NOTIONS SUR LA METHODE DES PROJECTIONS
La projection d'un point sur mie ligne esl le pied de la perpendiculaire abaissée de ce point sur la ligne.
La projection d'un point sur un plan est le pied de la perpendiculaire abaissée de ce point sur le plan.
B ( fig. 8 , pl. III ) est la projection du point A sur la ligne C D.
B ( fig. 9 , pl. III) est la projeclion du point A sur la ligne C D.
Soient deux pians , l'un A ( fig. lo , pl. III ) vertical , l'autre B horizontal , et aù une ligne droite située dans l'espace ; si de tous les points de cette ligne on conduit des perpendiculaires au plan B , les pieds de ces lignes iront marquer sur le plan la ligne droite cdy qui sera la projection horizontale de al) ; de même des perpendiculaires menées sur le plan vertical A donneront la projection verticale e f.
Donc , la projection d'une droite sur un plan est une autre droite , de longueur et de direction différentes , que déterminent les projections de ses deux extrémités , ou de deux de ses points pris où l'on voudra sur sa longueur, et la position de la droite dans l'espace est fixée par ses deux projections sur deux plans dont la position est connue. Les plans de projection sont ordinairement un plan horizontal et un plan vertical.
La longueur de toute droite dans l'espace est le plus grand côté d'un triangle rectangle , dont les deux côtts de l'angle droit sont l'un la projection horizontale de la droite , l'autre la différence de niveau des deux extrémités , ou sa projection verticale.
Menant par les points extrêmes /, deux horizontales ea,fbf et deux verticales ga, db, ces lignes, par leurs intersections, donneront le triangle a b g , qui est rectangle ; g est un angle droit , et comme les deux côtés b ag ^ sont égaux aux données de, fe ^ ce triangle sera facile à construire^ on établira ( fig. n ^
pl. III ) C A égal à ^c, A B égal à e/, et joignant C B , la droile qui en résultera sera la longueur de la ligne b a.
Un c«;rcle ou une figure courbe projetée sur un plan qui lui est parallèle s'y transporte avec la même forme et la même grandeur.
Si Je plan de projection n'est pas parallèle à celui de la surface , l'égalité ne subsiste plus ; un cercle , par exem[)le, se projette selon une ellipse ; une ellipse est projetée selon une autre ellipse. (Voyez fig. la et i3 , planche III. )
Tout prisme ou cylindre élevé perpendiculairement à un plan s'y projette selon sa base , ainsi que toutes les figures tracées sur. leur surface.
Deux droites parallèles dans l'espace ont leurs projections parallèles.
D'après ce peu d'exemples , il sera facile de projeter des droites, des cercles et des ellipses ; il est bon d'observer que dans plusieurs arts, l'architecture, la topographie, l'arpentage, etc. , la dénomination de projection est remplacée par celle de plan et de coupe ou élévation ; ainsi on dit le plan d'une maison , pour en désigner la projection horizontale ; la coupe ou l'élévation de la maison est la projection verticale ; seulement on entend par élévation la façade de cette maison , ou quelqu'un de ses plans verticaux extérieurs , et coupe la section que ferait un plan vertical en coupant l'édifice dans une direction quelconque.
Ainsi on désigne , dans les arts , la projection 'verticale sous le nom d'élévation , quand elle est destinée à représenter un objet vu de face , de profil si cet objet est vu de côté ou sur une dimension étroite , de coupe quand on représente l'intérieur du corps , d'un édifice , d'une machine , etc. Ainsi le monument dessiné sur la planche III est vu :
En plan , fi g. 14 ;
En élévation , fig, i5 ;
De profil , fig. 16 ;
En coupe , fig, 17,
Et c'est à l'aide des plans , élévations , coupes et profils , donnés par l'architecte , que les ouvriers exécutent la pensée de l'architecte dans toute son étendue. Il est quelquefois nécessaire d'ajouter pour les surfaces courbes, leur développement sur une surface plane, parce que de simples projections n'indiqueraient pas suffisamment à l'ouvrier les dimensions des matériaux qu'il doit mettre en œuvre.
