CHAPITRE III
La tradition révolutionnaire n'abolit pas la tradition royaliste, elle en est plutôt le complément, car la Conyention a donné le plus bel exemple connu d'absolutisme. C'est peut-être de tous les gouvernements, celui qui a exigé avec le plus de rigueur nonseulement la soumission des sujets, mais leur affection, leur zèle et leur dévouement. Ceux qui firent marcher la France à l'heure du péril suprême n'eurent pas conscience de ce qu'il y avait d'exceptionnel et de momentané dans cet effort prodigieux; ils mirent leur frénésie en système, et dogmatisèrent sur la fièvre chaude. Toutes leurs œuvres comme tous leurs discours se sentent de cette toute-puissance et de cette illusion ; ils travaillaient sur le genre humain comme des législateurs mythologiques sur des cités fabuleuses, plus avides d'imiter Lycurgue, Minos et Numa que Washington.
Les hommes de 89, qui manquaient de prévoyance et d'esprit pratique, mais non de libéralisme, furent comme étranglés entre l'ancien régime et la Terreur, et nos pères n'eurent pas le temps de prendre goût à
la liberté, si vite emportée par les orages qui accompagnaient sa naissance. Le Directoire eut la main plus légère, mais l'anarchie ne fait pas école, et d'ailleurs ce gouvernement de bascule fut tout aussi violent que le permettait sa faiblesse.
Ainsi la Révolution a changé l'objet, bien plus que la nature de nos préjugés, de nos affections, de nos passions. Xous sommes restés amoureux des pouvoirs forts, et plein de confiance dans la Providence régnante. Nous continuons à croire que le progrès est surtout l'œuvre de l'autorité, que le bien se fait à coups de décrets, lois, règlements et circulaires. Nous avons gardé le culte de l'unité, de l'uniforniité, de la centralisation. Toute dissemblance nous choque, et tout dissentiment nous effraie. Notre Dieu, c'est le souverain, Roi, Empereur ou Peuple, et dans le culte que nous lui rendons, il entre toujours de la piété, de la superstition et du fanatisme.
Si nous parlons de la tradition révolutionnaire, ce n'est pas que la Révolution ait laissé derrière elle, quand elle succomba sous la trahison de Brumaire, un parti organisé, dépositaire d'une doctrine systématique. Les acteurs du grand drame disparurent ou se convertirent, les uns cachant leur carmagnole sous un habit de cour, les autres blottis dans l'ombre et le silence. Quand les Bourbons revinrent, ils eurent à lutter contre les souvenirs de l'Empire, non contre les souvenirs de la Révolution. Béranger, qui devait être l'écho de l'opinion, puisque sa popularité fut infiniment au-dessus de son talent, ne chantait guère les merveilles de la République, ni les bataillons de
volontaires, ni l'ivresse fraternelle des fédérations, ni la majesté sénatoriale des Constituants et des Conventionnels, ni la gloire sans tache des Hoche et des Marceau. Le chansonnier national était assez habile et assez hardi pour célébrer la mémoire des Girondins et des Jacobins, si le peuple d'alors s'était soucié de ces vieux partis. Mais tout cela était oublié comme un rêve, ou l'on ne s'en souvenait que comme d'un rêve effrayant. La légende de la redingote grise était seule en possession des âmes simples. En 1815, la Roj'auté était populaire dans certaines régions, la Républicfue nulle part. Ce nom ne rappelait que l'idée de la fièvre, de la disette et de la guillotine. S'il restait çà et là quelques révolutionnaires qui eussent survécu sans se rallier à l'empire, ils inspiraient une sorte de répulsion mêlée de peur et de pitié. On voyait en eux, ou des criminels longuement châtiés, ou les victimes d'une sombre fatalité, instruments inconscients de la colère divine, débris épars d'une armée terrible, mais vaincue sans retour. Ils vivaient au milieu des générations nouvelles comme devaient vivre les derniers compagnons d'Etienne Marcel sous Charles V, les derniers Cabochiens sous Charles VII, les derniers frondeurs sous Louis XIV, s'il en était qui n'eussent point fléchi les genoux. •Peut-être quelques-uns faisaient-ils appel à la postérité, mais tout bas. S'ils avaient essayé de plaider hautement leur cause, on n'aurait même pas entendu leur langage. J'imagine qu'en 1810 et en 1820, les Jacobins se sentaient aussi incompris, aussi isolés que les Jansénistes le sont aujourd'hui. L'heure de la re-
vanche ne pouvait sonner pour eux, que quand l'histoire aurait exhumés leurs cadavres. La nation tenait fortement à l'égalité sociale, qu'elle devait à la Révolution ; mais elle chérissait le bienfait sans penser aux bienfaiteurs. Quant à l'égalité politique, on s'en préoccupait médiocrement avant 1830. Le suffrage universel avait laissé peu de regrets ; ses décrets avaient été presque toujours subornés ou violés ; on l'avait trouvé si complaisant devant la force, et si mobile au vent de la fortune !
