‹ Manuel des [so]ciétés de tempérance [microforme]Chapitre 20 sur 44 · ARTE · texte numérisé non relu

ARTE

de ferveur depuis qu’il fait usage de boissons fortes ! Croit-on qu’il y en ait beaucoup parmi nous que la boisson puisse aider à sortir du péché? Serait-il possible d’en citer un seul, en un mot, à qui elles aient ouvert les portes du Ciel? Non encore.—Et, par conséquent le moindre mal qu’on puisse dire des boissons fortes, c’est qu’elles sont parfaitement inutiles relativement à notre salut.

Mais on nous répondra peut-être ici : “Il en est des ‘ boissons fortes comme du pain et des autres nourri- “ tures que Dieu nous donne dans sa bonté.—Je ne les prends pas absolument parce qu’elles me rendront meilleur père de famille ou plus assidu à mes devoirs religieux, mais je m’en sers pour conserver ma santé et réparer mes forces, et parce qu’elles m’aident souvent, en un mut, à alléger le poids de mes durs et pénibles travaux.” C’est encore ainsi qu’une foule de personnes sont sous l’influence d’une triste et désolante erreur... Le plus grand de tous les malheurs pour les peuples, comme pour les individus, est de croire bien ce qui est mul, et bon ce qui est mauvais, Voilà la cause de tous les crimes, voilà la source de toutes les misères de l’homme. Aussi, quand notre éternel ennemi veut nous faire du mal, il lance un faux principe parmi nous; il commence par tromper les intelligences: et les crimes, les larmes et la désolation suivent de près.—Ainsi l’homme aux noirs projets sort de sa maison pendant la nuit profonde ; il lient en sa main une torche. On dirait qu’il veut éclairer le voyageur, l’empêcher de s’égarer au milieu des ténèbres ; mais non: depuis longtems il nourrit sa haine contre ses ennemis et cherche l’occasion de se venger. Il s’avance, et le flambeau répand autour de lui une sombre Jueur : son cœur palpite d’une joie infernale, son œil brille comme celui du tigre qui s’éknce sur sa victime. Ilregarde: personne ne le voit, personne ne le soupçonne ; tout est dans le tranquille et mystérieux repos du sommeil ; mais un cri d’alarme se fait entendre : on accourt de tous côtés. C’est en

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ÉROCEL EE

vain que chacun cherche à arrêter l’incendie. La flamme dévorante s’élève au-dessus des toits avec fureur, et bientôt les toits s’écroulent avec fracas. Une épaisse et noire fumée s’élance, en roulant sur ellemême, jusqu’à la nue, et porte la consternation dans les cœurs de ceux-là même quisemblent le plus à l’abri du danger.

Ainsi, dans cette vallée de larmes, l’homme qui marche comme à tatons dans les ténèbres, prend souvent pour une lumière bienfaisante le flambeau qui n’est allumé que pour produire partout la dévastation et la ruine. Il faudrait une plume trempée dans le sang et les larmes, pour décrire tous les malheurs, les péchés secrets où publics qu’a enfantés parmi nous la fatale croyance que les boissons sont bonnes et qu’elles sont un de ces mille dons que Dieu a faits à l’homme pour l’aider à soutenir ou à réparer ses forces. C’est par ce faux principe que la mère en donne à son enfant malade, que le journalier en prend au milieu de ses pénibles travaux, que le Canadien de tout état x cru jusqu’à présent n’avoir rien de mieux à offrir à l’ami ou à l’hôte qui le visite, qu’un verre de boisson : c’est parce qu’on les croyait donnes qu’on en prenait entre les repas et en tous tems. Nous 1e craignons pas d’être contredit en le proclamant : c’est par l'effet de cette faussè croyance, de ce faux principe, que le démon a entraîné dans l’abîme de l’ivrognerie une foule d'hommes généreux qui semblaient, jar leurs vertus, leurs connaissances et leur caractère, le plus à lPabri de ce malheur; qu’il a porté la honte et la misère hideuse au sein de familles respectables qui, sans la boisson, seraient devenues heureuses et prospéres. Mais de même que, dans la comparaison dont nous nous servions il n’y a qu’un instant, on aurait pu étouffer le plus funeste et le plus dévorant incendie en étei-. gnant le flambeau dont on avait cru apercevoir la lumière, ainsi on ne pourra surmonter l’ivrognerie et détourner les crimes que ce vice hideux traîne à sa suite, qu’en détruisant le faux principe que les bois-

sons sont bonnes dans les mille et une circonstances où nous avions coutume d’en faire usage jusqu’à ce jour. Il faut prendre le mal à sa source, il faut frapper l’arbre à sa racine. Tant qu’on répètera et qu’on croira qu’elles sont bonnes dans toutes ces circonstances, elles seront recherchées, aimées ; car il est dans notre nature d’aimer ce qui est bon.

