CHAPITRE II
Des Soins qu'on doit donner aux femmes
en couches.
§. 468. Le premier soin que la sage-femme doit donner à l'accouchée , aussitôt qu'on aura éloigné d'elle son enfant , c'est de s'assurer par le toucher sur le bas-ventre, et en cas de besoin par les recherches internes, si la matrice contient un second enfant, ou quelqu'autrc corps
étranger j si elle s'est resserrée convenablement sur elle même, et si ce viscère ne se trouve pas dans une situation irrégulière; en général si les organes génitaux sont en bon état. Après cette reconnoissance on nettoyer a , avec une éponge trempée dans l'eau tiède , les parties externes de la génération et les circonvoisines , sans négliger de s'assurer particulièrement si le périnée est déchiré, ou si peut-être quelqu'autre partie externe se trouve lésée. Ensuite on doit recouvrir la vulve d'un linge sec et chaud, faire rapprocher les cuisses et tendre les jambes. Laissant alors reposer l'accouchée, chaudement couverte , pendant quelques momens , on fait de tems en tems de la main platte quelques frictions sur le fond de la matrice en bien observant, s'il ne survient point d'hémorrhagie.
§. 469. Quand la femme aura reposé quelque tems , on subsistuera avec précaution pour la préserver du froid, un habillement et des linges secs et chauds à ceux qui seront mouillés ou salis. Outre sa chemise on l'habillera convenablement pour la saison d'une camisole , d'un mouchoir et d'un bonnet. On la mettra sur le lit destiné pour ses couches, et, si on le juge nécessaire, on lui appliquera un bandage au tour du ventre.
§■ 470. Ce bandage du corps qui consiste en une serviette, ou un autre linge mollet, plié
en plusieurs doubles de la largeur du bas-ventre , au tour duquel on l'applique comme une sangle qui en embrasse tout le volume, n'est pas toujours absolument nécessaire. Mais il peut être utile en certains cas , comme aussi très nuisible quand il est employé mal à propos. On peut bander l'accouchée quand, par une cause quelconque, son ventre a été très volumineux pendant la grossesse , et que par cette raison les tégumens du ventre sont flasques et pendans; quand le ventre a été en besace, l'accouchement précipité; quand des défaillances ou syncopes sont à craindre, comme aussi dans des cas de déplétion trop prompte de la matrice , et enfin lorsqu'à la suite d'un long travail le bas-ventre se trouve trop relâché et dans un état d'inertie. Mais on n'appliquera jamais ce bandage , non plus même dans les circonstances qu'on vient d'indiquer, si la matrice ne s'est pas contractée convenablement; parcequ'il pourroit aisément occasionner une situation vicieuse de ce viscère, et empêcher de remarquer, peut-être même provoquer, une hémorrhagie utérine interne. On ne doit pas moins s'abstenir d'en faire l'application, quand le ventre est gonflé ou affecté de douleur. De plus on doit adapter ce bandage avec précaution, et de manière qu'il exerce sa pression, non en en-bas , mais du bas en en-haut, et qu'elle soit dabord très modérée; vu qu'un procédé opposé peut ehcore produire, soit une situation irrégulière de l'utérus, ou le prolapsus du vagin,
la hernie et d'autres accidens, même de ceux qu'on voudroit prévenir en partie par ce bandage. Au reste on peut le serrer chaque jour davantage, et le faire porter plus ou moins longtems, selon les circonstances.
§. 471. On doit chauffer le lit des couches et le préparer de façon que la femme puisse s'y coucher horizontalement la poitrine et la tête un peu élevées. Il sera fait et garni de manière qu'on puisse facilement le tenir propre. Dans ce but on mettra, a la place sur laquelle repose le derrière de la femme, dessous l'alèze une peau de mouton ou de biche, ou une toile cirée, et dessus plusieurs linges ou draps pliés et disposés de sorte qu'on puisse les changer aisément. Au défaut d'une peau, les pauvres peuvent se servir d'un petit sac garni de son ou de bourre. On ne placera pas le lit trop près de la porte ni de la fenêtre ou du fourneau.
