DESSIN D'APRÈS NATURE
Quoique le dessin géométrique et ses applicalions à roruemeiit soient réellement dans les exercices qui précèdent une étude de dessin d'après nature, cependant on est convenu de réserver spécialement le nom de dessin d'après nature à l'élude de la figure et du paysage, lors même que celle élude s'applique à des copies de dessins modèles.
La méthode généralement suivie pour l'élude du dessin de la figure et dont Jean Cousin est regardé comme railleur, consiste à commencer par copier le dessin d'un nez, d'une bouche, d'une oreille, puis d'une tète d'ensemble, et enfin d'un corps entier ou académie. La méthode attribuée à Gérard de Lairesse et à laquelle on semble revenir actuellement en France, consiste à exercer réleve d'abortl sur des copies de lignes en tous sens, ensuite sur les copies des objets simples qui se trouvent dans tous les instans sous nos yeux , tels que des vases , des meubles qui se composent de ces rnèmes lignes droites, courbes, obliques, puis sur des lignes formées par les difterenles parties du corps humain.
Dans l'une et l'autre mélhode, le trait arrêté suit l'esquisse et précède l'indication des ombres j le dessin d'à*
près la bosse (sculpture eu relief, plat ou marbre) suit la copie des dessins modèles et précède Télude d'après le modèle vivant, sans doute parce que la mobilité du modèle vivant exige plus de justesse de la part du dessinateur.
Tar une analogie complète avec ces méthodes, ordinairement l'élude du paysage se commence par la copie des dessins de fragmens isolés d'architecture, d'arbres et se continue par le dessin de nature morte, fruits, fleurs, et se termine par l'étude de la perspective et des sites naturels.
Le plus grand inconvénient de cette marche ordinaire est, nous l'avons dit et nous ne saurions trop le répéter, d'habituer l'élève à une foule de détails qu'il échafaude péniblement, sans réussir toujours à en faire un ensemble passable : comment en etfet persuader à un enfant qui a passé deux ans à dessiner les moindres détails d'une oreille et d'un nez, qu'il faut oublier ces détails dans les figures des derniers plans, les indiquer à peine dans les plans intermédiaires et ne les marquer sur les premiers plans qu'après avoir arrêté tout rensenibie. Une marche plus rationnelle est celle que nous avons suivie par les exercices du dessin géométrique et les applications au dessin de l'ornement; maintenant l'élève est capable d'étudier avec fruit et la perspective et le jeu des ombres qui sont aussi indispensables au dessin du paysage, qu'à celui de la figure dans lequel l'ostéologie et le jeu des muscles sont des études préliminaires sans lesquelles il est impossible de copier la nature vivante.
Nous supposerons donc que le dessinateur a suffisamment exeicé son œil et sa main pour saisir immédiatement et les formes et leur relief par des lignes de contour et des ombres, et que rien dans la nature ne peut désormais échapper à son œil investigateur et à son crayon obéissant. Maintenant pour dessiner d'après nature, dans l'acception véritable de ce mot, son premier soin sera d'encadrer celte nature et d'établir l'échelle de proportion entre la nature et son dessin j cela fait et les piaus
DESSIN DIAPRES NATURE.
perspectifs établis, il indiquera l'ensemble par des points de repère et procédera par les masses sur les différens plans; ce premier travail ne comprendra aucun détail, mais bien les grandes divisions du dessin, et dès qu'il sera complet et satisfaisant, en passant toujours de l'ensemble aux masses, on arrivera dans chaque masse aux points de repère des détails, et plus tard quand toutes les masses auront acquis leur caractère d'^tinct, les points de repère serviront à étudier les détails.
