CHAPITRE III
Des Maladies et Accidens qui peuvent sur= venir pendant les couches.
%. 483. Indépendamment de la possibilité que la femme en couches peut être attaquée de toutes les maladies, elle est encore exposée à des maux accidentels , qui ne sont propres qu'à cet état; et que nous allons traiter spécialement. Ces accidens sont conséquemment une suite soit de la grossesse, soit de l'enfantement, ou de la couche elle même. Ils sont ou locaux , tels que la rupture du périnée , luxation du coccix, impuissance de retenir ou de lâcher l'urine , hémorrhagies utérines, dérangement des lochies, irrégularité des contractions utérines après l'accouchement, renversement, rétro-version et anté-version de l'utérus , engorgement des mamelles , les mamelons enfoncés , ou trop petits , ou trop grands , ou crevassés; ou bien ce sont des maladies générales , comme fièvre de lait, fièvre puerpérale, convulsions. Quoique la sage-femme ne soit pas dans le cas de traiter de son chef plusieurs de ces accidens , il importe cependant qu'elle les connoisse , afin de les faire remarquer, et d'appeler à tems du secours médical.
§. 484. La rupture du périnée est un accident que, même avec l'assistance et les soins les plus soutenus , on ne peut pas toujours prévenir, surtout chez les femmes primipares. Tan-
tôt cette rupture n'a lieu qu'en partie, tantôt en totalité jusqu'à lauus ; quelquefois elle s'étend même jusque dans l'anus et une portion du rectum. En lavant après la délivrance les parties génitales, la sage-femme ne manquera pas d'examiner attentivement, si et jusqu'où le périnée est déchiré. Elle pourra soigner l'accouchée elle même quand la rupture n'a pas atteint l'anus ; cependant lorsqu'il en est attaqué, ou, ce qui est rare, quand la rupture ne va pas droit en arrière, mais obliquement, ce qui occasionne souvent des perteé considérables , elle ne tardera point de faire yenir le chirurgien; la négligence en pareil cas pouvant avoir des suites très fâcheuses , comme inflammation et gangrène dans ces parties, plus tard impuissance de retenir les vents et même les matières stercorales, en outre prolapsus de l'anus et du vagin, des incommodités hémorrhoïdales etc. Quand le périnée n'est déchiré qu'en partie, la sage-femme prendra seulement soin que les lèvres de la plaie ne se séparent, et de prévenir la trop forte imflammation des parties souffrantes : elle liera les cuisses de l'accouchée en passant lâchement un drap autour de ses genoux, après avoir placé entre ceux-ci un linge plié en plusieurs doubles; elle la fera, autant que possible, coucher horizontalement sur les côtés, ou sur le dos , la poitrine très peu élevée , et lui interdira de s'asseoir les huit premiers jours; elle appliquera au commencement des fomentations de bière chaude et de beurre, ensuite de
vin, sur les parties naturelles, qu'on lavera journellement, et enfin elle oindra celles qui sont tuméfiées avec du mucilage de pépins de coings.
Dans le cas de rupture des grandes lèvres, ou d'autres parties, la sage-femme fera toujours venir le chirurgien.
§. 485. On peut présumer que la luxation du coccis n'est, pas si rare que quelques-uns le pensent; très souvent, il est vrai, cet os se remet de lui même sans que sa luxation ait été remarquée. Mais lorsqu'on la reconnoit aux douleurs que la malade ressent , et à la saillie qui s'élève au bas du sacrum , on opère la réduction du coccis, la femme étant placée sur ses genoux, ou couchée sur le côté, en introduisant un index dans l'anus, en étendant l'autre en-dehors sur le coccis , et en le repoussant dans sa situation naturelle. Ensuite la femme doit rester pendant plusieurs jours couchée sur le côté , ou horizontalement sur le dos.
La fracture du coccix qui se manifeste par une grande mobilité et un craquement entre les parties fracturées de cet os, exige toujours l'assistance chirurgicale.