La tradition interrompue fut renouée par les gens de lettres^ historiens, poètes, romanciers. On raconta la Révolution plus qu'on ne l'étudia, pour émouvoir les cœurs plus que pour éclairer les intelligences. Ces grands souvenirs furent évoqués dans ce qu'ils avaient de dramatique, et non dans ce qu'ils avaient d'instructif. On se passionna pour les acteurs, sans examiner leurs opinions, sans se demander s'il y avait eu dans leur foi assez de raison, s'ils avaient habilement soutenu la cause pour laquelle ils combattaient. On admira les Jacobins et les Girondins comme des athlètes, comme des gladiateurs héroïques qui ont porté au comble l'art de bien mourir. L'effort prodigieux par lequel l'invasion fut repoussée fit presque disparaître le fond du débat, et l'on prit une convulsion pour un gouvernement. Comme la plupart des chefs révolutionnaires payèrent de leur vie leurs crimes, leurs faiblesses et leurs grandeurs, on se mit à les vénérer comme des martyrs, et à commenter leurs déclarations comme un évangile.
Depuis cinquante ans nous vivons sous l'obsession
de cette histoire transformée en légende et en épopée, mal étudiée et mal comprise, surtout par ceux qui l'étudient avec un zèle de sectaires et une dévotion de théologiens, et qui s'y brouillent la cervelle par contagion. Tantôt on prend pour des législateurs modèles des hommes qui n'ont rien su faire durer; tantôt on s'imagine qu'il suffit de leur emprunter quelques phrases pour dérober le secret de leur énergie surhumaine. On copie jusqu'à leurs attitudes et leurs gestes, et Ton oublie combien les conventionnels furent différents d'eux-mêmes, avant, pendant et après la crise. S'ils ont encore le spectacle des choses de ce monde, comme ils doivent rire de tout imitateur qui s'affuble de leur tragique défroque, eux qui surent si bien la prendre et la quitter !
En même temps que les écrivains créaient, paraient, propageaient la légende de la Révolution, les événements se chargeaient de la mettre à la mode, de la compléter et de la rajeunir. 1830 ramena le peuple en scène. Les républicains de 1848 et de 1870, cédant au désir de se faire un passé, dédaignant les avantages de la nouveauté et de l'innocence, se rattachèrent de leur mieux aux ancêtres que leur offrait l'histoire. Aujourd'hui l'œuvre est achevée : par les livres, par les discours, par les journaux, la religion révolutionnaire s'est emparée de la pensée publique, la Convention est devenue un Concile ; ses grands hommes sont des Pères et des Prophètes , des exemples qu'on propose à la jeunesse, des autorités qu'on cite avec une confiance entière et d'un ton décisif.
Nous verrons plus loin quels corps de doctrines la démagogie doit élever sur ces fondements tliéologiques. Ce qui nous intéresse en ce moment, c'est le résidu de passions et de préjugés qu'ont laissé dans les âmes françaises nos révolutions successives, telles que les gens de lettres les ont transformées et . imposées à notre imagination. Cette éducation nouvelle, s'ajoutant à l'éducation monarchique sans en effacer les traces, a modifié l'intelligence nationale. Elle nous a habitués à une certaine façon de comprendre la souveraineté du peuple et le rôle du gouvernement; elle nous a inculqué une idée générale de la politique; elle nous a donné une méthode. Les doctrines ne sont que le résultat. La solution des problèmes dépend des dispositions où nous sommes en les abordant, et qui marquent le point de départ et le but ; le raisonnement n'est que le chemin qui mène de Tune à l'autre. En politique, la philosophie est encore une servante.
On ne conteste plus guère la souveraineté du peuple. Mais on ne se borne pas à affirmer que le pouvoir suprême est celui de la nation, et que la loi est l'expression de la volonté du plus grand nombre. Le peuple, comme les rois et les papes, a des courtisans qui lui persuadent que la souveraineté n'est rien si l'on n"y joint l'infaillibilité. Parce qu'on ne peut appeler de ses décisions qu'à lui-même, ils en concluent que ses décisions sont nécessairement justes et sages, et qu'il fixe non seulement le droit légal, mais l'équité et la vérité. On ajoute que, ne pouvant vouloir que son propre bien, c'est-à-dire le bien de
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tous, il ne manque le Lut que quand les institutions ou les événements lui opposent des obstacles insurmontables. On confond sans cesse la nation, qui est la totalité des citoyens, ayec la majorité, qui n'en est qu'une portion et qui est chose changeante. Il est vrai que le peuple ne peut vouloir se faire tort à luimême; mais il peut s'égarer ; mais la majorité peut vouloir faire tort à la minorité. C'est ce que Rousseau n'a pas daigné voir, et c'est par suite de cet oubli qu'il a édifié tout son Contrat social sur une équivoque et un sophisme.
