Monsieur A . , Notaire, aimait la boisson
Un jour d’hiver que le froid était très vif et qu’il avait un voyage à faire, il en prit quelques coups pour
moins souffrir de la rigueur de la saison . Mais,
après avoir parcouru un certain espace, se sentant épuisé, il s’arrête sur une rivière qu’il lui fallait traverser... Nous étions du nombre de ceux qui ]’y trouvèrent gelé à mort le lendemain. Sa tête était à moitié cachée dans la glace, que la chaleur de la bouche avait fondue ; sa figure qui s’y était enfoncée, y avait laissé son empreinte comme dans un moule à plâtre !... Le souvenir en est affreux !
2. — Beaucoup de navires, aujourd’hui, ne composent leurs équipages que d’hommes de la Tempérance. Nous avons interrogé plusieurs Capitaines de vaisseaux à ce sujet, et tous nous ont dit que les matelots qui ne prenaient aucune boisson forte, soutenaient bien mieux les fatigues de la mer et du froid que les autres, et qu’ils étaient sujets à bien moins de maladies.
Mais voici un trait bien frappant qui confirme cette vérité.
Un magnifique bâtiment fit naufrage à environ trente lieues de Québec, dans une tempête, dans l’automne de 1842 (1). C’était à la fin de Novembre, et le froid était extrême... Pour moins souffrir, le Capitaine et une partie de l’équipage prennent de la boisson, mais pas assez pour produire l’ivresse. Les autres n’en voulurent pas goûter. Eh bien ! deux des matelots qui avaient bu étaient gelés à mort avant d’être arrivés à terre. Le Capitaine mourut quinze jours après des suites du froid qu’il avait souffert; le reste de l’équipage n’éprouva aucun accident.
3. — Le fait suivant, quoiqu’arrivé il y a déjà quelques années, est encore, nous en sommes persuadé, dans la mémoire de tous les habitans de la Rivière Chambly.
Deux jeunes gens étaient obligés de se rendre de St. Jean à l’Isle aux Noix, pendant une journée très froide d’hiver, et, par malheur, le vent qui soufflait avec violence avait tellement gâté les chemins, qu’ils ne pouvaient se servir de voiture... Force leur fut donc de marcher. — Avant de partir on leur offrit de prendre un verre de boisson forte pour se fortifier contre le froid et la fatigue... mais le plus jeune avait plusieurs fois entendu dire que rien n’amollit tant les jambes d’un voyageur que la boisson, et il refusa d’en boire une seule goutte ; l’autre avait malheureusement confiance dans leur prétendue efficacité, et il en prit un verre.
Egarés tous deux sur la route, le premier arriva sans accident; l’autre, vaincu par la fatigue et le sommeil, se laissa tomber de lassitude... Et lorsqu’on vint à son secours, il était mort ! ...
(1) Le navire “ Bellona.,,