§. 486. La suppression d'urine dans le tems des couches est ordinairement la suite d'une contusion au col de la vessie , occasionnée par quelque pression dans le travail, et qui cause tu-
méf'action et l'inertie de ce canal. On connoit facilement cet état à la difficulté ou l'impossibilité que la femme éprouve de satisfaire son envie d'uriner, comme aussi, par le toucher externe et interne, à la plénitude palpable de la vessie. La sage-femme ne négligera point , dès qu'elle apperçoit ce mal, d'introduire par le vagin sur la partie souffrante une éponge, ou un linge, trempé dans du lait, ou quelque mucilage chaud, et de réitérer cela souvent ; d'appliquer sur les parties naturelles et le périnée des fomentations faites des mêmes fluides , ou bien des cataplasmes de graine de lin en poudre et de lait, de frictionner le dessus des pubis avec de l'huile fine, et de donner a boire du bouillon chaud d'orge ou de gruaux, du lait ordinaire ou du lait' d'amandes, ou du thé de tilleul avec du lait chaud. Quand l'évacuation de l'urine résiste a ce traitement, la sage-femme fera usage de la sonde; et si le mal persiste encore, ou lorsqu'il seroit même accompagné de fièvre, elle doit avoir recours au médecin.
§. 487. L'incontinence d'urine est une maladie où la femme, malgré sa volonté, laisse continuellement échapper goutte â goutte son urine, ce qui est accompagné de cuissons, de douleurs, et occasionne même de l'ulcération aux parties génitales. Cette incontinence tient sa cause de la paralisie du col de la vessie et de l'urètre, par suite de la pression de ces organes durant Tac-
couchement ; ou bien elle procède de déchiremens survenus dans ces parties, ou d'ulcération qui, succédant à l'inflammation, produit un trou dans la vessie. Dans les deux derniers cas , et même quelquefois dans le premier, il faut toujours , et sans aucun délai , demander le secours de la chirurgie ; mais dans tous ces cas la sagefemme insinuera dans 1; vagin une éponge, ou un linge trempé dans du vin chaud, préférablement dans du rouge , et tâchera de préserver avec du beurre, ou des mucilages, les parties circonvoisines de la mauvaise influence de l'urine. Souvent la guérison de cette maladie est fort lente.
§. 488. Les hémorrhncfies utérines après l'accouchement dépendent le plus souvent d'un manque de contraction de l'utérus , quand même ce défaut n'occasionne pas constamment des pertes. Cependant il y a des cas très rares, où, malgré la contraction de l'utérus, l'hémorrhagie peut avoir lieu à cause d'une très abondante affluencc de sang, qui se porte quelquefois dans ce viscère. Lorsque l'utérus est en état d'inertie la perte peut être ou externe, si le sang s'écoule, soit lentement et également, soit momentanément et a grands flots; ou interne si le sang, sans pouvoir s'écouler , s'amasse dans l'utérus et le distend peu-à-peu, mais souvent aussi avec une étonnante promptitude. On connoit la perte interne a l'accroissement du volume de l utéras
et quelquefois du bas-ven(re , à la foiblesse progressive de l'accouchée et à celle de son pouls, a la pâleur de son visage; elle respire profondément, elle bâille, s'évanouit etc. Tous ces genres de pertes deviennent bientôt menaçans et peuvent prompternent amener des foiblesses mortelles ou la mort même. La sage-femme , qui agit avec prudence , ne tardera donc point de faire venir aussitôt le médecin, et de mettre en attendant en œuvre les moyens suivans.
§. 489. Lorsque, dans un cas d'inertie et d'absence de contractions utérines, Vhémorrhagie est externe; on fera prendre à la femme une situation pas trop horizontale, on lui recommandera de se tenir en repos, et l'on tâchera d'exciter les contractions de la matrice en l'irritant par une douce friction de l'abdomen. Quand ces moyens ne réussissent pas d'abord, ou que la perte seroit trop forte, on appliquera sans différer sur le bas-ventre des linges trempés dans de l'eau, qu'on étendra sur tout le ventre, et qui doivent être très froids, si l'on exepte peut-être les premières applications chez les femmes fort sensibles. Pour cet effet on ajoute de la neige ou de la glace à l'eau, ou l'on fait un mélange d'eau, de vinaigre et de sel. On doit d'abord renouveler ces linges au bout de 6 à 10 minutes, suivant la quantité de sang qui s'écoule, eusuite moins fréquemment à mesure qu'il diminue! Si ces moyens ne suffisent pas; on ajou-
lcra des injections dans l'utérus, la première un peu moins, les suivantes tout-à-fait froides, en passant, selon l'exigence des circonstances, des moins aux plus efficaces. D'abord on se sert d'eau pure, ou d'une infusion de camomille, puis on ajoute à ces liquides du vinaigre, et enfin de l'esprit de vin en petite quantité, mais en les augmentant ensuite par gradation jusqu'à portions égales. On réitère les injections par intervalles de 5, i5, ou 3o minutes suivant la force de la perte.