La situation sur le dos est la plus convenable, surtout dans les premières 24 heures après la délivrance. Cependant, si nulle circonstance particulière ne s'y oppose, la femme peut sans inconvéniens se mettre plus tard sur le côté pour se délasser; mais en tenant toujours les cuisses rapprochées et observant le plus grand repos.
§. 472. Il importe de ne point troubler sans nécessité ce bienfaisant repos du corps et de famé et particulièrement le sommeil de la femme en
couches. On éloignera d'elle toutes les personnes inutiles , le bruit, en un mot tout ce qui est incommode et principalement l'imporf unité des visites de couche, au moins pendant les premiers jours. On doit de plus veiller assidûment auprès de l'accouchée durant son sommeil, et s'assurer de tems en tems de ce qui se passe à l'égard des pertes.
§. 473. On doit aussi tmir propres les parties sexuelles; et pour cet effet il convient de changer souvent pendant les deux premiers jours le linge qu'on y aura appliqué; on l'êtera ensuite , et durant le tems des couches on lavera fréquemment ces parties avec de l'eau tiède, et après les premiers jours préférablernent avec du vin chaud. Les compresses trempées dans la bière chaude bouillie avec du beurre frais, ou bien trempées dans du thé de camomille et de fleur de sureau, sont préférablernent utiles quand les parties sexuelles sont extérieurement tuméfiées , meurtries et affectées de douleur; ou, lorsqu'elles ne sont pas très enflammées, on, employé des fomentations de vin pur, ou dans lequel on a fait une décoction de ces fleurs, soit de sabine ou d'autres analogues. '
§.474. La chambre de l 'accouchée , si l'on a du choix, doit être éloignée du grand bruit et spacieuse; mais, surtout à cause du nouveauné, ne pas être trop éclairée; l'air y doit être
pur, tempéré et point humide. Conséquemment on écartera de la chambre les fluides qui sont à découvert, les linges salis ou mouillés, tout ce qui répand des odeurs fortes , toute espèce de feu et de lumière superflus, tous les assistans inutiles etc. Chaque jour il en faut renouvelier l'air avec précaution.
§. 470. On ne doit point laisser manquer de boisson la femme en couche, mais elle boira a sa soif. Cependant il est essentiel que ses boissons ne soyent pas nuisibles , surtout point irritantes ni trop chaudes, ni froides dans les premiers jours des couches. On peut d'ailleurs lui faire boire un thé, qu'on trouve presque dans toutes les pharmacies préparé proprement pour les accouchées, ou une légère infusion de camomille, de fleur de sureau pu de tilleul, pure ou mixte. Ou bien on donnera après les premiers jours de l'eau pure qui ne soit pas toutà-fait froide. On pourra donner toutes ces boissons , soit pures ou coupées avec un peu de lait; on peixt de plus accorder aux femmes en couches du bouillon de gruau, d'orge ou à la viande , plus tard du vin avec de l'eau, et si la personne en a l'habitude, un peu de bon vin et du caffé.
§. 476. Communément la femme n'a besoin que de très peu d'alimens les 3 à 4 premiers jours de ses couches , et même plus tard. Durant ce tems elle se nourrira donc uniquement de sou-
pes et de bouillons, qui, sans être très succulens, encore moins trop gras, soyent d'une digestion facile. Du reste l'on doit s'en remettre a 1 appétit de la femme , eu ne lui donnant à manger ni plutôt ni plus tard des alimens solides , que lorsqu'elle sera bien rentrée en appétit; et alors même on ne lui en accordera que peu a la fois , mais d'autant plus souvent , en passant graduellement des moins nourrissans a ceux qui le sont davantage. Il importe également que tous ces alimens ne soyent pas indigestes, ni irritans ou refroidissans , ni crus ou gonflans.
§. 477. La femme en couche doit aller journellement à selle, et en cas que cette évacuation n'auroit pas lieu spontanément, on doit la provoquer en administrant de deux jours l'un un lavement du genre de ceux qui sont indiqués au §. 242. Au commencement de sa couche la femme ne sortira pas de son lit pour faire l'évacuation du ventre. Si elle ne peut pas lâcher l'urine 011 se comportera suivant le §. 486.
