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SECTION III. — FONCTIONS DU FOIE

Bile.

136. Caractères généraux de la bile. — La bile hépatique est un liquide non filant., mais, lorsqu’elle séjourne clans la vésicule biliaire, elle se mélange avec de la mucine, dont la présence la rend visqueuse. Chez l’homme, elle constitue à l’état normal un liquide clair, d’une couleur jaune doré analogue à celle du jaune d’œuf, comme, on le voit dans les vomissements. Après la mort, la bile cystique est généralement brunâtre. Chez le chien, elle est jaune également, chez les herbivores verdâtre, mais très fréquemment, chez tous ces animaux, elle a une teinte brune. Sa densité et sa composition varient, même chez le même animal. On peut admettre en moyenne 1,001 à 1,004.

Densité et corps solides. — La densité de la bile et la quantité de corps solides organiques ou inorganiques qu’elle renferme se déterminent de la même façon que pour la salive. Ses cendres ont une teinte rougeâtre, due à la présence du fer. Voyez page 42 la méthode usitée pour le dosage de ce métal.

Réaction. — La bile colorant la teinture de tournesol de façon à masquer la réaction, il faut, par conséquent, n’employer que des solutions étendues. Dans ces conditions, l’on voit que la réaction de la bile fraîche est toujours alcaline.

137. Composition de la bile. — La bile prise dans la vésicule biliaire renferme: 1° de la mucine, 2° des pigments biliaires , 3° des sels formés par le sodium avec les acides biliaires, 4° de la cholestérine, 5° de la lécithine, 6° des phosphates de sodium, de calcium et de fer, des chlorures de sodium et de potassium, et généralement des traces de cuivre et de graisse.

Mucine. — Versez de l’alcool ordinaire dans de la bile cystique de bœuf ; lavez le précipité abondant qui se forme, avec de l’alcool étendu; ajoutez de l’eau, le précipité se redissout;

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ajoutez de l’acide acétique, la mucine se précipite, entraînant avec elle quelques traces de pigment. Voyez § 45, les réactions de la mucine.

Pigments biliaires. — La couleur jaune de la bile fraîche de l’homme et des carnivores est due à une matière colorante, que l’on désigne sous le nom de bilirubine-, la couleur verte de la bile des herbivores, qui est également celle de la bile des carnivores qui est restée exposée à l’air, est causée par la biliverdine , produit de l’oxydation de la bilirubine. Quand la bile est restée longtemps dans la vésicule biliaire, elle se charge parfois

d’une petite quantité d’un troisième pigment, la biliprasine.

138. Recherche des pigments de la bile (réaction de Gmelin). — Lorsque de l’acide azotique concentré, qui a été exposé à la lumière, ou auquel on a ajouté un petit fragment d’azotate de potassium et qui renferme par conséquent de l’acide azoteux, est versé dans une solution de bilirubine,, il s’oxyde, et les produits d’oxydation successivement engendrés présentent les couleurs de l’arc-en-ciel. Il se produit d’abord de la biliverdine, et la coloration jaune de la solution de bilirubine tourne au vert et devient successivement bleue, violette, rouge et enfin jaune sale. Si on emploie une solution de biliverdine, à la place de la solution de bilirubine, les mêmes changements de coloration se manifestent, sauf que la liqueur débute d’ordinaire par la coloration bleue. Dans cette réaction, c’est au point de contact des deux liquides que l'oxydation est la plus complète, l’action de l’acide diminuant d’énergie à mesure que la distance s’accroît. Si donc les deux liquides sont mis en présence, en évitant de les agiter, les produits de l’oxydation formeront des zones successives de couleur différente, disposées dans l’ordre que nous venons de mentionner, c’est-à-dire verte, bleue, violette, rouge et jaune sale, cette dernière étant la plus rapprochée de l’acide. Pour appliquer cette méthode à un liquide, que l’on suppose contenir des pigments biliaires, on procède de la manière suivante : On verse une mince couche du liquide sur une assiette de porcelaine blanche, et on ajoute avec précaution sur le bord deux ou trois gouttes d’acide azotique. Ou bien on