§. 490. Quant à l'exécution, on y procède soit avec une seringue propre à ce service, ou avec la seringue à clystère pourvue d'une canulle destinée à cet usage de la manière suivante: après avoir placé un vase convenable devant les parties génitales, on introduit deux doigts graissés de l'une des mains à l'orifice de la matrice, puis ayant empoigné de l'autre la seringue chargée, l'on insinue avec précaution sur les doigts introduits la canulle dans le col de ce viscère, on la fait entrer dans la matrice même, et après avoir, sans faire reculer la seringue, retiré la main, on la porle sur le piston, on vide la seringue et on la retire avec précaution.
§. 491. Lorsque, la matrice se trouvant en état d'inertie, une perte est interne, la sage-femme doit tacher d'éloigner les obstacles qui empêchent l'écoulement du sang: de corriger dans ce but la
situalion trop horizontale de la femme , d'écarter de la matrice les portions de membranes ou les caillots qui sont restés dans son orifice, et s'il est fermé , d'ouvrir cet orifice. Ensuite la sage-femme suivra le traitement qu'on vient d'indiquer pour les pertes externes. Du reste il importe dans ce cas de veiller attentivement l'accouchée.
Indépendamment que la perte soit interne ou externe, la sage-femme peut, comme dernier moyen pour exciter les contractions de la matrice, y introduire toute la main froide et mouillée dans les susdits fluides, et, en y demeurant un peu de tems le poing fermé , toucher les parois de ce viscère. Elle peut y insinuer aussi une éponge ou une compresse Tiumectée avec de l'eau et du vinaigre , et la presser sur l'endroit où elle croit que le placenta s'est trouvé adhérent.
§. 492. Si ihémorrhagie se déclare alors que ï Utérus est contracté , on peut, outre les com- 1 presses froides sur le bas-ventre (§. 489.), lui opposer le tampon (§. 199-)* Mais en employant ce dernier, on observera attentivement, si ce ' moyen n'aboutit pas à changer seulement l'hémorrhagie externe en interne. Quelquefois l'introduction de la main fermée peut également être utile dans cet état. Quand la perte provient de rupture de l'oiùfice utérin, ou du vagin, ou d'une
veine variqueuse des parties génitales, on peut encore faire usage du tampon appliqué sur la partie lésée , et faire serrer ensuite les cuisses à la femme.
Dans tous les cas de perte on tiendra au frais la chambre et le lit de la malade; on lui interdira pendant qu'elles durent, et même quelques heures après leur suppression , jusqu'au moindre mouvement corporel, et on ne lui donnera aucune boisson échauffante.
§. 493. Les lochies peuvent être dérangées de diverses manières. Tantôt la durée des lochies rouges est trop longue, tantôt, après avoir changé elles redeviennent sanguines ; ou bien les lochies sont trop abondantes, ou trop foibles , ou corrompues.
Quand les lochies rouges durent trop longtems , ou reviennent itérativement rouges , ou quand les Manches sont trop abondantes , ce qui le plus souvent provient de la foiblesse de l'utérus , elles affaiblissent considérablement la femme. Cette foiblesse s'annonce par pdleur et bouf- Jisure de visage, par des maux de tête, des affections fiévreuses , évanouissemens , inflammation et douleurs aux parties naturelles et aux cuisses etc. En pareil cas on prescrira un régime fortifiant , on donnera des bouillons nourrissans, un peu de vin vieux, de la gelée de viande et choses semblables ; on tiendra très
proprement les parties naturelles et les circonvoisines , et en cas d'insuffisance de ces remèdes, on ne tardera pas trop à faire venir le médecin.
