CHAPITRE
Éducation. — Après vous être procuré un beau jeune chien, vous n'avez que la moitié de ce qu'il vous faut, si vous ne lui donnez pas ce qui lui manque : l'éducation et l'instruction. Si vous êtes chasseur, à plus forte raison si vous voulez le devenir, mieux vaudrait un chien vieux et laid, mais instruit et éduqué, qui, tout en vous occasionnant moins de contrariétés, vous rendrait la chasse plus agréable et plus fructueuse.
Un chien ne peut pas plus se dresser seul qu'un homme ne peut devenir savant sans étudier.
Elevez votre chien près de vous, surtout traicezle avec douceur. En vous occupant de lui, vous développez son intelligence; en lui donnant des soins, vous le rendez reconnaissant; il prend pour vous un attachement exclusif.
Pendant qu'il est jeune, recevez ses caresses^ ne souffrez pas ses familiarités; une petite tape sur le museau, sur les pattes, lui épargnera plus tard bien des rebuffades, et quelquefois plus.
Lorsque votre jeune chien s'approche de vous pour vous demander une caresse, flattez-le de la main sur la tête ou sur la poitrine ; bientôt il se mettra sur son derrière pour la recevoir. Il ne lui arrivera pas de se dresser contre vous, ce qu'il ne faut jamais souffrir. Votre chien étant dressé, ne lui accordez une caresse que lorsqu'il Ta méritée.
Si votre chien a été votre compagnon, si dés le principe vous l'avez corrigé et caressé à propos, vous n'aurez pas de peine à l'instruire. Il en sera tout autrement si vous l'avez tenu éloigné de vous. Faites-lui toujours bien comprendre ce que vous voulez avant de l'exiger.
N'employez jamais pour le contraindre qu'un collier de force; pour le fustiger, qu'un fouet ou une baguette flexible.
Habituez peu à peu votre chien à rester à l'attache; il est fort pénible d'entendre ses aboiements, surtout lorsqu'on se trouve chez des amis. Mais n'en faites pas un martyr en le tenant toujours enchaîné ; un jeune chien surtout a besoin d'air et d'exercice, sans quoi il s'atrophie.
Que le collier de votre chien ne soit pas large et dur comme un carcan; celui qui a la forme
i8 MANUEL DU CHASSEUR.
cylindrique est le plus solide et le moins incommode pour l'animal.
Votre chien, si vous le lui permettez, est constamment auprès de vous ; pour y rester il oublie tout, même la faim. Son œil suit tous vos mouvements; selon votre caprice, un geste l'éloigné, un autre le ramène.
, Vous touchez une canne, un chapeau, pas encore le fusil ! son regard demande s'il vous accompagne.
Croyant avoir saisi un signe d'assentiment, il bondit, transporté de joie. Infortuné! un bras s'étend et l'envoie, la queue basse, se blottir dans un coin.
Vous êtes absent, il pense à vous. Au plus léger bruit, son œil s'entr'ouvre pour s'assurer de votre retour. Vous paraissez, sa joie éclate en démonstrations plus ou moins vives et bruyantes, suivant que votre humeur le permet. Vous êtes triste, il prend un air dolent et cherche à vous arracher une caresse. Oh! vous êtes bien à plaindre s'il n'arrive à vous distraire un instant de vos sombres pensées. Si viennent des jours mauvais, il sera toujours là, couché à vos pieds, ou suivant pas à pas votre promenade solitaire, s'identifiant à votre douleur. Son regard, plein de tendresse et d'éloquence, cherchera votre pensée et vous dira : Je ne puis rien, hélas! mais courage! des jours meil-
leurs reviendront! En attendant, mon affection et mon attachement ne sont-ils pas à toute épreuve?
Qui donc n'est touché de ces manifestations de dévouement, poussées aux dernières limites, qui s'affirment tous les jours? Qui n'est heureux de sentir près de soi un être capable de les renouveler }
Aux déshérités de la fortune ; à ceux, plus malheureux encore, qui sont privés des affections de la famille, des joies du foyer, je souhaite — l'ami du pauvre comme du riche — un bon chien ! Ses caresses, peuvent, à un moment donné, les retenir au bord de l'abîme!
Instruction. — Le moment opportun pour entreprendre l'instruction d'un chien est celui où il a atteint l'âge de 12 à 15 mois; s'il a eu la maladie, on peut commencer un ou deux mois plus tôt.
Etudiez d'abord son caractère, afin d'agir en conséquence. S'il est de forte taille et disposé à la résistance, traitez-le vigoureusement, mais sans dureté.
Lorsqu'il aura compris que vous êtes maître de lui et que toute résistance est inutile, son instruction marchera rapidement. Ce que vous aurez obtenu par force, demandez-le immédiatement avec douceur.
Si l'animal est apathique et oppose de la force d'inertie, exercez sur lui une douce violence.
S'il est timide,, usez de douceur et de persuasion (si je puis m'exprimer ainsi); n'employez la rigueur qu'avec beaucoup de ménagement, seulement pour vaincre la paresse.
Le chien craintif est celui qui présente le plus de difficultés à instruire.
Évitez de vous abandonner à des mouvements de colère et d'emportement, qui paralysent les facultés de l'animal et retardent son instruction. Si ce cas s'est présenté, quelques jours de repos sont nécessaires pour le lui faire oublier.
Lorsqu'ensuite vous reprendrez la leçon, que ce soit avec beaucoup de douceur.
Le chien qui a appris à rapporter en jouant échappe à tout moyen de coercition ; il ne rapporte que si cela lui plaît.
Celui qui a été dressé au collier de force ne peut se soustraire à ce qu'on lui demande. S'il s'y refuse, il suffit de lui faire sentir le collier pour obtenir une obéissance passive.
Le chien qui rapporte bien, qui a la dent douce, possède une qualité très-utile à son maître, et fort agréable pour lui-même ; la satisfaction qu'il y trouve est la juste récompense de ses bons services.
Comment y a-t-il encore aujourd'hui des chas-
seurs assez ennemis d'eux-mêmes, et de leur brave compagnon, pour négliger le développement d'un talent si précieux:^
Huit ou quinze jours suffisent habituellement pour Tob tenir, en mjme temps qu'un second avantage non moins grand, celui de s'assurer une autorité absolue sur l'animal. Vienne le moment où vous le mettrez en chasse, vous le tiendrez pour ainsi dire dans la main, et, pendant toute sa carrière, vous vous éviterez bien des contrariétés, et à lui bien des corrections.
Du Matériel. — Le collier de force en fil de fer, avec olives en bois, est préférable aux autres; on en émousse les pointes si elles sont trop acérées. On réunit avec une corde les deux extrémités du collier, de manière que la tête du chien puisse y passer aisément, et que le cou ne soit pas serré.
On se procure un billot (morceau de bois rond de 3 à 4 centimètres de diamètre, et de 0,30 centimètres de longueur environ), proportionné à la gueule de l'animal.
On enveloppe le billot d'un linge roulé et ficelé, afin d'épargner au chien le contact du bois, qui lui rend la dent dure.