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verse de l’acide azotique renfermant une petite quantité d’acide azoteux dans un tube à essais, et on y ajoute avec précaution le liquide à examiner en ayant soin de l’incliner légèrement ; à l’aide d’un support, on maintient le tube dans la même position sans l’agiter, et l’on examine de temps à autre si les zones colorées se sont produites dans l’ordre indiqué. Quand la bile, qui a été ainsi traitée par l’acide azotique, est soumise à l’analyse spectrale, on observe une bande noire en F, et deux bandes de chaque côté de D; celles-ci correspondent à un état d’oxydation incomplète. La méthode de Brücke consiste à mélanger le liquide à examiner avec de l’acide azotique très dilué, et à ajouter avec précaution quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, qu’on laisse couler le long des parois du tube à essais. L’acide azotique étendu seul n’agit pas sur les pigments biliaires, mais l’addition d’acide sulfurique détermine l’apparition des anneaux colorés.

La bile de bœuf ne présente point ces zones colorées, même lorsqu’on la traite par de l’acide azotique concentré, à moins que celui-ci ne renferme une grande quantité d’acide azoteux. Pour démontrer ce fait, versez sur la même assiette de porcelaine une petite quantité de bile de bœuf et à côté quelques gouttes d’acide azotique très concentré, renfermant beaucoup d’acide azoteux, ou quelques gouttes d’acide azotique mélangé avec de l’acide sulfurique concentré, et inclinez l’assiette de façon que l’acide vienne en contact avec la bile.

Erreurs ci éviter dans l'emploi de la réaction de Gmelin. — Cette méthode de recherche ne doit jamais être appliquée à un liquide renfermant de i’alcool, parce que l’alcool seul déterminerait une formation abondante d’acide azoteux et produiraitles anneaux colorés, quand bien même il n'y aurait aucune trace de pigment biliaire.

Quand on l’emploie pour rechercher dans l'urine les pigments biliaires, la présence de l’ipdican peut induire en erreur; mais on évite celte cause d’erreur, en ayant soin d’observer si les zones verte, violette ef F°ugesont préseqtes ; l’urine qui contient une grande quantité d’ipdicqn off^e les zones vprte et jaune seulement, ou ces mêmes zqnes qyec la zone bleue qq milieu, mais jamais tqqles les zones; dans l’ordre de cplqratiqp indiqué.

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139. Bilirubine, G10 Hu Az*08. — Synonymes : bilifulvine, biliphéïne, cholépyrhine, hématoïdine.

Préparation avec la bile. — Mettez de la bile fraîche de chien dans un petit flacon, acidulez avec de l’acide acétique et achevez de remplir avec du chloroforme, puis chauffez au bain-marie et agitez. Le chloroforme se charge de bilirubine et se dépose au fond du flacon. Enlevez-le avec une pipette et évaporez rapidement. Le résidu rouge est de la bilirubine. Ajoutez de l’alcool, qui dissout les impuretés; décantez après avoir laissé reposer quelque temps, dissolvez de nouveau la bilirubine dans le chloroforme et évaporez. Pour obtenir la bilirubine à l’état de pureté il faut répéter le traitement une ou deux fois. Lorsqu’elle est cristallisée, elle a une couleur rouge. Pendant qu’elle cristallise, une portion peut s’oxyder et se transformer en biliverdine; dans ce cas, il est plus facile de l'obtenir pur en précipitant la solution chloroformique par l’alcool. Le précipité est amorphe et de couleur orangé.

La quantité de bilirubine, qui peut être extraite de la bile d’un chien, est très petite. Pour l’obtenir en grande quantité, il faut l’extraire des calculs biliaires.

Préparation avec les calculs biliaires. — Réduisez en poudre les calculs biliaires et épuisez par l’éther pour enlever la graisse et la cholestérine ; faites bouillir le résidu avec de l’eau pour le débarrasser de tout mélange avec la bile et traitez enfin par l’acide chlorhydrique étendu pour éliminer la chaux et la magnésie. Dissolvez le résidu dans du chloroforme bouillant ; filtrez, séparez le chloroforme par distillation ou évaporation, et traitez par 1 alcool et l’éther en ayant soin de mettre de côté l’extrait alcoolique (Yoy. § 150). Dissolvez dans une nouvelle quantité de chloroforme et évaporezjusqu’à ce que la bilirubine commence à se séparer et précipitez alors par l’alcool.