“ Mon cher fils,” a dit jusqu’à présent le père honnête et chrétien à son enfant, ‘ne prends de boissons ‘ fortes qu'avec modération et selon ton besoin ;”? et par ses exempies, il lui montrait qu’il en avait besoin à tout moment, à tout propos : avant le repas, pour se donner appétit ; pendant et après le repas, pour redonner des forces à l’estomac, et aider la digestion ; le matin, pour se donner bonne bouche ; le soir, pour se reposer de ses fatigues ; avec ses amis, pour les recevoir honnêtement ; lorsqu’il faisait chaud, pour se rafraîchir ; pendant les rigueurs de l’hiver, pour se réchauffer ; en maladie, pour se rétablir ; en santé, pour ne pas devenir malade ; pendant le travail, pour se fortifier ; les jours de repos et de fêtes, pour les passer plus joyeusement ; seul, pour se désennuyer ; en compagnie, pour faire comme les autres, et répondre aux santés qu’on lui proposait !

N'est-ce pas un fait que si, jusqu’à présent, le père disait à son enfant de ne prendre des boissons qu’avec tempérance et suivant son besoin, il lui prouvait que cette tempérance consistait à en prendre à tout propos, et que ce besoin existait à tout moment ? L’enfant, malheureusement, prenait plus garde aux exemples qu’aux conseils : aussi les deux ou trois verres par jour, qui lui suffisaient les premiers tems qu’il en faisait usage, devenaient insuftisans quelques années plus tard. Comme on le voit, de cet usage prétendu modéré, il n’y avait qu’un pas, qu’une ligne inperceptible à franchir pour tomber dans l'excès. Aussi, toujours, en se croyant tempérantet modéré dans l’usage des boissons, parvenait-il souvent, en peu d’années, à se rendre presqu’au dernier degré de l’ivrognerie.

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Alors, si le prêtre charitable et zélé avertissait le jeume intempérant qu’il était tems de s’arrêter, qu’il courait à sa ruine, celui-ci paraissait tout étonné, et répondait: ‘Je ne suis pas un ivrogne ;il n’y a pas de ‘ danger, je ne prends de boissons qu’à mon besoin”... Et si le père, effrayé des dépenses de sa maison, de Ja prodigieuse quantité de boissons que ses enfans consommaient, et des excès auxquels ils commençaient à se livrer, voulait les reprendre, il était presque toujours trop tard : on lui répondait : “ Dieu merci, nous “ ne sommes ras des ivrognes, il faut bien recevoir “ ses amis ; nous n’avons , :s l’envie de faire de gros- ‘“ gièretés à personne ; nous ne prenons de boissons que + pour notre besoin”. L’épouse infortunée conjurait-elle avec larmes son mari de ne pas tant dépenser {pour la boisson ; lui faisait-elle voir que les enfans étaient presque nus, qu’il était tems de mettre quelque chose de côté pour les envoyer à l’école ; que mille choses nécessaires manquaient dans la maison, elle ne recevait ordinairement, pour toute réponse, que ces paroles : “ je travaille fort, et si je prends de la bois- “ son, c’est que j'en ai besoin.” Et malheur à la pauvre femme, si, après cela, elle osait se plaindre ; quelque affreux blasphême prononcé avec fureur, et souvent des coups lui avaient bientôt fermé la bouche.

Et le père malheureux voyait, en peu de tems, l’intempérance de ses enfans dévorer les biens qu’il n’avait acquis qu’au prix de tant de peines, qu’il avait arrosés de tant de sueurs. Ilconjurait Dieu d’abréger ses jours, pour n’avoir pas la douleur d’être témoin de la ruine complète et du déshonneur de sa famille. Et lorsque la mort, trop lente à son gré, venait enfin terminer ses éhagrins, il maudissait par ses dernières paroles la boisson qui avait répandu le deuil et l’amertume sur ses dernières années, et creusé son tombeau. Et le ministre de Jésus-Christ, voyant inutiles les etforts qu’il fesait pour toucher et convertir les ivrognes, déplorait, tous les jours, les finestes efleis de la boisson,

Et la mère désolée, qui n’avait souvent que des larmes à donner à ses enfans qui lui demandaient du pain, maudissait la boisson qui enlevait, tous les jours, à son mari le prix de ses sueurs et de ses travaux.

fortes nous ont fait du mal.…..oui, et ce qui est oublié et

que le mal qu’elles nous ont fait, elles ne l’ont jamais racheté, elles ne pourront jamais le racheter non plus par aucun bien. Trop longtemps nous avons cru qu’elles étaient un don que Dieu nous avait fait dans sa bonté, comme le pain et les autres nourritures qu’il nous donne ; mais C’est une erreur funeste, et il n’y a que notre eruel et constant ennemi qui a pu parvenir à l’accréditer parmi nous. Il a fait à notre égard ce qu’il fit autrefois dans le paradis terrestre lorsqu’il trompa notre mère Eve; il n’a fait que répéter son premier mensonge : “ Mange de ce fruit, et tu ne mourras pas, ditil à la première femme, il ne t’en arrivera que du bien; ce fruit ne donne pas la mort comme Dien te la dit.” Il a fait appeler eau de vie une liqueur dévorante dont le nom aurait plutôt dû être eau de feu et de mort. Comme nos premiers parens, nous y avons goûté, nous en avons fait un de nos breuvages les plus ordinaires : et la ruine, et les forfaits de tout genre, et la mort, sous ses aspec!: les plus hideux, ont suivi de pres notre imprudence, et ont couvert notre terre de désolation. Les lèvres encore teintes de ces détestables boissons, on a vu l’enfant méconnaître, frapper, égorger son père... l’ami enfoncer le poignard dans le cœur de son ami ; l’époux déchirer sans pitié la femme qu’il aimait, qu’il adorait auparavant ; rempli de ces boissons, on a vu mille fois le père oublier tous les sentimens de la nature jusqu’au point d’arracher, de la bouche de ses enfans, le dernier morceau de pain qu’ils avaient, pour se procurer le moyen d’étaucher sa soif dévorante qu’il éprouvait.

