‹ Manuel du bibliothécaire, accompagné de notes critiques, historiques et littérairesChapitre 43 sur 118 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Des plus célèbres imprimeurs du i8® siècle.

Le dix-huitième siècle, si brillant par tous les givres de ^ire qui l'illustrèrent , ne devait pas être inférieur au 17® dans l'art typographique; il devait même le surpasser dans ses dernières années et porter cet art sid)lime au plus haut degré de perfection. Toutefois on vit l'imprimerie languir en France au commencement de ce siècle; mais bientôt Couste^ lier y Guerin , Latour et Barbou rompent ce sommeil et publient ces belles éditions si recherchées des amateurs. Le génie s'éveille et inspire les Didot, les GiUé , les Causse de Dijon , les Crapelet ^ etc. ; mais c'est isurtout aux Didot y c'est à cette honorable famille qui marche si dignement sur les traces de celles des Aides , des Etiennes et des Elzéyirs , qu'il semblait être réservé d'atteindre le beau idéal de la typographie : grâce et élégance des caractères , correction du texte , blancheur du papier , beauté des gravures , tout en un mot charme dans les éditions sorties de leurs presses (1).

pour rélégance et la délicatesse des, petits caractères. Leur Virgiîç , leur Térence , leur nouveau Testam%ent grec , 1633 , in-12 9 etc. , et quelques autres livres ornés de caractères rouges , vrais chefs-d'œuvre de typographie , se font autant admirer par Tagrément que par la correction.

(1) M. Camus , dans un rapport fait à l'Institut de France en Tan VI , sur leur Virgile , s'exprime en ces termes :

La France ne fut pas la seule contrée en Europe où l'on vit riniprimerie faire des progrès dans ce grand siècle. En Italie , Joseph Comino porta , à Padoue , la superbe imprimerie appelée de son nom Cominiane. Elle travailla avec gloire jusqu'en i ^56 , sous la direction des frères VolpL Mais la palipe d'honneur pour toutes les belles impressions sorties du sein de l'Italie , est due incontestablement au célëbreBodoni^ directeur de l'imprimerie de Parme (3).

L'Espagne n'est pas moins fière de la gloire typographique d^lbarra que l'Italie de celle de Bodoni ,

« La typographie doit beaucoup à Pierre Didot et à f^frmm son frère. Pierre jeune encore , décrivit les progrès de son art en vers , comme Henri Etienne Tavait défendu contre les ignorans qui le dégradaient. Au milieu de l'agitation et des tumultes , Didot a constamment travaillé à perfectionner toutes les parties de la typographie , comme PlcmHn fonda une des plus célèbres imprimeries à Anvers , à la fin du 16" siècle , au sein des guerres qui désolaient la Flandre. Il a employé sept années entières à faire des tentatives de tout genre , et avec de grandes avances de fonds , pour mettre le Virgile dans Tétat où il vous l'a présenté... » «L'avis de voire commission est que Pierre Didot, avec les caractères gravés par Firmin Didot son frère , donne un nouvel éclat à la typographie française , qu'eux-mêmes et plusieurs autres artistes célèbres avaient déjà portée à un haut degré de perfection. »

(2) On distingue parmi ces éditions le Virgile, le JJorace, le Catulle, le Callimaque , V Homère grec, mais surtout le Boileau , le Télémaque , et le magnifique Racine que sa mort ne lui permit pas d'achever, et qui fut terminé par sa veuve.

la France de celle des Didot , et TAngleterre de celle des Baskervîlle. Ibarra a donné une grande impulsion à la perfection de son art dans sa patrie (3).

Enfin l^Angleterre , ce pays si fertile en hommes de génie dans tous les genres , n'a pas eu une moindre part aux progrès de l'imprimerie dans le i8* sièdie. Les Tonson , les Brindley , les Foulis , les Bas^ keri^Ule , les Martyns y l'ont enrichie de leurs chefsd^œuvre typographiques (4). Baskerville fit fondre hii même les caractères pour ses belles éditions , et le papier dont il se servait dans son Virgile , si brillant et si poli qu'on le croirait plutôt de soie que de chiffons , était également de sa composition. Ses poinçons ont été achetés , après sa mort , par le célèbre Beaumarchais , qui ne pouvait certainement en faire un plus noble usage que de les consacrer à l'impression de la première édition complète des œuvres du plus grand écrivain du i8* siècle (5)* - ■' " '- ' - - — ^ ■ - .. ■ ^ . . „. ■..--. - ,. . ■ ■ ■■ ^ - — .-^—

(3) On doit aux presses de ce célèbre imprimeur titie iraduoHon de Salluste , un Bon Quichotte , V histoire d^Es" pagne de Mariana , et plusieurs autres chefs'-d^œliyre d*im* pression.

(4) Le beau César de Tonson , le BtMie et le Shakos^ peare de Martyns , et le Virgile de Baskerville sont des objets d^admiration pour tous les connaisseurs.

(5) Panokoucke , héritier des manuscrits de Voltaire , voulant donner une édition complette des oeuvres de Voltaire f conçut le projet de la dédier à Timpératrice de Russie; il lui écrivit en conséquence pour la prier d'agréer cet hommage : 7 mois s^écoulérent sans qu'il eût reçu de réponse ;

il érnt qne Titopératrice ne voulait point accepter sa pro-

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