‹ Manuel des sages-femmes [electronic resource]Chapitre 33 sur 40 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De Z« Marche régulière des Couches.

§. 460. La délivrance terminée toutes les parties de la femme qui, durant la grossesse et l'accouchement , ont éprouvé des changemens , tendent maintenant à retourner daus l'état qui est naturel à la virginité; et la matrice abandonne dès lors aux mamelles la fonction de nourrir l'enfant. Le flux de sang, qui pendant la grossesse s'est porté abondamment à l'utérus , s'en détourne maintement et se dirige davantage aux mamolles , où se perfectionne h présent la sécrétion et l'excrétion du lait. On appelle les couches, ou iems des gesincs, le temps pendant lequel tout cela se passe, et qui dure 3o h 40 jours; attendu

que l'accouchée est obligée d'observer un grand repos, et de garder au commencement plusieurs jours le lit.

§. 461. Dans le cours des couches se déclarent diverses apparitions, qui, quoique sans être une maladie par elles mêmes, ne méritent pas moins toute l'attention de la sage-femme, puisque ces circonstances sont très importantes, et qu'elles peuvent facilement dégénérer en maladies réelles.

§. 462. Ainsi qu'à la suite de l'enfantement, de même et plus particulièrement à la suite de la délivrance, la femme nouvellement accouchée est encore sujette aux frissons, qui souvent l'affectent au point de causer un tremblement de tout son corps et des claquemens de dents, auxquels succèdent cependant une douce tranquillité, et une chaleur salutaire moyennant des soins convenables.

§. 463. Pendant les premiers jours, surtout immédiatement après sa délivrance , la femme ressent encore à la suite du travail et de la crise qu'elle a éprouvés, de V accablement et une grande faiblesse qui souvent sont accompagnés d'une sensibilité non moins grande et générale. Mais bientôt après l'accouchement la femme tombe dans un doux sommeil, pendant lequel une légère sueur se répand sur tout son corps : l'un et l'au-

ire étant salutaires , on ne doit rien faire qui les puisse troubler.

§. 464. La matrice n'est pas encore totalement débarrassée alors même que l'enfant et l'arrière-faix en sont expulsés. Le sang qui se portoit au placenta, et qui ensuite se détourne insensiblement de l'utérus , s'épanche maintenant en partie dans la cavité de la matrice. Là, une portion de ce sang se coagule, surtout immédiatement après la délivrance , et s'évacue en caillots, tandis que l'autre s'écoule peu-à-peu de la matrice par la vulve en entraînant les restes des membranes et du placenta qui demeurent souvent en arrière. Mais à mesure que les extrémités perspiratoires des artères de la surface interne de l'utérus se ferment, ce n'est plus que la portion sérevise du sang qui s'épanche dans la matrice . tellement qu'après les trois premiers jours cet écoulement paroit moins rougeâtre que séreux; et enfin il devient plus glaireux, blanchâtre et en quelque sorte laiteux. L'on appelle cette évacuation les lochies ou vidanges, et on les distingue , d'après ce que dessus , en lochies rouges et lochies blanches ou laiteuses. Cet écoulement dure communément 2 à 3 semaines chez une femme en santé, qui allaite son enfant; tandis que, si elle n'est pas nourrice, il dure jusqu'à 6 semaines et souvent au-de-là. Au reste la durée et la quantité des lochies varient considérablement selon la nature des circonstances qui ont

accompagné l'accouchement, selon les hémorrhagies qui ont eu lieu, selon la constitution, la santé, la diète de la femme, l'allaitement etcl

Ordinairement les règles reviennent bientôt après la cessation des lochies, cependant il n'est pas rare qu'elles manquent encore deux où trois mois sans nuire. Il arrive aussi qu'à leur retour ces règles sont souvent si abondantes qu'elles ressemblent plutôt à une perte.

§. 465. , Tant pour favoriser la déjection des parties qui sont restées dans l'utérus, que pour réduire la matrice à son volume naturel à l'état de vacuité, les contractions de celle-ci se renouvellent pendant les premières 24 heures après l'accouchement. Mais elles sont bien moins fortes, et la plupart sans douleurs ; elles laissent des intervalles plus longs, durent 1, 2, jusqu'à 4 jours au plus. Au lieu de douleurs après la délivrance qu'on devroit les nommer, on les appelle communément tranchées utérines.

§. 466. La sécrétion du lait dans les mamelles est un des plus importans phénomènes du tems, des couches. Déjà vers la fin de la grossesse s'opère la sécrétion d'un lait très séreux , qui quelquefois s'épanche spontanément. Immédiatement après l'accouchement la préparation du lait dans les mamelles devient plus active, il augmente en quantité et par son accumulation gonfle insensiblement les seins, qui, si ou ne leur procure

pas de l'évacuation, deviennent fort tendus, durs, douloureux, chauds et même enflammés , état qui est toujours accompagné de fièvre , et auquel on donne la dénomination copulative de fièvre de lait, ou de montée du lait. Mais ces accidens n'arrivent point , et la fièvre sera imperceptible ou tout-à-fait absente , si l'on donne issue au lait à mesure qu'il se forme, ce qui s'exécute naturellement en faisant teter l'enfant.

§. 467. Dans les premiers jours qui suivent l'enfantement, le lait est encore très clair, lymphatique et ne contient que très peu de parties nutritives. Mais il a des propriétés résolutives et purgatives par lesquelles il délaye et évacue les matières glaireuses de l'estomac , et le înéconium des intestins de l'enfant. Toutefois le lait ne tarde point à. devenir insensiblement plus consistant, plus gras et nourrissant.

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