§. 478. Les mamelles de la femme doivent être, non seulement pendant les couches, mais encore durant le teins qu'elle allaite , tenues chaudement et préservées de pression et de froid. De même on doit, en les soutenant par un corsage convenable, empêcher qu'elles pendent, et en outre garantir, autant que possible, les mamelons de toute pression et d'humidité.
§. 479- L'accouchée doit se faire un devoir agréable d'allaiter elle me me son enfant autant que cela est possible, puisqu' indépendamment de l'utilité qu'elle lui procure, la mère en tire un avantage non moins important pour elle en remplissant ainsi la condition la plus essentielle pour se procurer une heureuse couche et une bonne santé. Dabord à la suite du premier sommeil de l'enfant et de la mère, conséquemment quelques heures après l'accouchement, on présentera l'enfant au sein, dès qu'on aura préalablement un peu amolli avec de l'eau tiède , ou la salive de la mère , la peau des mamelons , et après les avoir fait sortir au moyen de deux doigts. Quand même aux premiers essais l'enfant n'extrairoit aucun fluide , il convient de le remettre de tems en tems au sein pour l'accoutumer à teter , et pareeque par la succion il prépare et dispose ; insensiblement les mamelons à faire leur importante fonction, et qu'il favorise dabord la sécrétion et ensuite l'écoulement du lait. En suivant ce précepte de donner le sein à l'enfant de bonne-heure et de le répéter souvent, on préservera la mère du gonflement douloureux des mamelles et de ce qu'on appelle communément la fièvre de lait; lesquels surviennent toujours , si, en suivant des préjugés pernicieux, l'on attend jusqu'au troisième jour, et même plus tard, pour donner le sein à l'enfant.
Il est cependant des femmes qui, à cause de
maladies soit précédentes ou présentes, notamment celles de poitrine ; ou pour cause de conformation vicieuse des seins, ne peuvent ni ne doivent allaiter.
~§. 480. Quant la femme en couches n'est pas en état de nourrir de son lait, il convient de la tenir sous le régime suivant: on lui donnera peu à manger mais à boire a sa soif; on lui tiendra chaudement les mamelles en les couvrant de flanelles sèches , ou de laine crue , ou de lin ou de cotton. On tâchera de lui procurer une transpiration modérée et continue en lui donnant du thé chaud de sureau et de tilleul; mais l'on tâchera très particulièrement de faciliter et d'entretenir l'écoulement du lait par des situations de côté et en frottant très doucement avec la main les mamelles depuis la périphérie jusqu'au bout. Si ces moyens ne suffisent pas, on doit avoir recours à la succion des mamelles, en observant de les tenir au sec et chaudement. Il convient encore que la femme aille journellement à selle, et qu'on lui fasse ordonner par le médecin un léger purgatif quelques jours après sa délivrance.
On peut extraire le lait soit avec la bouche d'une personne en bonne santé , soit par la pompe à lait, ou au moyen d'une petite bouteille ordinaire chauiFée avec de l'eau chaude. Cependant on ne videra jamais complètement les seins, mais
tout au plus à-demi jusqu'à ce que la distension ait cessé; et l'on ne doit réitérer cette opération qu'autant qu'elle est absolument nécessaire , puisqu'eu agissant autrement , on ne feroit que provoquer la sécrétion du lait.
§. 481. Quand même quelques femmes pourroient , sans se nuire, commencer à se lever du lit 3 à 4 jours après leur délivrance, plusieurs en pourroient néanmoins ressentir de mauvaises suites. Raison pour laquelle on ne peut qu'applaudir à la règle généralement établie , que la femme en couches ne doit se lever que le huitième ou neuvième jour. Mais quelles que soyent ses dispositions, elle ne quittera au commencement le lit que peu de tems, et pour demeurer en repos. On ne lui permettra que peu-àpeu de rester plus longtems levée, et de reprendre insensiblement ses occupations domestiques, surtout celles qui demandent du mouvement.
§. 482. Enfin un bain tiède dans la quatrième ou cinquième semaine est encore salutaire à l'accouchée. Mais la sage-femme ne doit point ordonner, dans le cours des couches, de potions laxatives, qui souvent peuvent être très nuisibles, et que le médecin seul doit prescrire.