‹ Manuel du dessinateur lithographe, ou, Description des meilleurs moyens à employer pour faire des dessins sur pierre dans tous les genres connusChapitre 4 sur 6 · LA LITHOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LA LITHOGRAPHIE

Avant de passer à la description détaillée des moyens à employer pour produire sur la pierre les divers genres de dessins dont la lithographie est susceptible, il est nécessaire de faire connaître les bases sur lesquelles cet art repose , et l’on ne peut mieux y parvenir qu’en transcrivant ici un extrait du rapport lumineux que M. Castellan fit à l’Académie des Beaux-Açts en 1816, sur l’origine, les principes et les progrès de la lithographie (1).

(1) Rapport sur la Lithographie et particulièrement sur un recueil de dessins lithographiés par M. Engelmann.

Messieurs ,

» Il a été soumis à l’Académie Royale des Beaux-Arts, dans sa séance du 5 août 1816, un recueil de dessins lithographiés par M. Engelmann de Mulhausen ( Haut-Rhin ).

>) Le même artiste avait déjà adressé à la Société d’Encouragement un mémoire imprimé , auquel il avait joint plusieurs de ces dessins. Cette société a fait , le 20 décembre i8i5, un rapport honorable pour M. îmgelmann , et dans lequel on le félicite sur ses succès et on l’exhorte à poursuivre l’entreprise qu’il a si heureusement commencée. Depuis, cet artiste paraît avoir nonseulement perfectionné ses procédés , mais y avoir fait d’utiles innovations.

)) Les gravures , ou plutôt les dessins présentés à l’Académie , étant le fruit d’un art nouveau, qui, né en Allemagne, répandu dans presque toute l’Europe , était à-peu-près inconnu en France, ont paru, Messieurs, mériter toute votre attention , et pouvoir devenir l’objet d’un sérieux et profond examen : c’était le moyen de juger du degré d’utilité de ce procédé, qui ne tend à rien moins qu’à multiplier les productions originales des arts du dessin.

» L’Académie a donc cru devoir nommer une

commission (1) pour examiner les essais lithographiés parM. Engelmann, et faire un rapport sur l’origine, les progrès et les résultats de cet art nouveau. C’est le travail que nous allons , Messieurs, mettre sous vos yeux; mais, bien que nous parlions ici devant des artistes consommés dans toutes les parties des arts , comme il s’agit d’un procédé qui, se liant par quelques points à ceux qui vous sont connus , s?en écarte absolument dans beaucoup d’autres points , nous avons besoin, pour être parfaitement compris , de beaucoup d’indulgence et d’un peu d’attention , que nous mettrons tous nos soins à ne pas fatiguer. Cependant pour être clair , nous avons besoin d’entrer dans des développemens que nous ne nous permettrions pas, Messieurs, sur tout autre sujet qui vous est familier, et pour lequel nous nous estimerions heureux de recevoir vos leçons.

)> Au reste, la commission ne s’est pas bornée a examiner attentivement les dessins qui lui ont été présentés, et a suivre tous les procédés de l’impression et du tirage des planches; elle a fait encore des recherches sur le mécanisme de

(1) Cette commission était composée de MM. Heurtier ( architecte ) ; Régnault et Guérin ( peintres d’histoire ) ; Desnoyers ( graveur ). M. Gastellan en était le rapporteur.

la lithographie ; et plusieurs d’entre nous ayant opéré par ce nouveau moyen, nous pouvons offrir à l’Académie le résultat d’observations tout à la fois théoriques et pratiques.

)) L’industrie naquit, dit-on, de la nécessité , et les inventions humaines se sont long-tems bornées aux simples besoins de la vie. Ce n’est qu’en les faisant servir à ses jouissances que l’homme les a tant multipliées.

)) Cependant , lorsqu’on réfléchit au sort de la plupart des découvertes modernes, on ne saurait trop s’étonner du long aveuglement qui a fermé les yeux de nos devanciers aux plus simples vérités, ou plutôt de leur inaptitude à saisir les applications d’idées et d’actions d’un usage habituel, et dont on aurait peut-être toujours ignoré les conséquences , si le hasard n’avait déterminé l’impulsion vers un but jusqu’alors inconnu. Car il n’est que trop vrai que cette aveugle déité nous met le plus souvent sur la voie d’une découverte; une fois arrivés, nous sommes surpris d’avoir fait tant de détours, lorsqu’il n’y avait qu’un pas entre le premier principe et ceux qui en découlent si naturelle^ment.

y> Bientôt la science s’empare de cette œuvre du hasard, la féconde, en embrasse à-la-fois la cause et les effets, en coordonne les rapports, et en fait jaillir de nouvelles applications,

)) L*art de la gravure , ou plutôt celui de multiplier les œuvres du dessin au moyen de planches gravées, a parcouru ces degrés successifs.

)) Les anciens gravaient en creux et en relief sur le bois , les métaux et les pierres les plus dures : ils tiraient des empreintes de tous ces objets, et, chose qui doit paraître étonnante, ils n’ont pas découvert l’imprimerie et la gravure en taille douce.

)) Il était cependant fort simple d’enduire les traits saillans de leurs reliefs avec une couleur ou d’en emplir les caractères, les chiffres ou les hiéroglyphes gravés en creux, puis d’en tirer des empreintes sur le papyrus, les peaux ou les étoffes.

O11 prétend que les Egyptiens possédaient ce secret , il et n’est pas douteux que les plus anciens peuples de l’Asie ne l’aient pratiqué avant nous; mais nous ne devons pas ici nous engager dans une discussion étrangère à notre sujet,

» Quoi qu’il en soit, le hasard plus que le calcul paraît avoir fait naître , au commencement du XIVe siècle, les premiers essais delà gravure en bois , destinée d’abord à multiplier des figures grossières, qui se sont transmises, presque sans aucun changement jusqu’à, nos jours, dans les cartes à jouer.

» Nous voyons ensuite un orfèvre de Florence*

MaSo-Finiguerra , habile dans la ciselure, et quq pour juger de toute la délicatesse de son travail, tire avec du soufré liquéfié l’empreinte de traits creusés au burin sur le métal. Cet artiste observe que cette contre-épreuve offrait l’apparence d’un dessin ; il imagine alors d’emplir ses tailles d’une couleur noire broyée à l’huile, et de recevoir cette nouvelle empreinte sur un papier humecté et pressé sur la planche au moyen d’un rouleau.

» Voilà tout l’art de la gravure en taille-douce découvert au même instant, et la pratique de plusieurs siècles ne lui a rien fait gagner sous le rapport mécanique.

>> Aussi cet art précieux fait bientôt de rapides progrès , étend ses applications , se subdivise en un nombre presque infini de procédés , qui tendent tous à imitp.r, en les multipliant, les œuvres du dessin , et même font de la gravure un art presque rival de la peinture ;

)) Cependant jusqu’à nos jours les peintres n’avaient que rarement employé la gravure pour multiplier eux- mêmes leurs productions : ses procédés, quelques variés qu’ils fussent, ne leur offraient pas dans la pratique cette facilité et cette rapidité d’exécution à laquelle ils étaient habitués dans le maniement du pinceau et du crayon. L’emploi du burin leur demandait trop d’étude, celui de la pointe trop de soin^ les autres moyens

d’opérer, une foule de manipulations qui las saient bientôt leur patience.

y> Enfin un homme ingénieux se présente, et leur propose un crayon et une encre avec lesquels on peut tracer des dessins qui se contre-épreuvent plusieurs milliers de fois, sans rien perdre de leur netteté et de leur vigueur. D’abord l’artiste hésite et ne fait que des traits timides; prenant ensuite plus de confiance dans ces nouveaux agens , il s’enhardit , flatté du prix qu’on promet à sa persévérance; il trace alors des dessins plus arrêtés, qu’il peut même retoucher à volonté; enfin il voit avec surprise que , sans l’intermédiaire d’une main étrangère , qui, quelque habile qu’elle soit, |ne peut néanmoins remplir l’office de sa propre inspiration, il voit, dis-je, son ouvrage, son propre ouvrage multiplié comme par enchantement, sans que le moindre trait, la plus légère trace manque à cette copie , presque aussi fidèle que l’image répétée par un miroir.

