‹ Manuel du citoyen catholiqueChapitre 16 sur 20 · DE L'UNION ENTRE L'EGLISE ET L'ETAT · texte numérisé non relu

DE L'UNION ENTRE L'EGLISE ET L'ETAT

lo existe -t- il ])as plusieurs feiux systèmes po* litiques tendant à établir entre V Église et VÉtat une séparation pins ou moins absolue ?

Oui, il existe plusieurs faux systèmes politiques tendant à établir entre l'Eglise et l'Etat une séparation plus ou moins absolue. On peut rapporter ces systèmes à trois: l'athéisme politique, le naturalisme OU LE LIBERALISME POLITIQUE et, enfin, LE LI- BERALISME CATHOLIQUE.

2o En quoi cansiste V athéisme politique ?

L'athéisme politique est un système politique impie dont les auteurs osent enseigner que la eociété humaine doit être gouvernée sans que ceux qui en sont les chefs, aient à tenir plus de compte de la religion, que si Dieu n'existait pas ou ne se mêlait en rien des choses humaines.

3o Quelles seraient les conséquences cVun pareil système, s'il pouvait jamais prévaloir clans une société ?

Les conséquences d'un pareil système, s'il pouvait jamais prévaloir dans une société, seraient que les législateurs de cette société pourraient faire des lois, les ministres les faire exécuter et les juges les interpréter, sans se mettre aucunement en peine des

lois, mêmes naturelles ou divines, et. à plus forte raison, des lois portées par la Sainte Eglise,

4o Que faut- il penser de ce système considéré au point de vue des relations entre V Église et C±jtat ?

Ce système considéré au point de vue des relations entre l'Eglise et l'Etat, ne saurait être appelé que très improprement un système de séparation entre l'Eglise et l'Etat. En réalité, ce serait un système de destruction de l'Eglise et de l'Etat; car, si jamais (ce qui semble impossible) les audacieux révolutionnaires qui le préconisent, venaient à être les maîtres de l'appliquer, c'en serait fait de la société civile elle-même, aussi bien que de la société religieuse, parce que la société civile, elle aussi. iepose sur les lois que Dieu lui a données, comme sur une base qne les folles théories des athées politiques lui enlèveraient. La raison et l'expérience, en effet, sont d'accord pour nous apprendre que sans la religion naturelle, au moins, une société humaine ne saurait aucunement subsister.

5o En quoi consiste le nâturaHsme politiqui ou le libéralisme proprement dit ï

Le naturalisme politique ou le libéralisme proprement dit est un système politique dont les auteurs enseignent que la société civile doit Être gouvernée sans que ceux qui en sont les chefs, aient officiellement à reconnaître et A protéger aucune autre religion que la seule religion naturelle. J e naturalisme pose donc en principe que l'Etat doit régulièrement être indifférent en matière de religion positive ou révélée; et qu'il ne doit pas plus accorder sa protection à la véritable Eglise, s'il en est une, qu'aux sectes séparées d'elle, ou même qu'aux religions non chrétiennes. Les partisans de ce sys-

tème s'appellent eux-mêmes libéraux parce que, d'après eux, il est libre à chacun d'embrasser telle religion qu'il lui plaît. C'est de ce principe qu'ils concluent que, dans tout Etat bien ordonné, la liberté des cultes doit être proclamée comme une liberté naturelle, inviolable et sacrée.

60 Faites voir que le principe de la liberté des cultes, tel que le préconisent les libéraux, est en luimême un principe faux et très condamnable.

Le principe de la liberté des cultes tel que le préconisent les libéraux est, en lui-mtme, un principe faux très condamnable, parce que, si Dieu a révélé aux hommes une religion, comme personne n'en saurait raisonnablement douter, il faut assurément que les hom nés embrass3nt cette religion, qui est la seule véritable. On ne saurait donc, sans impiété, entendre la, liberté de conscience en ce sens que chacun est libre de choisir, au gré de ses caprices, telle religion qu'il lui plaira d'embrasser; car personne ne peut posséder une liberté en opposition avec la volonté de Dieu, qui n'a donné aux hommes qu'une seule religion et institué qu'une seule Fglise. C'est pourquoi cette Eglise a condamné avec raisoa le naturalisme politique ou le libéralisme proprement dit.

7o De ce que V Eglise condamne le principe de la liberté dis cultes considéré en lui-même, faut-il conclure qu'elle condamne aussi, d'une manière absolue, les constitutions politiques modernes qui admettent la liberté des cultes. ?