§. 494. Quand les lochies sont trop foibles , sans que leur cause dépende d'une maladie , 011 fera boire du thé de camomille et de fleur de sureau, l'on pourra appliquer sur le bas-ventre des fomentations chaudes de ce thé ou de lait , des bains de vapeur aux parties naturelles et ordonner des bains de pieds.
§. 4g5. Lorsque les lochies sont de mauvaise nature , elles changent diversement de couleur, acquièrent une odeur putride, et attaquent les parties génitales d'inflammation , de douleur et d'ulcérations. Les causes auxquelles ces accidens peuvent tenir, sont: des portions du placenta, ou de sang coagulé, restées dans la matrice , inflammation, lésion ou d'autres maux accidentels de l'utérus , quelquefois mal-propreté , ou la vulve trop bouchée. On tiendra donc continuellement les parties naturelles dans une grande propreté, en les lavant plusieurs fois par jour et les changeant fréquemment de linge. Si la corruption des lochies procède de quelques cdrps restés dans l'utérus , on peut de plus faire journellement quelques injections dans ce viscère d'eau tiède, de thé de camomille, de décoctions d'orge ou d'autres infusions mucilagineuses 5 on
peut encore faire usage des fomentations chaudes sur le bas-ventre ci-dessus indiquées , faire boire du thé de camomille et du bouillon au cerfeuil. Mais on aura toujours recours au médecin , dans le cas d'une maladie générale ou locale , et très particulièrement dans celui d'un écoulement de couleur très foncée ou noirâtre, lequel annonce toujours un haut degré d'inflammation, souvent même de gangrène dans l'utérus.
Il reste enfin à observer , que dans des cas de maladies graves le plus souvent les lochies sont supprimées.
§. 496. Les tranchées utérines douloureuses sont communément la suite d'une déplétion trop prompte de la matrice, et particulièrement d'une délivrance ou l'on a fait trop tôt l'extraction du placenta (§. 269.); elles sont des efforts que fait l'utérus pour retourner dans son état naturel avant la grossesse; ou bien elles sont occasionnées par la résistance qu'opposent de gros caillots, ou des portions du placenta restés dans l'utérus , et qui ne se laissent pas facilement expulser; ou elles procèdent des contractions de l'orifice de la matrice. Ces tranchées enfin peuvent n'être que des crampes utérines.
Quand la matrice fait des efforts pour expulser les corps qu'elle contient, ses contractions se manifestent complètement comme les douleurs d'enfantement: elles suivent la même
direction, arrivent par accès et sont interrompues par des intervalles impassibles de repos ; on sent que pendant l'activité des douleurs l'utérus se durcit, qu'il s'abaisse et qu'il se fait un écoulement de son orifice. Dans ce cas , loin d'interrompre cette bienfaisante activité, on doit au contraire la favoriser. On frictionne doucement de la niain le fond de la matrice , et avec deux doigts , introduits dans son orifice, on l'irrite, on le dilate s'il est nécessaire, et l'on tâche de faciliter la sortie du corps étranger qui s'y trouve. Mais on doit s'abstenir de cette irritation dans tout autre cas de tranchées irrégulières qui sont souvent plus douloureuses encore que les prédites , et pendant lesquelles l'utérus ne se contracte que partiellement; ce qui rend raison pourquoi il n'est dur au toucher qu'à certains endroits, et prend momentanément une forme en quelque sorte angulaire. Dans ces cas, comme aussi dans les premiers , les fomentations çhaudes sur le bas-ventre faites de vin, d'infusion de camomille et autres semblables sont utiles ; mais en outre on administre des clystères, et l'on fera boire du thé de camomille. Contre les crampes utérines on frictionnera l'abdomen avec de l'huile d'olive, ou d'amandes douces, de camomille , de pavots ou autres semblables ; on le couvrira de compresses en laine chaudes et sèches , et l'on donnera à boire du thé de camomille avec des feuilles d'oranger.