Propriétés de la bilirubine. — Le précipité orangé est composé de prismes et de tables orthorhombiques. Les cristaux sont : 1° complètement insolubles dans l’eau, 2° presque insolubles dans l’éther, 3° très peu solubles dans l’alcool, mais plus cepen-

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clant que dans l’éther, 4° assez solubles dans le chloroforme, surtout à chaud, lis se dissolvent aussi, quoique à un moindre degré dans la benzine, le sulfate de carbone, l’alcool amylique la térébenthine bouillante et la glycérine. Toutes ces solutions sont jaunes ou jaune brun ; leur pouvoir colorant est si intense que la coloration est encore visible dans une couche épaisse d’un centimètre et demi d'une solution étendue à 1 pour 500,000.

La bilirubine se combine avec les alcalis pour former des composés solubles dans les liqueurs alcalines faibles, et qui précipitent par neutralisation. Ces composés sont insolubles dans le chloroforme, les solutions chloroformiques de bilirubine étant précipitées par les alcalis. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire d’aciduler la bile avant d’extraire la bilirubine par le chloroforme. La bilirubine se combine aussi avec la chaux. Lorsqu’on ajoute du chlorure de calcium à une solution ammoniacale de bilirubine, la combinaison calcique se précipite à l’état de flocons couleur de rouille. La bilirubine ne présente aucune bande d’absorption lorsqu’on l’examine au spectroscope. Si l’on traite par l’amalgame de sodium une solution alcaline de bilirubine, il se forme de l3 hydrobilirubine. Cette substance rouge, insoluble dans l’eau, dissoute dans l’alcool absolu présente une large bande d’absorption entre E et F.

140. Biliverdine, C16 H18 Az * O* ou C16 H20 Az2 O5. — Synonyme : Choléverdine.

Préparation. — Exposez pendant longtemps à l’air, sur des assiettes plates, une solution alcaline de biliverdine, jusqu’à ce qu’elle devienne verte. Précipitez le pigment par l’acide chlorhydrique, lavez le précipité dans l’eau, purifiez-le par dissolution dans l’eau, fdtrez et évaporez. Ainsi préparée, la biliverdine se présente sous la forme d’une poudre amorphe vert foncé. La réaction, qui transforme la bilirubine en biliverdine est d’après Stœdeler, la suivante :

C16 H18 Az2 O* + H*0 + O = C16 H20 Az2 O*

Propriétés. — La biliverdine est insoluble dans l’eau, l’éther, le sulfure de carbone et le chloroforme. Elle est soluble : 1°dans

l’alcool et peut aussi être séparée de la bilirubine, qui est insoluble dans le réactif, 2° dans la solution étendue de potasse, 3° dans l’ammoniaque, 4° dans l’acide sulfurique concentré. Les solutions alcalines sont précipitées par les acides et par les sels de calcium, de baryum et de plomb. L’addition de l’eau précipite la biliverdine de sa solution dans l’acide sulfurique. L’acide azotique oxyde' la biliverdine en solution alcaline et produit les mêmes colorations successives que dans le cas de la bilirubine. L’acide sulfureux qui est un agent puissant de réduction, jaunit rapidement, surtout à chaud, les solutions alcalines de biliverdine et la liqueur donne, en présence de l’acide azotique, les mêmes réactions quela solution de bilirubine.

D’autres substances colorantes connues sous les noms de bilifuscine,biHprasine , bilicyanine ou cholécycinine et cholêtêline sont le résultat de l’oxydation des pigments biliaires.

