NE JAMAIS PRENDRE DE BOISSONS FORTES
Etendue ou matière du sacrifice que Von fait en entrant dans la Société de Tempérance.
Les trois Chapitres suivans sont bien certainement la plus importante partie de ce petit traité ; ainsi prionsnous tous ceux qui s’intéressent à la sainte et belle œuvre de la Société de Tempérance, de les lire avec la plus grande attention.
Avant tout, il est absolument nécessaire d’avoir à la pensée que, lorsque nous parlons de boissons fortes, de vins , etc., nous entendons parler des boissons, des vins tels qu’on les fabrique pour l’importation dans ce pays. C’est à des Canadiens que nous parlons, et nous ne les entretiendrons que des boissons en usage parmi eux. Ce que nous avons à dire n’aurait certainement pas le même à-propos en France, en Italie et dans les autres
pays où Dieu fait croître la vigne . On en verra la
raison dans la suite de ces pages.
Ceci posé, nous voudrions faire le tour de notre pays, pénétrer dans toutes les maisons, nous jeter aux pieds de tous nos compatriotes pour les conjurer au nom de Dieu, au nom de leur patrie, de leur religion, de leur famille, au nom de tout ce qu’ils ont de plus cher, de renoncer à l’usage des boissons fortes, parce qu "‘elles «’ ont jamais fait de bien dans ce pays , ou que, si elles eu ont fait, ce bien ne peut en aucune manière compenser les maux incalculables qu’elles nous ont causés.
Oui, c’est après plusieurs années d’examen et de recherches que nous le proclamons sans crainte, à la face de notre pays : Les boissons fortes ne nous ont fait aucun bien. — Nous avons cherché partout ; il nous a été impossible de trouver une seule famille, une seule maison honnête, qui nous ait dit des boissons fortes: “ Nous leur devons notre prospérité, “ notre paix et notre bonheur.” Pas un seul père de
famille qui soit devenu meilleur par la boisson, pas une seule mère que l’usage des boissons fortes ait rendue plus tendre, plus vigilante, plus capable de bien élever une famille. Pas un seul enfant dont les pareils aient dit : “ Nous devons, à l’usage qu’il fait de
la boisson) le respect, la docilité, l’amour qu’il nous témoigne.” — Jamais nous n’avons rencontré d’enfans qui aient eu à bénir Dieu de la boisson dont leurs parens faisaient usage. Et quelle femme ne connait la joie, le bonheur, que depuis que son mari, ou ses enfans font usage de boissons fortes ? — Si elles sont bannies du milieu de nous, comme nous l’espérons, bientôt il n’y aura donc pas une seule famille qui aura à en souffrir dans ce qui constitue le véritable bonheur domestique. Que tous les pères de familles se donnent la main pour n’en jamais prendre, et pas un seul enfant, pas une seule épouse n’aura à se plaindre. Que tous les jeunes gens renoncent courageusement à en faire usage ; et d’un bout du pays à l’autre, il nous sera impossible de trouver un seul père, une seule mère qui ait à gémir de cette résolution. Voilà ce qui n’a pas besoin de preuves, voilà ce dont chacun est aussi bien convaincu que nous. Voilà ce qui prouve, jusqu’à l’évidence, cette proposition dont nous désirons que chacun se souvienne : “ les boissons en usage dans ce pays sont inutiles au bonheur des familles.” Mais, si. de là, nous passons à l’examen du bien moral qu’elles sont de nature à produire chez ceux qui en font usage, le jugement que nous en devons porter leur sera-t-il plus favorable ? Quel est le Canadien que les boissons ont rendu plus vertueux, plus chrétien'? Où est celui qu’elles ont rendu plus patient, plus doux, plus chaste ? Quel est celui qui leur doit quelque victoire sur ses passions, quelque bonne action qu’il n’aurait pu faire, quelque bonne pensée même qu’il n’aurait pas eue sans elles ? Quel est donc celui que la boisson a fait marcher d’un pas plus droit et plus assuré dans la voie du salut ? Qu’on nous montre celui qui fréquente les sacremens avec plus d’assiduité et
MANUEL DE LA
de ferveur depuis qu’il fait usage de boissons fortes ? Croit-on qu’il y en ait beaucoup parmi nous que la boisson puisse aider à sortir du péché? Serait-il possible d’en citer un seul, en un mot, à qui elles aient ouvert les portes du Ciel? Non encore. — Et, par conséquent le moindre mal qu’on puisse dire des boissons fortes, c’est qu’elles sont parfaitement inutiles relativement à notre salut.
Mais on nous répondra peut-être ici : “ Il en est des “ boissôns fortes comme du pain et des autres nourri- “ tures que Dieu nous donne dans sa bonté. — Je ne “ les prends pas absolument parce qu’elles me rendront “ meilleur père de famille ou plus assidu à mes deu voirs religieux, mais je m’en sers pour conserver “ ma santé et réparer mes forces, et parce qu’elles “ m’aident souvent, en un mot, à alléger le poids de “ mes durs et pénibles travaux.” C’est encore ainsi qu’une foule de personnes sont sous l’influence d’une triste et désolante erreur.... Le plus grand de tous les malheurs pour les peuples, comme pour les individus, est de croire bien ce qui est mal , et bon ce qui est mauvais. Voilà la cause de tous les crimes, voilà la source de toutes les misères de l’homme. Aussi, quand notre éternel ennemi veut nous faire du mal, il lance un faux principe parmi nous ; il commence par tromper les intelligences : et les crimes, les larmes et la désolation suivent de près. — Ainsi l’homme aux noirs projets sort de sa maison pendant la nuit profonde ; il tient en sa main une torche. On dirait qu’il veut éclairer le voyageur, l’empêcher de s’égarer au milieu des ténèbres ; mais non: depuis longtems il nourrit sa haine contre ses ennemis et cherche l’occasion de se venger. Tl s’avance, et le flambeau répand autour de lui une sombre lueur : son cœur palpite d’une joie infernale, son œil brille comme celui du tigre qui s’élance sur sa victime. Il regarde : personne ne le voit, personne ne le soupçonne ; tout est dans le tranquille et mystérieux repos du sommeil ; mais un cri d’alarme se fait entendre : on accourt de tous côtés. C’est en
vain que chacun cherche à arrêter l’incendie. La flamme dévorante s’élève au-dessus des toits avec fureur, et bientôt les toits s’écroulent avec fracas. Une épaisse et noire fumée s’élance, en roulant sur ellemême, jusqu’à la nue, et porte la consternation dans les cœurs de ceux-là même qui semblent le plus à l’abri du danger.