4 comme Jquelque Arions p Bavons re {dans no 1 faisante A épouva Atinions

Puis.

1 la fune 4 bien et Mais si ces larmes, ces gémissemens, ces cruels dé- M} qu à fa sespoirs n’ont pu servir à corriger les ivrognes, ils ser- } viront au moins à constater un fait : c’est que les boissons 4

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orceau de yen d’étau-

Puisque nous avons imité nos premiers parens dans

À la funeste erreur qu’ils commirent en cherchant leur } bien et leur bonheur dans un fruit qui n’était propre 1 qu’à faire tomber tous les maux sur eux, ouvrons donc

aussi les yeux comme ils le firent. Voyons de quels biens les boissons nous ont privés, à quelle affreuse nudité elles ont réduit un grand nombre de ceux qui en ont fait usage. Assez longtems nous les avons re-

amour : nous leur avons accordé la place d’honneur dans nos maisons ; nous les regardions comme ie plus bel ornement de nos tables. Nous les offrions à nos

© amis comme le signe de notre bienveillance à leur

égard. Voyons les droits ;1’elles ont aujourd’hui à tant

À d'estime, à tant d'honneur, et nous ne serons pas 1 longtems à comprendre qu’elles ne méritent que notre

mépris et notre haine.

L’histoire nous a conservé les noms de plusieurs peu-

l ples qui rendaient les honneurs divins à des bêtes fé-

roces ou stupides, qui les bénissaient et les estimaient

4 comme les auteurs de tous leurs biens. Nous avons en quelque sorte imité ces peuples, dans ce que nous ôse- Mrions presqu’appeler le culte extravagant que nous Savons rendu aux boissons fortes. Nous avons placé haut

dans notre estime et notre confiance ces boissons mal-

Afaisantes ; et fermant follement les yeux sur les maux à épouvantables qu’elles nous causaient, nous nous obs- Atinions à les regarder comme bonnes et utiles en mil- {le circonstances où elles ne nous faisaient que du mal.

Les Indiens adorent un serpent venimeux, dont la morsure est suivie d’une mort prompte et cruelle. Ils gardent même quelquefois cet animal au milieu d’eux, et lui donnent une place honorable dans la maison.

AVoilà presque ce que nous avons fait à l’égard des

boissons. Jamais les serpens les plus redoutables n’ont

fuit autant de victimes par leurs mortels poisons chez

les Indiens, jamais ils n’ont fait couler autant &e larmes, ni détruit autant de familles que Les boissons par-

Ami nous.

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Et cependant, il y a des personnes qui ont encore le triste courage de prendre leur défense, qui crient àk l’excès, au fanatisme contre ceux qui parlent de les détruire ; qui se mettent presqu’en colère lorsqu” on parle de cette moderne divinité en termes peu ména:| gés ; lorsqu'on cherche à faire passer, dans le cœur desA peuples l’horreur dont on est si naturellement saisi à la vue du mal qu’elles nous font, ‘ prenez garde, dit-k ‘6 on, à vos expressions ; Souvenez-vous que les bois- “ sons sont l’ouvrage de Dieu.”

Oui, répondrons-nous, les boissons, comme toute créature, toute matière, sortent des mains de Dieu,h sans doute ; mais, si elles sont créatures de Dieu, el-# les le sont comme le fruit de l’arbre de la science au quel il n’était pas bon de toucher quoiqu’il sortît desi mains de Dieu. Elles sont les créatures de Dieu : oui# mais comme les tigres et les lions, qu’il faut craindre et fuir ; comme le loup qu’il faut pourtant chasser loin} du troupeau, et dont souvent même on met la tête à -prix ; comme le serpent à qui Dieu a dit: “Je met-| # trai une éternelle inimitié entre la femme et toii ‘ entre sa postérité et la tienne.” Elles sont les créatures de Dieu comme l’arsénie, l’opinm et tous les autres! poisons que Dieu a mis sur la terre, et qui, quoique bons et utiles à l’homme dans certains cas rares, sont! pourtant mis au nombre des choses qu’il faut éloigner! de nos lèvreset de celles de nos enfans. Les boissons for-Î tes sont les créatures de Dieu : oui, mais n’est-il pas bien admirable et ne devrait-il pas être dans la bouche dei tous les pères, le discours rapporté par le Révd. Père! De Smer, d’un grand chef sauvage à un marchandk qui voulait vendre des boissons fortes à sa tribu: ‘ À quoi bon votre eau de feu ? elle ne fait que du mal, “ elle brûle la gorge et l’estomac : elle rend l’homme “ pareil à un ours en colère ; il mord, il graite, il hur: “ ]e sans savoir ce qir’il fait. Portez cette eau à nos en- “ nemis ; ils se tueront entre eux, et leurs femmes et leurs enfans feront pitié : pour nous, nous sommes ‘ bien assez fous sans cela.” Les boissons fortes son!