Ceux qui se destinent aux arts mécaniques , aux constructions de machines ou des bâtimens, ne sauraient trop s'exercer au dessin géométrique, à la mise au Irait des épures de toutes sortes d'objets , en s'altachant à joindre à la pureté et à l'élégance du tracé, la plus rigoureuse exactitude de mesure et la plus grande régularité.
Nous proposons pour exemples (pl. III) la figure i8 qui représente une porte ^ la figure 19 qui représente line pièce de serrurerie, la figure 20 un tombeau. On exécutera ensuite des objets plus compliqués, tels que des grilles, des croisées, des façades de maisons, des coupes , des rouages de machines simples et à engrenages , etc. , etc.
Indépendamment de la méthode des projections , on se sert aussi de la perspective , qui a pour but de représenter sur un même tableau , l'ensemble et les détails des objets répartis à des dislances inégales sur des surfaces variées à l'infini.
Nous renverrons pour tout ce qui concerne cette étude spéciale , au Manuel de perspectii^e qui fait partie de cette collection encyclopédique , et dans lequel le dessinateur trouvera des notions qui lui sont indispensables V pour le dessin de la figure et du paysage.
§ m. TRACÉS GÉOMÉTRIQUES APPLIQUÉS AU DESSIN DE L'ORNEMENT.
Le dessin de l'ornement est le passage naturel du dessin géométrique au dessin d'après nature, car l'ornemeut
TRACÉ GEOMETRIQUE. DESSIN t>E lWneMENT. 49
résulte de la régularité et de la symétrie géométrique , unies à la grâce et l'abandon de la nature. On peut en général établir le cadre d'un dessin d'ornement par une série de lignes géométriques, parmi lesquelles les droites et les courbes les plus habituelles sont, l'horizontale et la Terîicale, le cercle et l'ellipse, qui se raccordent volontiers à toutes les courbes dont les formes souples et variées complètent le dessin d'ornement. L'ensemble pour être convenable, comme ornement, doit conserver la rectitude de la géométrie et les grâces de la nature en perdant la raideur compassée de l'une et l'indécision vague de l'autre.
Le dessin d'ornement trouve son application dans presque tous les arts et dans un grand nombre de sciences; l'architecture, la sculpture, la serrurerie, la menuiserie, l'horlogerie, l'orfèvrerie, en reçoivent les plus grands secours et l'on ne peut s'en passer dans la fabrication des toiles peintes et des papiers de tenture. Le dessin de rornement joue un grand rôle dans toute espèce d'ameublement, de broderie, de sparlerie, et c'est lui qui varie ces formes délicates du bronze qui ornent et nos appartemens et nos escaliers. Quand un goût pur préside au dessin de l'ornement, le parti que l'on peut en tirer est vraiment étonnant, et il nous faudrait citer presque tous les palais de l'Ilalie, si nous voulions parler des monumens où ce dessin brille dans tout son luxe.
Mais nous devons nous borner dans cet ouvrage, à délier pour ainsi dire la main du dessinateur, en la dirigeant par des exercices pratiques d'une exécution facile; et pour former à la fois la main et le goût, nous rappellerons sans cesse que dans le dessin le plus simple, c'est l'ensemble qu'il faut saisir et rendre avant tout, pour mieux ajuster les détails dans toute leur pureté et qu'il faut toujours éviter en composant un dessin d'ornement ces lignes tourmentées et bizarres dont l'étrangelé nous semble à présent si pénible dans les ornemens du siècle de Louis XV; l'antique et l'époque de la renaissance offrent des modèles d'un goût parfait que
TRACÉ GÉOMÊTRIQUÊ.
l'on ne saurait trop étudier, et quel que soit rornement que l'on dessine, il faut toujours que les contours en soient purs et soigneusement arrêtés. L'ornement doit suivre le genre de rarchitecture que l'on emploie, et il est de mauvais goût de mêler, ainsi qu'on le fait très-souvent et sans aucun discernement, de légers arabesques à des compariimens massifs , ou des cariatides à la dentelle d'une architecture gothique. C'est surtout dans ces menus objets uniquement de luxe, et dont le commerce enrichit la France depuis si long-temps , que les artistes doivent avec le plus grand soiu éviter tout ce qui sent la recherche et l'affectation , car une élégante simplicité est le caractère distinctif de ces objets de goût auxquels la mode donne un si grand prix.