Ainsi, dans cette vallée de larmes, l’homme qui marche comme à tâtons dans les ténèbres, prend souvent pour une lumière bienfaisante le flambeau qui n’est allumé que pour produire partout la dévastation et la ruine. Il faudrait une plume trempée dans le sang et les larmes, pour décrire tous les malheurs, les péchés secrets ou publics qu’a enfantés parmi nous la fatale croyance que les boissons sont bonnes et qu’elles sont un de ces mille dons que Dieu a faits à l’homme pour l’aider à soutenir ou à réparer ses forces. C’est par ce faux principe que la mère en donne à son enfant malade, que le journalier en prend au milieu de ses pénibles travaux, que le Canadien de tout état a cru jusqu’à présent n’avoir rien de mieux à offrir à l’ami ou à l’hôte qui le visite, qu’un verre de boisson : c’est parce qu’on les croyait bonnes qu’on en prenait entre les repas et en tous te ms. Nous ne craignons pas d’être contredit en le proclamant : c’est par l’effet de cette fausse croyance, de ce faux principe, que le démon a entraîné dans l’abîme de l’ivrognerie une foule d’hommes généreux qui semblaient, par leurs vertus, leurs connaissances et leur caractère, le plus à l’abri de ce malheur ; qu’il a porté la honte et la misère hideuse au sein de familles respectables qui, sans la boisson, seraient devenues heureuses et prospères. Mais de même que, dans la comparaison dont nous nous servions il n’y a qu’un instant, on aurait pu étouffer le plus funeste et le plus dévorant incendie en éteignant le flambeau dont on avait cm apercevoir la lumière, ainsi on ne pourra surmonter l’ivrognerie et détourner les crimes que ce^vice hideux traîne à sa suite, qu’en détruisant le faux principe que les bois-
sons sont bonnes dans les mille et line circonstances où nous avions coutume d’en faire usage jusqu’à ce jour. Il faut prendre le mal à sa source, il faut frapper l’arbre à sa racine. Tant qu’on répétera et qu’on croira qu’elles sont bonnes dans toutes ces circonstances, elles seront recherchées, aimées ; car il est dans notre nature d’aimer ce qui est bon.
“ Mon cher fils,” a dit jusqu’à présent le père honnête et chrétien à son enfant, “ ne prends de boissons “ fortes qu’avec modération et selon ton besoin et par ses exemples, il lui montrait qu’il en avait besoin à tout moment, à tout propos : avant le repas, pour se donner appétit ; pendant et après le repas, pour redonner des forces à l’estomac, et aider la digestion ; le matin, pour se donner bonne bouche ; le soir, pour se reposer de ses fatigues; avec ses amis, pour les recevoir honnêtement ; lorsqu’il faisait chaud, pour se rafraîchir ; pendant les rigueurs de l’hiver, pour se réchauffer ; en maladie, pour se rétablir ; en santé, pour ne pas devenir malade ; pendant le travail, pour se fortifier ; les jours de repos et de fêtes, pour les passer plus joyeusement ; seul, pour se désennuyer ; en compagnie, pour faire comme les autres, et répondre aux santés qu’on lui proposait !
N’est-ce pas un fait que si, jusqu’à présent, le père disait à son enfant de ne prendre des boissons qu’avec tempérance et suivant son besoin, il lui prouvait que cette tempérance consistait à en prendre à tout propos, et que ce besoin existait à tout moment ? L’enfant, malheureusement, prenait plus garde aux exemples qu’aux conseils : aussi les deux ou trois verres par jour, qui lui suffisaient les premiers tems qu’il en faisait usage, devenaient insuffisans quelques années plus tard. Comme on le voit, de cet usage prétendu modéré, il n’y avait qu’un pas, qu’une ligne inperceptible à franchir pour tomber dans l’excès. Aussi, toujours, en se croyant tempérant et modéré dans l’usage des boissons, parvenait-il souvent, en peu d’années, à se rendre prpsqu’au dernier degré de l’ivrognerie.
Alors, si le prêtre charitable et zélé avertissait le jeune intempérant qu’il était tems de s’arrêter, qu’il courait à sa ruine, celui-ci paraissait tout étonné, et répondait: “ Je ne suis pas un ivrogne ; il n’y a pas de “ danger, je ne prends de boissons qu’à mon besoin”... Et si le père, effrayé des dépenses de sa maison, de la prodigieuse quantité de boissons que ses enfans consommaient, et des excès auxquels ils commençaient à se livrer, voulait les reprendre, il était presque toujours trop tard : on lui répondait : “ Dieu merci, nous “ ne sommes pas des ivrognes, il faut bien recevoir “ ses amis ; nous n’avons pas l’envie de faire de gros- “ sièretés à personne ; nous ne prenons de boissons que pour notre besoin”.... L’épouse infortunée conjurait-elle avec larmes son mari de ne pas tant dépenser pour la boisson ; lui faisait-elle voir que les enfans étaient presque nus, qu’il était tems de mettre quelque chose de côté pour les envoyer à l’école ; que mille choses nécessaires manquaient dans la maison, elle ne recevait ordinairement, pour toute réponse, que ces paroles: “je travaille fort, et si je prends de la bois- “ son, c’est que j’en ai besoin.” Et malheur à la pauvre femme, si, après cela, elle osait se plaindre ; quelque affreux blasphème prononcé avec fureur, et souvent des coups lui avaient bientôt fermé la bouche.
Et le père malheureux voyait, en peu de tems, l’intempérance de ses enfans dévorer les biens qu’il n’avait acquis qu’au prix de tant de peines, qu’il avait arrosés de tant de sueurs. Il conjurait Dieu d’abréger ses jours, pour n’avoir pas la douleur d’être témoin de la ruine complète et du déshonneur de sa famille. Et lorsque la mort, trop lente à son gré, venait enfin terminer ses chagrins, il maudissait par ses dernières paroles la boisson qui avait répandu le deuil et l’amertume sur ses dernières années, et creusé son tombeau... Et le ministre de Jésus-Christ, voyant inutiles les efforts qu’il fesait pour toucher et convertir les ivrognes, déplorait, tous les jours, les funestes effets de la boisson.
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Et la mère désolée, qui n’avait souvent que des larmes à donner à ses enfans qui lui demandaient du pain, maudissait la boisson qui enlevait, tous les jours, à son mari le prix de ses sueurs et de ses travaux.