)> Certes cet art, qui n’en est plus un puisqu’il n’a pas besoin d’être appris, qui peut être pratiqué par quiconque sait dessiner , et qui offre la plupart des avantages de la gravure, ce procédé , disons nous , a des droits a toute notre attention, et nous devons rechercher avec quel que intérêt son origine et suivre ses progrès.

» Nous avons déjà dit que le hasard plus que le calcul avait présidé à la naissance de la plupart des inventions modernes la lithographie en est une nouvelle preuve. AJoys Sennefelder, chanteur des chœurs du théâtre de Munich , observa la propriété qu’ont les pierres calcaires de retenir des traits formés par une encre grasse, et de les transmettre, dans toute leur pureté $ au papier appliqué follement à leur superficie ; bien plus , il reconnut qu’on pouvait répéter le même effet en humectant la pierre et en chargeant les mêmes traits d’une nouvelle dose de noir d’impression.

y> Sennefelder apprécia dès-lors, et c’est en Cela qu’il est le véritable inventeur d’un nouvel art, il apprécia, dis-je, tout le parti qu’on pouvait tirer de la découverte d’un principe dont les conséquences étaient désormais faciles à tirer. Cet îioinïne ingénieux méritait d’être encouragé par son gouvernement^ aussi obtintil, en 1800, du roi de Bavière, ufi privilège exclusif pour l’exercice de son procédé pendant l’espace de treize ans. L’ayant cédé ensuite à ses frères, il ports? , en 1802, son invention dans la capitale dé l’Autriche, et obtint un nouveau privilège; mais, ^inconstant dans ses idées, il retourna bientôt à Munich, et y forma , avec M. le baron d’Aretin , un établissement lithographique, qui s’est toujours soutenu depuis,

et où Ton grave encore de la musique et des recueils de modèles de différens genres.

y> La ville qui est le berceau de la gravure sur pierre est aussi celle où l’on s’est le plus occupé de cet art , et l’on a vu s’y former successivement plusieurs ateliers lithographiques : l’un où l’on grave les cartes du cadastre de la Bavière; l’autre, établi à l’école gratuite de dessin, est destiné à multiplier les modèles qu’on donne aux élèves. Cette école est dirigée par M. le professeur Mitterer, auquel on est dit-on, redevable du dessin au crayon sur pierre.

» Mais MM. Manlich et d’Aretin, jugeant que ces divers établissemens n’avaient point pour but le perfectionnement de la lithographie, en formèrent un, qu’ils ont consacré spécialement à accélérer les progrès de cet art.

» M. Manlich, voulant même que ces essais ne fussent pas inutiles, entreprit de faire copier, par le nouveau procédé, la plupart des dessins des grands maîtres qui se trouvent dans la collection du roi de Bavière, collection dont ce monarque lui a confié la direction.

)> Cependant la lithographie se répandit dans le reste de l’Allemagne; en 1801 , on en fit quelques essais à Stuttgard , mais ils furent si faibles* qu’en 1808 on n’avait encore exécuté que cinq ou six planches : depuis on y a perfectionné

divers genres. Cet établissement peut être regardé comme Fun des plus avancés, et le graveur Strohofer est un de ceux qui ont fait le plus grand nombre d’essais dans le Wurtemberg.

y> Ce n’est qu’en 1807 que la lithographie pé* nétra en Italie. Ce fut M. Dalarmé de Munich qui y fonda les établissemens de Rome , de Yénise et de Milan.

» La lithographie prend tous les jours une nouvelle extension \ elle est pratiquée en grand en Russie , et il paraît même qu’elle est également en usage aux Etats-Unis d’Amérique.

)) Comme l’inventeur fit connaître son procédé à MM. André d’Olfenbach, ceux-ci s’empressèrent de le répandre l’un en France , l’autre en Angleterre. L’établissement de Londres a beaucoup prospéré, et les Anglais ont donné à ce procédé le nom de poly autographie, c’est-à dire, art qui donne un grand nombre de dessins autographes.

»M. André vint a Paris, en 1807, et il vendit le secret du procédé lithographique à plusieurs artistes. M. Choron , correspondant de l’Académie, fut un des premiers qui en eurent connaissance , et il Pappliqua à la gravure de la musique,. M. Baltard, connu avantageusement dans les arts , acheta aussi ce procédé ; mais tous deux, dégoûtés par les demi-aveux qu’ils avaient obte-.

huS sur la composition de l’encre et des crayon^ lithographiques, ne donnèrent pas beaucoup de suite à leurs essais , et il ne resta de ces premières tentatives qu’une nouvelle application des principes litrographiques imaginée par M. Duplat , habile graveur en bois. Cependant M. Manlich fit, en janvier 1810, hommage à la classe des Beaux-Arts de l’Institut , d’une collection de gravures lithographiques fort bien exécutées, par MM. Strixner et Piloty , d’après les dessins originaux d’Albert Durer, de Michel- Ange , de Raphaël etc. , tirés du cabinet du roi de Bavière. Plus tard en octobre i8i4, M. ThieCch y helléniste bavarois , présenta à la meme classe une collection de portraits des plus célèbres artistes d’Allemagne y dessinés par le même procédé, Ces ouvrages furent vus avec intérêt $ mais M. Manlich ayant proposé au gouvernement de former en France un établissement lithographique , l’autorisation et les encouragemens qu’il demandait lui furent refusés.

y> Sur ces entrefaites, M. Marcel de Serres* connus par divers écrits sur les sciences naturelles, fut envoyé en Allemagne par le gouvernement. Il devait y recueillir des notions utiles sur les arts et les manufactures de ce pays \ il s’y Instruisit de tous les secrets delà lithographie,

Le résultat de ses observations a été publié (1), et nous a été fort utile.

y> Cependant M. le comte de Lasteyrie , membre de la Société d’Encouragement, ayant reconnu les avantages que la lithographie offrait aux arts et à l’industrie française, fit plusieurs voyages à Munich afin d’en prendre une connaissance exacte, et de se mettre en état de former un établissement lithographique a Paris. Il a même composé un traité dans lequel il décrit les manières etles procédés lithographiques; mais cet ouvrage et les essais de M. le comte de Lasteyrie n’ont point été rendus publics.

)> Enfin, par une fatalité qui s’attache à certaines inventions, qu’on ne sait apprécier que long -temps après leur découverte, les artistes ignoreraient peut-être encore les nouvelles ressources qui leur sont offertes, si M. Engelmann, qui avait déjà formé un atelier lithographique à l’une des extrémités de la France, n’avait sur-5 monté toutes les difficultés pour en faire jouir la capitale , et si l’Académie , accueillant avec intérêt une invention qui doit faire époque dans les annales des artsj ne s’était occupée des moyens propres à la faire connaître et à la propager.