141. Relation des pigmelNts biliaires avec l’hémoglobine. — On admetgénéralementque la bilirubine provient de l’hémoglobine du sang, qui circule dans le foie. Les arguments à l’appui de cette opinion sont fondés sur l’identité apparentede la bilirubine avec le pigment désigné sous le nom d’hématoïdine, quel’on trouve dans les extravasations anciennes de sang et sur l’observation que les pigments biliaires apparaissent dans l’urine après l’injection dans les veines de solutions d’hémoglobine, ou de toute autre substance capable de dissoudre les globules du sang et de mettre en liberté l’hémoglobine, telles que l’eau (Hermann), les acides biliaires (Frerichs, Ivühne) et l’éther (Tiegel). Ils apparaissent aussi après l'inhalation prolongée d’éther (Nothnagel) ou de chloroforme (Bernstein). Une autre preuve est encore fournie par la destruction de l’hémoglobine pendant le passage du sang à travers le foie (Gréhant).A l’encontre de ces nombreuses expériences positives, Naunyn n’a pas réussi à trouver des pigments biliaires dans l’urine des lapins après l’injection d’hémoglobine soit sous la peau, soit dans la veine jugulaire, et il attribue les résultats différents des autres physiologistes à ce que ces derniers ont expérimenté sur des chiens dont l’urine normale renferme fréquemment des pigments

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biliaires. 11 en a cependant noté la présence dans l’urine des lapins, après injection dans l'intestin de sang, dont les globules étaient détruits par la congélation ou par l’éther, de sorte que l’hémoglobine absorbée par les parois intestinales, ou mise en liberté par l’action de l’éther sur le sang de la veine porte, traversait le foie avant d’arriver dans le torrent circulatoire. Les expériences de Naunyn ont été aussi répétées, mais avec des résultats négatifs par Wolff et Wickham Legg.

Pour les exécuter, voici comment on procède : Anesthésiez un lapin avec du chloroforme, rasez les poils sur la région abdominale et incisez la ligne blanche sur une longueur d’environ un centimètre et demi, un peu au-dessous du milieu, entre la base du cartilage xiphoïde et la symphyse du pubis. Saisissez une anse de l’intestin grêle avec des pinces en ayant soin de ne pas la tirer au dehors plus qu’il n’est strictement nécessaire. Avec une seringue à injections hypodermiques, injectez 2 centimètres cubes d’éther dans l’intestin près des mors de la pince ; placez une ligature autour du point lésé par la canule et les mors de la pince, servez-vous-en pour fixer l’intestin à la paroi abdominale et fermez la plaie par un point de suture. L’inhalation du chloroforme est trop courte pour produire elle-même des pigments biliaires dans l’urine et elle facilite l’opération (*). Recherchez les pigments biliaires dans l’urine une 'heure ou deux après l’opération, et de nouveau le jour suivant. Pour recueillir l’urine, tenez le lapin au-dessus d’un grand vase, comprimez l’abdomen avec la paume de la main et pressez avec le pouce de l’autre main la vessie, immédiatement au-dessus des pubis, de manière à la pousser dans la cavité pelvienne.

142. Relation entre la matière colorante de la bile et CELLE DE l’urine. UROBILINE OU HYDROBI^IRURINE, C3* 1IV0 Az4 O7. — On suppose que le pigment de l’urine dérive du pigment de la bile, car on peut obtenir par réduction de la bilirubine, ou extraire de la bile une substance qui présente les mêmes carac-

' L’auteur n’a pas réussi à observer des pigments biliaires dans l’urine, soit après l’injection d’acides biliaires dans les veines, soit après l’injection d’éther ou de globules sanguins dissous dans l’intestin.

tèresau speclroscope. Dans l’organisme, les pigments biliaires son! probablement réduits par l’hydrogène ou par tout autre agent réducteur contenu dans l’intestin.

Lorsqu on traite la bile de chien par l’acide chlorhydrique étendu et qu’on filtre, la liqueur filtrée a une couleur rougeâtre ou jaune-rougeâtre. Examinée au spectroscope, elle donne une bande d’absorption entre b et F, tout près de F, bande qui disparaît lorsqu’on ajoute une dissolution de soude, et qui est remplacée par une autre bande plus obscure située également entre b et F, mais plus près de b que de F, et la liqueur en même temps prend une coloration jaune. Si la solution n’est que très légèrement alcaline, les deux bandes peuvent se manifester simultanément. L’ammoniaque détermine des changements identiques dans la couleur du liquide, mais la seconde bande d’absorption est très peu marquée. Quand on acidulé la liqueur alcaline, elle reprend sa couleur rouge et la première bande d’absorption réapparaît. En la traitant par le chloroforme on obtient une solution, dans laquelle la première bande est visible, mais un peu plus rapprochée de b.

