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CHAPITRE IV

Des Soins qu'on doit donner à l'enfant nou=

veau=né.

§. 5o6. La section du cordon ombilical faite , on baignera l'enfant pour le nettoyer, pour le soustraire a l'impression de l'air atmosphérique auquel il est.encore fort sensible, et pour, en quelque sorte le fortifier. A ce bain, qui sera purement d'eau tiède, l'on pourra, mais seulement dans le cas d'un enfant foible , ajouter un tantsoit-peu de vin blanc, dont une forte portion seroit au contraire bientôt nuisible à l'enfant. On peut aussi dissoudre dans le bain un peu de savon , lorsque l'enfant est abondamment couvert de cet enduit gras et visqueux, dont la peau de presque tous les nouveau nés est plus ou moins chargée. Mais pour enlever plus facilement cette espèce de pommade, ou plutôt de crasse, souvent fortement adhérente , on doit préférer de frotter doucement les parties qui en sont couvertes avec de l'huile fine ou du beurre frais , au moyen de quoi l'on parvient aisément à l'enlever. Pour nettoyer l'enfant, on se servira d'une éponge fort douce , ou d'un vieux morceau de toile de lin très fine, en évitant surtout de frotter trop

fortement la peau alors encore très délicate de l'enfant , ce qui la pourroit irriter et occasionner de mauvaises suites. En sortant l'enfant du bain on le doit envelopper promptement et sécher soigneusement dans des langes chauds.

§. 5o7- Le lavage de l'enfant autre que dans le bain, surtout le premier, est par diverses raisons très inconvenant; particulièrement a cause du refroidissement qui en peut facilement résulter, et de l'irritation que l'air et les frictions trop réitérées peuvent produire sur la peau du nouveau-né. On doit laver l'enfant sur tout le corps deux fois par jour, mais en le faisant sans le bain , la sage-femme ne sauroit être trop attentive à préserver le nourrisson de refroidissemens qui lui sont si fort nuisibles. Elle ne découvrira donc jamais complètement son corps, mais seulement la partie qu'on va laver. En commençant p. é. après avoir nettoyé la bouche, par laver, essuyer et couvrir la tête , elle passera de là à la poitrine et ainsi de suite. On se servira d'une éponge ou d'un linge très doux avec de la pure eau tiède pour les enfans sains, et ce n'est que pour ceux qui sont foibles qu'on pourra ajouter quelque-peu de vin ou d'eau de vie; \\\ que cette addition est souvent préjudiciable à ceux qui sont en santé. On doit donc préférer de baigner journellement l'enfant, au moins pendant quelques semaines, à cause des motifs qu'on vient d'alléguer, et pareeque le bain lui est fort utile, pourvu qu'il ne

soit pas trop chaud, mais au contraire préparé de jour à autre plus frais , sans pourtant jamais être tout-à-fait froid.

§. 5o8. Pendant que l'enfant est dans son premier bain, on examinera attentivement s'il n'a point de vice de conformation, comme occlusion des paupières, des oreilles, des narines, ou de la bouche; imperforation de l'anus, de l'urètre, du vagin ; division ou coalition contre nature relativement à d'autres membres; de plus s'il n'a point de hernie, d'excroissances, de taches cutanées etc. enfin si l'accouchement n'auroit point causé de luxation , de tumeur ou fracture dans quelque partie du corps de l'enfant. Et lorsqu'un accident de cette nature se présente, l'on doit aussitôt en avertir, non point la mère, mais les assistans et faire venir promptement le chirurgien

§. 5og. L'enfant étant baigné et séché, on le place sur ses vêtemens chauffés et disposés pour le recevoir, et l'on soigne avant tout la portion du cordon restée à V ombilic. On examine donc d'abord si sa ligature est bien serrée, et s'il n'y a poiat d'hémorrhagie a craindre. On enveloppe ensuite le cordon dans une petite compresse de toile de lin légèrement graissée de beurre frais , laquelle on change deuxfois par jour. Pour éviter que l'urine ne la salisse, et pour empêcher la compression du foi , on place le tout

vers en-haut et un peu a gauche sur le ventre de l'enfant ; on le soutient d'un bandage de la longueur de 2 braches et de 2% pouces de largeur, pourvu à l'une de ses extrémités de deux attaches , et que l'on applique légèrement en faisant attention que le ventre ne soit comprimé ni trop serré. Le cordon se desséche peu à peu et tombe, communément entre le quatrième et septième jour après la délivrance, de l'ombilic de 1 enfant, qui se cicatrise dans les 2 ou 3 jours suivans sans hémorrhagie et sans suppuration. Mais on doit se garder de vouloir hâter la chute du cordon en le tiraillant, parcequ'il en peut aisément résulter hémorrhagie , hernie ou tout au moins une très longue suppuration.