(i) Dans les Annales des Arts et des Manufactures, n03 5i et 52,

y> Après avoir résumé en peu de mots les no~ lions historiques que nous avons pu nous procurer sur la lithographie , nous devons entreprendre de donner une légère idée de cet art. Ne pouvant le faire que par analogie , ou au moyen de conjectures plus ou moins fondées, nous n’aurons pas la prétention de dévoiler entièrement des secrets dont on fait encore une sorte de mystère , qui dérivent cependant tous de la même théorie , quoique dans la pratique ils semblent fournir des procédés et des résultats différens.

» Commençons par poser les bases sur lesquelles cet art repose, et faisons connaître en quoi il diffère des autres genres de gravure.

)> Les effets produits par une trace faite sur la pierre avec un corps gras ou résineux sont les résultats fort simples d’affinités dont on n’avait pas encore remarqué Linfluence.

» Ces effets des affinités ont trois causes.

)> i° La facilité avec laquelle l’eau imbibe les pierres calcaires compactes , sans néanmoins que ce fluide contracte avec elles une adhérence bien intime.

» 2° La pénétration ou seulement la forte adhérence que les corps gras ou résineux exercent sur ces pierres.

» 5° L’affinité des résines ou des graisses pour

les corps de même nature, et l’antipathie de ces corps pour l’eau et tous les corps mouillés.

y> De ces trois principes dérivent un même nombre de conséquences.

)) 1° Un trait fait avec un crayon ou une encre grasse sur la pierre y adhère si fortement, que pour l’enlever il faut employer des moyens mécaniques.

)) 2° Toutes les parties de la pierre non recouvertes d’une couche grasse reçoivent, et absorbent et conservent Teau.

> > 5° Si l’on passe sur cette pierre ainsi préparée une couche de matière grasse et colorée, elle ne s’attachera qu’aux traits formés par l’encre grasse , tandis quelle sera repoussée par les parties mouillées.

)> En un mot , le procédé lithographique dépend de ce que la pierre imbibée d’eau refuse l’encre , et de ce que cette même pierre graissée repousse l’eau et happe l’encre 3 ainsi , en appliquant et pressant une feuille de papier sur la pierre , les traits gras ou résineux colorés seront seuls transmis à ce papier , et y offriront la contre-épreuve de ce qu’ils représentaient sur la pierre j mais pour cela, il faut la rendre susceptible de s’imbiber d’eau , et en même temps de recevoir les corps gras ou résineux avec facilité. Les acides atteignent ce premier but en attaquant la

pierre dont ils détruisent le poli, et la rendent ainsi propre à se pénétrer d’eau.

)) Tout corps gras est susceptible de donner une impression sur pierre , soit qu’on forme les traits avec un crayon ou une encre grasse , soit qu’en couvrant le fond avec cette matière grasse et noircie , on laisse les traits en blanc,

» Il en résulte deux procédés distincts.

)) 1° La gravure au tracé , produite par la trace au crayon , delà plume ou du pinceau chargés d’une encre grasse,

» 2° La gravure entaillée à la pointe , comme on le fait sur le bois ou le cuivre.

» On obtient aussi des estampes dans le sens même de l’original , en transposant sur la pierre un dessin tracé sur Je papier avec J’encre préparée.

y> On en doit conclure que certains procédés lithographiques diffèrent entièrement de ceux de la gravure, et comme ils dépendent en partie d’un jeu d’affinités et de répulsions produit par des substances de différentes natures, on parviendra peut-être en les variant à produire des effets inattendus » .

Là, M. Castellan entre dans l’énumération des procédés employés dans la lithographie. Comme je me propose de leur donner plus de développement dans la partie de mon ouvrage,

où je traiterai spécialement des moyens d’exécution pour la lithographie dans tous les genres, je me dispense de le suivre dans cette portion de son discours pour ne pas tomber dans une répétition fastidieuse.

M. Castellan continue ainsi :

)> 11 nous reste à paler du mécanisme de l’impression des dessins, c’est dans cette opération que consiste le grand art du lithographe; M. Engelmann paraît l’avoir poussé à un haut degré de perfection.

» Dans les premiers essais lithographiques, les épreuves manquaient de vigueur , étaient d’une inégalité choquante entre elles, les travaux fins ne prenaient point l’encre d’impression , les hachures croisées en prenaient trop ; le dessin perdait tout son effet, et l’artiste ne reconnaissait plus son propre ouvrage.

Les premiers soins de M. Engelmann se portèrent donc à rectifier ces défauts provenant du peu de régularité qu’on mettait dans les préparations lithographiques. Il construisit de nouveaux instrumens qui lui permirent d’évaluer, avec une exactitude scrupuleuse, la dose des divers ingrédiens , et dès-lors la plus grande régularité s’établit dans ses résultats.

)) 11 existait un autre inconvénient plus grave encore et qui aurait fait perdre à la lithographie

beaucoup de ses partisans : c’était de ne pouvoir retoucher un dessin après le tirage. M. Engelmann y a pourvu , et désormais l’on pourra tirer des épreuves d’essai • puis continuer son dessin, réparer les parties trop faibles, éclaircir celles qui paraissent trop noires, terminer enfin ce dessin en le poussant à la plus grande vigueur et au degré de fini le plus précieux.

)) Nous avons examiné avec soin un grand nombre d’épreuves sorties des ateliers de M. Engelmann, et en les comparant les unes avec les autres et avec celles de planches gravées sur cuivre, nous avons remarqué qu’il n’y avait entre elles qu’une fort légère différence, qu’on peut attribuer au plus ou moins de soin apporté par les ouvriers dans leur travail, et qui existe également dans l’impression de la gravure en taille douce.

)> Essayons dfindiquer le procédé du tirage, malgré la difficulté qu’il y a de faire comprendre la construction et le mécanisme de la presse, qui diffère de toutes celles qu’emploient les imprimeurs en caractères , en taille-douce , les dominotiers , et les imprimeurs d’étoffes.

» Cette presse consiste en une table creuse, terminée à l’une de ses extrémités par des montans qui supportent un rouleau à moulinet, la table est recouverte d’un châssis garni d’un cuir fortement tendu.

» On place la pierre clans le creux delà table et on l’y assujetit au moyen de calles et de coins, puis on la mouille avec une éponge et de l’eau pure, jusqu’à ce qu’elle en soit bien saturée,

» Ensuite on charge la planche de noir au moyen d’un rouleau de bois ou manchon recouvert d’un cuir, et qui est lui-même imprégné d’un noir d’impression extrêmement fin et compacte qu’il a pris en roulant sur un marbre chargé de cette matière. On promène ce rouleau plusieurs fois , et en tous sens , sur la pierre.

» Nous avons remarqué , dans cette opération, que le noir d’impression ne s’attache absolument qu’aux endroits sur lesquels il existe des traits ou des points qui doivent constituer le dessin, et que par-tout ailleurs ou la planche était nette et blanche elle reste telle et ne retient aucune trace d’encre.

