DES LIBERTÉS
DE L'ÉGLISE GALLICANE
(Chapitre 25 de l'Institution au Droit ecclésiastique de Fleury.)
Après avoir vu en détail en quoi consistent les Libertés de l'Église gallicane, j'ai pensé qu'on lirait avec intérêt ce chapitre, qui en offre simplement le résumé.
De tous les pays chrétiens , la France a été la plus soigneuse de conserver la liberté de son Église, et de s'opposer aux nouveautés introduites par les canonistes ultramontains, particulièrement depuis le grand schisme d'Avignon. La tradition constante des bonnes études en France, depuis le temps de Charlemagne, pendant plus de neuf cents ans ; l'antiquité de la monarchie , la piété des rois, qui tous ont été catholiques; leur puissance, qui va toujours s'affermissant, nous ont donné plus de facilité à maintenir nos libertés, qu'aux autres nations qui n'ont pas eu les mêmes avantages.
Toutes les libertés de l'Eglise gallicane roulent sur ces deux maximes : 1° Que la puissance donnée par Jésus- Christ à son Eglise est purement spirituelle , et ne s'étend directement ni indirectement sur des choses temporelles; 2° que la plénitude de puissance qu'a le pape, comme chef de FEglise, doit être exercée conformément aux canons reçus de toute l'Eglise ; et que lui-même est soumis au jugement du concile universel , dans les cas marqués par le concile de Constance. — Ces maximes ont été déclarées solennellement par le clergé de France , assemblé à Paris en 4 682 ', comme étant Y ancienne doctrine de l'Eglise gallicane. On en tire plusieurs conclusions qui sont autant d'articles de nos libertés.
La puissance que Jésus-Christ a donnée à son Eglise ne regarde que les choses spirituelles , et ne se rapporte qu'au salut éternel : donc elle ne s'étend point sur les choses temporelles; aussi a-t-il dit : Mon royaume n'est pas de ce monde; et ailleurs : Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. — Toute personne vivante doit donc être soumise aux puissances sou-
1 Voyez ci-après le texte même de cette Déclaration.