Mais si ces larmes, ces gémissemens, ces cruels désespoirs n’ont pu servir à corriger les ivrognes, ils serviront au moins à constater un fait : c^est que les boissons fortes nous ont fait du mal.... oui, et ce qui est oublié et ce que nous ne saurions jamais répéter assez, c’est que le mal qu’elles nous ont fait, elles ne Vont jamais racheté , elles ne pourront jamais le racheter non plus par aucun bien. Trop longtemps nous avons cru qu’elles étaient un don que Dieu nous avait fait dans sa bonté, comme le pain et les autres nourritures qu’il nous donne ; mais c’est une erreur funeste, et il n’y a que notre eruel et constant ennemi qui a pu parvenir à l’accréditer parmi nous. Il a fait à notre égard ce qu’il fit autrefois dans le paradis terrestre lorsqu’il trompa notre mère Eve; il n’a fait que répéter son premier mensonge : “ Mange de ce fruit, et tu ne mourras pas, ditil à la première femme, il ne t’en arrivera que du bien ; ce fruit ne donne pas la mort comme Dieu te l’a dit.” Il a fait appeler eau de vie une liqueur dévorante dont le nom aurait plutôt dû être eau de feu et de mort. Comme nos premiers parens, nous y avons goûté, nous en avons fait un de nos breuvages les plus ordinaires: et la ruine, et les forfaits de tout genre, et la mort, sous ses aspects les plus hideux, ont suivi de pras notre imprudence, et ont couvert notre terre de désolation. Les lèvres encore teintes de ces détestables boissons, on a vu l’enfant méconnaître, frapper,
égorger son père . l’ami enfoncer le poignard dans
le cœur de son ami ; l’époux déchirer sans pitié la femme qu’il aimait, qu’il adorait auparavant ; rempli de ces boissons, on a vu mille fois le père oublier tous les sentimens de la nature jusqu’au point d’arracher, de la bouche de ses enfans, le dernier morceau de pain qu’ils avaient, pour se procurer le moyen d’étancher sa soif dévorante qu’il éprouvait.
Puisque nous avons imité nos premiers parons dans la funeste erreur qu’ils commirent en cherchant leur bien et leur bonheur dans un fruit qui n’était propre qu’à faire tomber tous les maux sur eux, ouvrons donc aussi les yeux comme ils le firent. Voyons de quels biens les boissons nous ont privés, à quelle affreuse nudité elles ont réduit un grand nombre de ceux qui en ont fait usage. Assez longtems nous les avons regardées avec estime, avec respect, j’oserais dire, avec amour : nous leur avons accordé la place d’honneur dans nos maisons; nous les regardions comme le plus bel ornement de nos tables. Nous les offrions à nos amis comme le signe de notre bienveillance à leur égard. Voyons les droits qu’elles ont aujourd’hui à tant d’estime, à tant d’honneur, et nous ne serons pas longtems à comprendre qu’elles ne méritent que notre mépris et notre haine.
L’histoire nous a conservé les noms de plusieurs peuples qui rendaient les honneurs divins à des bêtes fé roces ou stupides, qui les bénissaient et les estimaient comme les auteurs de tous leurs biens. Nous avons en quelque sorte imité ces peuples, dans ce que nous ôserions presqu’appeler le culte extravagant que nous avons rendu aux boissons fortes. Nous avons placé haut dans notre estime et notre confiance ces boissons malfaisantes ; et fermant follement les yeux sur les maux épouvantables qu’elles nous causaient, nous nous obstinions à les regarder comme bonnes et utiles en mille circonstances où elles ne nous faisaient que du mal.
Les Indiens adorent un serpent venimeux, dont la morsure est suivie d’une mort prompte et cruelle. Ils gardent même quelquefois cet animal au milieu d’eux, et lui donnent une place honorable dans la maison. Voilà presque ce que nous avons fait à l’égard des boissons. Jamais les serpens les plus redoutables n’ont fait autant de victimes par leurs mortels poisons chez les Indiens, jamais ils n’ont fait couler autant de larmes, ni détruit autant de familles que les boissons parmi nous.
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Et cependant, il y a des personnes qui ont encore le triste courage de prendre leur défense, qui crient à l’excès, an fanatisme contre ceux qui parlent de les détruire; qui se mettent presqu’en colère lorsqu’on parle de cette moderne divinité en termes peu ménagés ; lorsqu’on cherche à faire passer, dans le cœur des peuples l’horreur dont on est si naturellement saisi à la vue du mal qu’elles nous font, “ prenez garde, dit- “ on, à vos expressions ; souvenez-vous que les boissons sont l’ouvrage de Dieu.”
Oui, répondrons-nous, les boissons, comme toute créature, toute matière, sortent des mains de Dieu, sans doute ; mais, si elles sont créatures de Dieu, elles le sont comme le fruit de l’arbre de la science auquel il n’était pas bon de toucher quoiqu’il sortît des mains de Dieu. Elles sont les créatures de Dieu: oui, mais comme les tigres et les lions, qu’il faut craindre et fuir; comme le loup qu’il faut pourtant chasser loin du troupeau, et dont souvent même on met la tête à prix ; comme le serpent à qui Dieu a dit : “Je metu trai une éternelle inimitié entre la femme et toi, “ entre sa postérité et la tienne.” Elles sont les créatures de Dieu comme l’arsénic, l’opium et tous les autres poisons que Dieu a mis sur la terre, et qui, quoique bons et utiles à l’homme dans certains cas raies, sont pourtant mis au nombre des choses qu’il faut éloigner de nos lèvres et de celles de nos enfans. Les boissons fortes sont les créatures de Dieu : oui, mais n’est-il pas bien admirable et ne devrait-il pas être dans la bouche de tous les pères, le discours rapporté par le Révd. Père De Smet, d’un grand chef sauvage à un marchand qui voulait vendre des boissons fortes à sa tribu : “ A quoi bon votre eau de feu ? elle ne fait que du mal, “ elle brûle la gorge et l’estomac: elle rend l’homme “ pareil à un ours en colère ; il mord, il gratte, il hur- “ le sans savoir ce qu’il fait. Portez cette eau à nos en- “ nemis ; ils se tueront entre eux, et leurs femmes et a leurs enfans feront pitié : pour nous, nous sommes bien assez fous sans cela.” Les boissons fortes sont
l’œuvre de Dieu : oui, encore une fois, mais comme le fer que mon ennemi a aiguisé pour me percer le sein, et que je ne regarde plus qu’en frémissant ; comme le couteau sanglant que j'ai retiré du cœur de mon ami, de mon frère. Ce fer, ce couteau me seront pour toujours un objet d’horreur: je ne m’en servirai jamais; et lorsque je les regarderai, mon sang se glacera dans mes veines . Elles sont l’œuvre de Dieu,
comme la montagne de Gelboé que David chargea de malédictions, parce qu’elle avait bu le sang de Saül et de Jonathas. Elles le sont comme ces nations perfides que Dieu commanda de détruire entièrement, parce qu’elles avaient fait pécher son peuple. Elles sont enfin les créatures de Dieu comme l’œil, le pied, la main que J.-C. veut pourtant qu’on coupe, qu’on détruise, qu’on arrache, qu’on brûle lorsqu’ils sont devenus un sujet de péché ! .
Ah ! si vous saviez comme elles sont sales et dégoûtantes le§ mains qui font les boissons dont vous prenez la défense, il nous semble que vous hésiteriez à les appeler du beau nom de créatures de Dieu. Si vous vous fussiez donné la peine d’aller étudier la composition des boissons fortes dans les distilleries, vous craindriez de blasphémer en leur donnant une si haute origine. En sortant du spectacle que vous auriez eu sous les yeux, si vous eussiez eu la force de dire : “ ces “ boissons sont les créatures de Dieu,” vous eussiez ajouté: “mais la cupidité de l’homme les a horriblement “ détournées de leur fin première.” Dieu avait donné le pur froment et les autres grains à l’homme pour se nourrir, et l’homme, au lieu de s’en servir pour la fin voulue par son créateur, a dénaturé l’œuvre de Dieu, et l’a changée, dans la distillerie, en un affreux poison.