Non, de ce que l'Eglise condamne le principe de la liberté des cultes, il ne faudrait pas conclure qu'elle condamne aussi d'une manière absolue, les constitutions politiques modernes qui admettent la

liberté des cultes. Ces constitutions, en effet, n'ont pas, et elles ne peuvent pas même avoir pour objet de définir une vérité spéculative, Elles indiquent simplement la règle pratique que suivra l'Etat dans ses relations avec les différents cultes qui existent, défait, dans le pays pour lequel elle est donnée. L'Etat garantit à ces divers cultes la liberté constitutionnelle, et il agit ainsi dans l'intérêt commun et pour le bien de la paix. L'Eglise garde le silence s'il ne fait que céder à la nécessité, et s'il lui assure à elle-même l'appui qui lui est indispensable et qui ne saurait en aucun cas lui être refusé légitimement.

80 En quoi consiste le libéralisme catholique ?

" Ceux qui sont imbus des principes du libéralisme catholiaue, dit Pie IX, font profession, il est vrai, d'aimer et de respecter l'Eglise; ils semblent même consacrer à sa défense leuis talents et leuis travaux; mais ils n'en travaillent pas moins à pervertir son esprit et sa doctrine; et chacun d'eux, suivant la tournure particulière de son esprit, incline à se mettre au service ou de César ou de ceux qui inventent des droits en faveur de la fausse liberté. Ls pensent qu'il faut absolument suivre cette voie pour enlever la cause des dissensions, pour concilier avec l'Evangile le progrès de la société actuelle et pour établir l'ordre et la tranquillité, comme si la lumière pouvait coexister avec les ténèbres et c< mme si la vérité ne cessait pas d'être la vérité dès qu'on lui fait violence en la détournant de sa véritable signification et en la dépouillant de la fixité inhérente à sa nature." (Bref de Pie JX aux cercles catholiques de Belgique, 8 mai 1873. )

9o Que faut-il penser du libéralisme catholi-

que ?

Pie IX, après avoir exposé en quoi consiste le libéralisme catholique, nous indique lui-même ce qu'il faut en penser: " Cette insidieuse erreur, dit-il, est plus dangereuse qu'une inimitié ouverte, parce qu'elle se couvre du voile spécieux du zèle et de la charité. " ( Même bref. ) Il dit ailleurs: " Les catholiques libéraux sont plus dangereux et plus funestes que des ennemis déclarés et parce qu'ils secondent leurs efforts sans être remarqués, peut-être même sans s'en douter, et parce que se maintenant sur l'extrême limite des opinions formellement condamnées, ils se donnent l'apparence d'une doctrine sans tache qui allèche les amateurs imprudents de conciliation et trompe ceux que n'aurait pas séduits une erreur ouverte. De la sorte, ils divisent les esprits, déchirent l'unité et affaiblissent les forces qu'il faudrait réunir, pour les tourner toutes ensemble 3ontre l'ennemi commun. "

lOo Que faut-il penser de cette maxime politique célèbre, in ventée par les partisans de la séparation de V Église et de VÉtat: " V Église libre dans VÉtat libre?"

Cette maxime politique célèbre " l'Eglise libre* dans l'Etat libre " est une maxime très fausse, non seulement dans le sens où la prennent ses inventeurs, mais en elle-même; car il est faux, d'abord, que l'Eglise soit dans l'Etat, puisqu'elle est une société universelle, appelée par Dieu à réunir tous les peuples dans son sein. Il est faux, surtout, que l'Etat n'ait à remplir à l'égard de l'Eglise aucun devoir et que les princes chrétiens soient libres de gouverner leurs sujets sans avoir à reconnaître et à respecter tous les droits qu'elle tient de J.-C, " Prince

des Rois de la terre, dit la Sainte Ecriture. Seigneur des Seigneurs et Roi des Rois." ( Apoc. I, 5, XVII,

( 1 ) Voici quelques propositions relatives à I'union nécessaire entre l'Église et l'État condamnées dans le Syllabtjs:

Prop. IyV — 1/ É)glise doit être séparée de l'État et l'État séparé de l'Église.

Prop. I,XXVIII — A notre époque, il n'est plus utile que la religion catholique soit considérée comme Tunique religion de l'État, à l'exclusion de tous les autres cultes.

Prop. lXXVII — Aussi, est-ce avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les étrangers qui s'y rendent' y jouissent de l'exercice public de leurs cultes particuliers.

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