3) La pierre étant donc chargée de noir, on étend dessus un papier d’impression , bien moins humide que celui qu’on emploie pour celle de la taille-douce ; alors le châssis retombe sur la table, et par-dessus ce châssis une racle ou règle en bois qui , au moyen d’une bascule faisant agir deux leviers, exerce une pression de plus d’un millier de livres; enfin on met le moulinet en mouvement; la sangle, attachée par son autre extrémité, à la partie mobile de la table dans la-

quelle la pierre est placée, s’enroule sur le rouleau, et fait glisser sous cette règle la superficie du châssis; qui sert d’intermédiaire entre elle et la pierre, et l’épreuve est imprimée. On relève alors la règle , on ouvre le châssis et on retire cette première épreuve, pour en faire sur-le-champ une seconde de la même manière, et sans déram ger la pierre qu’on mouille à chaque fois.

y> Pour conserver les planches lorsque le tirage est fait, on les enduit d’une couche de gomme arabique, qui les met à l’abri de l’atteinte des matières grasses et du frottement, qui pourraient gâter le dessin.

» Lorsque la planche commence à se graisser, et que les traits ont de la tendance à sempâter , on la nétoie en passant dessus une éponge imbibée d’essence de térébenthine; la pierre, essuyée et lavée ensuite a grande eau , paraît sans aucune trace de dessin, mais il n’y a réellement que le noir d’enlevé , et la trace résineuse ou graisseuse qui est sans couleur n’en reste pas moins empreinte dans la pierre ; aussi reproduiton le dessin en le colorant de nouveau avec le rouleau ou le tampon chargé de noir, et les traits reparaissent plus purs et plus vigoureux qu’auparavant.

)) Résumons les avantages de la lithographie.

» Si on la compare avec les différens genres

d’imprimerie et de gravure , on reconnaîtra qu’elle peut imiter à peu-près ce que ces autres arts produisent, mais qu’ils ne peuvent eux-mêmes employer avec 3a même facilité les divrses méthodes du tracé lithographique , qui seul donne le moyen d’obtenir des gravures authographes.

y> On joindra à ces avantages ceux de la célérité et de l’économie. Le simple tracé s’exécute aussi promptement qu’un dessin , l’impression est aussi plus prompte que celle de la tailledouce, et les planches durent bien plus longtemps; car il en est dont on a obtenu jusqu’à 5o,ooo épreuves d’nn même ouvrage; en outre les planches de bois et de cuivre ne servent guère plusieurs fois, tandis qu’il y a une si légère couche de pierre d’altérée par le tracé du dessin , qu’on grave sur la même un grand nombre de fois . )>

Enfin poursuit M. Castellan :

)> Après avoir énuméré les avantages de la lithographie et les nombreuses applications qu’on en fait , on doit s’étonner que cet art ait été pratiqué pendant plus de quinze années dans presque toute l’Europe , que depuis long-temps ses productions aient été entre nos mains, devant nos yeux, et que néanmoins ce procédé ingénieux ait été repoussé avec une sorte d'affectation , malgré l’utilité qu’il offre à l’industrie,

et quoiqu’il fût reconu qu’il l’emportait sur plusieurs genres de gravures.

» En effet , que le peintre dessine sur la pierre, c’est lui seul qui invente, exécute avec la fougue du génie ou l’amour de la perfection; c’est son style, la manière qui lui est propre , et jusqu’à ses défauts dont il ne peut se prendre qu’à lui-même, l’on retrouve dans son ouvrage cette touche franche, prompte, spirituelle, qui est le résultat, non du tâtonnement, mais celui de l’inspiration qui conduit une main créatrice.

)) Loin de nous cependant l’intention de déprécier la gravure, cet art auquel nous devons tant de jouissances, de véritables chefs-d’œuvre, et qui se chargeant de la destinée des productions du dessin les a immortalisées en les multipliant. Certes , un gaveur habile est plus qu’un traducteur ; il devient aussi créateur à son tour lorsque, par le seul artifice du clairobscur et d’un procédé qui ne lui permet d’employer que deux couleurs , il parvient à faire apprécier le prestige de la lumière et des ombres, et à nous faire deviner presque la magie du coloris.

» Mais pour quelques graveurs qui possèdent le don précieux de créer , ou tout au moins qui sont initiés dans tous les secrets de l’art du dessin, combien cet art ne compte-t-il pas de co~

pistes qui se bornent à suivre les traces des peintres, et qui ne peuvent arriver à une sorte de perfection que par les moyens mécaniques.

y> C’est à cette seule classe d’artistes laborieux, estimables, mais peu propres à étendre les ressources de l’art, que la lithographie peut faire par la suite quelque tort.

y> 11 en fut de même à l’époque de la découverte de l’imprimerie , qui fit tomber la plume des mains à une multitude de copistes. Cependant on n’en proscrivit pas pour cela l’exercice de la plus étonnante comme de la plus utile invention de l’esprit , puisqu’elle garantit à jamais l’existence du dépôt des connaissances humaines .

)> Quoique la lithographie tire son origine de l’Allemagne, c’est un Français qui vient nous faire jouir de tous les avantages de cet ingénieux

y> 11 ne suffisait pas d’offrir dans les productions de cet art des objets de pur agrément , il fallait avant tout qu’elles eussent un but d’utilité. Telle a été l’intention que M. Engelmann a d’abord manifestée et qu’il a même déjà réalisée en publiant une suite de principes de dessin exécutés par les maîtres eux-mêmes, persuadé qu’on y retrouverait en même temps un degré de correction et une liberté de faire qui

procédé

disparaissent souvent dans les copies qu’en offre la gravure . )>.

En partant des principes rappelés par M. Castellan, je vais maintenant, en y donnant tous les développemens nécessaires, parcourir la série des moyens d’exécution.

§ I. Des Pierres .

Toutes les pierres calcaires compactes et dans le cas de recevoir un beau poli , ayant une couleur claire et uniforme et n’offrant aucun défaut, sont propres à la lithographie.

Celles dont on s’est jusqu’ici accordé à reconnaître la supériorité , se trouvent en Bavière : c’est un carbonate de chaux presque pur, couleur d’argile plus ou moins jaunâtre , elles se délitent par couches parfaitement parallèles et planes de différentes épaisseurs ; elles sont presqu’exclusivement employées dans tous les établissemens lithographiques.

On a rencontré dans plusieurs départemens de la France des pierres de même nature et aussi fines que celles de la Bavière ; mais il a fallu , pour les obtenir sans défauts, les réduire à de très-petites dimensions , à cause des nombreuses fissures, cris talisations, pétrifications et autres défectuosités qui s’y trouvaient ; on a été réduit

à scier des blocs considérables pour en retirer des fragmens peu importans ; et la dépense occasionnée par cette extraction , dépassant les produits , les entrepreneurs ont été contraints de renoncer à leurs exploitations.

Cependant, il existe un assez grand nombre de ces pierres peu propres à la lithographie : ceux qui les possèdent , cherchent néanmoins à en faire le placement , et ce n’est que par une connaissance bien approfondie de la nature des pierres lithographiques, qu’on peut éviter d’être surpris à cet égard. Telle de ces pierres est si tendre , que l’eau que l’on passe dessus , lors de l’impression, pénètre au-dessous du crayon , l’en détache peu- à-peu, et après le tirage de quelques épreuves , il ne reste souvent qu’une trace imperceptible du dessin primitif : telle autre, au contraire, est trop dure, l’eau ne s’infiltre point assez dans ses pores, et lors du tirage il se forme, dans les parties les plus chargées d’ombres , des taches noires; enfin, il y a des pierres qui sont mai dressées. Elles offrent une surface ou concave , ou convexe, ou gauche dans quelque point; de là, des inégalités inévitables qui se manifestent à l’impression. Lorsque le dessous de la pierre n’est point parallèle avec le dessus qui doit recevoir le dessin, ou lorsque ses extrémités courbées

se relèvent et ne forment plus une ligne droite avec le corps entier, alors elle porte à faux dans la presse, et la rupture en a lieu souvent.