Etes-vous jamais entré dans ces maisons, sous ces espèces d’enfer, où l’homme, par une science qu’il tourne à la perte de ses semblables, transforme le grain le plus sain, le plus nourrissant, en un liquide dévorant, qni coule ensuite comme un fleuve de feu à travers nos campagnes, et laisse partout des traces si pro-
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fondes et si lamentables de son passage. A peine êtesvous sous ces voûtes sombres, que vous vous sentez suffoqués par une épaisse vapeur. D’immenses fourneaux, image des demeures infernales, entretiennent un foyer ardent dont les flammes enveloppent de vastes chaudières remplies d’une matière épaisse, sale et noire : on vous avertit de ne pas approcher, car ce qui bout là est d’une force si prodigieuse que la seule vapeur qui en sort peut faire perdre la vue. C’est le rum, dans sa première nature, non réduit .
Vous apercevez au-dessus de votre tête d’énormes serpens en cuivre rouge dans lesquels gronde le dévorant liquide qu’attendent d’immenses réservoirs souterrains. Les êtres malheureux, qui travaillent dans ces infectes demeures, n’ont presque plus rien de la physionomie de l’homme, tant ils sont affectés par l’atmosphère humide et brûlante qu’ils respirent. On dirait des spectres, tant ils semblent quelquefois épuisés, faibles et pâles. Encore une fois, jsi les boissons sont les créatures de Dieu, le Dieu qui les a faites, ou plutôt qui, dans sa colère, a permis que l’homme connût l’art de les faire, ne peut nous défendre de les fuir, de les avoir en horreur, non pas à cause de celui qui est créateur de toute chose, mais à cause du mal qu’elles nous font. Et comment les aimer quand on sait ce qui les compose î
Voici la recette du rum, que nous ont fournie six respectables personnes qui ont travaillé elles-mêmes plusieurs années à en distiller.
“ Nous certifions avoir travaillé plusieurs années “ dans une distillerie de rum, et voilà comment on le “ faisait : Après avoir fait bouillir le grain, on y je- “ tait du savon, du sang de bœuf , de la chaux, de la po- “ tasse, de la couperose, et une grande quantité d'eau “ forte. On faisait bouillir cet affreux mélange dans “ d’immenses chaudières de cuivre, après quoi on fai- “ sait passer tout cela dans d’énormes tuyaux de cui- “ vre remplis de ver-de-gris. Un jour, une de ces “ cruches remplies de l’eau forte, dont on se servait,
“ s’étant cassée, le feu prit ausitôt, et on eut mille “ peines à l’éteindre. On faisait huit tonnes par jour " de ce rum qui passait pour d’excellente Jamaïque, “ et qui était distribué et vendu dans les campagnes. “ Nous sommes certains que cette boisson et toutes “ les autres qui sont faites dans ce pays de la même “ manière, sont contraires à la santé, qu’elles ne peu- “ vent faire que du mal, voilà pourquoi nous y avons “ renoncée et que nous conjurons nos compatriotes “ d’y renoncer aussi !...
Telle est cette boisson que l’on croyait si bonne et si utile, qu’on en prenait en toute circonstance ; que l’on croyait chose si précieuse, qu’on en donnait à ses meilleurs amis. N’avions-nous pas le droit de dire que le démon seul a pu nous faire croire à sa prétendue utilité... Et si ce qu’on vient de lire n’est pas suffisant pour donner une invincible horreur des boissons fortes, voici, à ce qu’il nous semble, quelque chose de plus frappant encore : C’est l’opinion de plus de 400 des plus savans médecins d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande sur les boissons. Elle pourra convaincre que les boissons, que Messieurs les Marchands font venir d’Angleterre, ou des Isles, ne valent pas mieux que celles qui sont distillées dans ce pays.
Le comité de la chambre des communes, chargé dernièrement de s’enquérir de l’étendue, des causes et des effets de l’ivrognerie dans le Pvoyaume-Uni, a rapporté les témoignages suivans des premiers médecins des trois Royaumes.
Dublin. — “Nous soussignés déclarons que c’est notre ferme conviction que rien ne pourrait plus tendre à améliorer la santé publique et à faire disparaître la plupart des maladies que V entière abstinence des boissons spiritueuses. Signé par Alexandre Jackson, Médecin du gouvernement ; John Crampton, M. D. et Professeur de médecine ; R. Carmicael ; Philippe Crampton, premier Chirurgien de l’état ; J. Cheyne, M. D. Physicien général ; A. Colles, Professeur de chirurgie, etc. etc. et par 43 autres comités médicaux d’Irlande.
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Edimburgh. — Nous soussignés déclarons que nous sommes convaincus que les liqueurs spiritueuses ne peuvent être regardées comme un article de diète propre à donner des forces et de la santé, et que, si on s'en abstenait entièrement, la santé et le bonheur publics y gagneraient infiniment. Cette déclaration est signée par les quatre Professeurs de la faculté médicale de l’université ; par onze membres du collège de Médecine ; par le président et 27 membres du collège Royal des Chirurgiens, et par 34 autres des premiers Médecins d’Ecosse.
Leith. — Nous soussignés certifions que nous sommes convaincus que les liqueurs spiritueuses, sous quelque nom et forme qu’elles soient, sont infiniment préjudiciables à la santé, et qu’elles ne contiennent aucune qualité nutritive. Signé par MM. Anderson, M. C. ; Robert Sims, M. D. ; Charles Cheyne, Chirurgien ; George Ivirk, M. D. ; G. Combe, *M. D. ; Thomas Lade, M. D. ; Thomas Craige, M. D. ; John Coldstream, M. D.
Yonk. — Nous soussignés certifions que les liqueurs spiritueuses ne sont, en aucune manière, nécessaires aux personnes en santé, et qu’au contraire, elles sont presque toutes sans exception toujours pernicieuses. Que leur entière disparition contribuerait infiniment à ramener la santé, les mœurs et le bonheur publics. Signé par 24 Médecins.
Brighton. — Le certificat, signé par 24 Médecins de cette ville, est le même que celui ci-dessus: ainsi que celui de Bradfort, signé par 13 ; celui de Berwick, signé par 11; celui de Cheltenham, signé par 36 ; celui de Derby, signé par 19 ; de Leeds, par 47 ; de Manchester, par 17 ; de Nottingham, par 26 ; de Worchester, par 32 ; de celui de Gloucester, par 15; celui de Kilmarnock, par 8 ; de Lincoln, par 22. A ces témoignages nous avons à ajouter l’opinion du célèbre Sir Astley Cooper, qui écrit: “ Personne ne déteste u plus que moi l’usage journalier des boissons fortes. u Je n’ai jamais voulu souffrir, dans ma maison, au-
“ cune espèce de boissons spiritueuses, les regardant “ comme de véritables démons. Et si le pauvre peu- “ pie pouvait voir, comme moi, les maux de foie, les “ hydropisies, les cruelles maladies de nerfs qui sont “ les conséquences immédiates de l’usage des boissons “ fortes, il saurait que les liqueurs spiritueuses ne sont “ rien autre chose qu’un poison destructeur.”