L’urine, principalement quand elle est fortement colorée, donne au spectroscope une bande d’absorption près de F, quoique pas très distinctement; mais on peut la rendre très visible en précipitant l’urine avec de l’acétate de plomb, en décomposant le précipité par un acide, et en examinant au spectroscope la liqueur filtrée. L’addition d’hydrate de sodium fait légèrement apparaître l’autre bande. Quand on traite par le chloroforme, comme on la fait pour la bile, la solution et la position de la bande vue dans la solution 'chloroformique éprouvent des modifications identiques etl’on obtient de l’urobiline. Voici la méthode recommandée par le Dr Mac Nunn pour préparer ce corps : On précipite l'urine par l’acétate de plomb neutre ou basique et on filtre. Le précipité est lavé à l’eau, décomposé par l’alcool contenant de l’acide sulfurique ou chlorhydrique et filtré de nouveau. La liqueur est versée par petites quantités à la fois dans un entonnoir à séparation, dans lequel on ajoute une grande quantité d'eau, puis du chloroforme; le tout est agité à plusieurs reprises, puis on laisse reposer. La couche de chloroforme colorée en

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rouge est filtrée, le chloroforme est chassé par distillation. Le résidu est redissous plusieurs fois dans le chloroforme ou encore mieux dans l'alcool absolu. Finalement on obtient par évaporation l’urobiline sous la forme d’une poudre amorphe brillante, rouge brun, parfaitement soluble dans l’alcool, le chloroforme, certains acides et l’eau acidulée, peu soluble dans l’éther, l’eau et la benzine et tout à fait insoluble dans le sulfure de carbone.

Hydrobilirubine. — On obtient une substance qui donne la même bande d’absorption en faisant agir pendant plusieurs jours et à l’abri de l’air l’amalgame de sodium sur une solution sodique ou potassique de bilirubine (Maly). Voyez § 139.

143. Acides biliaires. — Lesprincipauxacides biliaires sont les acides taurocholique et glychocolique. Dans la bile du porc il existe un autre acide, l’acide hyoglocycholique. Ces acides sont unis à la soude et constituent ce que l’on appelle la bile cristallisée. Us possèdent aussi bien que leurs sels le pouvoir de faire dévier à droite le plan de polarisation delà lumière, le hyoglycocholéate de soude seul fait exception. Ce sont des acides conjugués, ils sont constitués par l’union de l’acide cholalique avec la taurine et le glycocolle. La présence de l’acide cholalique et de ses dérivés est reconnue à l’aide de la réaction de Pettenkofer.

Réaction de Pettenkofer. — Cette réaction démontre la présence des acides biliaires, mais ne démontre pas la présence des pigments, ni des autres éléments constituants de la bile. Étendez d’eau de la bile de bœuf et filtrez. Introduisez dans un tube à essais une petite quantité de la liqueur avec un fragment de sucre ou quelques gouttes de sirop concentré. Versez ensuite goutte à goutte de l’acide sulfurique concentré, en ayant soin d’agiter le tube à chaque fois et de maintenir la température à environ 70°. L’acide cholalique se précipite d’abord ; il est dissous ensuite par l’acide sulfurique et la liqueur prend une coloration rouge cerise, puis pourpre, qui se fonce de plus en plus. Les matières albuminoïdes, les corps facilement décomposables par l’acide sulfurique, ainsi que les matières colorantes et les corps oxydants sont préjudiciables à cette réaction. Il vaut donc