On ne saurait donc trop recommander à ceux qu’une longue expérience n’a pas déjà rendus habiles dans le choix des pierres, de n’en faire* l’achat que dans des établissemens investis de la confiance publique. Ainsi ils seront assurés nonseulement de la qualité des pierres , mais encore de leur bonne préparation.

Les pierres exigent un poli; différent, suivant le genre du dessin qu’on y veut tracer.

Pour les dessins à la plume, au pinceau ou à la manière de la gravure sur bois , il faut polir entièrement la pierre, et l’on se sert à cet effet de la pierre-ponce .

Pour les dessins au crayon, au contraire, les pierres polies seraient inserviables. Il est indispensable qu’elles conservent un grain qui, faisans l’effet d’une râpe , arrache du crayon les portions grasses qui se fixent au sommet des légères élévations dont ce grain se compose. Toutefois ce grain peut être plus ou moins fin, selon le degré de finesse du dessin ; mais dans tous les cas il doit être égal, mordant, et surtout ne point présenter des rayes formées par les grains d’un sable mal tamisé, dont on se serait servi pour donner à le surface de la pierre la rudesse convenable.

Le grain d^une pierre étantcomposé d’aspérités presque imperceptibles a l’œil, il faut une habitude et une attention toutes particulières pour juger de sa régularité et de sa finesse :en inclinant la pierre de manière à ce que le jour, y arrivant obliquement , glisse sur sa surface , chacune des petites élévations se trouve éclairée seulement d’un côté , tandis que l’autre est dans l’ombre. Par ce simple procédé, on reconnaît l’égalité du grain, elles défauts, d’abord inaperçus , ne peuvent échapper à un semblable examen. Si la lumière tombait perpendiculairement sur la pierre, cette vérification deviendrait impossible (i).

Je ne terminerai point ce chapitre sans dire un mot des essais faits par M. Aloys Senenfelder pour remplacer la pierre. Il a composé un papier lithographique qui pourra offrir de précieuses ressources, si l’inventeur parvient à l’améliorer à ce point qu’en présentant les mêmes avantages de la pierre, sous le rapport du nombre des épreuves qu’on en peut obtenir , il présente aussi moins de difficultés au tirage. Alors

(1) Lctpl. 2 représente la surface d’un fragment de pierre grainée vue au microscope, et recevant un rayon de lumière dans la direction que j’indique ici.

seulement se réaliseront les espérances que cette découverte avait fait concevoir; alors seulement ce papier pourra devenir utile et d’un usage général.

5 II. Précautions à prendre pendant quyon travaille sur une pierre.

Le grain des pierres destinées au dessin au crayon leur donne une propriété d’absorbtion àpeu-près égale à celle du papier brouillard, et tous les corps étrangers s’y fixent bien plus facilement que sur celles qui sont polies. Si l’on veut donc éviter le désagrément de voir paraître au moment du tirage, des taches auxquelles on ne remédie pas aisément, que souvent meme on ne peut effacer entièrement, on doit prendre les précautions suivantes :

1° Il faut, autant que possible, mettre les pierres à l’abri de la poussière. Il est essentiel de ne commencer son dessin qu’après les avoir balayées avec soin, en se servant d’un blaireau neuf: on comprend que si les petites cavités que le grain même produit étaient remplies de poussière, dès-lors un corps étranger s’interposant entre la pierre et le crayon , celui-ci n’y serait pas assez adhérent , il s’en suivrait qu’au moment du tirage , plusieurs parties du travail ne vien-

dirait pas sur le papier, et les tons les plus fins et les plus légers* tout à fait dépouillés de couleur, ne présenteraient plus qu’un effet désagréable.

2° 11 faut éviter de porter les doigts sur la portion de pierre où. le dessin doit être exécuté, car pour peu qu’ils fussent gras, la partie qu’ils auraient touchée pourrait attirer la couleur d’impression et des taches , s’y formeraient. Comme il est impossible de prévenir tout contact entre les doigts et les bords de la pierre. On y laisse une marge d’un pouce de largeur au moins. Cette réserve est même indispensable^ pour les opérations du tirage.

5° La gomme, la colle et tous les corps de la même nature , étant imperméables à la graisse , forment des taches blanches dans les places où ils arrivent avant le crayon ; il faut prendre garde qu’il n’en tombe quelques goûtes sur la pierre. La salive n’y produit pas des effets moins fâcheux , elle contient des muscillages en dissolution, et laisse en séchant un sédiment imperceptible y lorsqu’ensuite on mouille la pierre, le muscillage se dissout , et le crayon dont il était recouvert , entièrement enlevé , ne laisse à sa place que des taches rondes et blanches qu’on rencontre malheureusement très-fréquemment dans les premières épreuves des dessins. Ainsi l’on doit

autant que possible , s’abstenir de souffler sur une pierre ou de la tenir en face de soi - lorsqu’on

parle . Si malgré ces minutieuses précautions,

il arrivait que quelques goûtes de salive tombassent sur la pierre , il faudrait aussitôt laver la place tachée avec de l’eau bien pure, pourvu toutefois qu’elle ne fut pas déjà chargée de travaux , car, en ce cas, l’eau répandue sur le dessin dissouderait le crayon , et ne ferait qu’étendre le mal au lieu d’y remédier.

4° 11 arrive souvent que les épreuves se trouvent criblées de petits points noirs et ronds qui ne paraissent qu’au bout de quelques tirages. Ils proviennent le plus ordinairement de ces pellicules grasses qui s’échappent des cheveux. En séjournant sur la pierre , la graisse qu’elles contiennent y pénétre et ne manque pas d’attirer la couleur d’impression, de même que des points faits <* Fencre lithographique. Il est presqu’impossible d’ôter ces taches dans les endroits légèrement colorés tels que les ciels et les lointains. 11 est donc utile de ne pas porter les doigts dans ses cheveux, tandis que l’on travaille et il serait mieux encore d’avoir la tête soigneusement couverte.

Cependant, en époustant légèrement et fréquemment son dessin avec un blaireau neuf , on en chasse cette poussière et l’on n’a plus dès

lors à craindre les taches qu’elle occasionnerait sur la pierre en y demeurant long-temps. Si le blaireau dont on se sert pour cette usage n’est pas absolument neuf, il doit au moins n’avoir touché à aucune substance grasse , car autrement l’emploi qu’on en ferait donnerait lieu à des inconvéniens plus graves que ceux qu’on voudrait prévenir (i).

(1) Quelques personnes s’imaginent que le soin que l’on prend de laver avec du savon un blaireau qui aurait servi pour la peinture à l’huile , permet de l’employer pour épouster un dessin lithographique j je dois les avertir que si toute la substance savonneuse n’en est pas exactement distraite , le blaireau occasionne plus de taches quJil n’en fera disparaître.

