CHAPITRE XVI
Des accouchemens avant terme.
§. 444. L'accouchement — pris dans le sens le plus étroit — est avant terme, quand il a lieu avant la fin du neuvième mois , ou approchant avant la 38ème semaine ; on le nomme prématuré, (comme il est dit au §. 1 55.) quand il arrive entre la 27ème et la 38ème semaine, et faussecouche, ou avortement , lorsqu'il survient avant la 27èn,c. C'est de ce dernier qu'on va s'occuper, vu qu'à l'égard du travail et des secours le précédant se rapporte complètement à l'accouchement à terme.
§. 4/,5. Le fœtus ne peut survivre a la faussecouche , parce qu'il n'a pu se développer suflisa-
ment. Celle-ci peut avoir lieu dans tous le* tems dès le jour de la conception jusqu'à la agème semaine ; mais on ne la devroit appeler avortement que lorsqu'elle survient dans les trois premiers mois. C'est au 3ème et 4è,ne mois de la grossesse qu'elle se déclare le plus fréquemment, et presque toujours dans le tems auquel — en état de vacuité — eussent reparu les menstrues.
Quelquefois on appelle encore improprement fausse-couche l'expulsion d'une môle, ou de quelques fluides amassés dans l'utérus etc.
§. 446. Les foiblesses générales , et surtout locales de l'utérus , les maladies aiguës et quelquefois les chroniques, la pléthore, de véhémentes émotions, lès passions desordonnées, les grands échauffemens, ou un refroidissement continu, les exercices forcés, les ébranlemens du corps, les Coups, la chute sur le ventre et sa compression, l'abus du coït, les grossesses trop fréquentes, les fleurs blanches d'un caractère malin, les hémorrhagies , la saignée s<ms nécessité, les purgatifs violens, les obstructions opiniâtres , les Vomissemens violens et réitérés ; mais singulièrement la rétro-version de l'utérus, de plus la rupture des membranes , le décollement du placenta et les maladies ou la mort du fruit — sont les principales causes de la fausse-
couche. Ces causes sont très particulièrement à redouter , si la femme a déjà eu fait fausse-couche, et d'autant plus qu'elle fut souvent accouchée avant terme. Les fausses-couches successives d'une personne reviennent communément à la même période de la grossesse.
§. 447. Souvent les accouchemens prématurés sont précédés de certains symptômes qu'on appelle signes avant-coureurs. Ces signes peuvent précéder de plusieurs jours l'accouchement, mais ilsne se présententpas constamment, etmême malgré leur apparition l'accouchement ne succède pas toujours, pourvu que la femme se comporte convenablement. Ces signes , outre ceux qui annoncent la mort de l'enfant dans la grossesse (§. 438.) , sont les suivans : la femme a le teint blême et maladif, elle éprouve des mouvemens fiévreux, de la lassitude, un sentiment de pesanteur au ventre, et de pression sur l'orifice de la matrice, sur l'anus et la vessie , de la douleur dans les lombes et la région du bassin, des crampes dans le bas-ventre, une sécrétion plus copieuse des mucosités du vagin ; enfin des contractions douloureuses de la matrice se manifestent, son orifice «■'ouvre et rend du sang, ou souvent un fluide de mauvaise odeur etc.
Si en pareilles circonstances on peut arrêter, ou suspendre, les contractions utérines, la gros-
scsse pourra parvenir à son terme naturel; mais l'accouchement aura toujours lieu quand les eaux s'écoulent.
§. 448. La durée et la terminaison de la fausse-couche sont très variables. Dans les trois ou quatre premiers mois de la grossesse le plus souvent l'œuf est expulsé en entier et sans lésion; néanmoins quelquefois, et ce cas est plus fréquent dans les mois suivans, l'avorton , après la rupture des membranes , naît le premier et l'arrière-faix lui succède immédiatement. Mais il arrive aussi que dans la grossesse plus avancée encore, le produit de la conception vient à naître en totalité ; et au contraire il n'est pas rare qu'on soit obligé de séparer, par la section du cordon, le fœtus des secondines, parceque celles-ci ne le suivent pas immédiatement , mais avec plus ou moins de délai.