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ont encore À j'œuvre de Dieu : oui, encore une fois, mais comqui crient à me le fer que mon ennemi a aiguisé pour me percer rent de les le sein, et que je ne regarde plus qu’en frémissant ; Te lorsqu” ONŸ comme le couteau sanglant que j'ai retiré du cœur de s peu ména-Î mon ami, de mon frère. Ce fer, ce couteau me seront le cœur desÿ pour toujours un objet d’horreur : je ne m’en servirai ment saisi à@ jamais ; et lorsque je les regarderai, mon sang se glaz garde, dit-M Cera dans mes veines... Elles sont l’œuvre de Dieu, que les bois-® Comme la montagne de Gelboé que David chargea M de malédictions, parce qu’elle avait bu le sang de omme toute Sail et de Jonathas. Elles le sont comme ces nations ns de Dieu,® Lerfides que Dieu commanda de détruire entièrement, de Dieu, el-Ÿ arcs qu’elles avaient fait pécher son peuple. Flles SCIENCE AU-É sont enfin les créatures de Dieu comme l’œil, le pied, il sortit des® ]4 main que J.-C. veut pourtant qu’on coupe, qu’on ® détruise, qu’on arrache, qu’on brûle lorsqu'ils sont deaut craindre f yenus un sujet de péché !..….. chasser loin® Ah ! si vous saviez comme elles sont sales et démet la tête à} goûtantes les mains qui font les boissons dont vous :: “Je met: prenez la défense, il nous semble que vous hésiteriez mme et {O1 à les appeler du beau noi de créatures de Dieu. Si vous nt les créatu-{ ous fussiez donné la peine d’aller étudier la compoous les autres” Sition des boissons fortes dans les distilleries, vous qui, QUOIQUES craindriez de blasphémer en leur donnant une si hau- S rares, SON te origine. En sortant du spectacle que vous auriez eu aut éloigner® sous les yeux, si vous eussiez eu la force de dire: “ ces s boissons for-® « boissons sont les créatures de Dieu,” vous eussiez ast-il pas bien ;onté : “mais la cupidité de l’homme les a horriblement la bouche def Gétournées de leur fin première.” Dieu avait don- 4 né le pur froment et les autres grains à l’homme pour n marchand &e nourrir, et l’homme, au lieu de s’en servir pour la fin à sa tribu À Loulue par son créateur, a dénaturé l’œuvre de Dieu, que du mal£ et l’a changée, dans la distillerie, en un affreux poison. nd l’homme Etes-vous jamais entré dans ces maisons, sous ces ratte, il hur- espèces d’enfer, où l’homme, par une science qu’il eau à noS ENS tourne à la perte de ses semblables, transforme le grain s femmes ell je plus sain, le plus nourrissant, en un liquide dévo- IOUS SOMMES rant, qui coule ensuite comme un fleuve de feu à tra- 15 fortes SONT vers nos campagnes, et laisse partout des traces si pro-

{ondes et si latnentables de son passage. À peine êtes. vous sous ces voûtes sombres, que vous vous sentezk suffoqués par une épaisse vapeur. D’immenses four neaux, image des demeures infernales, entretiennentf

un foyer ardent dont les flammes enveloppent de vastes chaudières remplies d’une matière épaisse, sale et noi re: on vous avertit de ne nas approcher, car ce qui bout là est d’une force si prodigieuse que la seule va-®

nc peur qui en sort peut faire perdre la vue. C’est le rum®

dans sa première nature, non réduit...

Vous apercevez au-dessus de votre tête d'énormes

serpens en cuivre rouge dans lesquels gronde le dévo rant liquide qu’attendent d'immenses réservoirs sou

terrains. Les êtres malheureux, qui travaillent dans ces infectes demeures, n’ont presque plus rien de la physionomie de l’homme, tant ils sont affectés par l’atmosphère humide et brûlante qu’ils respirent. On dirait des spectres, tant ils semblent quelquefois épui sés, taibles et pâles. Encore une fois, si les boissons sont les créatures de Dieu, le Di: qui les a faites, oùl plutôt qui, dans sa colère, a perriis que l’homme con nût l’art de les faire, ne peut nous défendre de les fuir} de les avoir en hoxieir, non pas à Cause de celui qui est créateur de iuuie c ose, mais à cause du mal qu’el4 les nous font. Et comment les aimer quand on sai ce qui les compose ?

Voici la recette du rum, que nous ont fournie six respectables personnes qui ont travaillé elles-mêmes" plusieurs années à en distiller.