Edward Wilmer, Professeur de chimie à l’Université de Londres, écrit : “ C’est mon intime conviction “ que les boissons spiritueuses 11e peuvent servir pour “ nourrir et soutenir l’homme, et que le forces du u corps et la santé y gagneraient, si on cessait entière- “ ment d’en faire usage ; que l’usage journalier de “ ces liqueurs minent la constitution, affaiblissent l’es- “ prit et dégradent le caractère.
Le comité, dans son rapport, parle ainsi des boissons spiritueuses: <É Outre une infinité d’autres maux, elles “ causent tous les ans la destruction d’une immense “ quantité de grains sains et nourrissans que la Pro- “ vidence donne à l’homme pour sa subsistance, et “ qu’elle change en affreux poison par la distillation. “ Les plus hautes autorités médicales, interrogées en “ grand nombre par le comité, se sont accordées à “ dire que les boissons fortes sont de véritables poi- “ sons pour l’homme, qu’il n’y a pas une seule circons- “ tance où elles soient nécessaires, ou même utiles, “ aux personnes en santé ; et qu’elles sont toujours, “ dans tous les cas, et en quelque petite quantité que “ ce soit, pernicieuses, destructives à proportion de ce “ qui en a été pris !”
Après ces documens, comment parler de modération, de tempérance, dans l’usage journalier des boissons fortes 1 En quoi consiste la vertu de la Tempérance ? à faire un usage modéré des bonnes choses, et à s’abstenir des mauvaises.... Dire qu’il peut y avoir modération , tempérance à faire usage, sans une absolue nécessité, d’une chose qui ne peut nous faire que du mal, est une contradiction dans les termes. Il est vrai qu’on nous a mille fois répété que les boissons étaient.
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bonnes en telles et telles circonstances. Mais c’est en cela que nous avons été trompés : ceux qui nous tenaient ce langage étaient aussi ignorans que nous sur cette matière. Ils étaient même intéressés à nous tromper, parce que souvent ils aimaient la boisson, et que c’était plutôt la passion que la raison qui parlait en eux. Mais voilà plus de quatre cents hommes désintéressés qui ont fait une étude approfondie de la nature des boissons fortes, qui en ont examiné les effets, ont consciencieusement pesé le bien et le mal qu’elles procurent à l’homme, par rapport à sa santé, dans les différentes circonstances de la vie ; et voilà que tous déclarent qu’elles ne font aucun bien, qu’au contraire, elles sont toujours dommageables. Ils disent que, quelque nom que portent ces boissons, elles ne sont au fond qu’un poison destructeur. Feindrait-on après cela, d’être indécis sur l’usage qu’on en doit faire !
Le Dieu tout-puissant qui me défend de me percer le sein d’un poignard, me défend également de boire des liqueurs que la science et l’expérience prouvent être destructives de la vie qu’il m’a donnée.
Si c’était une chose inutile de prendre des boissons fortes, je ne devrais pas en boire ; la raison en est que le Souverain Juge, qui doit me punir d’une parole inutile , ne me punira pas moins d’avoir fait une chose inutile. Et plût à Dieu que le seul mal que l’on pût dire de la boisson, fût son inutilité pour ceux qui en ont fait usage. Mais elles ont ruiné de fond en comble les fortunes les plus solides ; elles ont ravalé au-dessous de la brute les intelligences les plus élevées ; elles ont apporté la désolation dans le sein des familles les plus faites pour être heureuses; elles ont visiblement occasionné la mort de milliers d’hommes ; elles éteignent tous les jours la religion dans le cœur de nos parens, de nos frères, de nos amis, de nos enfans ; elles changent tous les jours, au milieu de nous, en bêtes féroces, les hommes souvent les mieux calculés à faire l’ornement et l’appui de la société ; elles ont fait des
milliers de veuves et d’orphelins; elles ont précipité dans l’enfer d’innombrables victimes ; elles ont arraché à J.-C. des millions d’âmes qu’il avait rachetées au prix de son sang. Et, à côté de tous ces maux épouvantables, elles n’ont jamais fait de bien à personne !
Jésus-Christ a dit : “ Tout arbre qui ne porte pas de u bons fruits doit être coupé et jeté au feu ne peuton pas dire que la boisson est cet arbre maudit dont le Sauveur parle, et qu’il faut détruire parce qu’il ne porte pas de bons fruits.... En vérité, la boisson n’estelle pas comme un arbre dont les fruits portent partout la désolation et la mort ?... Nous savons bien que les Français et les autres peuples qui cultivent la vigne ont d’excellens vins ; nous savons que ces vins sont propres à fortifier l’homme et à le nourrir... Mais pour cela sommes-nous autorisés à nous servir des boissons qu’on nous offre dans ce pays sous le nom de vin de Porte, de Madère, d’Eau-de-vie, etc. etc., lorsque tous les hommes les plus éclairés, et la science que nous pouvons avoir acquise nous-mêmes, nous apprennent que tous ces prétendus vins ne sont souvent que de dangereux breuvages que la cupidité, aidée par la chimie, nous compose, non pas pour nous donner des forces et de la santé, mais uniquement pour flatter notre palais, vider notre bourse, miner notre tempéramment et damner nos âmes ?
Les Chinois, qui s’empoisonnent par milliers aujourd’hui avec l’opium que les Anglais leur portent au bout de leurs baïonnettes, pourraient répondre à leur prudent Empereur qui leur en interdit l’usage : “ Les Français ont de bons vins à boire, donc nous “ pouvons boire de l’opium.”... Ils seraient aussi bons logiciens que la plupart de nos buveurs de vin, qui s’excusent en disant que les vins français sont bons. Que m’importe qu’il ait plu à M. le Marchand de boisson, de donner à telle liqueur le nom de vin de Porte, d’appeler telle autre, “ vin de Madère, d’Espagne et de Ténériffe ?”
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Dès lors que, par l’analyse, je m’aperçois, d’une manière infaillible, que la plupart de ces boissons n’ont que le nom et le goût de celles qu’elles représentent, et qu’elles sont un composé de substances propres uniquement à causer les plus grands ravages dans les organes que Dieu m’a données pour la conservation de ina vie, ne dois-je pas écouter la voix de la religion et de la raison qui me commandent de m’en abstenir?