§. 497- On ne doit pas confondre les douleurs des coliques venteuses, le besoin d 'aller à la selle et les inflammations du bas-ventre avec les tranchées douloureuses , quoique peu différentes de celles-ci à l'égard de leur traitement. Les coliques, qui sont erratiques, accompagnées de bruissemens et de gonflement de ventre, d'émission des vents, d'anxiété, souvent d'une sueur froidemandent extérieurement des fomentations sèches et chaudes , des lavemens d'infusion de camomille et d'anis , et intérieurement du thé de ces mêmes ingrédiens. La constipation exige l'application des lavemens; et l'inflammation enfin, que l'on connoit par la grande sensibilité de la partie souffrante, nécessite des fomentations chaudes de lait ou d'infusions mucilagineuses, en attendant le secours du médecin.
§. 49S. Le renversement de l'utérus peut , comme dans l'accouchement, encore survenir dans les premiers tems des couches, si ce viscère se trouve dans un état de foiblesse et de relaxation. Les causes de cet accident, et les remèdes auxquels on doit promptement recourir, sont les mêmes que ceux indiqués aux §. 3g8. et 421.
§,499. La rétro-version (397.) et Vanté-version (396.) de la matrice sont peut-être plus fréquentes après l'accouchement qu'on ne le pense généralement. L'une et l'autre peuvent se présenter dans un plus ou moins haut degré , et
dans ce dernier cas n'être pas même toujours remarquées; elles ont pour causes: laxité, inertie et une certaine prédisposition de l'utérus, en outre l'imprudence de l'accouchée de se lever trop tôt, et le ventre en besace qui dispose surtout à l'anté-version ; toutes deux, quand elles existent dans un degré marquant, peuvent occasionner la suppression des lochies et ses conséquences, et quelquefois un écoulement continu par l'utérus lorsqu'elles existent dans un moindre degré; de plus, si l'on ne porte remède a ces situations vicieuses de la matrice , l'infécondité en peut être la suite.
Quant h la rétro-version après V accouchement en particulier, elle est encore suivie des mêmes accidens, on la connoit aux mêmes indications, et l'on use des mêmes moyens curatifs qui sont indiqués aux \. 452. et 463. Dans des cas rares l'anté-version après V enfantement peut être si forte que l'utérus se replie sur lui même en formant un angle, de manière que le fond de cet organe se trouve en-avant de son col appuyé sur les pubis , sans cependant que le col dévie beaucoup en arrière. Les douleurs souvent très vives, des affections fébriles, la suppression des lochies, quelquefois du lait, et des incommodités d'urine décèlent cet état, d'ailleurs facile h découvrir par le toucher, et qui étant fort dangereux demande , ainsi que d'autres anté-versions moins conséquentes, qu'on rétablisse in-
cessamment l'utérus dans sa situation naturelle. On effectue cette réduction au moyen d'une situation horizontale du corps , qu'on doit garder encore quelque tems même après la réduction de la matrice, et par la répulsion du fond de cet organe par la main platte appliquée sur les pubis, et quelquefois par l'aide de quelques doigts de l'autre main introduits en même tems dans le vagin , et enfin en cherchant à rétablir ensuite les contractions de l'utérus.
§. 5oo. Uejigorgement et V inflammation des mamelles ne sont pas rares , mais de différente nature dans les couches. Toujours les seins deviennent gonflés et tendus , lorsque le lait s'y accumule faute d'une excrétion convenable; ce qui arrive volontiers et le plus fréquemment les premiers jours après la délivrance si l'on n'a pas donné le sein assez tôt à l'enfant, comme aussi quand la mère ne veut pas allaiter, que les mamelons sont enfoncés, ou couverts d'un fort éplderme etc. Cet état est proprement un engorgement laiteux ; c. à. d. un gonflement de la glande mammaire, qui cependant ne s'engorge quelquefois que partiellement, en formant de plus ou moins grandes portions dures et inégales, qui souvent s'étendent jusqu'aux aisselles ; daufrefois au contraire toute la glande augmente considérablement en dureté et en volume, mais sans inflammation ; alors le sein, devenant douloureux, est très dur et inégal au toucher et sa peau fort
tendue. Cet engorgement cesse bientôt lorsqu'on procure de l'écoulement au lait j si non cet état passe en inflammation.