Dans les exercices qui vont suivre , nous n'avons pu donner, comme nous l'aurions voulu , des modèles en tous genres, d'une élégante simplicité, parce que les bornes de cet ouvrage ne le comporteraient pas ; mais nous avons donné quelques élémens faciles qui suffiront à l'élève pour délier sa main et lui donner le désir d'exercer sou goût par la comparaison des chefs-d'œuvre de l'antiquité.
1. Bordure festonnée ( fig. 11 , pl. III ). — Pour dessiner cet ornement , il suffit de tirer la ligne droite horizontale A B (r) , en la divisant en parties égales, et ces points de division seront les centres i, 2, 3 , 4, 5, etc., de tous les demi-cercles qui forment ce dessin. Le trait de force du côté de l'ombre , s'ajoute après le tracé général en lignes fines ; quand on a acquis plus d'habitude, ce trait de force peut être donné sur-le-champ.
2. Spirale ( fig. 22, pl. III ). — Tracez une ligne verticale et deux obliques , qui indiquent la forme pyramidale de la figure ; divisez ces trois lignes en parties
(i) Dans celle figure et aans toutes celles qni suivent ^ on a încliqué avec des points toutes les lignes qui ne servent (^u'à la çonsiruction,
DESSIN DE l'ornement. 5l
égales suivant la rampe de la spirale, et guidé par ces points milieux , il sera facile de tracer les courbes.
3. Figure de cœur ( fig. 23 , pl. III ). — Tracez une ligne verticale pour la longueur de la figure et deux horizontales pour la largeur; indiquez par un point le bas de la figure A , les deux côtés BG, le milieu D , les deux extrémités supérieures E F; joignez tous ces points par des droites , vous aurez une figure qui indiquera , par un pentagone , la forme générale de la courbe, qu'il sera facile de tracer avec une grande précision à cause des points de repère A, B, E, F, G, et des lignes droites sur lesquelles cette courbe s'appuie.
4. Feuille de chêne ( fig. 24 , pl. III ). — Tracez une verticale , quatre obliques , et des parallèles horizontales , il sera bien facile de dessiner ensuite la figure , qui doit être inscrite dans un trapèze symétrique.
5. Feuille de lierre (fig. 25 , pl. III). — Tirez une ligne verticale et deux horizontales , indiquez par des points les trois pointes de la feuille , les angles rentrans , et la partie inférieure ; ensuite il faudra joindre ces points par des lignes , et à l'aide des deux triangles ainsi formés , dessiner la feuille par des courbes bien pures et bien symétriques.
G. Torsade (fig. 26, pl. III). — Deux lignes parallèlles, des verticales également espacées et aussi parallèles , donneront assez de points pour indiquer les courbes de la torsade.
7. Natte, (fig. 27, pl. III). — Tracez une verticale et quatre obliques , marquez l'union des mèches sur le milieu ; tracez ensuite leurs contours extérieurs.
8. Guillochage ( fig. 28 , pl. III ). — Tirez huit lignes parallèles et également espacées Tune de Taulre, maï quez les points a, b,c,d,e,f,g,h, etc. , placées à distances égales sur ces parallèlles , et tracez ensuite des verticales qui seront arrêtées sur les premières lignes , et qui formeront ainsi géométriquement l'ornement en guillochage que rou nomme grecque. Cet ornement se vari^
indéfiniment suivant la manière dont sont espacées entre elles les horizontales et les verticales.
9. Entrelacement ( fig. 29 , pl. III ). — Sur une ligne droite , marquez les centres a , b, etc. , des grands cercles, et les centres a', b', etc., des petits cercles, de sorte qu'ils soient tous tangens les uns aux autres ; tracez ensuite ces cercles et les cercles concentriques intérieurs, il sera très-facile de joindre les petits cercles aux grands par des courbes gracieuses. Ce dessin bien simple donne l'idée d'une foule de chaînes à anneaux ronds ou elliptiques , que Ton peut combiner et varier à Tinfini.