Il semble , au reste , que les blaireaux s’engraissent facilement en ne servant même qu’à balayer des dessins au crayon sur pierre. J’ai eu l'occasion de voir un trèsbeau portrait qui , au moment de l’impression , n’a offert dans les parties lumineuses que des teintes grisâtres. Long-temps je ne pus découvrir la cause d’un tel effet ; enfin je vis le blaireau dont s’était servi le dessinateur et je reconnus qu’il était chargé d’une substance graisseuse qui s’y était attachée , lorsque l’artiste avait balayé , en appuyant trop , son dessin dont le fond très-vigoureux était chargé d’une grande quantité de crayon. Cela seul prouve avec quel soin on doit se servir du blaireau et s’assurer de son état»

&° La gomme élastique , grasse de «a nature, et la mie de pain, qui contiennent des substances muscilageuses, ne peuvent être, par les raisons que j’ai déduites précédemment, employées à effacer un trait au crayon de mine de plomb ou à la sanguine. Il ne faut se servir que de peau blanche neuve et flexible.

6° Quand une pierre est très froide la vapeur de l’haleine s’y condense et sa surface devient aussitôt humide. Si cette humidité va jusqu’à former des goûtes liquides sur une partie dessinée, celles-ci dissolvent le crayon et produisent des taches noires d’un fâcheux effet. Pour prévenir ces accidens, il faut donner un degré de tiède chaleur a la pierre avant de commencer le travail. On doit prendre garde à ne la chauffer ni trop fort , ni d’une manière inégale, si on veut empêcher qu’elle n’éclate et ne se brise totalement.

§ III. Premier tracé ou Décalque sur la pierre.

Les traits formés par le crayon lithographique ne peuvent s’effacer qu’avec de grandes difficultés. Il est donc prudent de ne tracer rien sur la pierre qu’avec une matière qui n’attire point la couleur d’impression. C’est le seul moyen de

s’assurer que les faux traits seront sans conséquence aucune.

La mine de plomb et la sanguine ne contenant point de corps gras, sont des substances neutres et peuvent être employées sans inconvénient aux esquisses sur la pierre : il faut cependant ne. pas trop appuyer dans les endroits qui doivent être teintés. La trop grande quantité de mine de plomb déposée sur la pierre empêche le crayon lithographique , d’y pénétrer et les lignes qu’elle a formées reparaissent blanches après le tirage. Il y a encore un autre danger à se servir de la mine de plomb , les traits qu’elle laisse après elle étant noirs et semblales à ceux du crayon lithographique, il peut arriver que l’on oublie de les repasser avec celui-ci. Il en résulte que ces lignes que l’on croyait suffisamment dessinées ne sont point reproduites à l’impression.

Le décalque est le moyen le plus sûr et le meilleur d’arrêter son trait. A cet effet, on râpe de la sanguine sur une feuille de papier très mince; on l’étend avec un chiffon sur l’un des côtés du papier jusqu’à ce qu’il soit rougi partout et d’une manière égale. On doit continuer de frotter en allant du centre du papier vers les bords , jusqu’à ce que la poudre superflue soit essuyée, de manière à ce qu’en posant la surface colorée sur une

feuille blanche , elle n’y laisse de teinte que par une pression plus ou moins forte.

Lorsque le trait est dessiné sur un brouillon ou lorsque le calque en est fixé sur un papier transparent, on l’attache à la pierre avec de la colle à bouche , mais seulement dans les points où la pierre doit rester blanche. On glisse ensuite entre le dessin et la pierre , le papier rougi dont la partie colorée doit être tournée vers la pierre * puis on suit exactement tous les traits avec une pointe émoussée ou d’acier ou d’ivoire, en appuyant toujours un peu. La pression fait détacher la sanguine, et le trait se trouve reproduit sur la pierre de la manière la plus exacte.

D’après ce que j’ai dit au chapitre II , on s’imagine bien que tous les papiers à décalquer préparés avec de l’huile ou d’autres corps gras ne peuvent être employés dans cette opération * car dans tous les endroits où ils seraient en contact avec la pierre, des taches seraient inévitables (1).

Il convient de rappeler ici aux dessinateurs sur pierre , que toutes les fois qu’il s’agit de représenter un objet qui doit venir dans une di-

(1) Le papier connu, clans le commerce sous le nom de papier végétal est préférable à tous les autres ; parce qu’il ne contient aucune substance graisseuse.

rection obligée , il faut alors le tracer à l’inverse, parce que l’elfet de l’impression est de retourner le dessin d’un sens dans un autre. Ainsi par exemple, en faisant un soldat, on mettra le sabre, le fusil, la décoration de la légion-d’honneur à droite, pour que sur l’épreuve ils viennent à gauche. Pour plus de facilité dans cette opération, qui n’exige que quelque soin, on commence par faire son trait sur du papier transparent, on le pose ensuite sans dessus dessous contre la pierre pour le décalquer, et l’on se sert d’un miroir pour reproduire le modèle dans le sens inverse.

§. IV. Pupitre d Vusage des dessinateurs sur pierre.

11 est de lïntérêt des personnes qui s’occupent spécialement du dessin sur pierre , de faire construire un pupitre semblable à celui dont je vais donner la description que j’accompagne d’un modèle lithographié (i) , les avantages que réunit un tel pupitre , seront bientôt appréciés sans doute par ceux qui s’en serviront.

(i) Voyez pl. i ? la vue perspective elle plan de ce pupitre.

1° Par sa disposition, il permet au dessinateur de promener sa main en tous sens au dessus de la pierre sans courir le risque de rien effacer.

2° Il donne la faculté de tourner sans effort une pierre quelque lourde qu’elle soitP

5° Un miroir qui répète en sens inverse le modèle placé devant soi y est adhérant.

43 Enfin il est muni d’un couvercle au moyen duquel on peut, sans nuire en rien à son travail, le mettre à l’abri de la poussière et le dérober à la vue.

L’on fixe sur un pupitre ordinaire A, B , C, D, deux tringles E F et EF qui portent dans leur partie inférieure des coliers en fer dans lesquels sont fixées les quatre visses G, El, I, K; ces visses traversent des écrous enterrés dans deux autres tringles L, M, N, O; cette disposition laisse au dessinateur le moyen de hausser ou de baisser à volonté , et suivant l’épaisseur delà pierre, ces tringles qui servent de support à une planchette ou appuie-main P, Q; elle doit être tenue à une distance d’environ deux lignes de la surface de la pierre ; de cette manière la main peut se mouvoir d’un bout de la pierre à l’autre, sans qu’il y ait jamais aucun frottement, aucun contact à craindre.

A la partie supérieure des pièces L., M, N,

O , est ajustée une planchette à charnières R , S, sur laquelle on pose son modèle. Les ouvertures 3 et 4 qui y sont pratiquées reçoivent les visses G , I lorsqu’on la rabat sur la partie inférieure du pupitre; une seconde planchette T, U? est attachée à celle R, S, par deux charnières , elle est pourvue dans le centre d’un miroir Y, X, Y, Z, qui réfléchit en sens inverse le modèle placé sur la tablette R, S; au-dessus du miroir est fixée une corde, qui passe sur la^poulie A A , et porte à son extémité un poids B B, combiné de manière à contre-balancer la pesanteur de la planchette TU, afin de conserver à la glace l’inclinaison que le dessinateur lui veut donner.

Les deux tablettes R, S et T, U, se rabattent sur les pièces L, M et N, O, et forment ainsi le couvercle entier du pupitre. En CC se trouve une mortaise qui traverse les deux pièces L, M et E , F; on y fait entrer la pièce D D , puis l’on passe un cadenas dans l’extrémité inférieure qui déborde la pièce E , F.