§. 44g. On doit considérer la fausse-couche comme un accident contre nature, surtout quand elle se répète souvent chez le même individu. La sage-femme se fera donc un devoir d'engager une personne sujette aux fausses-couches, ou qui même en auroit seulement à craindre, à se soumettre aux ordonnances du médecin; comme aussi, le cas arrivant, à faire venir incontinent l'accoucheur. Mais la sage-femme devant en pareille circonstance aider de conseil et de fait, elle suivra, en attendant, les préceptes suivans.
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§. 460. Dans cette occurrence la sage-femme peut agir sous trois points de vue; savoir: celui de prévenir la fausse-couche que l'on craint ; ou d'empêcher celle qui a déjà commencée ; ou enfin, quand elle est inévitable, de la rendre le moins nuisible que possible.
§. 45 1. Pour prévenir la fausse-couche il importe que la personne évite un retour trop fréquent de grossesses. En outre on tâchera de détourner tant que possible les causes qui ont occasionné les avortemens précédens ; on engagera la femme à se comporter, durant sa grossesse, avec prudence et sagesse dans tous les tems ou ses règles auroient dû paroitre, mais très particulièrement pendant les périodes de la grossesse, dans lesquelles ses précédens avortemens ont eu lieu; on aura soin que dans ces tems elle observe le plus grand repos, et que même elle reste dans son lit. De plus elle s'abstiendra également hors de ces périodes criliques de grands mouvemens , de compressions du basventre, de tout ce qui affecte vivement l'aine, de refroidissement , d'échaufieincnt et surtout du coït. La femme observera au contraire une diète sévère , un maintien sédentaire et une grande tranquillité d'ame.
§. 452. Lorsque la rctro-vcrsion de Futcrus (397.) est la cause d'une fausse-couche qui se prépare, il faudra aussitôt la réduire.
La sage-femme est autorisée à présumer la rétro-version de l'utérus par les indications suivantes , quand elles se présentent dans les quatre premiers mois de la grossesse : la femme commence par se plaindre de pesanteur, puis de douleurs, dans le voisinage des pubis; elle éprouve des retendons d'urine, et souvent des constipations du rectum; la douleur augmente et s'étend sur toute la région du bassin; le ventre se gonfle, il devient très sensible au toucher, et l'inflammation avec ses effets, et peut-être la mort, s'ensuivroient sans des secours convenables. Après que ces symptômes auront fait présumer la rétro-version, il faut s'en assurer par le toucher. Le doigt , quand elle existe , ne peut pénétrer qu'avec peine dans le vagin ; le col de la matrice, très difficile à. atteindre , est appuyé contre les pubis; mais en introduisant le doigt dans le rectum on sent le fond de l'utérus adossé contre le sacrum.
§. 453. Pour replacer la matrice renversée, il faut dabord évacuer le rectum au moyen d'un ciystère , et vider la vessie par la sonde. Puis, après avoir placé la femme le plus convenablement sur les genoux et appuyée sur ses coudes, on repousse , par un doigt introduit dans le rectum, le fond de l'utérus en en-haut et en avant vers le nombril, tandis qu'avec deux doigts on tire en-bas le col de la matrice par le vagin. Mais ensuite la femme gardera quelque tems le plus
grand repos, couchée sur le côté droit et un peu tournée sur le ventre, les cuisses étant fléchies, en évitant toutes secousses et se tenant le ventre libre.
§. 464. Si la fausse-couche a commencé , la sage-femme fera tout ce qu'elle pourra pour l'interrompre, ou l 'empêcher , comme aussi pour écarter autant que possible tout ce qui la pourroit favoriser. Dans ce but on mettra la femme sur son lit couchée horizontalement sur le dos, en lui interdisant de presser en en-bas et lui procurant une grande tranquillité de corps et d'ame. On lui donnera , selon les circonstances , en petites portions des boissons calmantes telles que du thé de fleurs de tilleul , de la limonade , de l'eau avec du jus de citrons , ou du sirop de vinaigre, ou avec un peu de bon vinaigre; ou bien du bouillon fortifiant , des gouttes de Hoffmann etc. La sage-femme ne doit pas trop toucher , ni frotter le ventre de la femme , et très particulièrement se garder de rompre la poche.