10. Postes ( fig. 3o, pl. III ). — Tracez les deux lignes du bandeau , puis trois droites parallèles ; sur celles du milieu, marquez les centres des enroulemens; sur celles d'en haut les points de contact ; dessinez ensuite les courbes. Il est bon de répéter souvent la copie de cette figure , ou des figures qui présentent des courbes analogues , car il est indispensable d'acquérir une grande habileté dans ces sortes de tracés ; ils donnent à-la-fois à la main une légèreté et un aplomb qui mettent le dessinateur à même de vaincre les plus grandes difhcultés.
1 1. Feuille d'eau ( fig. 3i , pl. III ). — Il faut mener une droite horizontale , sur le milieu de laquelle on élèvera une perpendiculaire ; enfin deux lignes obliques formant un triangle avec la base ; chaque partie de la feuille trouvera naturellement sa place sur celte figure, dont la grâce dépend surtout du rapport de la hauteur avec récartement des obliques du pied de cette hauteur.
12. Astragales. — Tirez les deux lignes qui marquent les limites haute et basse des figures 32 et 33 ( pl. III ) , et une ligne de construction au miheu; marquez les points 1,2,3,4, etc. , de la figure 82 , et abaissez des verticales qui indiqueront la place des principaux ornemens; il en est de même pour la figure 33.
13. Oves. — Sur deux lignes parallèles ( fig. 35, pl. III ) , tracez des verticales équidis tantes ; les unes indiqueront les diamètres des oves , les autres le miheu des flèches; il sera donc facile de placer les détails inter^
DESSIN DE l'ornement.
mécliaires. De la longueur des oves , relalivemenl à leur hauteur et à leurs intervalles , dépend surtout la grâce de cet ornement , qui risque souvent de devenir lourd et désagréable quand les oves sont trop affaissées.
14. Mais de cœur ( fig. 35 , pl. III ). — De même que pour la figure ci-dessus , des verticales a , ^, c, e, etc. , indiqueront les milieux et serviront à placer régulièrement tous les points.
15. Arceaux ( fig. 36 , pl. III). — On emploiera le même moyen que pour la figure précédente ; mais celle-ci étant plus compliquée , on pourra s'aider des lignes horizontales a, b, c.
16. Entrelas ( fig. 37, pl. III ). — Trois lignes horizontales, des verticales passant par tous les centres suffiront pour établir avec précision ce genre d'ornement.
17. Rosaces, — Ces ornemens peuvent être préparés par des cercles et des diamètres ou rayons , comme cela est indiqué sur la figure 38 ( pl. III ) , un cercle et huit rayons lui servent de construction ; dans la figure 39 il y a trois cercles et seize rayons. Les rosaces les plus compliquées se construisent avec ces mêmes élémens.
18. Palmettes ( fig. 40, pl. III ). — Cette figure, assez compliquée , a besoin de quelques lignes de construction pour être dessinée régulièrement ; on peut tirer d'abord une horizontale A B , sur le milieu de laquelle on élèvera une perpendiculaire C D marquant au point D la hauteur que doit avoir la palmelte , et aux points A et B sa largeur , joignant AD , D B , par des droites , on divisera ensuite l'espace contenu entre le point C et le point D en quatre parties égales , et Ton tirera les parallèles E , F , G ; il sera facile maintenant de décrire les tourbes A D , D B ; on marquera sur la ligne de base les points H, I, J, K, L, M, et on les joindra par des droites aux extrémités deshgnes E, F, G; on obtiendra ainsi assez de points pour tracer l'ensemble et les détails de cet ornement, que l'on peut varier à l'infini en épanouissant les pointes en volutes , en feuilles d'acanthe et
à ornement dont les exercices suivans offrent les modèles les plus faciles.