Or, encore une fois, telle est notre position, dans la plupart des pays où Dieu n’a pas fait croître la vigne, que nous ne pouvons guère connaître les bons vins que de nom... Voilà du moins ce que nous disent tous les Français qui voyagent dans ce pays ; voilà ce qu’a déclaré, en notre présence, devant une assemblée des plus respectables à Québec, Monseigneur l’Evêque de Nancy lui-même. Le témoignage de toutes ces personnes ne fait qu’ajouter un nouveau poids aux déclarations de tous les hommes versés dans la science de la chimie, qui s’accordent à dire, avec les 400 médecins cités plus haut, et avec le savant Sir Astley Cooper, “ que les liqueurs spiritueuses ne sont rien autre “ chose qu’un poison destructeur.”
Le Docteur Douglas, regardé avec raison comme un des plus savans Chimistes et un des meilleurs médecins et chirurgiens de Québec, a deux fois manifesté dans cette ville, en présence de plus de deux raille citoyens, son opinion que les vins, les bières et les autres boissons fortes en usage dans ce pays, sont non seulement inutiles aux personnes en santé, mais que, pour peu qu’on en fasse usage, même modérément, elles prédisposent à une foule d’infirmités ; rendent souvent incurables les maladies que le moindre soin aurait arrêtées ; paralysent l’effet des remèdes les plus salutaires et les plus puissans ; sont la cause de presque toutes les apoplexies, les gouttes, les paralysies, les anévrismes, les maladies de nerfs, etc. etc .
Non content de citer les noms les plus respectables à l’appui de sa doctrine, il a voulu montrer, par des preuves qu’on peut appeler infaillibles et physiques , que
ces boissons ne peuvent produire que du mal. Deux fois, à Québec, en présence de plusieurs milliers de personnes de la plus haute respectabilité, et une fois à Beauport, devant une nombreuse assemblée des habitans de cette paroisse auxquels s’étaient joints Monsieur le Curé de Québec et plusieurs autres membres du clergé de la ville et des environs, il a analysé du vin de Madère et de Porte de la meilleure qualité, ainsi que de la bière de table, et il a fait voir que les premiers contenaient un sur quatre d’alcohol, et la dernière, un sur huit !
Il a ensuite pris l’alcohol, extrait de grosse bière, et l’ayant mêlé avec un peu de sucre et d’éther et d’autres ingrédiens, il en a composé d’excellens vins de Porte, de Madère, de Champagne, et ensuite du brandy et du rum de première qualité. Il a terminé ses savantes et bien intéressantes expériences par conjurer ses concitoyens de ne jamais faire usage de ces boissons sans une absolue nécessité, et de les mettre au nombre de ces violens remèdes, dont on ne doit se servir que très rarement sur l’ordre d’un habile médecin.
Si, après cela, l’on venait nous dire : il Mais, si c’est “ un si grand mal de boire du vin, pourquoi J.-C. en “ a-t-il fait aux noces de Cana ! ” nous répondrions: “ Si vous aviez du vin aussi doux, aussi bon, aussi salu- “ taire que celui que Jésus-Christ créa lui-même, nous “ ne vous blâmerions pas d’en faire usage, mais c’est “ parce qu’il y a la distance du jour à la nuit, la diffé- “ rence du bien au mal, entre les vins tels que Dieu “ les a faits, et ceux que vous débitent vos Mar- “ chands, que nous vous conjurons de n’en jamais “ goûter. Les premiers étaient bons pour votre corps “ qu’ils auraient fortifié, ils étaient bons même pour 11 votre âme qu’ils auraient élevée vers Dieu, tandis “ que ceux que vous avez détruisent votre santé, ap- “ pesantissent votre âme, ali mentent en vous toutes “ les mauvaises passions....”
Qu’on ne nous parle pas, non plus, du conseil que
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St. -Paul donne à son bien- aimé disciple, de mettre un peu de vin dans son eau à cause de l’extrême faiblesse de son tempé raniment. D’abord ce texte prouve tout le contraire de ce que désirent les personnes qui le citent à tout propos, sans en approfondir le sens ; il prouve que St.-Paul et son disciple ne buvaient pas ordinairement de vin et que, si nous voulions être leurs imitateurs, nous nous en priverions, nous aussi, avec joie, pour l’amour de J.-C. Si St. Timothée eut été dans l’habitude de boire du vin, St.-Paul ne lui aurait pas enjoint si expressément d’en prendre. Or il est plus que probable que le disciple n’était en cela, comme dans tout le reste, que l’imitateur de son maître.
Mais, dites-vous: “ toujours est-il vrai que St.-Paul “ conseille à son disciple de prendre un peu devin...” Oui, mais lisez tout le texte, et vous verrez que, s’il lui donne ce conseil, c’est à cause de son faible tempéramment et de ses nombreuses infirmités. Il est indubitable qu’il ne lui aurait pas tenu ce langage, s’il eut été fort et bien portant... Il est surtout bien constaté, par ce texte, que l’Apôtre des nations n’aurait jamais eu la pensée de vous donner le conseil de boire du vin à vous, mon cher ami, dont la figure rubiconde, dont l’embonpoint auraient fait un si grand contraste avec le disciple de St.-Paul.
En outre on sait que le vin, dans la Palestine, était extrêmement commun, qu’il était même le breuvage des plus pauvres du pays, et que, par conséquent, St.- Paul, qui se faisait gloire de vivre pauvrement et du travail de ses mains, ne dérogeait en rien au régime de vie des pauvres lorsqu’il prenait du vin dans ses maladies, et qu’il conseillait à d’autres d’en prendre.
Le vin était la boisson du pauvre et celle du riche. Il n’était pas, comme en ce pays, un article coûteux ; les riches n’étaient pas, comme ici, les seuls qui pussent s’en procurer. Il est donc plus que douteux que Saint Paul eut bu du vin, s’il eut vécu dans notre pays, puisqu’il faut le faire venir à grands frais de plus de
mille lieues de distance. Assurément St.-Paul, qui gagnait si misérablement sa vie du travail de ses mains, comme il nous le rapporte lui-même, à faire des tentes, n’aurait pas eu souvent de pain sur sa table s’il eut vécu en Canada, et qu’il eut voulu faire un usage journalier de bons vins.
Mais, fussiez-vous assez riche pour vous -procurer journellement les meilleurs vins de l’Europe, je ne vous parlerai pas, pour vous détourner d’en faire usage, des pauvres qui vous environnent et qui souffrent, qui n’ont pas de pain, sont nus et abandonnés sur un lit de douleur et vous appellent... Je ne vous parlerai pas de tant de bonnes œuvres qu’il faudrait commencer ou conduire à bonne fin, et qui réclament toutes nos ressources. Je ne vous parlerai pas... non, je me tais: c’est la voix de St.-Jérôme que vous allez entendre. Voici ce qu’écrivait ce saint Père de l’Eglise du fond de son désert :
“ Si je peux donner quelque conseil, si l’on veut “ m’en croire sur mon expérience, le premier avis “ que je donne, la première grâce que je demande, “ c’est d’éviter le vin comme un poison. C’est la pre- “ mière arme du démon contre la jeunesse. L’avarice “ ébranle moins, l’orgueil enfle moins, l’ambition sé- “ duit moins. Nous pouvons facilement nous dépouil- “ 1er des autres vices, mais celui-ci est un ennemi “ renfermé dans nous. Le vin et la jeunesse, voilà un “ double foyer de volupté. Pourquoi jeter de l’huile “ dans la flamme? Pourquoi entretenir Je feu dans un “ corps faible tout brûlant déjà? Paul écrit à Timo- “ thée : Usez d'un peu de vin , à cause de votre estomac “ et de vos fréquentes maladies. Voyez pour quels mo- “ tifs l’Apôtre permet de boire du vin, c’est dans la “ vue de remédier à des douleurs d’estomac et à de “ fréquentes maladies. Et, de peur que nous n’allas- “ sions, par hasard, nous faire de nos maladies un
“ prétexte, il ordonne de prendre for t peu de vin .