Quand les mamelles sont affectées engorgement inflammatoire les portions durcies sont souffrantes, et cette douleur est tantôt intérieure, tantôt superficielle , souvent aiguë , ou pulsative; le sein est plus chaud, la peau est inégalement tendue, et partiellement rouge et chaude. Mais cette inflammation peut aussi tenir à dautres causes qu'à l'excrétion supprimée du lait ; telles que refroidissement, compression ou mauvais traitement d'une mamelle, l'application de remèdes astringens ou irritans , l'omission de soutenir les seins , les transpirations arrêtées , les passions véhémentes, frayeur, surprise etc.
Les mêmes causes à peu-près peuvent encore produire un genre d'inflammation du sein qui n'existe que sur la peau et dans le tissu cellulaire graisseux, qui entoure copieusement les glandes mammaires. Dans ce cas la rougeur et une grande chaleur s'étendent sur la mamelle malade, sa peau est tendue également et lisse au toucher, la douleur plus vive que dans le premier cas d'inflammation. Mais il n'est pas rare que les glandes et la peau soyent tous deux attaqués à la fois d'inflammation.
§. 601. Dès que la sage-femme remarquera qu'une mamelle s'engorge, elle doit appliquer
toute son attention à prévenir autant que possible l'accident toujours grave d'inflammation; et dans ce but elle favorisera du mieux qu'elle pourra l'issue du lait. Si l'on a négligé de faire tetter l'enfant dès le jour de sa naissance, on le mettra de suite au sein, et souvent, si l'enfant ne peut ou ne doit pas tetter, on lui substituer*, pourvu que l'inflammation ne se soit pas encore déclarée, un autre nourrisson. Quand la close n'est pas praticable , on fera tetter une personne saine5 ou bien on se servira de la pompe à lait ou de la bouteille. Si l'accouchée se propose de nourrir son enfant, on doit réitérer ce tettement souvent, et chaquefois au point de vider à peuprès le sein, jusqu'à ce que l'enfant fasse luimême cette fonction. La femme lavera de tems en tems sa mamelle malade depuis la circonférence jusqu'au mamelon avec une éponge douce, humectée dans un.e décoction chaude de gruaux, et l'essuyera ensuite soigneusement; elle la tiendra bien chaudement et au sec, et se couchera sur le côté de la mamelle malade : précautions qui toutes facilitent l'écoulement du lait.
Quand les mamelons sont trop enfoncés ou trop petits pour que le nourrisson les puisse prendre et tetter, on les fera ressortir avec la pompe chaquefois qu'on donnera le sein. -a l'enfant, et la mère portera le mamelon dans un bout-desein, ou petit étui; mais si le mamelon est couvert d'un épiderme trop fort, on le doit écarter,
en le lavant souvent et soigneusement d'une légère eau de savon. Dans l'un et l'autre de ces cas on doit constamment extraire le lait des mamelles comme il est indiqué plus haut.
Si néanmoins l'inflammation se déclare , la sage-femme, dans cette importante circonstance, ne manquera pas de demander le secours du chirurgien, et pendant son absence elle pourra traiter l'accouchée de la manière suivante. Lorsque l'inflammation subsiste dans la glande, elle tâchera, en tenant la malade chaudement au lit, de lui procurer par des boissons de thé de fleur de sureau et de tilleul une transpiration modérée et continue ; elle lui donnera très peu de nourriture et aucune qui soit irritante ; elle enveloppera les mamelles dans de la laine chaude non lessivée ou du coton, ou de îa flanelle très-fine, ou d'un sachet garni de son modérément chaud. Quand l'inflammation est très forte , l'on pourra frictionner doucement les mamelles avec de l'huile d'amandes , et appliquer ensuite ce qu'on vient d'indiquer. Mais quand toutes ces tentatives sont infructueuses , on fera usage des cataplasmes de mie de pain ou de graine de lin en poudre avec du lait ou de l'eau, et préférablement de ceux de ris et de lait.
Dans les cas d'inflammation de la peau et du tissu cellulaire on ne fera point d'application de choses humides ou graisseuses , mais on se bor-
liera de soupoudrer la mamelle malade de farine grillée, et de la couvrir ensuite d'un linge fin, ou bien l'on appliquera cette farine dans un sachet de toile de lin. Dans tous les cas on doit soutenir convenablement les mamelles ; et enfin on doit observer, que l'inflammation d'une mamelle se communique assez volontiers à l'autre.