mieux se servir d’une solution de bile cristallisée, si l’on en a sous la main, de préférence à de la bile diluée. Celte réaction ne fournit pas à elle seule une preuve positive de la présence des acides biliaires, car, avec l'alcool amylique et d’autres substances organiques elle donne une coloration semblable. Pour le montrer, il suffit de placer une solution d’albumine ou mieux de syntonine (§ 7) dans un tube à essais avec un peu de sirop de sucre; l’addition de quelques gouttes d’acide sulfurique concentré détermine une magnifique couleur pourpre. Pour distinguer l’une de l’autre les colorations produites par la bile et par l’albumine, il faut examiner les tubes à essais au spectroscope. Les solutions d’acides biliaires présentent quatre bandes d’absorption, l’une en D, une seconde et une troisième entre D et E, celle-ci plus près de E, celle-là plus près de D, et une quatrième à gauche de F. Si la solution est étendue, la troisième bande est très nette, la seconde moins distincte et les autres ne se voient plus. La solution d’albumine ne donne qu’une bande entre E et F.

Recherche des acides biliaires dans l'urine. — Les acides biliaires n’existent ordinairement dans l’urine qu’en petite quantité, même dans les cas d’ictère grave. Il y a plusieurs manières d’appliquer la réaction de Pettenkoferàla recherche des acides biliaires. Voici celle qui a étéproposée par Strassbiirger. Ajoutez une petite quantité de sucre de canne à de l'urine renfermant des acides biliaires. Trempez dans la liqueur un petit morceau de papier à filtre ; sèchez-le complètement et laissez tomber dessus une goutte d’acide sulfurique pur. Dans un quart de minute apparaît une magnifique coloration violette qui est surtout manifeste quand on place le papier entre l'œil et la lumière. Dans les cas douteux et toutes les fois qu’on veut avoir des résultats très précis, il faut séparer les acides biliaires avant d’appliquer la réaction. Voy. § 208.

144. Bile cristallisée. — Mode de préparation. — Réduisez par évaporation de la bile jusqu’au quart de son volume primitif, mélangez-la intimement avec une grande quantité de noir animal, puis chauffez le mélange au bain-marie jusqu’à. complète dessiccation. Introduisez le résidu encore chaud dans un flacon,

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ajoutez une quantité d’alcool absolue suffisante pour recouvrir le tout, et laissez reposer pendant longtemps, en ayant soin d’agiter de temps à autre le flacon de façon que l'alcool dissolve tous les sels biliaires. Filtrez et versez la liqueur dans un flacon bouché à l’émeri parfaitement sec et d’une capacité suffisante pour contenir quatre fois plus de liquide. Ajoutez de l’éther jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité, bouchez le flacon et laissez-le de côté pendant plusieurs jours. Si l’acool et l’éther sont tous deux anhydres, le précipité qui se dépose est formé de cristaux microscopiques, mais généralement, il se présente sous l’aspect d’une masse résineuse, qui, au bout de plusieurs jours ou même de plusieurs semaines, finit par cristalliser (houppes d’aiguilles cristallines blanches soyeuses).

Pour conserver les cristaux, on décante le mélange d’éther et d’alcool, on lave avec de l’éther pur, et on chasse l’éther par évaporation dans le vide. Abandonnés à eux-mêmes, les cristaux se couvrent de moisissures et forment une masse résineuse, qui se convertit parfois en un liquide sirupeux. La bile cristallisée est très soluble dans l’eau et l’alcool, et insoluble dans l’éther. Elle a une saveur amère, avec une arrière-goût légèrement sucré.

Composition de la bile cristallisée. — La bile cristallisée est formée par des sels résultant de l’union du sodium avec les acides glycocholique et taurocholique. Pour séparer ces acides de leur base, dissolvez les cristaux ou le précipité résineux dans l’eau et ajoutez une solution d’acétate neutre de plomb, puis une petite quantité d’une solution d’acétate basique. L’acétate se combine avec l’acide glycocholique, pour former un glycocholate de plomb insoluble. Filtrez et ajoutez à la liqueur de l’acétate de plomb et de l’ammoniaque ; il se produit un précipité de taurocholate de plomb. Filtrez : la liqueur renferme la soude, qui a été mise en liberté, ainsi que l'excès de plomb. La nature chimique de la base est facile à reconnaître en précipitant le plomb par l’hydrogène sulfuré. La liqueur filtrée et évaporée à siccité abandonne, comme résidu, de l’acétate de sodium.

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