“ Nous certifions avoir travaillé plusieurs années

dans une distillerie de rum, et voilà comment on le# Après avoir fait bouillir le grain, on y je4

faisait : tait du savon, du sang de bœuf, de la chaux, de la po: tasse, de la couperose, et une grande quantité d’ea forte, On faisait bouillir cet aflreux mélange da d’irnmenses chaudières de cuivre, après quoi on fai

sait passer tout cela dans d’énormes tuyaux de cui vre remplis de ver-de-gris. Un jour, une de ce

eruches remplies de l’eau forte, dont on se servait

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‘ s'étant cassée, le feu prit ausitôt, et on eut mille ‘ peines à l’éteindre. On faisait huit tonnes par jour ‘ de ce rum qui passait pour d’excellente Jamaïque, ‘ et qui était distribué et vendu dans les campagnes. ‘ Nous sommes certains que cette boisson et toutes ‘ les autres qui sont faites dans ce pays de la même ‘ manière, sont contraires à la santé, qu’elles ne peu- ‘ vent faire que du mal, voilà pourquoi nous y avons ‘ renoncée et que nous conjurons nos compatriotes e d’énormef d'y renoncer aussi !.. sn nde le dévol, Telle est cette boisson que l’on croyait si bonne et servoirs soul utile, qu’on en prenait en toute circonstance ; que vaillent dan on croyait chose si précieuse, qu’on en donnait à ses xs rien de laneilleurs amis. N’avions-nous pas le droit de dire que affectés pal e démon seul a pu nous faire croire à sa prétendue espirent. On itilité.. Et si ce qu’on vient de lire n’est pas suffisant quefois épuil Dour donner une invincible horreur des boissons for- ‘les boissons Voici, à ce qu’il nous semble, quelque chose de

»s a faites, où ‘homme con re de les fuir

es plus savans médecins d'Angleterre, d’Ecosse et "Irlande sur les boissons. Elle pourra convaincre que de celui quil es boissons, que Messieurs les Marchands font venir du mal qu’el Angleterre, ou des Jsles, ne valent pas mieux que uand on saitfelles qui sont distillées dans ce pays. 4 Le comité de la chambre des communes, chargs t fournie sixernièrement de s’enquérir de l’étendue, des caus elles-mémest des effets de l’ivrognerie dans le Royaume-Uni, a Mpporté les témoignages suivans des premiers médesieurs annéedins des trois Royaumes.

bmment on let Duszin.—“Nous soussignés déclarons que c’est norain, on y je F° ferme conviction que rien ne pourrait plus tendre baux, de la po: améliorer la santé publique et à faire disparaître la uantité d’enlupart des maladies que l'entière abstinence des boismélange dans spiritueuses. Signé par Alexandre Jackson, Méss quoi on faiMfecin du gouvernement ; John Crampton, M. D. et nyaux de cui rofesseur de médecine; R. Carmicael; Philippe une de cerampton, premier Chirurgien de l’état ; J. Cheyne, ‘I. on se servait. Physicien ginéral; A. Colles, Professeur de chires, etc. etc. et par 43 autres comités médicaux d’frande,

lus frappant encore: C’est l’opinion de plus de 400

EntmBurGn.—-Nous soussignés déclarons que nous 4 sommes convaincus que les liqueurs spiritueuses ne # peuvent être regardées comme un article de diète pro- f pre à donner des forces et de la santé, et que, si on! s’en abstenait entièrement, la santé et le bonheur# publics y gagneraient infiniment. Cette déclaration est A signée par les quatre Professeurs de la faculté médi-4

cale de l'université ; par onze membres du collège def. Ed\ Médecine ; par le président et 27 membres du collégef sité de Royal des Chirurgiens, et par 34 autres des premiers “ que Médecins d’Ecosse. 1" nou Lerra.—Nous soussignés certifions que nous sommes “ cor] convaincus que les liqueurs spiritueuses, sous quelque# “ met nom et forme qu’elles soient, sont infiniment préjudi-ÿ “ ces ciables à la santé, et qu elles ne contiennent aucune “ prit qualité nutritive. Signé par MM. Anderson, M. C.;f Le: Robert Sims, M. D. ; Charles Cheyne, Chirurgien ;# spiritu George Kirk, M. D.; G. Combe, M. D.; Thomasf “ cau: Lade, M. D. ; Thomas Craige, M. D.; John Cold-f “ qua stream, M. D. “ vide York.—Nous soussignés certifions que les liqueurs “ qu’e spiritueuses ne sont, en aucune manière, nécessairesÿ “ Les aux personnes en santé, et qu’au contraire, elles sont “ grar presque toutes sans exception toujours pernicieuses/ “ dire Que leur entière disparition contribuerait infiniment if “ sons ramener la santé, les mœurs et le bonheur publics. Si “ tanc gné par 24 Médecins. “ aux BricxTon.—Le certificat, signé par 24 Médecin “ dans de cette ville, est le même que celui ci-dessus: ainsÿ “ ce sc que celui de Bradfort, signé par 18; celui de Berÿ “ qui wick, signé par 11; celui de Cheltenham, signé pa . Apr 36 ; celui de Derby, signé par 19; de Leeds, par 47 tion, d de Manchester, par 17; de Nottingham, par 26 ; dd sons fo Worchester, par 32 ; de celui de Gloucester, par 15 rance ? celui de Kilmarnock, par 8 ; de Lincoln, par 22. A cel à s’abs: témoignages nous avons à ajouter l’opinion du célébrÿ #o0déra: Sir Astley Cooper, qui écrit: “ Personne ne détesti} nécessi “ plus que moi l’usage journalier des boissons forte mal, e: Je n’ai jamais voulu souffrir, dans ma maison, au 4u’on 1

“ cune espèce de boissons spiritueuses, les regardant “ comme de véritables démons. Et si le pauvre peu- ‘ ple pouvait voir, comme moi, les maux de foie, les “ hydropisies, les cruelles maladies de nerfs qui sont “ les conséquences immédiates de l’usage des boissons “ fortes, 1l saurait que les liqueurs spiritueuses ne sont “ rien autre chose qu’un poison destructeur.??