L'histoire de nos révolutions ne nous donne pas souvent le spectacle du libre et entier exercice de cette souveraineté du peuple. Dans la pratique, c'est presque toujours une fraction du peuple qui a exercé ou qui a usurpé les droits du peuple. P]n 1*792, les Parisiens renversent la royauté; en 1793, ils mutilent la Convention. En 1830, ils défendent ia Charte, mais ils l'abrogent pour la mieux venger ; ils se font justiciers au nom de la France, et chassent la branche aînée. En 1848, ils proclament la République de leur propre autorité ; en 1870, ils remplacent TEmpire croulant par le gouvernement de leurs seuls élus. Les révolutionnaires n'élèvent pas le moindre doute sur la légitimité de la délégation que s'est plus d'une fois attribuée la population de la capitale, nonseulement en face des monarques en qui la démocratie pouvait ne voir que des usurpateurs, mais aussi contre les représentants de la nation tout entière. D'une part on suppose que le peuple n'est pas libre de vouloir autre chose que la République;
de l'autre on fonde le droit des Parisiens sur ce fait qu'ils sont plus avancés que le reste de la population.
Le prestige qui s'attache à ce mot : avancé, ne tient pas seulement à ce qu'il y a de flatteur dans une métaphore qui fait de certains citoyens l'avantgarde de la nation. Il se cache là dessous toute une doctrine politique. Pendant de longs siècles, la plupart des gouvernements, la plupart des hommes d'État, ont vu dans la stabilité des lois et des mœurs le principal ohjet de leurs efforts. Tant qu'on a placé l'âge d'or en arrière, les législateurs ont été surtout des conservateurs. Jusqu'au xviii^ siècle, on n'a voulu innover que pour rétablir; on a célébré les vieilles mœurs et les vieilles coutumes ; on a essayé de placer l'État dans une situation d'où il ne dût jamais sortir; on a bien plus lutté contre la décadence qu'en faveur du progrès. Les Minos et les Lycurgue sont des conservateurs fabuleux ; les Platon et les Fénelon sont les utopistes de la conservation : les plus ardents révolutionnaires d'autrefois ne se piquaient que de retourner en arrière. Depuis environ cent ans la boussole du genre humain a changé de direction. Les philosophes ébranlèrent le respect de l'antiquité; les Français sortirent de l'ancien régime comme les Hébreux de la terre d'Egypte. Le culte du passé fit place presque soudainement à la haine et au mépris du passé. La succession rapide des découvertes scientifiques et de leurs applications industrielles assura l'empire des esprits à l'idée du progrès; l'affaiblissement des croyances religieuses ha-
Litua les générations nouvelles à dédaigner leurs devancières. Les révolutions intellectuelles sont aussi difficiles à contenir que les autres. A peine le mirage de l'âge d'or avait-il disparu dans le passé qu'il reparut dans l'avenir, et l'humanité, qui avait si longtemps souhaité de se fixer ou de remonter une pente, ne songea plus qu'à courir vers les merveilles qu'on lui montrait à l'horizon. Nos pères étaient volontiers jaloux de leurs aïeux ; nous ne sommes jaloux que de nos petits-fils, et nous ne nous plaignons que d'être venus trop tôt dans un monde trop jeune.
Ainsi l'objet de la politique a changé; l'idée de mouvement a pris la place des idées de conservation et de restauration. La foule des mortels se prend aujourd'hui pour une armée en marche; elle considère comme son avant-garde les hommes qui s'éloignent le plus du passé et du présent; elle les suppose plus éclairés qu'elle-même en même temps que plus généreux, et elle leur permet de lui faire violence, parce qu'elle leur reconnaît le privilège de mieux deviner l'avenir et d'y tendre avec plus de zèle. Les novateurs les plus hardis sont à la fois poussés par la conviction de leur clairvoyance, et soutenus par le respect qu'on leur porte, et ceux mêmes qui défendent le présent contre eux les accusent plutôt d'imprudence que d'erreur. Nos modérés semblent n'être que des paresseux et des poltrons. Tout ce qui enflamme l'imagination, tout ce qui flatte la vanité, tout ce qui séduit la multitude, est du côté des partis avancés. Aussi ont-ils réduit leurs adversaires à une défensive
timide, mal concertée, mal assurée de ses droits et de la solidité des positions qu'elle occupe. Rien de plus humble que l'attitude de ces conservateurs qui, au lieu de crier à la prétendue avant-garde : « Tous allez à un précipice », leur disent d'un ton suppliant : « Vous allez trop vite ». Il est aisé de répondre qu'on ne va jamais trop vite au bien, et que l'humanité n'est pas obligée de régler son pas sur les asthmatiques et les boiteux. Dans je ne sais quelle ville de la grande Grèce, tout citoyen qui présentait une loi nouvelle comparaissait devant l'assemblée du peuple avec la corde au cou ; ce sont maintenant les défenseurs des lois anciennes, ou plutôt des lois existantes, qui ont à se faire pardonner leur audace. Quand ils j réussissent, c'est d'ordinaire en faisant tant de concessions, qu"on ne voit plus bien en quoi ils diffèrent des novateurs.