19. La figure 41 (pl. III) n'a besoin que de trois verticales également espacées, et de deux horizontales pour achever son ensemble et régler ses détails.
20. Figure 42 , pl. III. Une horizontale, une verticale , et deux obliques qui s'écarlent également du pied de la verticale , suffisent pour le tracé de cette figure , dont l'ensemble et les détails sont réglés par les lignes de construction qui offrent des points nombreux de repère pour le tracé des courbes.
Nous croyons inulile de mulliplier ici les exercices de ces dessins d'ornen)ent dont le tracé repose sur quelques lignes de construction ; les exercices précédens , s'ils sont bien compris , donneront l'idée des constructions qui servent à tracer l'ornement le plus compliqué.
Après s'être exercé à copier les figures que nous venons de donner, de même grandeur, on les dessine sur une échelle différente , plus petite d'abord que le modèle , ensuite plus grande , et toujours en dessinant avec précision , légèreté et hardiesse. Lorsque l'on sera parvenu à copier ainsi toutes sortes de figures , avec autant de régularité que si le compas et la règle eussent été employés , on s'exercera à les dessiner sans le secours des lignes de construction ; cet exercice offrira d'abord quelques difficultés qu'il faudra surmonter si l'on veut l)arvenir à dessiner les figures irrégulières qu'il serait impossible de renfermer dans un tracé géométrique, sans perdre à ce tracé plus de temps qu'il n'en faudrait pour dessiner un simple contour.
Pour dessiner ce genre d'ornemens irréguliers, on procédera toujours avec le même ordre que nous avons indiqué et suivi pour les exercices précédens , c'est-à-dire qne l'on passera du simple au composé et de l'ensemble au détail , en copiant d'abord le modèle de grandeur naturelle , et ensuite le ramenant à une échelle plus petita %*,t plus grande , toujours 4'un ti«it fin et léger , auquel
DESSIIf DE l'ornement. 55
on ajoulera plus lard les coups de force qui donnent du ressort au trait définitif.
Les figures 43 et 44 serviront de premiers modèles, ensuite, à mesure que l'œil et la main se formeront, on copiera des ornemens plus compliqués et l'on arrivera promplement ainsi à dessiner les sujets les plus riches et les plus difficiles (i).
Il faut bien se garder de tracer des figure i uu peu compliquées , en entassant des lignes de détail aux dépens du contour général et d'ensemble, qui se trouverait ainsi complètement mutilé et défiguré par la répétition d'une foule de petites erreurs inévitables quaud on veut embrasser trop de détails à-la-fois ; il faut, au contraire , tracer d'abord les lignes d'ensemble en marquant les points de repère des masses ; puis on dessinera chaque masse en y indiquant les points de repère de chaque détail, qui s'achèvera ensuite en harmonie avec l'ensemble. Lorsque l'esquisse générale sera terminée, ou l'arrêtera définitivement par les coups de force principaux , puis on passera aux légers coups de force des détails. Par ce moyen , on conservera à tout le dessin son caractère général, sans rien omettre des grâces du moindre détail.
L'habitude acquise de tracer fidèlement et avec grâce tous les sujets ne suffit pas au dessinateur d'ornement ; il faut encore qu'il sache composer , lier ensemble des choses différentes , donner un caractère à ses compositions , et y adapter des ornemens qui leur soient propres. L'architecture des monumens antiques a fourni les
(i) On trouve dans la première partie de l'ouvrage de M. Kraff , intitulé Architecture ancienne et moderne , un choix d'ornemens irèsremarquables par leur goût el par leur exécution; nous croyons ^u'il est difficile de trouver de meilleurs modèles.
La lithographie d'ailleurs publie journellement des dessins d'or, nemens copiés sur ranli(^ue , et ce sont ceux-là surtout que noui eonscillonsauxdessiaaieur» 4'oraemeni m jftwais jeydr« vu?
modèles sur lesquels s'est établi depuis l'art de composer les ornemens ; c'est encore sur les frises des édifices corinthien et dorique, et des chapiteaux ioniques, que l'on va chercher des modèles d'un goût exquis , des compositions allégoriques admirables , et des formes pures et gracieuses.