Au milieu de ce pupitre se trouve un plateau rond i, 2, il est fixé, parle centre, sur un arbre de fer, et tourne sur quatre galets placés dans l’épaisseur du bois. On y pose la pierre que par ce moyen l’on peut faire mouvoir sans aucune difficulté.

§. Y. Dessin au crayon:

Le crayon lithographique est un savon gras , noirci et porté à tout le degré de dureté possible. Chaque lithographe a sa manière de le composer ; il diffère donc de qualité selon l’atelier duquel il sort. Dès lors, il n’est pas inutile au dessinateur de s’assurer de l’espèce du crayon avant de l’employer : en se servant indistinctement pour le même dessin , de crayons fabriqués dans divers lieux, on s’expose à n’obtenir que des résultats imparfaits , parce que les crayons ainsi que je l’ai déjà dit , préparés par des mains différentes, ne sont pas d’une égale qualité. Ainsi, le travail de l’un peut paraître plus noir que celui de l’autre , tandis qu’il ne présentera pas plus de vigueur au tirage.

J’ai vu des dessins dont les parties vaporeuses étaient faites avec un crayon qui contenait très -peu de noir , et les vigueurs avec d’autre crayon plus coloré , prendre un effet tout contraire à l’impression et les ciel et les lointains devenir plus noirs que les premiers plans.

Chaque fraction de crayon déposée sur la pierre a deux fonctions à remplir , c’est :

1° D’y laisser pénétrer une partie de la graisse qui le compose afin de la rendre propre à attirer

Ja couleur d’impression , même quand le crayon posé à sa superficie en a été enlevé.

2° De garantir son point de contact de l’influence de l’acide qu’on est obligé d’y passer avant l’impression.

Le dessinateur doit donc mettre une attention particulière à faire un travail ferme et bien adhérent à la pierre ; car on conçoit qu’autre ment les parties de crayon qui ne posent sur la surface du grain que pour ainsi dire comme de la poussière , ne résistent point à la préparation et ne produisent plus aubun effet au tirage.

Avant de commencer à dessiner, il convient de se précautionner d’une demi douzaine de crayons taillés^ afin de n’êtrepas obligé d’interrompre son travail chaque fois qu’une pointe ou s’émousse ou se casse : les parties légères dessinées avec un crayon bien éfilé tiennent mieux et offrent plus de finesse et plus d’égalité que celles qui sont faites avec une pointe émoussée, la raison en est toute simple, plus la pointe du crayon est déliée, plus elle atteint les aspérités les moins saillantes de la pierre. Le crayon éfilé dépose en passant sur chacune d’elles , une portion de la matière qui le compose, et pesant de tout son poids sur la substance qu’il laisse après lui, l’attache plus solidement a la pierre ; il n’en est pas ainsi d’un crayon émoussé ; sa large

extrémité n’atteint que les points les plus élevés, elle en embrasse plusieurs à la fois , et l’effet de la pression étant alors divisé, il est aisé de comprendre qu’il est moindre que si elle n^avait lieu que sur une seule place (i).

Plus le travail est franchement et régulièrement exécuté , plus on a appuyé également chaque trait d’un ton uni, et plus on doit espérer un résultat satisfaisant.

11 ne faut pas craindre ( suivant un préjugé mal à propos accrédité ) de repasser plusieurs fois sur les mêmes traits ou d’en faire d’autres pardessus en les croisant. Le second travail améliore le premier et ajoute sensiblement à sa solidité. Quelquefois lorsque l’on a porté des tons

(1) La planche 2 représente la partie d’un dessin fait avec un crayon très-éfilé, et la figure 4 reproduit l’effet d’un autre trait par un crayon émoussé. Ce n’est qu’en me servant du microscope que j’ai pu observer les résultats que je rends sensibles dans ces deux figures. On voit que dans la figure 3 toutes ces aspérités du grain ont reçu d’une manière plus égale le travail, que dans la figure 4 où il se trouve des lacunes remarquables. Les points A, B. C. D. , moins élevés que les autres , et qu’un crayon fin n’aurait pas manqué d’atteindre , ont échappé à un crayon émoussé ou grossièrement taillé.

à un certain degré de vigueur , on éprouve de la difficulté à y tracer des traits nouveaux plus vigoureux encore à cause delà fragilité des crayons : pour parer à cet inconvénient , il suffit de tenir son porte-crayon presque perpendiculairement (i). La pression qui s’opère dans cette position produit moins la rupture de la pointe du crayon que lorsqu’elle s’exerce horizontalement (2). On parvient, au reste, à faire sans peine des traits entièrement noirs en poussant le crayon de droite a gauche et de bas en haut f5).

Pour fixer sur la pierre le travail au crayon et enlever en même tems de celle-ci les parties de crayon qui n’y sont point adhérentes, on se sert avec succès d’un tampon de peau blanche que Pou appuie fortement sur le dessin afin de l’imprimer davantage dans la pierre ; cette opération exige de l’adresse et des précautions pour ne point reporter dans les endroits clairs des fractions de crayon que le tampon aurait enlevées des parties ombrées.

En général les demi teintes les plus légères perdent un peu à la préparation ; il est nécessaire de les tenir d’un ton plus ferme qu’on ne désire les obtenir au tirage.

(1) PL 2, Fig. 5. (2) Fig. 6. (3) Fig. 7.

§. VI. Dessin à V Encre.

Ainsi que le crayon , l’encre lithographique est un savon noirci que l’on délaye dans de l’eau ; elle ne se conserve pas long-tems liquide. C'est la raison pour laquelle on la prépare en bâtons. Chaque fois que l’on se met à l’ouvrage , on en frotte à sec le fond d’un godet jusqu’à ce qu’il en soit couvert ^ ensuite on y verse quelques gouttes d’eau de pluie , ou de préférence d’eau distillée , et l’on continue de frotter avec le bâton d’encre, jusqu’à ce qu’on ait obtenu une liqueur bien noire et passablement épaisse. L’expérience seule peut servir à déterminer le degré de fluidité le plus convenable. Ce point est d’une importance majeure, lorsqu’il s’agit surtout d’un travail précieux ; car si , d’une part, l’encre est trop liquide , elle coule facilement , et l’on éprouve plus d’obstacle à former des traits déliés et purs; de l’autre, on est exposé à l’inconvénient contraire. Trop épaisse , elle s’attache à la plume , elle y devient en quelque sorte adhé* rente, et ne laisse plus aucune trace sur la pierre. Pour hâter la dissolution de l’encre et l’obtenir plus parfaite , en ce qui concerne le plus ou le moins de fluidité, on doit chauffer le godet pendant qu’on la prépare.

Le travail du pinceau , exigeant une encre plus gluante que celui de la plume , j’en ai composé de deux espèces , appropriées spécialement aux deux genres de dessin. Ainsi, ceux qui s’en approvisionneront chez moi , devront me faire connaître a quel emploi ils la destinent pour que je leur fournisse la qualité qui leur convient précisément.