De là le préjugé révolutionnaire qui met la population parisienne au-dessus du reste de la nation. De l'789 à 1793, depuis la prise de la Bastille jusqu'au coup d'État contre les Girondins, ce furent les Parisiens qui décidèrent du sort du pays. Il en fut de même en 1830 et en 1848. En 1870, le renversement de l'Empire était chose facile, et la République eût été proclamée partout aussi bien que sur les marches du Palais-Bourbon ; cependant les habitants de la capitale n'hésitèrent pas à former le gouvernement provisoire de leurs seuls députés. La tradition remonte plus loin : Etienne Marcel, les Cabochiens, les Frondeurs mirent aussi la main sur le pouvoir ; mais depuis un siècle la province est devenue plus docile.
En cela le nouveau régime ne fait que continuer l'ancien ; seulement la Yille a remplacé la Cour. Les chemins de fer, le télégraphe et les journaux ont rendu plus irrésistible le mouvement qui portait à la tête les esprits vitaux. Mais il ne faut pas s'y tromper : ce n'est pas l'élite intellectuelle qui jouit du privilège de penser pour la France ; ce ne sont pas les artistes, les savants, les professeurs, les écriyains : c'est le gros de la population. Nulle part les hommes supérieurs ne sont aussi perdus dans la foule, aussi dépourvus d'influence. Tel illettré qui sur les bords de la Creuse ou de TEscaut n'oserait avoir une opinion politique, se sent investi sur les bords de la Seine du mandat de juger les gouvernements, et au besoin de les exécuter. Les hommes réunis sentent leur force et exagèrent leurs droits ; une grande multitude ne peut comprendre qu'elle n'est pas le peuple. Chez nous le Parisien n'est pas seulement exalté par le spectacle de la multitude dont il fait partie ; il est enflé par les flatteries des historiens, des poètes, des orateurs, des journalistes : l'air qu'il respire est chargé d'encens, lise résignera peutêtre à ne pas faire de révolution, si on lui persuade qu'il n'en a pas besoin pour se faire obéir ; mais il rugirait de colère si on lui donnait à entendre qu'il n'est pas à l'avant-garde du genre humain.
Cet amour du mouvement, ce culte du progrès est un des legs de la Révolution ; il n'en est point que nous ayons plus complètement accepté. Il est malaisé de s'approprier ce que la Constituante et la Convention offrent de vraiment grand : l'enthousiasme, le mépris
de la mort, l'ivresse du patriotisme, la foi poussée jusqu'au degré où elle transporte les montagnes. La Convention notamment crut aux miracles de la volonté, et eut raison d'y croire. Mais tout cela ne s'imite pas, ne s'enseigne pas, ne se transmet pas. Ce qui s'est transmis jusqu'à nous, c'est une certaine façon de concevoir la politique et la législation.
Dans la plupart des pays libres, le Parlement est chargé de garder le dépôt des libertés publiques, de veiller à ce que le gouvernement suive une direction générale conforme aux sentiments du pays, d'entretenir et d'améliorer peu à peu le corps des lois. Son œuvre ne se mesure pas à l'aune, ni son mérite à la somme des changements qu'il accomplit. En France, les États-Généraux, qui s'assemblaient rarement et irrégulièrement, apportaient chaque fois de volumineux cahiers de doléances. Leur réunion était une occasion qu'il fallait saisir, car on l'aurait longtemps attendue, et l'on n'était pas sur de la retrouver. En 1789, les griefs du peuple, amassés pendant deux siècles de despotisme et de silence, s'ajoutaient aux vœux des philosophes pour inspirer au législateur une activité fiévreuse : on se plaignait de tout, et on espérait tout. Une expérience longue et cruelle, une raison hardie jusqu'à la témérité, s'unissaient pour mettre à nu tous les vices, tous les défauts, toutes les bizarreries, toutes les irrégularités de l'état social. Chargée d'une tâche qui dans les temps plus tranquilles suffirait à plusieurs générations, la Constituante fit des lois à la douzaine. Tout la poussait à se hâter ; elle démolissait et construisait des institutions
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avec la promptitude d'une armée qui chaque jour enlève une position et s'y fortifie, avec la légèreté d'une assemblée de théoriciens qui prend l'homme pour une abstraction et la société pour une cire à modeler. La Convention donna plus violemment dans le même travers ; elle avait supprimé la discussion dans son sein, votait en silence et au pas de course. Elle guerroyait avec plus de fougue, et elle était encore plus convaincue de la souplesse de l'espèce humaine, encore plus entichée de la prétention de changer la face du monde.
