Préparation de la ptyaline des glandes salivaires
On peut séparer la ptyaline de l’infusion des glandes salivaires, de la même manière que de la salive; mais comme elle est très 1 soluble dans la glycérine, il vaut mieux l’extraire à l’aide de cet agent. Dans ce but, on prépare les glandes salivaires d’un bœuf ou d’un mouton, comme il a été dit plus haut, on les hache très menu et on les met avec de l’alcool absolu dans un flacon bien bouché, et on laisse reposer pendant vingt-quatre heures. On décante alors la liqueur et on presse le résidu dans un linge, afin d’exprimer le plus possible l’extrait alcoolique. La masse ainsi obtenue est mêlée avec de la glycérine en quantité suffisante pour la recouvrir, et on laisse reposer le tout pendant quelques jours, en ayant soin seulement de remuer de temps à autre.
Au bout de ce temps, on presse dans de la mousseline et on filtre à travers du papier. On précipite la ptyaline en versant dans la liqueur filtrée de l’alcool en excès. On recueille le précipité en laissant déposer et en décantant, et on le dessèche audessus d’une capsule renfermant de l’acide sulfurique.
85. Préparation delà ptyaline de la salive. — La méthode employée pour séparer la ptyaline ainsi que les autres ferments des sécrétions qui les contiennent repose sur ce fait que, lorsqu’un précipité abondant se produit dans ces liquides, le ferment, adhère aux particules du précipité et peut être enlevé avec elles L’adhérence aux particules n’est pas très intime et on peut l’en séparer facilement par des lavages. Le précipité que l’on produit pour isoler la ptyaline est le phosphate de calcium. Le corps entraîne avec lui non seulement la ptyaline, mais aussi
l’albumine de la salive. Mais l’albumine est. retenue plus fortement que la ptyaline, de sorte que celle-ci est enLraînée d’abord et se trouve en solution dans les premières eaux de lavage. On recueille un flux de salive abondant en remplissant la bouche de vapeur d’éther ; on acidulé fortement la salive ainsi obtenue et encore fraîche avec de l’acide phosphorique, de façon que le précipité, que l’on veut produire, soit copieux, puis on ajoute de l’eau de chaux jusqu’à réaction alcaline et on filtre. On sépare le précipité, on y ajoute de l’eau en quantité, qui ne doit pas excéder la quantité de la salive employée, on remue et on filtre de nouveau. On verse un excès d’alcool, qui détermine un précipité floconneux blanchâtre,que l’on recueille sur un filtre et que l'on dessèche dans le vide avec de l’acide sulfurique. On obtient ainsi une poudre blanche constituée par de la ptyaline mélangée avec des sels inorganiques. On l’isole de ces derniers en la dissolvant dans l’eau et en précipitant par l’alcool absolu. On décante l’alcool, on redissout dans l’eau et on précipite de nouveau. On répète cette opération plusieurs fois; on recueille le précipité sur un filtre, on le lave avec de l’alcool étendu, puis avec un peu d’eau et on le dessèche à une basse température sous une cloche de verre avec de l’acide sulfurique.
86. Propriétés de la ptyaline. — Pour étudier les propriétés de ce corps, on peut se servir soit de solutions aqueuses séparées du phosphate de calcium par filtration, soit de solutions de ptyaline pure. La ptyaline diffère entièrement de l’albumine par ses réactions :
l8 Avec l’acide azotique, pas de précipité. Faites bouillir la liqueur, laissez refroidir et ajoutez de l’ammoniaque, il ne se produit pas de coloration jaune.
2° Le chlorure mercurique, l’acide tannique, l’acide acétique et la solution de ferrocyanure de potassium, le chlorure de platine, la solution d’iode ne donnent aucun précipité ; l’iode seul produit une coloration jaune.
3° L acétate et le sous-acétate de plomb déterminent, au bout d’un certain temps, un précipité; mais, dans les deux cas, on
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observe que la liqueur filtrée est sans action sur l’amidon ; la ptyaline a été entraînée avec le précipité.
4° Avec la potasse et le sulfate de cuivre, il ne se produit aucune réduction d'oxyde de cuivre.
87. Sécrétion de la salive. — La sécrétion de la salive a lieu lentement, ou cesse même complètement quand les glandes ne sont pas sous l’influence d’un stimulant. Le stimulant peut être mécanique, chimique, électrique ou psychique. On peut étudier sur soi-même l'effet de ces divers stimulants ; par exemple : Avalez la salive contenue dans la bouche de manière à vider complètement celle-ci ; au bout de deux minutes, crachez dans une petite capsule, dont vous avez au préalable fait la tare, la salive qui s’est accumulée dans la bouche, et pesez (§219). Videz de nouveau la bouche, faites agir le stimulant, recueillez la salive pendant deux minutes et pesez comme précédemment. La comparaison des deux poids ainsi obtenus, permet d’apprécier l’action du stimulant. Les meilleurs modes d’excitation sont les suivants :
1° Excitation mécanique. — Faites tourner dans la bouche un caillou ou un bouchon de verre et essayez de le mâcher.
