des douleurs d'enfantement.

L'atonie de la matrice mérite une attention particulière au cinquième tems de l'accouchement, a cause dû retardement de la délivrance , des pertes, et de la disposition de la matrice à se renverser, ce qui tout en peut être la suite.

§. 401. Il est essentiel de distinguer l'état spasmodique ci-dessus nommé d'avec les crampes de l'utérus, lesquelles ne sont pas continues , mais sont intermittentes, fort douloureuses et interrompent le travail. Elles accompagnent fréquemment les douleurs de la première période de l'accouchement.

Les contractions déréglées de l'utérus peuvent encore au cinquième tems de l'accouchement compliquer la délivrance; notamment par des contractions spasmodiques de l'orifice de la matrice, et par le chatonnement du placenta. On dit que le placenta est chatonné ou enkistê , quand, par des contractions spasmodiques et locales de la matrice d'ailleurs inactive, il se trouve enfermé dans une petite cavité, laquelle n'est en rapport avec le reste de la cavité utérine que par une petite ouverture, qui donne passage au cordon. Tant que l'une ou l'autre de ces circonstances subsistent, l'expulsion des secondines ne peut avoir lieu. La dernière est communément accompagnée d'hémorrhagie.

§. 402. Un traitement inconvenable de la personne en couche, les violences , les efforts

immodérés , de même qu'un travail d'enfant ou trop long, ou précoce, et d'autres circonstances peuvent provoquer l'inflammation de l'utérus , à laquelle la pléthore, et une plus abondante aflluence de sang vers cet organe, disposent fort souvent encore. On la reconnoit aux vives souffrances de la mère, qui durent même pendant les intervalles des douleurs de l'enfantement; en outre à l'extrême sensibilité du bas-ventre chaque fois qu'on le touche, à une plus grande chaleur de la matrice et des parties naturelles , comme aussi à la sécheresse de celles-ci; enfin à la rougeur du visage, la pulsation visible des artères etc. L'inflammation de la matrice réprime l'activité du travail.

§. 403. La rupture de la matrice pendant l'accouchement ne peut être occasionnée que par un travail très vigoureux, mais sans progrès; ou par des secours manuels trop violens. On la remarque par un bruit intérieur, par le reculement de la partie que l'enfant présente, par la cessation totale des douleurs , et souvent on sent par les parois abdominales les parties de l'enfant sorties de la matrice ; la femme éprouve par une douleur aiguë que quelque chose s'est rompu dans son sein; de plus des anxiétés, des pertes, hoquets, vomissemens , des convulsions et des syncopes surviennent, et souvent la mort succède de près.

§. 404. La rigidité et Vimpcrforation de lori-

fiée de la matrice, le rétrécissement et V imperforation du vagin sont faciles à remarquer au toucher. Toutes ces circonstances rendent l'accouchement difficile, en empêchant le passage de la partie que présente l'enfant. Ces obstacles , bien qu'en partie ils puissent dater de la naissance de l'individu, procèdent communément de lésions , ou de maladies , dont ces parties ont été affectées.

§. 406. Le prolapsus , ou la descente, du vagin forme en dedans , ou en dehors de la vulve , une petite tumeur ronde , au milieu de laquelle on trouve une petite ouverture , par où l'on pénètre au col de la matrice. Ce prolapsus peut aggraver l'expulsion de l'enfant, mais aussi très facilement descendre de plus en plus pendant l'accouchement. Il peut également avoir lieu avant, pendant et après la grossesse et l'enfantement.

§. 406. La rupture du vagin ne peut s'effectuer que dans le cas de rétrécissement, ou par manque de dilatabilité de cet organe. Elle peut être plus ou moins grande , et occasionner des pertes différemment considérables. Elle peut surtout devenir dangereuse, quand le vagin est affecté de varices, dont la rupture produit aisément une hémorrhagie très grave, que l'on confond facilement avec des pertes de la matrice.

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