Edward Wilmer, Protesseur de chimie à l’Université de Londres, écrit : ‘* C’est mon intime conviction “ que les boissons spiritueuses ne peuvent servir pour “ nourrir et soutenir l’homme, et que le forces du ‘ corps et la santé y gagneraient, si on cessait entière- “ ment d’en faire usage ; que l’usage journal'?r de “ ces liqueurs minent la constitution, affaiblissent l’esprit et dégradent le caractère.

Le comité, dans son rapport, parle ainsi des boissons spiritueuses : , Outre une infinité d’autres maux, elles ‘“ causent tous les ans la destruction d’une immense ‘“ quantité de grains sains et nourrissans que la Pro- “ vidence donne à l’homme pour sa subsistance, et “ qu’elle change en affreux poison par la distillation. “ Les plus hautes autorités médicales, interrogées en ‘ grand nombre par le comité, se sont accordées à “ dire que les boissons fortes sont de véritables poi- “ sons pour l’homme, qu’il n°y a pas une seule circonstance où elles soient nécessaires, où même utiles, “ aux personnes en santé ; et qu’elles sont toujours, ‘ dans tous les cas, et en quelque petite quantité que “ ce soit, pernicieuses, destructives à proportion de ce “ qui ena été pris !”?

Après ces documens, comment parler de mudération, de tempérance, dans l’usage journalier des boissons fortes ? En quoi consiste la vertu de la Tempérance ? à fuire un usage modéré des bonnes choses, et à s’abstenir des mauvaises... Dire qu’il peut y avoir modération, tempérance à faire usage, sans une absolue k nécessité, d’une chose qui ne peut nous faire que du mal, est une contradiction dans les termes. Il est vrai qu’on nous a mille fois répété que les boissons étaient

ns que nous 4 iritueuses ne #4 de diète pro-4 et que, si on A t le bonheur“ éclaration est# faculté médi-4 du collége de# res du collèges des premiers!

» nous sommes} , sous quelque ment préjudi-A nnent aucune} -rson, M. C.;l , Chirurgien ;h D.; Thomas ; John Cold

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24 Médecin i-dessus: ainsi celui de Ber!

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, par 26; dà ester, par 19 , par 22. À ce ion du célèbrà ne ne détesti boissons fortes La maison, al

bonnes en telles et telles circonstances, Mais c’est en M cela que nous avons été trompés : ceux qui nous te- M naient ce langage étaient aussi ignorans que nous sur # cette matière. Ils étaient même intéressés à nous M tromper, parce que souvent ils aimaient la boisson, et ! que c’était plutôt la passion que la raison qui parlait 4 en eux. Mais voilà plus de quatre cents hommes dé- # sintéressés qui ont fait une étude approfondie de la * nature des boissons fortes, qui en ont examiné les ef- M fets, ont consciencieusement pesé le bien et le mal ! qu’elles procurent à l’homme, par rapport à sa santé, ! dans les différentes circonstances de la vie ; et voilà À que tous déclarent qu’elles ne font aucun bien, qu’au contraire, elles sont toujours dommageables. Tls disent 4 que, quelque nom que portent ces boissons, elles ne ! sont au fond qu’un poison destructeur. Feindrait-on ! après cela, d’être indécis sur l’usage qu’on en doit !

faire !

Le Dieu tout-puissant qui me défend de me percer le sein d’un poignard, me défend également de boire ! des liqueurs que la science et l'expérience prouvent |

être destructives de la vie qu’il m’a donnée.

Si c’était une chose tnufile de prendre des boissons ! fortés, je ne devrais pas en boire ; la raison en est que ! le Souverain Juge, qui doit me punir d’une parole # inutile, ne me punira pas moins d’avoir fait une chose À inutile. Et plût à Dieu que le seul mal que l’on pût dire de la boisson, fût son inutilité pour ceux qui en |

ont fait usage. Mais elles ont ruiné de fond en comble

les fortunes les plus solides ; elles ont ravalé au-dessous de Ja brute les intelligences les plus élevées ; elles ! ont apporté la désolation dans le sein des familles les ! plus faites pour être heureuses ; elles ont visiblement !

occasionné la mort de milliers d’hommes ; elles éteignent tous les jours la religion dans le cœur de nos

parens, de nos frères, de nos amis, de nos enfans ; elles } changent tous les jours, au milieu de nous, en bêtes | féroces, les hommes souvent les mieux calculés à faire ! Pornement et l’appui de la société ; elles ont fait des |

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milliers de veuves et d’orphelins; elles ont précipité dans l’enfer d'innombrables victimes; elles ont arraché à J.-C. des millions d’âmes qu’il avait rachetées au prix de son sang. Et, à côté de tous ces maux epouvuntables, elles n’ont jamais fait de bien à personne !