§. 455. Lors même que la sage-femme ne pense pas de pouvoir empêcher l'avortement , néanmoins elle ne doit jamais se permettre de le favoriser, mais toujours présupposer la possibilité, qu'aussi longtems que les membranes ne sont pas rompues , les douleurs cxpulsivcs peuvent cesser. Elle ne doit pas même après l'écoulement des eaux tirer sur le fœtus , et jamais en
faire la version, tant que le fruit n'est pas déjà très grand, vu que les forces de la nature sont suffisantes pour l'expulser, et que la cavité de l'utérus seroit trop étroite pour cette opération.
§. 466. En cas que des pertes de sang apparussent avant l'expulsion du fruit , la femme se tiendra couchée, le derrière élevé, les cuisses étroitement serrées , pas trop chaudement couverte, sans personnage inutile auprès d'elle et sans mouvement, et on lui donnera un peu plus fortes les boissons acidulés désignées au §. 454. Si ces moyens de précaution ne suffisent pas, on appliquera sur l'abdomen et les lombes des linges trempés dans de l'eau froide, ou dans de l'eau avec du vinaigre et du sel. Enfin la sagefemme peut encore, en cas de nécessité, se permettre de tamponner comme il est indiqué à §• 199»
§. 4 5 7- Si le produit de la conception n'est pas sorti en entier, ou si les secondines n'ont pas succédé immédiatement au fœtus, on doit les amener seulement lorsqu'elles sont engagées dans l'orifice de la matrice, en saisissant le placenta par son bord. Mais lorsqu'au contraire le placenta se trouve encore attaché en totalité ou en partie à l'utérus, on abandonnera la délivrance aux forces de la nature, qui le plus souvent l'en détachent en moins de quelques heures , mais par fois seulement au bout de quelques jours,
en le pressant dans le vagin, d'où il en faut alors faire l'extraction. On peut, en frottant le fond de la matrice , et au moyen des cordiaux itérativement indiqués , tenter de provoquer l'action de l'utérus ; mais jamais on ne doit user de violence pour décoller le placenta. Lorsque la délivrance est accompagnée d'hémorrhagie , la sagefemme se comportera comme dans le cas des pertes qui surviennent avant la naissance du fœtus.
Quel que soit le produit de la conception sorti du sein de la mère, soit en totalité ou seulement en partie, on le mettra dans de l'eau fraiche jusqu'à l'arrrivée du médecin.
§. 468. Quand l'expulsion de l'arrière-faix n'a pas lieu dans l'espace de quelques jours, il passe en corruption et se détache de l'utérus. Dès lors le placenta dégénère en une matière purulente qui s'écoule par les parties sexuelles , ou bien il s'échappe par portions de différentes grosseurs. Dans tous les cas où l' arrière-faix auroit passé en corruption, la sage-femme ne doit pas négliger de faire chaque jour dans la matrice quelques injections tièdes d'eau pure, ou de thé de camomille, de décoctions d'orge, ou de graine de lin , dans l'intention de déterger le pus , de purger la matrice et de préserver les parties sexuelles.
§. 40g. Pour faire cette injection, ainsi que
toutes les autres dans la matrice, ou doit faire coucher la femme horizontalement, les reins un peu relevés. Après avoir placé un vase devant les parties génitales, Ton introduit le bout de l'index et du grand doigt d'une main dans l'orifice de la matrice, on glisse sur ces deux bouts de doigts la canulle de la seringue chargée, dont il faut empoigner le milieu du canon de l'autre main, et on l'avance un peu dans la matrice; puis, en retirant la main des parties génitales, on la porte sur le piston de la seringue que l'on vuide sans lui faire subir aucun mouvement, et on la retire avec précaution.
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