DE L'APPUI MUTUEL QUE SE DOIVENT L'EGLISE ET L'ETAT
lo En quoi consiste Vaillance qui devrait exis, er, selon l'ordre providentiel, entre V Église et VÉ^ at ?
' L'alliance qui devrait exister, selon l'ordre providentiel, entre l'Eglise et l'Etat, consiste en ce jue chacune de ces deux sociétés a la double obliration: lo d'éviter ce qui pourrait porter atteinte !ux droits de l'autre; 2o de prêter à l'autre, dans ertains cas, le concours de sa puissance et de ses noyens d'action.
2o Sur quel principe repose cette double obliga* ion de V Église envers l État et de VÉtat envers ? Église ? •
Cette double obligation de l'Eglise envers l'E* at et de l'Etat envers" l'Eglise repose sur ce principe: qu'il y a, pour les sociétés comme pour les inïividus, unp loi naturelle et divine d'après laquelle ion seulement il leur est défendu de se nuire, mais 3ncore il leur est prescrit de s'aider dans leurs nécessités mutuelles. Or, cette loi doit s'appliquer très spécialement aux relations entre l'Eglise et l'Etat, parce que chacune de ces deux sociétés tient de Dieu wn origine et se rapporte à la gloire de Dieu comme
à sa fin dernière.
3o Quels devoirs particuliers s'imposent à VI glise et à VÉtat par suite de V obligation oh sont c deux sociétés de ne pas se nuire ?
L'Eglise se fait un devoir: (a) d'éviter ave soin tout ce qui pourrait affaiblir les liens de subo dination des sujets à leurs légitimes souverains c jeter la perturbation dans l'Etat; ( b ) de se garder d s'immiscer dans les affaires purement politiques i temporelles.
De son côté, l'Etat doit: ( a ) s'abstenir de mei tre aucun de ses actes en opposition avec les lois d Dieu ou de l'Eglise, c'est-à-dire, avec les droits d la société religieuse, de ses ministres, de ses men
bre§ Conséquemment, (b) ses chefs doivent étt
dier quelles sont les lois et quels sont les droits d l'Eglise.
4o Faites voir que V Église et PÉtùt sont ohh g es de s'aider mutuellement.
L'Eglise et l'Etat sont obligés de s'aider mu tuellement. L'Etat, d'abord, doit à l'Eglise son con cours, en cas de besoin, parce que Dieu a donné au: princes séculiers la puissance dont ils disposent pou la défense de tout droit légitimement exercé. Ce princes sont « les ministres de Dieu pour le bien. ! comme les appelle St Paul. ( Rom, XIII. 4. ) La di vine sagesse qui leur a donné la puissance, leur im pose le devoir d'en faire usage dans l'intérêt de 1; religion et de la gloire de Dieu.
Par le baptême, d'ailleurs, s'ils sont chrétiens ils sont devenus enfants de l'Eglise; dès lors, le de voir de la protéger s'impose à eux comme un devoi de sujétion, de piété filiale et de charité.
Quant à l'Eglise, elle reconnaît devoir à l'Eta*
on appui, parce qu'elle sait que l'Etat a, comme Ile-même, sa place marquée par Dieu dans Tordra énéral du monde; et que, d'ailleurs, elle trouva on propre avantage, comme l'expérience l'atteste, ans le bonheur et la tranquillité de la société civile.
5o Que fait V Église pour aider l'État chrétien kcns ses nécessités ?
L'Eglise accorde à l'Etat chrétien dans ses néessités: lo le secours de ses prières, le secours non îoins précieux de son enseignement sur l'origine ivine du pouvoir, etc., et même l'emploi oontre ses ujets rebelles de son droit de justice affliotive; 2o n certains cas, son secours même matériel, consisant à l'aider de ses ressources pécuniaires, si elle le >eut. Il faut, cependant, remarquer ici qu'il apparient à l'Eglise seule de déterminer dans quelles irconstances et dans quelle mesure elle a l'obligaion de remplir ces différents devoirs; car l'Etat ne >ossède sur elle, même à cet égard, aucune sorte L'autorité.