Cette étourderie solennelle, cette rapidité vertigineuse étonnent la postérité sans l'avertir ; ces échecs et les réactions qui en furent la suite inévitable nous affligent ou nous indignent, mais ne nous instruisent pas. La tradition révolutionnaire, toute faite d'admiration superstitieuse, ne nous a appris qu'à glorifier et qu'à envier le zèle de ces brasseurs de lois. Nous avons perdu la notion du temps, et aussi la notion du rôle essentiel que doit jouer la représentation nationale. Tandis que chez nos voisins on demande surtout à une Chambre si le pays a été prospère sous son règne, en France on juge une Chambre sur le nombre et la grandeur des réformes qu'elle a décrétées. Nous ne sortons plus de l'ancien régime ; nous ne sommes plus en révolution ; nous ne sommes plus en guerre avec des maîtres à peine déchus de leur domination. Mais l'habitude reste, et d'ailleurs nous n'avons guère que des gouvernements jeunes, c'est-à-dire entreprenants et présomptueux. Si nos Chambres remplissaient l'attente, je ne dis pas
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des fous, mais de bien des gens qui se croient sages et modérés, elles rendraient intolérable la situation de leurs héritières, et nos enfants n'auraient d'autre ressource que de faire des sottises ou de démolir notre œuvre. Mais on n'y prend pas garde ; on a toujours les yeux fixés sur ces ancêtres dont on admire naïvement la prodigieuse fécondité. L'opposition dénonce la stérilité parlementaire pour décrier le gouvernement, et les amis du gouvernement font entendre la même plainte pour accuser l'opposition qui entrave le travail législatif. Les électeurs se croient toujours au temps des cahiers ; les candidats encouragent leurs exigences pour conquérir la popularité aux enchères, et les journaux pour désennuyer le lecteur par la variété des discussions. Qu'on le dise ou non, chacun compare l'activité des législateurs actuels, non à celle des Parlements anglais, américain, belge, hollandais, etc., mais à celle de la Constituante et de la Convention, comparaison à la fois injuste et écrasante pour toute Assemblée à qui on l'infligera. On ne tomberait pas dans ce piège si l'on reconnaissait ce qu'il y eut dans ces improvisations d'imprudent, de maladroit, d'éphémère et de contradictoire. Mais ce serait blasphémer.
C'est aussi la Révolution qui nous a persuadés que la politique n'est ni une science ni un art, et qu'elle est à la portée de tout le monde. Le véritable homme d^État doit être à la fois le plus profond des philosophes et le plus habile des praticiens. La ps}chologie lui a appris comment on conduit les hommes au bonheur et à la vertu ; l'histoire lui a enseigné la
succession et la loi des événements. Il sait pourquoi les réformateurs ont échoué, pourquoi les nations échappent à leurs guides, et les mœurs au législateur. Il connaît les limites de Faction de l'État, les conséquences morales et économiques des fausses mesures et des mauvaises lois, les obstacles qui rendent impuissante la bonne volonté des gouvernants. Il prévoit les échecs, devine les réactions et les contrecoups. Il démêle dans le présent tous les germes de l'avenir, cherche un remède aux maux futurs, se fortifie contre l'ennemi de demain.