Quoiqu'il n'entre pas dans notre sujet de traiter de l'architecture , nous croyons utile d'entrer ici dans quelques détails, sans lesquels il serait bien difficile, pourne pas dire impossible , de comprendre la composition de l'ornement. On peut consulter avec fruit le Manuel (VArchiiecture i\\n fait partie de cette collection , et les Parallèles des Edifices anciens et modernes, publiés par l'architecle Durand, qui, par ses cours d'architecture à l'Ecole polytechnique , n'a pas peu contribué à ramener en France le goût de la simplicité antique, dont la beauté résulte toujours d'une convenance parfaite que les modernes sacrifient trop souvent à la prétention d'une décoration hors d'œuvre.
Ordres d'architecture. — Les proportions régulières des parties dans l'ensemble des édifices a donné lieu à la division de l'architecture en quatre ordres , que l'on désigne ordinairement ainsi : le toscan , le dorique , Vionique et le corinthien. Les parties principales dans chacun de ces ordres sont : la colonne , le piédestal qui la supporîe , et entablement qui la surmonte.
Souvent le piédestal manque et se trouve remplacé par une plinthe.
L'ordre toscan est le plus simple ; il n'admet aucun ornement.
L'ordre dorique a sa frise ornée de triglyphes et de métopes.
L'ordre ionique se reconnaît aux volutes de son chapiteau.
L'ordre corinthien est remarquable par la richesse des sculptures qui décorent sa frise , et par son chapiteau orné de feuilles et de huit volutes.
On appelle encore ordre composite un mélange d'iu'
DESsm DE l'ornement. 57
nique et de corinthien ; ordre gothique^ celui qui tient de rarchilecture sarrasine ; ce dernier reçoit un grand nombre d'orneniens remarquables par leur légèreté et leur hardiesse.
Les ordres d'architecture se distinguent surlout par les proportions qui en règlent les parties. Et c'est à raison de ces proportions qu'il faut se garder de mêler au hasard les différens ordres d'architecture , car s'ils sont bien assortis , ils se prêtent un appui mutuel et contribuent à la beauté de l'ensemble , tandis que s'ils sont ridiculement interposés , ils contrastent d'une manière choquante et défigurent l'ensemble. Dans tons les ordres ,
lj*e7itablement a ])our hautenr le quart de la colonne.
Le piédestal , le tiers de la colonne.
Le piédestal se divise en coniiche , dé et hase.
La colonne se divise en base^ fût et cJiapiieau.
Ij' entablement ^ en architrave , frise et corniche.
La colonne toscane , en y comprenant le chapiteau et la base , a pour hauteur sept fois son diamètre , ou quatorze modules; on appelle module le rayon de la colonne ou son demi-diamètre ; et comme on a trouvé qu'une colonne a plus de grâce étant amincie par le haut, on prend pour module le demi-diamètre du bas de la CO' lonne.
La colonne dorique a huit fois son diamètre ( iG modules ).
La colonne ionique , neuf fois son diamètre.
La colonne corinthienne , dix fois.
Le module sert de mesure pour toutes les parties de l'édifice ; ce module est divisé en douze parties égales dans les deux premiers ordres , et en dix-huit dans les deux autres.
Mesures de C Ordre Toscan,
Colo?2ne 14 Modules.
Base I \
Fût 11 / 14
Chapiteau r J
Enlahlemeni 3 Modul. 1/2.
Architrave i \
Frise i 1/6 \ 3 1/2.
Corniche ^ ^1^ )
Piédestal. . . . . ♦ 4 ModuL 2/3.
Corniche iji \
Dé 3 2/3 I 4 2/3.
Rase * 1/2 y
En tout , 22 modules ijQ ^ et sans le piédestal 17 modules 1/2.
L'intervalle des colonnes , ou entrecolonnement , est de 4 modules 2/3.
Mesures de L'Ordre Dorique.
Colonne, . 16 Modules.
Base ,
Fiit 14 ^16
Chapiteau i )
Entablement 4 Modules.