Jésus-Christ a dit : “ Tout arbre qui ne porte pas de & bons fruits doit être coupé et jeté au feu ;”” ne peuton pas dire que la boisson est cet arbre maudit dont le Sauveur parle, et qu’il faut détruire parce qu’il ne porte pas de bons fruits... En vérité, la boisson n’estelle pas comme un arbre dont les fruits portent partout la désolation et la mort 2... Nous savons bien que les Français et les autres peuples qui cultivent la vigne ont d’excellens vins ; nous savons que ces vins sont propres à fortifier l’homme et à le nourrir... Mais pour cela sommes-nous autorisés à nous servir des boissons qu’on nous offre dans ce pays sous le nom de vin de Porte, de Madère, d’'Eau-de-vie, etc. etc., lorsque tous les hommes les plus éclairés, et la science que nous pouvons avoir acquise noûs-mêmes, nous apprennent que tous ces prétendus vins ne sont souvent que de dangereux breuvages que la cupidité, aidée par la chimie, nous compose, non pas pour nous donner des forces et de la santé, mais uniquement pour flatter notre palais, vider notre bourse, miner notre tempéramment et damner nos âmes?

Les Chinois, qui s’empoisonnent par milliers aujourd’hui avec l’opium q'e les Anglais leur portent au bout de leurs baïonnettes, pourraient répondre à leur prudent Empereur qui leur en interdit l’usage : ‘ Les Français ont de bons vins à boire, donc nous ‘“ pouvons boire de l’opium.”.. Ils seraient aussi bons logiciens que la plupart de nos buveurs de vin, qui s’excusent en disant que les vins français sont bons. Que m'importe qu’il ait plu à M. le Marchand de boisson, de donner à telle liqueur le nom de vin de Porte, d’appeler telle autre, “ vin de Madère, d'Espagne et de Ténériffe 7”?

Dès lorsque, par l’analyse, je m’aperçois, d’une manière infaillible, que la plupart de ces boissons n’ont que le nom et le goût de celles qu’elles représentent, et qu’elles sont un composé de substances propres uniquement à causer les plus grands ravages dans les organes que Dieu m’a données pour la conservation de ma vie, ne dois-je pas écouter la voix de la religion et de la raison qui me commandent de m’en abstenir ?

Or, encore une fois, telle est notre position, dans la plupart des pays où Dieu n’a pas fait croître la vigne, que nous ne pouvons guère connaître les bons vins que de nom... Voilà du moins ce que nous disent tous les Français qui voyagent dans ce pays; voilà ce qu’a déclaré, en notre présence, devant une assemblée des plus respectables à Québec, Monseigneur l’Evêque de Nancy lui-même. Le témoignage de toutes ces personnes ne fait qu’ajouter un nouveau poids aux déclarations de tous les hommes versés dans la science de la chimie, qui s’accordent à dire, avec les 400 médecins cités plus haut, et avec le savant Sir Astley Cooper, “que les liqueurs spiritueuses ne sont ricn autre ‘“ chose qu’un poison destructeur.

Le Docteur Douglas, regardé avec raison comme un des plus savans Chimistes et un des meilleurs îédecins et chirurgiens de Québec, a deux fois manifesté dans cette ville, en présence de plus de deux mille citoyens, son opinion que les vins, les bières et les autres boissons fortes en usage dans ce pays, sont non seulement inutiles aux personnes en santé, mais que, pour peu qu’on en fasse usage, même modérément, elles prédisposent à une foule d’infirmités ; rendent souvent incurables les maladies que le moindre soin aurait arrêtées ; paralysent l’effet des remèdes les plus salutaires et les plus puissans; sont la cause de presque toutes les apopexies, les gouttes, les paralysies, les anévrismes, les maladies de nerfs, etc. etc... Non content de citer les noms les plus respectables à l'appui de sa doctrine, il a voulu montrer, par des preuves qu’on peut appeler infaillibles et physiques, que

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SOCIÉTÉ DE TEMPÉRANCE, 91 ces boissons ne peuvent produire que du mal. Deux fois, à Québec, en présence de plusieurs milliers de personnes de la plus haute respectabilité, et une fois à Beauport, devant une nombreuse assemblée des habitans de cette paroisse auxqueis s’étaient joints Monsieur le Curé de Québec et plusieurs autres membres du clergé de la ville et des environs, il a analysé du vin de Madère et de Porte de la meilleure qualité, ainsi que de la bière de table, et il a fait voir que les premiers aient un sur quatre d’alcohol, et la dernière, un sur huit !

Il a ensuite pris l’alcohol, extrait de grosse bière, et l’ayant mêlé avec un peu de sucre et d’éther et d’autres ingrédiens, il en a composé d’excellens vins de Porte, de Madère, de Champagne, et ensuite du brandy et du rum de première qualité. Ila terminé ses savantes et bien intéressantes expériences par conjurer ses concitoyens de ne jamais faire usage de ces boissons sans une absolue nécessité, et de les mettre au nombre de ces violens remèdes, dont on ne doit se servir que très rarement sur l’ordre d’un habile médecin.