§. 5o2. Quand les mamelons sont attaqués de crevasses, ou de gerçures, affections qui, toujours accompagnées de douleur, en excitent sou- / vent de si vives qu'elles empêchent la mère de nourrir ; la sage-femme lui recommandera de laver fréquemment ses mamelons avec du vin chaud, ou de l'eau de rose, ou de les graisser, quand l'inflammation est forte, avec du beurre frais ou quelque mucilage; une mixtion de trois portions de mucilage de coings et d'une d'eau de lavande sera surtout de grande utilité. Mais on ôtera toutes ces onctuosités en lavant soigneusement les mamelons chaquefois qu'on voudra mettre l'enfant au sein. Enfin on couvrira le mamelon malade d'un étui, pour le préserver de compression et d'irritation. Si aucun de ces remèdes ne réussit, on cessera pendant quelques jours , quoiqu'en continuant le même traitement, démettre l'enfant à la mamelle malade , mais on en extraira avec précaution le lait par l'art.
§. 6o3. La fièvre de làit, ou la montée de lait, n'est d'ordinaire que la conséquence d'une
trop grande accumulation de lait dans les mamelles; puisqu'il est constaté par l'expérience que si l'on fait teter l'enfant de suite après l'accouchement, çette fièvre est ou totalement absente, ou si légère qu'a peine on la remarque. Elle n'est donc point un résultat nécessaire de l'enfantement, mais elle survient communément dans les trois premiers jours ensuite, si l'écoulement du lait n'est pas bien libre, quoiqu'elle puisse également arriver plus tard, comme p. e. lorsqu'on sèvre l'enfant. Les mamelles sont gonflées, tendues , souvent elles font sentir des douleurs aiguës et se disposent à l'inflammation; la femme éprouve des frissons , ensuite des chaleurs, des maux de tête, elle a soif, son pouls et sa respiration s'accélèrent, ses lochies cessent ou diminuent considérablement. Mais si la fièvre est légère , une sueur bienfaisante ne tarde pas à lui succéder, l'écoulement du lait se rétablit de luimême, et la maladie se termine au plus tard dans 24 heures. Cependant la sage-femme ne doit point différer de mettre l'enfant au sein, si cela a été négligé , de favoriser la transpiration de la mère et de la préserver au mieux possible de refroidissement. Mais pour peu que la maladie prenne un caractère malin, on fera aussitôt venir le médecin.
§. 5o4- La fièvre puerpérale est une maladie très dangereuse, qui consiste dans un état inflammatoire du péritoine et peut survenir à cha-
que période , mais principalement dans les 4 a 6 premiers jours des couches, par des causes occasionnelles qu'on ne connoit pas encore exactement. Cependant on admet les suivantes , savoir: les soucis, les chagrins, la frayeur, manque de nourriture, refroidissemens de toute espèce pendant la grossesse et l'accouchement, compression du bas^ventre dans la grossesse ; les accouchemens laborieux ; surabondance de nourriture, obstruction du canal intestinal pendant les couches et autres. Quoique le traitement de cette maladie n'appartienne pas à la sage-femme, il importe cependant qu'elle en connoisse les symptômes , afin qu'au premier indice qu'elle remarquera de cette affection redoutable , elle fasse venir incontinent le médecin, le moindre délai pouvant causer de très mauvaises suites. Dans cet état un malaise général , des mouveinens fébriles, l'inquiétude, la soif s'emparent de la femme en couches; elle sent des douleurs sourdes suivies de plus fortes , dabord dans la région du bassin, ensuite par tout le bas-ventre; celui-ci devient extrêmement sensible , même au point qu'un léger attouchement lui cause une vive douleur, ( sensibilité qui surtout annonce cette maladie), les mamelles s'affaissent , la sécrétion du lait et les lochies diminuent du cessent totalement; la malade éprouve du dégoût ou des vomisscmcns ; clic souffre de la diarrhée ou de constipation, rêve , perd ses forces, le ventre devient gonfle et tendu etc.
%. 5o5. Tout ce qui est dit §. 204. sur les convulsions des femmes enceintes est également applicable aux convulsions des femmes en couches.