Architrave
Frise x 1/2 J 4
Corniche
Piédestal. 5 Modul. 1/2.
Corniche » 1/2 ^
Dé , 4 [5 1/3.
Base >. 5/6 ;
En tout, 2 5 modules 2/3 , et sans le piédestal 20 modules.
li'entrecolonnement est de 5 modules 1/2,
DESSIN DE l'orwement. 5g Mesures de l'Ordre Ionique.
Colonne 18 Modules.
Base I \
Fût I G 1/3 I 18
Chapiteau » 2/3 )
Entablement 4 Modiil. 1/2.,
Architrave
Frise r i/i. > 4 1/2.
Corniche i 3/4 j
Piédestal 6 Modules.
Corniche " ^/^ )
Dé 5 > 6
Base )
En tout, 28 modules, et sans le piédestal 22 modules 1/2.
L'enlrecolonnement est de 4 modules 1/2.
Mesures de l'Ordre Corinthien.
Colonne 20 Modules.
Base , I \
Fût iG 2/3 ^ 20
Chapiteau 21/3)
Entablement , . 5 Modules.
Architrave i 1/2
Frise i 1/2
Corniche 2
Piédestal 6 Modul. 2/3.
Corniche 14 parties \
Dé 5 modules 4 parties > 6 2/3.
Base » 2/3 ;
En tout, 3r modules 2/3 , et sans piédestal i5 modules.
yentrecolonnemenl est de 4 modules 2/8.
6o TRACÉ GÉOMÉTRIQUE.
Les frontons considérés comme frontispices d'un édifice , ou comme ornemens au-dessus des portes , croisées , etc. , sont des constructions triangulaires , dont la hauteur peut varier selon l'étendue ; on donne quelquefois à la hauteur le tiers de sa base , et cette mesure peut être modifiée du tiers au sixième. Il n*y a de frontons semi-circulaires et de différentes formes , que dans Tarchitecture du dix-septième siècle.
Les pilastres sont des colonnnes carrées, rarement isolées, mais engagées dans les murs ou boiseries; on les fait saillir d'un tiers ou d'un quart de module. Leurs ornemens , les chapitaux , la base , et toutes les proportions , sont réglés suivant les principes de l'ordre auquel ils appartiennent.
Les tores , qui sont à la base des colonnes , peuvent recevoir toutes sortes d'ornemens.
Les postes guillocliis et palmettes sont le plus ordi nairement employés à la décoration des frises , han deaux , etc.
Les entrelas sont employés indifféremment sur les surfaces planes et courbes.
Les talons reçoivent aussi des ornemens très-variés.
Il faut toujours que les ornemens soient en rapport avec le genre de l'édifice qu'ils décorent ; c'est une convenance à laquelle les anciens ne manquaient jamais : un temple où se faisaient les sacrifices était orné de vases , de bassins , de têtes d'animaux et d'instrumens. Un temple à Cérès , de grains , de fruits , etc. Un temple aux divinités guerrières , d'armes de toutes espèces , de lauriers , etc.
Il faut aussi étudier l'origine de ces ornemens ; cette connaissance guidera dans leur emploi et préviendra de fâcheux contre-sens.
Le desssinateur doit beaucoup composer , chercher continuellement les moyens les plus convenables de lier ensemble des choses différentes par des enroulemens et des feuillages; c'est une partie essentielle de l'art du décorateur.
ftESSiN DE L^ORNEMENt.
On nomme arabesques des ornemens qu'on suppose venir des Arabes ; mais ils sont plus anciens et étaient familiers chez les Romains ; le goût en a été renouvelé par Raphaël ; les arabesques consistent en des entrelacemens de feuillages, d'architecture, de figures humaines , d'animaux, de caprices, etc., sans ensemble, mais liés par une parfaite symétrie, par des enroulemens, et des objets de goût.
Souvent on emploie dans les ornemens des figures d'animaux et même des figures humaines; dans ce cas, on sent que l'artiste doit être exercé au dessin d'après nature , dont nous allons nous occuper.
DESSIN d'après nature.