Mais c'est là un idéal. Existe -t-il un pareil homme d'État ; s'il existait, serait-il écouté ? Quand le pouvoir prend une décision, il est bien rare que ceux même qui l'ont conseillée en saisissent toute la portée. Les grands hommes même obéissent plus à l'instinct qu'au calcul, et l'instinct trompe même les grands hommes. Richelieu et Louis XIV savaient-ils qu'en ôtant à la noblesse toute ombre d'indépendance, sans lui ùter aucun de ses privilèges, ils préparaient l'avènement de la démocratie ; Charles X savait-il qu'il ruinait l'influence du clergé ; M. Guizot qu'il compromettait la bourgeoisie ; Napoléon III que la délivrance de l'Italie ferait la grandeur de la Prusse, et que la Prusse agrandie renverserait l'Empire ? Il semble parfois que les sages et les fous soient égaux devant le caprice de la Fortune et l'ironie des événements. Une résolution grave est le plus souvent un saut dans les ténèbres, une flèche tirée dans la nuit noire. La plupart des lois sont des semences qu'on jette au hasard, sans savoir si la plante qui en sortira
sera cèdre ou hysope, remède ou poison. Un jour peut-être les hommes d'État, éclairés par Ihistoire devenue une science, et par la physiologie devenue féconde, riront de nos plus fins politiques comme nous rions des médecins du temps de Molière, ces ignorants coiffés du bonnet de docteur, ces assassins qu'on prenait pour les bienfaiteurs de l'humanité. . A mesure qu'on pénètre dans l'étude du passé, et qu'on prend l'habitude de comparer les effets aux causes, les résultats aux intentions, on est plus effrayé de l'immense responsabilité qui pèse sur les pasteurs des peuples, car on voit que l'erreur est encore plus dangereuse pour eux que la tentation, et qu'ils font plus de mal par leurs bévues que par leurs passions. Ce n est plus la jalouse Némésis qui frappe les puissants ; ce n'est plus l'aveugle Fortune qui se joue des choses humaines; ce n'est plus la Providence qui se plaît à nous étonner par des coups soudains pour soutenir l'éloquence des prédicateurs. C'est la sottise des sages, c'est la maladresse des habiles, c'est notre ignorance des lois de la nature qui rendent compte de ces révolutions, de ces revers inattendus, de ces catastrophes que tout le monde explique, mais que personne n'a prévues. L'économie politique est d'hier ; la science politique n'est pas faite ; n'est-ce pas le comble de l'arrogance et de la présomption que de rendre des oracles sur une matière qui échappe encore à presque toutes nos prises ? On a poussé très loin l'art de conquérir le pouvoir, et assez loin l'art de le conserver ; on perfectionne sans cesse, ou plutôt on accommode aux mœurs et
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aux idées du jour l'art de supplanter ou de devancer des rivaux, la stratégie des partis et la tactique de l'ambition. Ce qui est resté dans l'enfance, c'est la science du gouvernement et de la législation considérée non comme un moyen de parvenir, mais comme un moyen d'améliorer la condition des peuples. Il y a cent bons élèves de Machiavel pour un bon disciple de Montesquieu.
Xos aïeux se tiraient d'affaire à l'aide de la tradition. Leur politique n'était guère rationnelle, mais elle était à peu près fixe. Les détenteurs du pouvoir se transmettaient des maximes et des habitudes qu'ils prenaient pour des principes, et la grande masse des sujets croyait à ces principes. Les catholiques admettaient une grâce d'Etat par laquelle Dieu éclaire les hommes auxquels il confie le soin de conduire leurs semblables; les sages accordaient beaucoup à l'expérience, et le vulgaire supposait chez les grands une connaissance approfondie des ressorts qui mènent les Etats.
Les philosophes du dix-liuitième siècle remirent tout en question, et livrèrent la politique au libre examen, comme les réformateurs du seizième siècle la religion. Mais les réformateurs s'enfermaient dans l'interprétation de la Bible; les philosophes prirent pour point de départ la nature humaine. Or la nature humaine, qui est chose changeante et variable, n'a jamais été moins connue qu'au dix-huitième siècle. Alors on n'étudiait que l'homme, qui est une abstraction, et non les hommes, qui sont la réalité. Ce siècle fut grand par sa foi robuste dans la force de la rai-
son, heureuse et féconde réaction contre la domination de l'autorité. Mais toute réaction dépasse le but, tout affranchi commet des excès. La raison affranchie se crut infaillible, et se jeta dans les systèmes sans s'attarder à l'examen des faits. On dogmatisa sur toutes choses avec beaucoup d'éloquence et de hardiesse, mais avec peu de réflexion, et encore moins d'érudition. Rousseau surtout, ce beau et téméraire génie, refondit par la pensée toutes les institutions humaines sans jeter les yeux au delà du cercle étroit de son éducation classique et de son expérience personnelle. On s'éprit de l'antiquité avec un enthousiasme aveugle, car jamais les Grecs et les Romains ne furent plus à la mode qu'au temps où le grec et le latin étaient le plus ignorés. On fit de la politique une science de déduction ; on construisit des sociétés idéales avec des hommes tous pareils, comme des palais avec des pierres inertes et pareillement taillées ; on employa la méthode des mathétiques là où il fallait suivre celle de l'histoire naturelle.
On avait besoin d'un principe : on le chercha dans la bonté native de l'homme. Le christianisme avait abusé de la corruption originelle ; les philosophes du dix-huitième siècle, persuadés qu'il suffisait, pour trouver la vérité, de prendre le contre-pied de l'enseignement religieux, remplacèrent le dogme de la chute par le dogme de la perfection originelle. Il est à remarquer que cette sorte d'optimisme ne rend point indulgent. Plus on croit à la bonté de l'espèce, plus on s'irrite contre la méchanceté des individus,
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et Ton prend tout contradicteur pour un méchant. Comme les mathém-atiques sont inflexibles, et ne souffrent point d'iiérésie, ceux qui en ont adopté la méthode sont volontiers impitoyables ; toute objection leur paraît une révolte, et toute résistance une marque de perversité. Aussi les grands révolutionnaires furent-ils à la fois optimistes et cruels. Ils tournaient le dos à Montesquieu et se mettaient à l'école de Rousseau. Celui-ci avait écrit le Contrat social avec des axiomes, des théorèmes et des corollaires. Ses disciples entreprirent d'organiser le gouvernement de la France comme sur le papier, avec quelques idées et quelques rancunes, car ceux qui n'étaient pas des sectaires épris d'un idéal chimérique furent des démolisseurs emportés par la haine de l'ancien régime, par la crainte d'un retour offensif des vaincus.