C'est pour l'étude de ces détails que nous allons donner les notions les plus simples des os , des muscles et des proportions de la figure et du corps humain; notions qui doivent être toujours présentes à la pensée du dessinateur quand il copie la nature vivante, qui d'ailleurs les lui retrace continuellement, mais qui deviennent indispensables pour la composition d'un dessin , d'un tableau, création du génie de l'artiste, imitation d'une nature qu'il imagine, qu'il anime de ses passions, qu'il empreint de son génie, et qui dans l'antiquité a produit ces chefs-d'œuvre du beau dont la nature nous offre si rarement des modèles complets, qu'ils en ont acquis le surnom glorieux du beau idéal. C'est ce beau idéal que le dessinateur doit s'approprier en quelque sorte par une étude constante des proportions et des formes des sculptures antiques et des grands maîtres des temps modernes ; ]je Poussin dans ses éludes consciencieuses de l'antique , paraît avoir suivi la marche que nous rappelons ici au dessinateur pour lequel il n'y a pas d'écueil plus réel que ces gravures qui séduisent au premier coup-d'œil, par l'exécution brillante d'un burin savant, par une opposition systématique et maniérée dans son abandon apparent de lumières, d'ombres et de clair obscur, mais qui par leur dessin incorrect et choquant dans ses proportions, ne supportent pas le moindre examen, la moindre comparaison, non avec le beau idéal des anciens, mais même avec cette nature pauvre et dégradée que quelques grands maîtres des écoles modernes ont trop souvent copié avec une vérité désespérante.
ÉTUDE DE I,A r[GURE.
L*élève après s'être exercé d'après nature à copier d'abord des êtres humains, sur les plans éloignés où il n*y a d'autres formes distinctes que celles d'une tête, un corps, des bras et des jambes pour chaque individu, parviendra facilement ensuite à copier sur des plans intermédiaires l'ensemble du corps avec la forme du visage, la position du corps et des membres, puis enhn sur les premiers plans l'ensemble des traits de la figure, de la forme du corps et des membres, avec tous les détails de configuration et de proportions que la position de l'ensemble détermine; plus tard le dessinateur saura saisir et la physionomie et le jeu que les passions impriment à la figure et au corps humain.
Il est bien entendu que nous ne présenterons dans ce qui va suivre que les élémens les plus simples et pour ainsi dire matériels du dessin d'après nature dont le maître le meilleur et le guide le plus sûr est sans con= Iredit la nature elle-même.
Les études d'après nature se divisent ordinairement en deux genres, celui de la figure et celui du paysage et dans cette acception, l'étude de la figure comprend la face et le corps de l'espèce humaine. Les grandeurs et les positions relatives des niasses principales, la face, le torse et les membres, constituent l'ensemble du corps entier; dans cet ensemble, la nature lie toujours les masses entre elles et avec les détails par un accord parfait que l'oeil du dessinateur doit saisir, et que son crayon doit rendre avant tout; les attaches des masses entre elles, le col qui joint la face au torse, les épaules et les hanches qui joignent le torse aux membres, exigent de la part du dessinateur une grande attention pour ne pas disloquer cet ensemble que la nature a animé d'une seule vie. Dans la face, les lignes symétriques du front, des yeux, du nez, de la bouche et du menton; dans le torse, la fossette des clavicules, les mamelles, le nombril, le bas du ventre ;
DESSIN d'après nature.
dans les membres les jointures et les extrémités offrent des points de lepère auxquels se rattacheront plus tard tous les détails du jeu de la physionomie et des nuiscles. Quand l'ensemble est bien arrêté, qu'il forme un tout dont le repns ou le mouvement sont en harmonie, alors on ipeut étudier les délails du moindre trait, du muscle le moins apparent, et l'on n'a [)lusà craindre que ces fautes légères de détail qui d'ailleurs échappent d'autant moins à l'artiste que son ensemble et ses masses principales bien arrêtées ont d'avance assigné des points de repère pour tous les détails.
Dans celte esquisse rapide nous avons tracé la marche qui nous semble lapins convenable pour que le dessinateur, déjà sur de sou œil et de sa main par les exercices précédens, puisse se livrer avec fruit en copiant d'après nature, à l'étude du dessin de la figure; il nous reste à présenter les élèmetis en quelque sorte matériels de cette étude.