“ D’ailleurs, St.-Paulse souvenait d’avoir dit lui-mê-
me : “ le vin est une source de dissolution et enco-
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u re : “ 11 est bon de ne point boire de vin Noé but du “ vin et s'enivra. Après l’ivresse, suivit la nudité du “ corps, et l’intempérance enfanta l’impureté. Loth, “ cet ami de Dieu, qui fut sauvé sur la montagne, et “ qui, seul, de tant de milliers d’hommes, avait été “ trouvé juste, est enivré, et commet la plus abomi-
“ nable.action . Et quoique la volonté n’ait aucune
“ part au crime, l’erreur toutefois ne laisse pas d’être “ coupable.
“ Elie fuyait Jézabel, et, fatigué, se reposait sous un “ chêne dans la solitude : un Ange vient à lui, le rét( veille et lui dit : Lève-toi , et mange. Elie regarde , “ et il vit auprès de sa tête un pain cuit sous la cendre tl et un vase d'eau. Est-ce que Dieu ne pouvait pas lui “ envoyer un vin délicieux ?”
Voilà ce qu’a pensé, et comment a parlé de l’usage du vin un des plus savans et des plus saints prêtres dont l’Eglise s’honore. Nous pourrions citer bien d’autres témoignages de l’antiquité chrétienne et païenne contre le vin, si les bornes, que nous nous sommes prescrites dans cet ouvrage, ne nous interdisaient de le faire... Mais que n’aurait pas dit St.-Jérôme s’il avait eu à parler, comme nous, des détestables boissons dont on nous empoisonne sous les noms de bière, rum, vin, wiskey, etc. etc . Que 11’aurait-il pas dit contre l’u¬
sage journalier même du bon vin s’il avait eu, comme nous, à parler à des hommes qui ne peuvent se procurer cette jouissance sans faire des dépenses excessives eu égard à leur fortune et à l’état de notre pauvre pays où tout est encore à créer ? Quels foudres d’éloquence ces oracles du sanctuaire n’auraient-ils pas fait entendre contre la boisson, si, comme dans nos pays du Nord, elle eut été la grande plaie des peuples, le premier et le plus redoutable ennemi de la croix, et eut été opposée, par le démon, comme le plus grand obstacle à l’effusion des grâces et des lumières de l’Evangile parmi nous et les nouveaux peuples qu’on cherche à tirer des ténèbres de l’idolâtrie.
Il nous semble que la lettre suivante, que nous a-
vons reçue de M. le Coronaire de Québec, est une autre preuve du mal que la boisson nous a fait, et est bien propre à nous y faire renoncer pour toujours :
“ Révérend Monsieur,
“ J’ai l’honneur de répondre à votre lettre du 5 Décembre 1841. Votre première question est conçue en ces termes :
“ Sur le nombre des morts subites et d’accidens “ déplorables, dont vous prenez connaissance tous les “ ans, quelle est la proportion de celles causées direc- “ tement ou indirectement par l’usage des boissons •* fortes ?”
“ Réponse. — J’ai le chagrin de vous dire que la très grande partie, au moins les sept-huitièmes, des personnes qui perdent la vie par mort subite, par accident, par suicide, ne doivent ce malheur qu’à l’usage des boissons fortes.
“ Parmi ces tristes événemens dont j’ai été obligé de prendre note, je me permettrai de vous en citer quelques-uns, dont les circonstances m’ont le plus frappé. Puisse le peuple Canadien, que vous cherchez à régénérer, réfléchir sérieusement sur les maux sans nombre qu’il attire sur lui par l’usage des abominables boissons qui nous sont importées. Puisse-t-il pour toujours les bannir loin de ce pays. Si chacun était, comme moi, témoin des maux que la boisson fait dans ce pauvre pays, vous n’auriez pas grand peine à porter tout le monde à y renoncer, surtout quand on considérerait qu’à côté du mal qu’elles font, elles ne procurent aucun bien réel à l’homme.
“ Les faits que je vais vous citer sont ceux qui me viennent, en ce moment, à la mémoire, et dont j’ai le plus authentiqué les particularités. Mais je vous assure qu’ils sont loin d’être les plus atroces.
“ 1. — Charles , sans être un ivrogne, aimait cependant la boisson lorsqu’il se maria. Son métier d’arrimeur lui faisait gagner de grosses gages en été, et
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en hiver un petit commerce, qu’il tenait dans sa maison, lui rapportait plus qu’il ne fallait pour payer les dépenses journalières. Il s’acquit bientôt une couple de jolies propriétés. Sa femme lui avait déjà donné deux enfans, lorsqu’elle s’aperçut qu’il commençait à faire beaucoup de dépenses et à négliger ses affaires pour l’amour de la boisson. Elle voulut lui faire des remontrances : mais il était trop tard ; ses avis ne firent qu’aigrir son caractère, l’éloigner de sa maison, et le précipiter de plus en plus dans l’abîme de l’ivrognerie. Bientôt, ce qu’il avait gagné dans ses années de bonne conduite fut dissipé ; et la femme, pour se consoler de l’affreuse misère dans laquelle elle allait tomber, se mit à boire aussi. Il est impossible de décrire l’état de cette malheureuse famille.
“Cet homme infortuné, frappé un jour de sa dégradation, se jette dans le corps une dose de boisson encore plus forte que de coutume. Puis il saisit un pistolet, et se décharge le coup à bout portant, dans le côté. Il tombe sans connaissance, le bas-ventre ouvert, baigné dans son sang. Il était dans un état horrible. Les gens du voisinage courent aussitôt chercher M. le Docteur, qui ne restait pas loin de là. Dans l’intervalle sa connaissance lui était revenue. En apercevant le Médecin: “ Bonjour, dit-il, M. le Dr., vous venez sans “ doute pour me guérir ; mais auparavant il faut pren- “ dre un coup ensemble.” Puis il fait d’incroyables efforts pour mettre la main dans son gousset, afin d’en tirer un écu, avec lequel, dit-il, il veut envoyer chercher du rum. Mais il n’a pas le tems de retirer de son gousset sa main couverte de sang qu’il expire !