Rien de plus étrange que ces législateurs qui ne tenaient compte du passé que pour le maudire, qui ne voulaient rien emprunter à l'Angleterre, libre depuis si longtemps, qui n'imitaient des Américains que leur déclaration des droits, prenant une façade pour un monument. On rapporte qu'un membre de la Convention, chargé de rédiger un projet de constitution, fit demander à la Bibliothèque nationale le texte des lois de Minos ; mais tandis qu'on cherchait un modèle dans un héros de la Fable, on dédaignait profondément les héros de l'histoire, et de l'histoire contemporaine. On songeait à copier Lycurgue, mais on ignorait Washington, ou on le méconnaissait grossièrement.
m LE SOUVERAIN
Nous aurions peut-être rougi de cette ignorance, si nos flatteurs n'avaient pris soin de nous en faire un titre de gloire. Comme les assemblées révolutionnaires n'avaient rien élevé de durable en France dans Tordre politique, on jura qu'elles avaient travaillé pour le genre humain. Les hommes de la Constituante et de la Convention parurent dautant plus grands qu'ils avaient été moins pratiques ; leur étourderie devint une inspiration presque divine, et l'amas de leurs bévues un piédestal.
On n'a peut-être pas assez remarqué que Descartes, ce hardi novateur, ce philosophe profond, ce mathématicien de génie, ne donna point une impulsion féconde à la science française. Pendant un siècle, notre pays fut stérile ; ce ne fut que quand le cartésianisme fut complètement discrédité, que nos concitoyens se mirent à étudier la nature et à surprendre ses secrets. L'auteur du Discours de la MéfJiode n'avait renversé l'empire de la tradition et des dogmes, que pour établir celui de la raison pure et de la déduction. Pour que nos savants fissent faire à la connaissance des phénomènes et des lois les admirables progrès qui signalèrent la fin du dix-huitième et le commencement du dix-neuvième siècle, il fallut que l'esprit national se déprît de cette méthode commode, orgueilleuse et décevante, qui édifie des systèmes chimériques sur des idées abstraites. Les théories de la R(h'olution française sont le cartésianisme de la politique. Nos hommes d'Etat ne se sont pas convertis comme nos savants. La manie déductive nous tient encore, envieillie par notre amour propre, exploitée
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par nos flatteurs, qui en sont eux-mêmes possédés.
C'est chose merveilleuse que l'aisance avec laquelle nos publicistes, nos orateurs, nos législateurs, se passent de toute érudition historique, de toute connaissance solide des législations et des institutions étrangères. La rhétorique et la logique leur tiennent lieu de tout le reste. Pourvu qu'ils sachent émouvoir les passions, et qu'ils raisonnent habilement sur de prétendus principes, on ne leur demande rien de plus. Nous profitons peu de notre propre expérience. Quant à l'expérience d'autrui, nous ne nous donnons pas la peine de la discuter, car nous dédaignons de nous en informer. Dans les débats les plus difficiles, on ne l'invoque qu'en passant, et presque toujours sans fruit. Nous parlons quelquefois de politique scientifique, mais nous oublions quel immense amas de faits il faut rassembler, quelle multitude de comparaisons il faut instituer, avant de jeter les bases d'une science qui est à coup sur une science d'observation. Comme nous sommes l)lus disputeurs que chercheurs, comme nous avons plus de goût pour l'éloquence que pour l'étude, quand nous interrogeons nos voisins, c'est plus pour leur demander des armes que des leçons, c'est pour fortifier nos préjugés plus que pour les mettre à répreuve. Nous n'en sommes plus à préférer les moines aux raisons, mais nous préférons encore les raisons, c'est-à-dire les arguments, aux faits.
Nous sommes donc tout disposés à croire que la' politique est à la portée de tout le monde, puisque nous supposons qu'elle est du ressort du sens com-
ni un, et que le sens commun nous paraît chose vulgaire. Sans cloute, c'est le propre de la démocratie de soumettre les hommes d'Etat au jugement de la multitude, et la multitude ne serait peut-être pas un trop mauvais juge, si elle était plus modeste, et si elle se piquait seulement d'apprécier le mérite des candidats, au lieu d'apprécier leurs idées. Mais depuis la Révolution, il est admis chez nous que les problèmes les plus ardus n'ont rien qui échappe à la pénétration des ignorants, et que le savoir est la moindre vertu de ceux qui se mêlent de gouverner les hommes.