60 Quels devoirs particuliers ^imposent à VE* at chrétien, par suite de V obligation où il est 1er V Église ?
Les devoirs particuliers qui s'imposent à l'Etat :hrétien, par suite de l'obligation où il est d'aider 'Eglise, sont les suivants: ( a ) accorder à l'Eglise a protection légale qui' est due à toute société licite m soi; (b) lui garantir l'indépendance dont elle a beioin pour exercer en toute liberté son pouvoir doctriîal, son pouvoir législatif, son pouvoir judiciaire et ;oercitif; (c) pourvoir, si 3elaest nécessaire, aux besoins extérieurs de ses ministres et aux frais de son cul- ;e; ( d) favoriser ( c'est là la mission principale de 'Etat chrétien ) la prédication du Saint Evangile ; ( è )
mettre ses lois positivement en harmonie avec cellt de l'Eglise ; ( /') prêter, au besoin, à l'autorité religiei se l'appui de l'autorité civile; ( g ) réprimer tout a( te d'hostilité contre l'Eglise et s'unir à elle poi combattre l'hérésie, l'apostasie et le schisme.
7o Y a-t-il toujours obligation pour VÉtc d'aider V Église par une coopération positive con prenant les différents actes qui précèdent ?
Non, il n'y a pas toujours obligation pour l'H tat d'aider l'Eglise par une coopération positiv comprenant les différents actes qui précèdent. L'o bligation de la coopération positive n'existe stricte ment pour l'Etat chrétien que dans deux cas: lo Dan le cas où il y aurait urgente nécessité de défendre 1 foi chrétienne, la liberté de l'Eglise ou celle de se ministres et de ses fidèles, etc., 2o Dans le cas où i en serait requis par l'Eglise elle-même.
80 Quels sont les avantages réciproques que V JÊ glise et L'État trouveraient dans leur alliance mutu elle ?
Les avantages que l'Eglise trouverait dans soi alliance avec l'Etat, seraient: de pouvoir mieux fair. servir les intérêts temporels des hommes à leur bon heur spirituel et d'empêcher plus sûrement les mé chants d'exercer leur pernicieuse influence sur sei enfants fidèles.
Les avantages que trouverait l'Etat dans unt semblable alliance ne sont pas moindres; car, le bon heur qu'il a pour but spécial de procurer aux hom mes, ne saurait être réel et assuré sans la possessior de la vérité et de la vertu que la religion seule peul donner. De plus, l'Eglise seule, aussi, peut agir sui les consciences avec une autorité divine et faire obéir les hommes, moins par la crainte que par la foi
Seule, enfin, elle peut retenir dans l'observation des lois, par une juste frayeur des châtiments éternels, ceux que les châtiments des hommes n'effrayent pas ou ne pourraient atteindre.
9o ISÉtat ne retirerait-il pas de son alliance avec r Église de précieux avantages, même au point de vue purement temporel ?
Oui, l'Etat retirerait de son union avec l'Eglise de précieux avantages, même au point de vue purement temporel; car l'histoire prouve surabondamment la vérito de cette parole du divin Maître: " Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît." ( Math. VI. 33. )
L'Eglise a toujours fait briller le flambeau de la civilisation et du progrès partout où son action sur les peuples a pu s'exercer en toute liberté. Elle a affranchi les esclaves, créé la liberté sociale et politique, ennobli et sanctifié le travail, favorisé le développement de l'agriculture, de l'industrie, des sciences et des arts et assuré les droits de la propriété.
C'est à l'Eglise, enfin, que la société est redevable de ces institutions sans nombre où la charité, scus mille formes diverses, se prodigue au service de l'infirmité et donne non pas le surplus de ses ressources, mais se donne elle-même à l'exemple de J.-C, / qui s'est livré pour nous." ( Eph. V. 2. ) ( 1 )
( 1 ) I«a Xlyème proposition condamnée dans le Syllabus est ainsi conçue:
I,a doctrine catholique est opposée au bien et aux intérêts de la société humaine.