‹ Manuel des uvres de bronze et d'orfévrerie du moyen ageChapitre 129 sur 151 · Annales Archéologiques », vol. XIV, p. 217-22i · texte numérisé non relu

Annales Archéologiques », vol. XIV, p. 217-22i

Eï D'ORFEVRERIE DU MOYEN AGE. 187

Enfin, comme commentaire définitif de cette œuvre de bronze, les quatre vers suivants sont gravés sur la moulure plate où repose le couvercle:

Mvndat • vt • inmvnda • sacri ■ baptismalis • vnda Sic • ivsie • f\s\s • sangvis • lavacliri • lenef • vsvs Post • lavât • allracla • lacrimis • confessio • facfa-f Crimine • fedalis • lavaclirvm • fil • opvs • pietatis

Le premier vers appartient au sujet de l'incarnation ou de la rédemption, c'est-à-dire à Jésus entant sur les genoux de sa mère, et à la floraison de la verge d'Aaron.

Le second regarde le passage de la mer Rouge et le massacre des Innocents, figure et réalité du baptême du sang.

\Le troisième tient au baptême de Jésus, et surtout à la conversion de ^larie adeleine, qui confesse et pleure ses péchés aux pieds du Christ chez Simon.

Le quatrième est placé au-dessus du passage du Jourdain et au-dessous des œuvres de miséricorde.

Dans le premier vers, rémission des péchés par l'eau; dans le second, par le sang; dans le troisième, par la pénitence; dans le quatrième, par les bonnes œuvres.

Je ne connais rien, de la base au couvercle, comme iconographie et comme texte, de plus théologique et de plus poétique que ce font de Ilildesheim. Et quand on songe que sur ce bronze, large de un mètre et haut de deux mètres seulement, il y a soixante-dix-sept personnages dont vingt isolés et cinquantesept composant huit scènes diverses ; en outre quarante inscriptions différentes, dont vingt-quatre vers et seize textes bibliques, le tout, figures et paroles, concourant à constituer une œuvre de métal, un font de baptême, on doit prendre en pitié les pauvres gens de notre époque qui raillent le moyen âge en général et le xiii" siècle en particulier, époque du bronze de Hildesheim. L'importance de ce monument nous a décidé à donner les longs détails qui précèdent, car c'est une œuvre réellement unique aujourd'hui. Grâce à l'obligeance de M. de Quast, inspecteur général des monuments historiques de la Prusse, et au véritable dévouement de M. le docteur Kratz, cette œuvre, nous l'avons fait mouler en plâtre connue le chandeliei- de Milan, et nous avons l'intention de la reproduire en bronze, absolument telle qu'elle existe, pour celles des églises de France qui ne reculeraient pas devant la dépense d'un pareil travail, dépense qui ne s'élève pas plus haut, du reste, que celle d'un font de cette espèce en marbre et même en pierre.

L'iconographie des fonts anglais, français et même italiens nous paraîtra

bien pauvre en présence des fonts de Liège et de Ilildesheim ; cependant , il convient d'en dire nn mot.

L'iconographie des fonts anglais n'est pas fort variée ; sauf le baptême du Sauveur qu'on y rencontre qiielciuefois, les sujets delà vie de Marie et de Jésus, comme l'Annonciation et l'Adoration des mages, n'y conviennent guère. Du moins le Crucifiement et la Résurrection s'y justifient par le dogme et par ce te^te de saint Paul : « Ne savez-vous pas que nous tous, qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort? En effet, nous avons été ensevelis avec lui parle baptême, pour mourir au péché, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son père, nous marchions aussi dans une vie nouvelle''. » Les patrons particuliers des paroisses *^, les saints et les saintes qui triomphent de Satan, comme sainte Marguerite, les Vertus personnifiées qui terrassent les Vices ^, sont autant de sujets fort convenables pour un font baptismal. Sur les fonis de Nettlecombe (Sommersct) et ceux de Walsokcn (Norfolk) est re])résentée l'administration des sept sacrements; c'est trop de six. J'aime mieux le font de Bradlcy (Lincolnshire), oii l'on a gravé le commencement des prières « Patei- nosler, Ave Maria, Credo, » que les parrains et marraines doivent réciter pour leur filleul ^

Tout cela est assez ingénieux, mais pauvre, et la France ou l'Italie, qui- ne sont guère plus riches, doivent s'incliner devant les fonts de Liège et de Ilildesheim •''. L'Italie, cependant, a fait des efforts pour échapper à cette icono-

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