“ Le Médecin, les assistans et moi, qui suis appelé un instant après, quoique accoutumés à voir bien des horreurs, restons saisis d’épouvante.
“ 2. — Louis , issu d’une de nos meilleures familles de campagne, avait reçu une excellente éducation
dans le Collège de . Il s’y fit remarquer par ses ta-
lens et ses bonnes qualités. Ses études achevées, il se maria à une jeune et très aimable demoiselle, qui put
jouir de quelques années de bonheur avec lui. Il s’était acquis l’estime de ses concitoyens, et il reçut même du gouvernement une charge de confiance. Il avait beaucoup d’amis, au nombre desquels je me félicitais d’être. Mais il aimait la boisson, et ce fut la cause de tous ses malheurs. Ce vice, qui va toujours croissant, le posséda tellement à Ja fin, que pour le satisfaire il négligea ses affaires. Bientôt sa fortune se trouva réduite presque au néant, son esprit s’affaiblit. Ne se sentant pas la force de supporter ses malheurs, ni le courage de quitter la boisson, l’horrible pensée de se détruire s’empare de lui; il s’éloigne sans que personne ne soupçonne son dessein : il s’attache une pierre au
cou et va se jeter dans la rivière . , sur les bords de
laquelle j’ai eu la douleur d’aller inspecter son cadavre ! Telle a été la fin déplorable de cet homme infortuné, qui, sans la boisson, par ses bonnes qualités, aurait fait le bonheur de sa famille, et l’honneur de son pays.
“ 3. — Noël . , excellent ouvrier, s’était acquis une
certaine aisance, par son industrie, son assiduité au travail, et la bonne conduite de son excellente femme. Il avait été, jusqu’à un certain âge, sans prendre aucune sorte de boisson ; mais enfin, sollicité par ses amis, il consent à y goûter, et dissipe en peu de tems tout ce qu’il avait d’abord gagné. Tombé par sa faute, avec sa famille, dans la plus affreuse misère, deux fois il cherche à se détruire, et deux fois sa pauvre femme vole à son secours, et l’arrache à la mort. Mais bientôt il profite des ténèbres de la nuit, prend une corde et se pend au chevet de son lit ! Et c’est dans cet horrible état que sa femme et ses enfans le trouvent au sortir de leur premier sommeil.
“ 4. — La plupart des morts subites sont dues à l’effet des boissons fortes. On se tromperait fort si l’on croyait qu’il faut toujours une grande quantité de boisson pour tuer lin homme. Quelques verres, bus avec des amis, sans suffire pour enivrer, ont maintes fois eu l’effet d’un coup de pistolet dans la tête ou dans
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le corps, par les ravages subits et étonnans qu’ils y ont causés. J’ai souvent été appelé pour de semblables cas. J’en suis toujours revenu l’esprit de plus en plus ïémpli de dégoût et d’horreur pour ces dévorantes boissons qui sont malheureusement d’un si fréquent usage dans toutes les classes de la société. On dit souvent: une telle personne est morte d’apoplexie, d’hémorrhagie, de consomption. Tous ces mots ne sont, le plus souvent, qu’un voile dont notre ignorance se sert pour cacher le suicide par la boisson. Si on ouvre les cadavres de ces personnes qu’on dit mortes d’apoplexie, de ruptures des vaisseaux sanguins, de consomption, on voit à ne pouvoir s’y tromper, généralement, que les ravages de l’alcohol sont les seules et immédiates causes de ces morts funestes.
“ 5. — Il n’y a pas bien longtemps, je fus appelé, dans une campagne, pour visiter le cadavre d’un vieillard, mort subitement à l’âge de 80 ans ; cet. homme avait, à ce qu’on me dit, fait excessivement usage de boisson toute sa vie, s’était toujours bien porté, et se moquait, en apparence avec de bonnes raisons, de ceux qui disent que les boissons fortes ruinent le tempéramment. Le Chirurgien ouvre son corps en ma présence et devant le jury. Quel n’est pas notre étonnement de voir qu’il n’avait pas gros comme le pouce de foie ! Tout avait été entièrement brûlé par la boisson: à la place du foie, il n’y avait plus qu’un affreux amas de matière coagulée ; au reste, tous ses autres organes étaient dans un état parfait de conservation, et, sans la boisson, il aurait encore pu vivre un grand nombre d’années.
“ 6. — George . , gros habitant de campagne, était
à la tête d’une nombreuse famille qu’il soutenait honorablement. Mais, comme il partageait, avec un grand nombre d’autres Canadiens, la funeste pensée que les boissons donnent de la force à l’homme, il en buvait à proportion de ses grands travaux. Un jour que la chaleur s’annonçait devoir être excessive, pour mieux la supporter, il prend une dose plus forte que de cou-
tume ; ce fut son coup de mort ; l’alcohol lui monte à la tête; porte l’enflammation dans le cerveau, et il meurt presque sur le champ. La déclaration du savant Chirurgien que j’appelai, fut qu’il était mort d’une enfla mmation de cerveau causée par la boissson.
“ 7. — Le fait suivant, que j’ai eu la douleur d’authentiquer, est encore bien déplorable, et prouve combien les parens devraient être attentifs à ce que leurs enfans ignorassent jusqu’au nom des boissons fortes. — Une jeune fille appartenant à une famille respectable, mais dans laquelle il se faisait un grand usage de boisson, en avait contracté secrètement le goût dès son bas âge. Ses parents, qui s’en aperçurent, n’eu firent pas d’abord grand cas. Us espéraient que ce mauvais penchant se détruirait avec l’âge ; mais il en fut, comme il est ordinairement, le contraire ; sa passion ne fit que croître avec l’âge. Ayant atteint sa 17e ou 18e année, et fatiguée de la gêne de la maison paternelle, et surtout des remontrances de sa mère, elle part un jour et vient en ville se jeter dans une mauvaise maison. Elle continue à boire, et au bout de deux ans je suis appelé à visiter son hideux cadavre. Elle était morte dans un état complet d’ivresse, et était brisée des coups qu’elle avait reçus la veille en se battant avec trois autres malheureuses !
“ 8. — Augustin , jeune matelot canadien, et excellent jeune homme, vient en ville, rencontre quelques amis qui l’entraînent à l’auberge presque malgré lui. Il s’enivre, et revient à son bord dans cet état. Il veut danser, gambader devant le reste de l’équipage : il tombe, roule à l’eau et se noie ! Il était le seul soutien d’une vieille mère infortunée.
“ 9. — Cyprien . , petit commerçant, s’enivre dans
une auberge qui se trouvait sur le bord d’une rivière qu’il voulait traverser. Puis il s’embarque dans cet état ; arrivé au milieu du courant, un excès de phrénésie s’empare de lui, il s’élance à l’eau et se noie sous les yeux des rameurs épouvantés. Le lendemain je suis appelé à authentiquer sur son cadavre que la bois-
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