§. 5 10. La prudence exige d'entretenir pendant quelques semaines après la chute du cordon une légère pression sur l'ombilic, jusqu'à ce qu'il soit totalement fermé. Pour remplir ces vues, on place sur l'ombilic une compresse très petite, mais pliée en plusieurs doubles, que l'on soutient et arrête par la bande ci-dessus désignée. Ce bandage , qu'on met autour du ventre de l'enfant, quoique considéré fort souvent comme insignifiant, n'en est pas moins important, puisqu'il doit servir de préservatif contre la bernic ombilicale; tandis qu'en serrant trop fort, surtout inégalement le ventre, il peut occasionner la hernie inguinale et crurale. La sage-femmo placera donc constamment ce bandage avec la

plus grande précaution, et de manière que la petite compresse exerce une légère pression sur l'ombilic, mais que le yentre soit nulle part comprimé ni trop serré.

§. 5n. A l'égard du vêtement la sage-femme devroit moins s'assujettir aux usages divers et souvent préjudiciables à la santé, mais s'efforcer à faire adopter généralement un habillement convenable au nourrisson. Cet habillement doit être aussi simple que possible, et disposé de façon qu'il tienne l'enfant modérément au chaud, sans le gêner en aucune manière, et qu'il puisse mouvoir librement tous ses membres. Sa tête doit être couverte , suivant la saison, d'un simple bonnet attaché dessous le menton , et qui surtout ne fasse point souffrir de pression aux fontanelles 5 la poitrine et les bras seront vêtus d'une demi-chemise de toile et d'une légère camisole qu'on nomme brassières, et l'on enveloppera le ventre et les extrémités abdominales d'un lange de toile de lin, et par-dessus celui-ci d'une autre petite couverture de laine soutenue par une bande, de sorte que le ventre ne souffre pas de pression, et que les pieds s oyent libres. On lui tiendra la tête , la poitrine et les bras plus au frais, le ventre et les pieds plus au chaud , et notamment ces derniers chaussés en bas de laine pendant l'hiver. Toute espèce de maillot et de compressions sont toujours contraires à l'intention de la nature, et conséquemment nuisibles à l'enfant.

§., 6i2. Il importe de tenir le lit de VenfanL sec, propre et réchauffé, mais de ne pas couvrir l'enfant trop lourdement ni trop légèrement. Ce lit ne doit pas être placé près de la porte, ou des fenêtres, ou du fourneau, ni disposé de manière que l'enfant soit obligé de tourner ses regards en arrière pour voir la lumière. On ne fera pas coucher le nouveau-né tout-a-fait sur le dos, mais on le mettra tantôt sur un côté, tantôt sur l'autre, de manière que sans coussin la tête soit placée plus haute que les pieds. Du reste la tête doit être libre de toute autre couverture que celle qu'on vient d'indiquer} mais pour la préserver d'un trop grand jour, de la poussière et du courant-d'air, on étendra à quelque distance par-dessus la tête un voile clair et de couleur foncée. On peut permettre l'usage de bercer les enfans, comme moyen presqu'indispensable a les tranquilliser , pourvu qu'on le pratique peu et doucement, puisqu'au contraire les mouvemens brusques, et surtout les secousses du berceau, leur sont très nuisibles. Après avoir tiré l'enfant de son lit, on ne doit point le transporter au froid, ni au grand jour, ni le remettre à une personne au moment, où venant de sentir le froid , elle rentre dans la chambre. Enfin quoiqu'avantageux , surtout pour l'enfaut foible ou maladif, de coucher avec sa mère quand elle est en santé et proprement tenue; on ne doit pourtant pas en faire abus, pareeque l'enfant s'y accoutume facilement. Il importe en outre d'en-

joindre sérieusement à l'accouchée de ne point se livrer au sommeil pendant que son enfant est près d'elle au lit ; parcequ'étant endormie elle pourroit lui faire du mal, ou même l'étouffer.

§. 5i3. On ne doit point troubler le sommeil de l'enfant, mais il convient de l'habituer plutôt à dormir même indépendamment du bruit, et à des heures fixes. Au reste plus les enfans sont encore jeunes plus ils dorment, surtout ceux qui sont nés avant terme, dorment presque continuellement pendant plusieurs semaines après leur naissance.

§. 5i4. D'autre part il ne convient pas, comme plusieurs le font, d'assujettir à des heures réglées le soin de nettoyer et mettre au sec V enfant $ mais on le doit faire aussitôt qu'il s'est sali ou mouillé; la mouillure et l'humidité étant fort nuisible h l'enfant.

§. 61 5. Le lait de sa mère est la nourriture destinée par la nature, conséquemment aussi la plus convenable à l'enfant. Après celle-ci c'est le lait d'une autre femme, c. a. d. d'une nourrice qui lui profite le mieux ; tout autre aliment que le lait de femme lui convient le moins.

§. 5i6. Lorsque la femme veut elle même nourrir son enfant, elle lui donnera le sein déjà quelques heures après l'accouchement, en le réitérant fréquemment comme il est indiqué au §.

479- Car, outre les avantages qu'on y désigne, l'enfant obtient encore celui de recevoir le premier lait de sa mère, qui a la propriété de délayer et d'évacuer le méconium du canal intestinal du nouveau-né , et qui conséquemment rend superflu, même nuisible, tout autre purgatif, ainsi que chaqu'autre fluide qu'on donne par habitude à l'enfant après l'accouchement, comme de l'eau sucrée qjt autres.

