QUATRE MILLIONS DE GALLONS DE WISKEY
Pauvres enfans, qui, par milliers, manquez aujourd’hui de pain, d’habits, de feu, parce que vos parens
sont ivrognes, ah ! consolez-vous, . vos parens rie.
manqueront jamais de wiskey : Montréal n’en distille pas moins de dix mille neuf cent quatre gallons tous les jours.
Femmes infortunées, dont le nombre augmente si rapidement tous les jours, qui avez à supporter les brutalités d’un mari ivrogne, séchez vos larmes... Quatre millions de gallons de wiskey ont été distillés cette année dans la seule ville de Montréal, et on espère, vu les progrès de la civilisation et les lumières du siècle, que cette quantité sera doublée l’an prochain !
Pères et mères de familles, vous dont les enfans vont tous les jours par centaines et par milliers, oublier, dans l’auberge et le restaurant, les sentimens de probité et de religion qu’ils avaient puisés au foyer paternel, consolez-vous et espérez tout de l’avenir.... : les distilleries sont dans Vètat le plus prospère t Pour vous aider à ramener dans les sentiers de l’honneur et de la vertu, vos nombreuses familles, elles vous distillent, à chaque heure du jour et de la nuit, pas moins de quatre cent cinquante- quatre gallons de wiskey, de la meilleure qualité, à vingt-cinq sols le pot, non réduit!
Canadiens de tous les rangs, ouvrez vos cœurs aux sentimens de la joie la plus vive : la Patrie est sau-
MANUEL DE LA
vée. Notre cher Canada va bientôt prendre rang parmi les nations grandes, fortes et intelligentes. Un avenir de prospérité sans bornes s’ouvre devant vous ; et, si vous en doutez, venez dans les distilleries voir la quantité prodigieuse de wiskey qui en sort tous les jours, et qui porte partout la paix, le bonheur, l’abondance ! ! !
En vérité, il faut porter un front d’airain, et s’imaginer que l’on parle à des enfans, pour oser faire l’éloge des distilleries !.... On fait sonner bien haut la somme d’argent que la distillerie répand dans le publie, et le prix qu’elle donne pour les grains ; mais on ne dit pas un mot des sommes énormes qu’elle soutire au peuple tous les ans. A entendre ces nouveaux économistes, on dirait que Messieurs les Distillateurs, après avoir payé le grain bien cher, donnent leur bière et leur wiskey par charité !
Ces quatre millions de gallons de wiskey, distillés dans une seule année à Montréal, ont-ils été exportés ? Non ; (à l’exception de 307-f gallons exportés en Angleterre depuis deux ans) tout a été bu et par conséquent acheté et payé par le pauvre et malheureux peuple canadien 1
Le commerce par la distillerie est, sons tous les rapports, ruineux pour le peuple ; pour s’en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur le tableau suivant qui n’est que l’histoire, en chiffres exacts, des rapports du peuple avec la distillerie :
Doit
1er. Janvier, 1846-