2° Excitation chimique. — Touchez la langue : 1°avec un cristal d’acide tartrique ou d’acide nitrique, ou 2° avec un cristal de carbonate de sodium ; 3° remplissez la bouche de vapeur d’éther en la laissant pénétrer dans le pharynx et laissez-Fy pendant quelque temps.
3° Excitation électrique. — Appliquez les deux électrodes de l'appareil de Dubois Reymond sur la langue et la face interne de la joue.
L’effet qu’un excitant, appliqué dans la bouche, chez l’homme, exerce sur la sécrétion des glandes parotides et sous-maxillaires peut être étudié avec précision au moyen d’une sonde ou d’une seringue. Si l’on se sert de ce dernier instrument, la canule doit avoir la forme d’un entonnoir. On l’applique sur la papille qui entoure l’orifice du conduit de Wharton ou du conduit de Stenon, et on exerce une légère fraction sur le piston. On applique alors
r excitant sur la bouche et on note le point jusqu’où la salive coule. Il est cependant plus avantageux de se servir d’une sonde, qu’on arrive, avec un peu de pratique, à introduire facilement dans l’un ou l’autre de ces conduits.
88. Procédés pour recueillir séparément chez l’homme les diverses espèces de salive. — Introduction d'une sonde dans le conduit de la glande maxillaire. — Étirez en pointe très fine un tube de verre étroit, au point où il paraît suffisamment mince pour pénétrer dans l’orifice du conduit faites une encoche avec une lime triangulaire, brisez-le, arrondissez le bord à la flamme du gaz et laissez refroidir. Pour s’introduire soi-même cette sonde dans le conduit sous-maxillaire, il faut se placer devant un miroir et de façon que la bouche soit bien éclairée. On remplit la bouche de vapeur d’éther ou bien on mâche un morceau de pyrèthre. On renverse en arrière l’extrémité de la langue contre le palais, et on aperçoit alors à la racine du frein de la langue, de chaque côté de la ligne médiane, une papille portant un petit point noir. La salive jaillit par ces deux points, qui sont les orifices des conduits de Wharton. On insère l’extrémité d’une sonde dans l’un d’eux; cette petite opération cause une sensation désagréable, mais qui ne va pas jusqu’à la douleur. Au début, la sonde se remplit assez rapidement, mais l’afflux du liquide diminue rapidement dès que l’effet de l’éther cesse. Quand on veut recueillir la sécrétion, il faut attacher un tube de caoutchouc à l’autre extrémité de la sonde avant de l’introduire dans le conduit.
Introduction d'une sonde dans le conduit de la glande parotide. — Gomme il est presque impossible de s’introduire soi-même une sonde dans le conduit parotidien, l’opération doit se faire sur une autre personne, que l’on fait asseoir vis-à-vis de soi, exposée à une vive lumière et mâchant de la racine de pyrèthre. Yoici comment il faut procéder : On attire en dehors et en avant le coin de la bouche de façon à tendre la joue.. Au niveau de la deuxième molaire supérieure, on aperçoit une papille, qui indique l’orifice du canal de Stenon. On insère la sonde et on la maintient en place avec précaution; une troisième personne
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insuffle alors clans la bouche de la vapeur d’éther, ou y introduit une petite quantité de teinture de pyrèthre étendue.
Par ces méthodes, on peut recueillir une quantité de liquide suffisante pour étudier les principales propriétés de ces deux espèces de salive. Toutes les deux jouissent de la propriété de transformer l’amidon en sucre.
89. Etude de la. salive chez les lapins. — Les conduits des glandes salivaires sont trop petits chez les lapins pour qu’il soit possible d’y introduire aisément une canule, mais on peut facilement étudier leur sécrétion en sectionnant leur conduit. La salive s’échappe par l’extrémité coupée et se rassemble en gouttelettes. Quand la sécrétion est peu abondante, on la rend visible en plaçant sur l’extrémité du conduit un moreau de papier à filtre rougi par de la teinture de tournesol. La salive est bue par le papier et produit une tache bleue, qui s’accroît plus ou moins rapidement, suivant que la sécrétion est plus ou moins abondante.
Glande parotide. — Le conduit de cette glande traverse d’arrière en avant le masséter vers le milieu, recouvert par l’aponévrose. 11 est accompagné de chaque côté par des branches du nerf facial et est parallèle à l’artère faciale transverse. Au bord antérieur du masséter, il se dirige vers la ligne médiane pour pénétrer dans la bouche.