Lorsque la mère fournit la quantité ordinaire de lait , l'enfant n'aura besoin d'aucun autre aliment pendant les trois premiers mois et même longtems au-de-là. Mais si le lait maternel ne lui suffit pas , on lui donnera des alimens désignés au §. 5ig. Il est encore utile, sans pourtant s'y attacher trop strictement , d'accoutumer l'enfant a ne recevoir le sein qu'à certaines heures; p. e. de 2 en 2 heures du jour, et par 3 heures d'intervalle la nuit, daus les 10 à 12 premières semaines ; plus tard de 3 en 3 heures le jour et de 4 à 4 la nuit. On ne laissera pas de plus longs intervalles tant que l'enfant ne se nourrit que du lait maternel; mais dès qu'il prendra d'autres alimens , la mère pourra lui donner le sein encore moins souvent, et particulièrement dans le tems où l'enfant doit être seyré , elle le lui donnera seulement après les repas de l'enfant, et plus tard seulement la nuit; »ce qui diminue pcu-à-peu la sécrétion du lait.

§• 5i7« Quand, au contraire , le nouveauné ne tette pas le premier lait de sa mère, un •purgatif devient toujours nécessaire , et l'on continuera de lui en donner les premiers jours, jusqu'à ce que ses selles ayent perdu la couleur verd-noirâtre du méconium qu'il faut évacuer, et pris leur couleur jaunâtre naturelle. On ne donnera de ces purgatifs à l'enfant qu'autant qu'il en faudra pour le faire aller du ventre 3, au plus 4 fois par vingt-quatre heures. On se sert dans cette intension du syrop de rhubarbe } ou de chicorée composé, ou de manne, que l'on donnera toujours par cuillerée à thé avec deux tiers au moins de thé léger de camomille, ou d'autres, jusqu'à ce que l'effet s'en suive. Au défaut de ces syrops on peut encore utilement faire usage, et donner à l'enfant par cuillerée à caffé d'une mixion consistante d'une portion d'huile d'amande ou d'olive , de deux fois autant de miel clarifié et de quatre portions d'eau chaude.

§. 618. A l'égard de l'alimentation de l'enfant par le lait de la nourrice nous renvoyons , pour ce qui en concerne les principales règles, à ce qui est dit (§. 5i6.) au sujet de l'allaitement; et quand aux qualités qui caractérisent une bonne nourrice, les plus essentielles sont les suivantes. Elle et son propre enfant doivent jouir d'une bonne santé , conséquemment être examinés et reconnus comme tels par un médecin; la nourrice doit être accouchée dans le même tems, ou

guère plutôt ou plus tard, que la mère de l'enfant qu'elle doit nourrir; pins il existe d'intervalle entre leurs accouchemens , moins le lait de la nourrice convient au nouveau-né. Elle doit être jeune , robuste , propre , ni trop grasse ni trop maigre; elle doit avoir les mamelles bien conformées, de moyenne grandeur, l'une et l'autre également fournies de lait et les mamelons bien formés. Un bon lait ne doit être, relativement à. son âge , ni trop épais ni trop clair; il doit avoir un goût agréable et doux, une odeur particulière mais assez difficile à remarquer, et s'épancher librement des mamelles quand on les presse modérément ; le lait frais est d'un blanc bleuâtre, celui qui a plus d'âge d'un blanc jaunâtre. Enfinla nourrice doit être de bonnes mœurs, d'un caractère doux et patient, exempte de passions vives, et, si elle est mariée, se permettre rarement les appproches conjugales.

§. 619. Lorsqu'on nourrit l'enfant autrement qu'à la mamelle , nul aliment ne lui convient mieux que le lait de vache ; néanmoins on ne le donne pas pur au commencement, mais avec de l'eau commune bouillie , ou du thé de camomille très foible, et un peu de sucre. Les 3 à 4 premiers jours on donne le lait avec l'eau ou le thé mêlés par portions égales; ensuite l'on augmentera de jour en jour celle de lait, de sorte qu'au bout de quelques semaines l'enfant soit nourri de lait pur ; jamais on ne mêlera de la crêmc au lait.

Le lait chaud de la vache est celui qui convient de préférence à l'enfant, mais on bouillira toujours celui qu'on ne pourra pas donner tel. On donnera à des heures réglées de cette boisson à l'enfant autant qu'il en voudra, sans jamais le presser d'en prendre davantage. Ce lait n'étant pas aussi profitable a l'enfant que celui de sa mère, on pourra commencer après 10 à 12 semaines de lui donner une fois , puis deux fois par jour, quelqu'aliment plus solide. Comme tel on préfère la bouillie claire, quoique fort cuite, préparée de lait et de farine fine et très sèche ; ou une panade légère point grasse et bien cuite a l'eau, plus tard faite au bouillon avec du biscuit blanc. Mais on ne sauroit trop recommander aux sage-femmes et aux filles d'enfant de ne jamais donner trop à la fois de cette bouillie ou panade, mais seulement une cuillerée à soupe en commençant, d'augmenter par la suite jusqu'à une petite tasse au plus , et de ne jamais presser l'enfant de manger.

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