Une vérité dont il est nécessaire de se bien pénétrer , c’est que les dessins , exécutés à l’encre lithographique , doivent l’être par hachures ou au pointillé , que l’on emploie la plume ou le pinceau. Un dessin lavé ne produirait au tirage qu’un effet d^ombre chinoise. En voici la raison : ce n’est pas le noir qui est dans l’encre et dont la propriété est de rendre le travail visible, qui attire la couleur d’impression , c’est la graisse qu’elle contient et qui pénètre dans la pierre. Si donc, dans un ton clair, que l’on obtient avec une encre étendue de beaucoup d’eau , il ne se trouve point assez de graisse pour pénétrer suffisamment la pierre et pour résister a la préparation acide , il sera entièrement enlevé. Si , au contraire , une teinte contient de la graisse en assez grande quantité, elle attirera la couleur d’impression , et toute son étendue deviendra noire , quoiqu’elle ait été faite avec une encre transparente : même en dessinant par ha-

ehures , il faut éviter de faire des traits gris ; ils ne pourraient que tromper le dessinateur • car , ainsi que les tons lavés, ils disparaîtraient ou deviendraient tout noirs au tirage , ce qui détruirait , dans tous les cas , l’harmonie du dessin et lui donnerait un air dépouillé.

Le dessin à l’encre demande beaucoup plus d’étude-pratique et de soins que celui au crayon ; il serait à désirer que les personnes qui veulent s’y livrer pussent passer quelque tems dans mes ateliers , afin d’acquérir, dans cette partie, la connaissance d’une quantité de ressources manuelles dues à la pratique seule et dont il est impossible de donner une juste définition par écrit.

Mais si le dessin à l’encre offre plus de difficultés que celui au crayon , il présente d’un autre coté l’avantage inappréciable de reproduire les objets avec plus de netteté , et de pouvoir fournir au tirage un bien plus grand nombre d’épreuves. Je ne crains pas d’avancer qu’un dessin fermement exécuté à l’encre est presqu’inépuisable. Il en est dont on a multiplié les épreuves jusqu’à trente et quarante mille , sans qu’on ait remarqué une différence sensible entre les premières et les dernières.

Les pinceaux dont on se sert pour l’encre lithographique, doivent être très fins, alongés et peu fournis • on les élague même encore quelquefois

avec des ciseaux , de manière à ne laisser subsister que quelques poils au milieu , pour éviter l’écartement que cette encre a la propriété de leur faire contracter lorsqu’ils sont touffus.

Pour dessiner à l’encre lithographique , on peut employer toute espèce de plume , suivant le travail qu’on se propose de faire. J’ai trouvé chez quelques papetiers des plumes de canard qui m’ont semblé devoir mériter la préférence pour les travaux qui exigent de la finesse. Cependant ces plumes s’usent promptement, et celles que l’on fait avec une feuille d’acier très mince ( un ressort de montre , par exemple ) , sont dans tous les cas , d’un meilleur emploi. J’ai confectionné des plumes de ce genre; je crois leur avoir donné toute la perfection possible, et j’offre bien volontiers à ceux qui en désireraient , de leur en faire préparer ou de leur enseigner le moyen de les faire eux-mêmes.

Ces plumes étant extrêmement minces , il ne s’y introduit qu’une très petite quantité d’encre qui s’y dessèche incessamment. Si l’on suspend quelques momens son travail, l’encre ne s’écoule plus du bec de la plume sur la pierre , et cesse de marquer. 11 faut alors avoir le soin de presser légèrement l’ouverture de la plume entre ses doigts , ou de la frotter sur le bord de la planchette qui tient lieu d’appuie-main.

Le travail du pinceau est plus facile que celui de la plume. L’on obtient de l’un des traits plus délicats que de l’autre. On est de même moins exposé à faire des taches , parce que le pinceau ne contenant pas autant d’encre que la plume n’en laisse pas couler aussi abondamment. Mais à ces avantages se mêlent quelques inconvéniens ; le travail se fait avec plus de lenteur ; les traits ne sont pas toujours assez fournis d’encre; enfin , le travail , en général , a moins de franchise. Les personnes expérimentées sauront toutefois réunir les deux façons dans un même dessin ; elles obtiendront par ce mélange d’agréables effets. On peut également joindre de la manière la plus heureuse , l’encre au crayon. Lorsqu’avec celui-ci on a presque terminé le dessin , on lui donne plus de fermeté dans les parties qui le comportent , en se servant de la plume OU du pinceau. On peut encore esquisser à l’encre un dessin d’architecture, ou tout autre qui exige une extrême pureté, et le terminer ensuite au crayon.

Les tire-lignes sont efficacement employés dans les dessins à l’encre , pourvu qu’on les ait ajustés avec soin et qu’ils soient conduits par une main habile. Lorsqu’il arrive qu’ils ne marquent plus , on introduit entre les pointes un morceau de papier pour en détacher l’encre qui

s’y est desséchée , ou bien l’on passe la pointe du tire-ligne sur un morceau de drap , cela a le même résultat.

On exécute au pointillé des dessins à l’encre ; si le travail en est bien égal et suffisamment fourni d’efacre , le tirage en vient à merveille.

Lorsque dans un dessin à l’encre , il se trouve des parties foncées , dans lesquelles on veut ménager des lumières , on le noircit entièrement , et l’on y dessine les traits brillans avec une pointe d’acier , ou àvec un instrument du même genre. On peut faire de la sorte un dessin en entier. On recouvre , à cet effet , toute la pierre d’encre lithographique spécialement préparée pour la plume. Elle a la propriété de se durcir à un plu# haut degré en séchant, que l’encre préparée pour le pinceau. C’est donc la première que l’on doit employer de préférence , pourvu toutefois que l’on ait le soin de l’étendre bien également , sans laisser la matière trop épaisse à la surface de la pierre. En enduisant la pierre du vernis dont on fait usage pour la gravure à l’eauforte, on obtiendrait les mêmes résultats. Après avoir décalqué son dessin sur la pierre , ainsi disposée , l’on attaque les parties qui doivent être lumineuses avec différens outils , au gré du dessinateur. Ils n’ont pas besoin d’être bien tranchans ? et il est inutile que la pierre soit creu-

sée • il suffit d’avoir enlevé la couche grasse qui se trouve à sa surface. Dans les dessins au crayon l’on peut de même user de la pointe ou du gratoir pour retrouver des lumières vives dans les demi-teintes , ou pour obtenir des détails précieux dans les endroits les plus vigoureux et les plus noirs. Cependant lorsqu’on s’est servi de ce procédé , il convient d’en avertir le lithographe , parce que les parties de la pierre , ainsi enlevées, exigent une préparation plus forte et sans laquelle on courerait le risque de perdre le fruit de son travail.

VIL Autographie.

L’autographie n’est rien autre chose que la reproduction authentique d’une écriture originale • voici comment on y procède : avec de l’encre lithographique, qui a reçu une préparation particulière , on écrit sur un papier enduit d’une matière soluble -puis on l’humecte et l’on pose la place écrite sur une pierre que l’on passe en presse. Au moyen de cette opération, l’encre lithographique se fixe sur la pierre, la couche soluble qui la liait au papier se dissout et le laisse entièrement blanc. Cela fait , on tirera de cette contre-épreuve sur pierre autant d’exemplaires que d’un dessin à la plume.

Bien que de cette façon, il ne soit pas possible d’atteindre à la pureté de l’écriture que l’on exécute directement sur la pierre dans mes ateliers, ce procédé n’en présente pas moins de nombreux avantages. S’agit-il d’imiter une écriture cursive, d’obtenir le fac-similé de quelque ancien manuscrit, de multiplier des circulaires, enfin de reproduire des mémoires volumineux dans des affaires de procédures ou d’autres de ce genre, aucun moyen n’est plus prompt, n’est plus sûr que l’autographie , qui conserve à toutes les écritures leur caractère original et primitif.

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