Une incision verticale faite à travers la peau et l'aponévrose de la joue, de la cornée au masséter, coupe les rameaux du nerf facial et l’artère faciale transverse aussi bien que le conduit.
Dès que l’hémorrhagie a cessé, le flux de salive à l’extrémité coupée du conduit peut être observé en suivant les indications données au § 92.
90. Étude de la salive chez le chien. — Fistules salivaires permanentes. — On peut établir des fistules à demeure avec ou sans introduction de canule dans le conduit de la glande. Dans la méthode que nous allons décrire, qui est duc à Sehiff, on n’emploie pas de canule.
Fistule sous-maxillaire. — L'animal est fixé sur la table a vi-
SALIVE ET SÉCRÉTION SALIVAIRE 4 h 1
yiseclion ; on lui maintient la tête à l'aicle du mors de Claude Bernard, et on l’anesthésie avec du chloroforme1. On rase les poils qui recouvrent la mâchoire inférieure, on divise la peau et le paucier le long du côté interne du bord inférieur du maxillaire jusqu’au niveau du bord antérieur du digastrique. On pose deux ligatures sur toutes les veines que l'on rencontre et on les divise entre les ligatures ; on incise avec précaution le muscle mylo-hyoïdien ; au-dessous, on trouve côte à côte les conduits sous-maxillaire et sublingual ; le premier est plus grand et plus rapproché du maxillaire. On l’isole et on le sectionne aussi près que possible de son entrée dans la bouche. On ferme la plaie par des sutures en laissant saillir au dehors l’extrémité du conduit. Pour empêcher celui-ci de se rétracter, on passe un fil tout autour. Quand la plaie est cicatrisée, l’extrémité du conduit se détache laissant une ouverture béante. On l’examine chaque jour, et si on voit qu’elle a de la tendance à se boucher, on y introduit une sonde très fine.
Fistule sublinguale. — On l’établit de la même manière que la fistule sous-maxillaire; le même animal peut servir pour les deux opérations, mais alors on doit établir les deux fistules sur les côtés opposés de la tête.
91. Fistule parotidienne. — L’animal est fixé sur la table de vivisection et soumis à l’action du chloroforme comme précédemment; le poil est rasé entre l’orbite et la commissure labiale. En passant le doigt d'arrière en avant sur le bord inférieur de l’arcade zygomatique, on sent sa racine antérieure et inférieure à son insertion sur le maxillaire supérieur; elle forme un arc dont la convexité est dirigée en arrière. A l’extrémité de cet arc, entre son insertion sur Je maxillaire et l’alvéole de la deuxième molaire, on perçoit une petite dépression ; sectionnez obliquement
1 En administrant du chloroforme <\ un chien, on doit veiller avec grand soin à ce que la vapeur soit suffisamment mélangée d’air, et à ce que I éponge ne soit pas en contact avec le museau. On doit aussi surveiller la respiration pendant que l’on administre l’anesthésique. Si elle s’arrête on essaie d’y remédier en comprimant et en dilatant alternativement le thorax. Si on n’y réussit point, il faut sans perdre de temps ouvrir la trachée et employer la respiration artificielle.
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la peau au niv:-u,u de cette dépression, depuis le bord interne de l’œil jusqu’à 1 angle de la bouche. En divisant le tissu cellulaire sous-cutané, on rencontre la veine et l’artère faciale, un nerf et le conduit parotidien. Le conduit est situé plus profondément et se dirige d’arrière en avant, tandis que l’artère et la veine qui l’accompagnent le croisent de haut en bas. Il est blanc nacré. Isolez-le et coupez-le aussi près que possible de la bouche. La plaie doit être fermée tout autour du conduit et celui-ci fixé au moyen d’une ligature, comme cela a été indiqué pour la glande sous-maxillaire.
92. Effet des stimulants sur la sécrétion. — On peut démontrer sur les animaux, qui portent une fistule parotidienne ou sous-maxillaire à demeure, que les glandes ne sécrètent que lorsque la sécrétion est excitée par ces stimulants. L’excitation peut consister soit à introduire dans la bouche des substances sapides, telles que le vinaigre, la quinine, la coloquinthe, l’éther, ou à appliquer l'électricité sur la langue. Il est également facile de manifester l’action des stimulants psychiques, par exemple, en plaçant un os devant le nez d’un chien à jeun, sans lui permettre d’y toucher. Les expériences de Schilf montrent que ce genre d’excitation n’a d’action ni sur la parotide, ni sur la sous-maxillaire. La mastication d’un os produit une abondante sécrétion des deux glandes; mais la mastication de matières insipides telles qu’un morceau de bois n’a aucun effet sur la parotide, et un effet fort peu sensible sur la sous-maxillaire. Pour les lapins, on se sert d’un morceau de biscuit dur à la place d'un os.