Les opinions fondées sur l'expérience se modifient, se corrigent par l'expérience ; les croyances fondées sur l'autorité ou sur la raison abstraite échappent à cette transformation. Un peuple de raisonneurs parvient à ne plus même comprendre les leçons de la Fortune, ou à les oublier aussi vite qu'il lui plaît. Quand les choses ne vont pas à notre gré, ce sont les choses qui ont tort, et nous ne perdons pas une partie sans crier à la tricherie. La France a depuis un siècle subi tant de vicissitudes, essayé tant de systèmes, que notre histoire devrait suffire à nous rendre sages. Mais nous n'avons garde de la bien entendre, surtout quand il s'agit des périodes les plus dramatiques. Demandez à un admirateur de la Convention pourquoi la Convention, qui a si bien défendu le territoire, n'a pas fondé une République durable : il tonnera contre les thermidoriens ; il flétrira les bassesses du Directoire ; il déclamera contre le crime de Brumaire. Demandez à un bonapartiste pourquoi les deux em-
pires ont abouti à d'effroyables désastres : il maudira les traîtres, il vouera aux dieux infernaux Bernadotte et Murât, Marmont et Bourmont ; il injuriera Trocliu. Interrogez un royaliste sur les Révolutions de 1830 et de 1848 : il n'y voit que des effets sans cause, le succès d'une conspiration ou le triomphe de la perversité humaine. Les uns et les autres affirment pour la plupart que le système était bon, que la catastrophe n'est venue que de ce qu'on l'a trop mollement appliqué. Ils se butent contre la réalité, s'entêtent contre l'évidence. On dirait parfois que la notion de cause est étrangère au cerveau français, tant on s'obstine à méconnaître la part de justice qu'il y a toujours dans les arrêts de la Fortune, et à les motiver puérilement. Je ne sais si c'est grâce au talent de nos historiens ; mais quand on nous montre les plus grandes fautes suivies des plus grands revers, on nous donne envie de les recommencer, et l'entraînement de l'exemple est plus fort que la réflexion. Le tableau des périodes les plus agitées de la Révolution a bien plus enflammé les cœurs qu'éclairé les esprits. Les plus fameux auteurs de ce drame sanglant ne sont pas pour nous des hommes d'Etat qui ont réussi dans certaines entreprises, échoué dans d'autres, et dont il faut examiner la conduite pour expliquer leurs succès et leurs revers ; ce sont des apôtres, des martjTs, des pères de l'Eglise. Leurs paroles font autorité : on ne songe pas à profiter de leurs fautes. On raconte éloquemment leurs naufrages : on ne songe pas à noter recueil où ils ont donné. Leurs intentions sont réputées pour des actes, leurs promesses pour
des bienfaits, leurs plans pour des édifices, et leurs rêves pour des œuvres. On fait grand honneur à la Convention d'avoir décrété Tinstruction universelle, et de ravoir même organisée sur le papier, quoiqu'elle ait en réalité beaucoup plus détruit que bâti. L'Empire a pris la France grande et victorieuse; il Ta laissée vaincue et diminuée : qu'importe? Les Français n'ont pas su mauvais gré à Napoléon de l'abaissement de leur patrie : leur ressentiment trouvait d'autres objets. Les paysans se souvenaient de Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna; ils se souvenaient bien de la carte de France !
Le mépris des faits et des résultats simplifie la politique, la met à la portée des écoliers. S'il ne s'agit que d'un beau drame, la foule est un bon juge. Que faut-il pour gagner la faveur du peuple et s'emparer de la direction des esprits ? Des principes clairs qu'on ne se donnera pas la peine de vérifier, pourvu qu'ils aient la vogue ; des raisonnements faciles à suivre ; des attitudes et des phrases. Si le suffrage universel s'intéressait à l'astronomie, on lui démontrerait assez facilement que le soleil tourne autour de la terre. Ou plutôt on se bornerait à affirmer 1" évidence, à invoquer le sens commun, et l'on se moquerait de ce sophiste de Galilée, qui osait, au nom d'une science abstruse et aristocratique, démentir le témoignage de tous les yeux.
Ainsi l'ancien régime nous a légué la foi en l'omnipotence du gouvernement, le culte de l'Etat-Providence, la passion de l'unité ; la Révolution a transporté au peuple les attributs de la royauté, elle l'a
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fait souverain et infaillible. Elle nous a inspiré le goût du changement pour le changement, un respect naiï pour les partis novateurs et les populations avancées, le dédain des faits, de l'expérience et de la science politique. Si vous voulez plaire à vos concitoj'ens, commencez par vous pénétrer de leurs préjugés et de leurs penchants. Il serait bon de les partager; il suffit à la rigueur de les connaître et de les flatter.