Si, après cela, l’on venait nous dire : Mais, si c’est ‘ un si grand mal de boire du vin, pourquoi J.-C. en ‘ a-t-il fait aux noces de Cana ! ?”” nous répondrions: “ Si vous aviez du vin aussi doux, aussi bon, aussi salu- “ taire que celui que Jésus-Christ créa lui-même, nous “ ne vous blämerions pas d’en faire usage, mais c’est ‘ parce qu’il y a la distance du jour à la nuit, la diffé- “ rence du bien au mal, entre les vins tels que Dieu ‘ les a faits, et ceux que vous débitent vos Mar- “ chands, que nous vous conjurons de n’en jamais “ goûter. Les premiers étaient bons pour votre corps ‘ qu’ils auraient fortifié, ils étaient bons même pour “ votre âme qu’ils auraient élevée vers Dieu, tandis ‘ que ceux que vous avez détruisent votre santé, 2ji- “ pesantissent votre âme, alimentent en vous toutes ‘ ]Jes mauvaises passions. .…??

Qu’on ne nous parle pas, non plus, du conseil que

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St.-Paul donne à son bien-aimé disciple, de mettre un peu de vin dans son eau à cause de l'extrême faiblesse de son tempéramment. D’abord ce texte prouve tout le contraire de ce que désirent les personnes qui le citent à tout propos, sans en approfondir le sens ; il prouve que St.-Paul et son disciple ne buvaient pas ordinairement de vin et que, si nous voulions être leurs imitateurs, nous nous en priverions, nous aussi, avec joie, pour l’amour de J.-C. Si St. Timothée eut été dans l’habitude de boire du vin, St.-Paul ne lui aurait pas enjoint si expressément d’en prendre. Or 1} est plus que probable que le disciple n’était en cela, comme dans tout le reste, que l’imitateur de son maître.

Mais, dites-vous : ‘“ toujours est-il vrai que St.-Paul ‘“ conseille à son disciple de prendre nn peu de vin...” Oui, mais lisez tout le texte, et vous verrez que, s’il lui donne ce conseil, c’est à cause de son faible tempéramment et de ses nombreuses infirmités, Il est indubitable qu’il ne lui aurait pas tenu ce langage, s’il eut été fort et bien portant... Il est surtout bien constaté, par ce texte, que l’Apôtre des nations n’aurait jamais eu la pensée de vous donner le conseil de boire du vin à vous, mon cher ami, dont la figure rubiconde, dont l’embonpoint auraient fait un si grand contraste avec le disciple de St.-Paul.

En outre on sait que le vin, dans la Palestine, était extrêmement commun, qu’il était même le breuvage des plus pauvres du pays, et que, par conséquent, St. Paul, qui se faisait gloire de vivre pauvrement et du travail de ses mains, ne dérogeait en rien au régime de vie des pauvres lorsqu'il prenait du vin dans ses maladies, et qu’il conseillait à d’autres d’en prendre.

Le vin était la boisson du pauvre et celle du riche. Il n’était pas, comme en ce pays, un article coûtenx ; les riches n’étaier.i pas, comme ici, les seuls qui pussent s’en proturer. Il est donc plus que douteux que Saint Paul eut bu du vin, s’il eut vécu dans notre pays, puisqu’il faut le faire venir à grands frais de plus de

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mille lieues de distance. Assurément St.-Paul, qui gagnait si misérablement sa vie du travail de ses mains, comme il nous le rapporte lui-méme, à faire des tentes, n’aurait pas eu souvent de pain sur sa table s’il eut vécu en Canada, et qu’il eut voulu faire un usage journalier de bons vins.

Mais, fussiez-vous assez riche pour vous procurer journellement les meilleurs vins de l’Europe, je ne vous parlerai pas, pour vous détourner d’en faire usage, des pauvres qui vous environnent et qui souffrent, qui n’ont pas de pain, sont nus et abandonnés sur un lit de douleur et vous appellent... Je ne vous parlerai pas de tant de bonnes œuvres qu’il faudrait commencer ou conduire à bonne fin, et qui réclament éoutes nos ressources. Je ne vous parle1"1i pas... non, je me tais: c’est la voix de St.-Jérôme que vous allez entendre. Voici ce qu’écrivait ce saint Père de l'Eglise du fond de son désert :

“Si je peux donner quelque conseil, si l’on veut m'en croire sur mon expérience, le premier avis que je donne, la première grâce que je demande, c’est d’éviter le vin comme un poison. C’est la pre- “ mière arme du démon contre la jeunesse. L’avarice “ ébranle moins, l’orgueil enfle moins, l’ambition séduit moins. Nous pouvons facilement nous dépouiller des autres vices, mais celui-ci est un ennemi renfermé dans nous. Le vin et la jeunesse, voilà un “ double foyer de volupté. Pourquoi jeter de l’huile “ dans la flamme ? Pourquoi entretenir le feu dans un “ corps faible tout brûlant déjà? Paul écrit à Timothée: Usez d’un peu de vin, à cause de votre estomac et de vos fréquentes maladies. Voyez pour quels mo- “ tifs l’Apôtre permet de boire du vin, c’est dans la “ vue de remédier à des douleurs d’estomac et à de fréquentes maladies. Et, de peur que nous n’allassions, par hasard, nous faire de nos maladies un “ prétexte, il ordonne de prendre fort peu de vin... D'ailleurs, St:Paulse souvenait d’avoir dit lui-méme : “le vin est une source de dissolution ;”” et enco-

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