RECHERCHE ET RÉACTIONS DES PRINCIPAUX ÉLÉMENT' ORGANIQUES DE L’URINE
189. Recherche de l’urée, C H4 Az2 0. — Prenez 100 cent, cubes d’urine et ajoulez-y 50 cent, cubes d’un mélange de un volume de solution saturée d’azotate de baryum avec deux volumes d’une solution saturée de baryte caustique.
Il se forme un précipité composé principalement de phosphate et de sulfate de baryum. On filtre et on évapore à siccité au bain-marie le liquide limpide qu’on obtient. Le résidu est traité par de 1 alcool bouillant, et la solution alcoolique est, de la même
SÉCRÉTIONS
façon, évaporée à siccité. En ajoutant au nouveau résidu de l'alcool absolu, on sépare l’urée, que l’on obtient en évaporant la solution. Pour purifier les cristaux d’urée, on les recueille sur du papier à filtre, on les presse fortement entre les doubles de ce papier, on les dessèche sur une brique poreuse, et, si cela est nécessaire, on les redissout et on les fait cristalliser de nouveau.
Bien qu’on puisse facilement préparer l’urée avec l’urine, il faut mieux employer l’urée artificielle dans les expériences qui ont pour but de mettre en évidence ses propriétés caractéristiques.
Gomme ce serait sortir du cadre de ce livre que de traiter un sujet qui est du domaine de la chimie pure nous nous bornerons à ajouter que l’urée, que l’on peut maintenant se procurer facilement, se prépare en mélangeant dans des proportions déterminées, des solutions aqueuses de cyanate de potassium et de sulfate d’ammonium, en évaporant à siccité et en épuisant le résidu par l’alcool. Il se forme d’abord du cyanate d’ammonium, qui se transforme ensuite en son isomère l’urée.
Pour étudier les principales réactions de l’urée faites les expériences suivantes :
1 0 Prenez un cristal d’urée et placez-le dans un vase de verre avec quelques gouttes d’eau distillée, il se dissout rapidement. Faites cristalliser deux gouttes de la solution sur une lame de verre, chauffée avec précaution. Vous obtiendrez un résidu, qui, à l’œil nu, a l’apparence cristalline, et qui, vu au microscope, est formé de prismes transparents à Fiq. 163. — Urée. quatre faces terminés par une ou
deux facettes obliques (fig. 153).
2° Placez un morceau d’urée sur la langue, vous observerez qu’il possède une saveur fraîche analogue à celle du salpêtre.
3° Chauffez un morceau d’urée sur une lame de platine, au-
dessus d’une lampe à gaz ou à alcool, il fond d’abord, puis se solidifie et finit par brûler avec rapidité sans laisser de résidu.
4° Placez un tout petit cristal sur une lame de verre, dissolvez-le dans de l’eau distillée et ajoutez une goutte d’acide azotique concentré et parfaitement incolore. Il se produit des cristaux d’une combinaison d’acide azotique concentré et d’urée C H4 Az2 O, H Az O3. Ces cristaux sont moins solubles que les cristaux d’urée. L’azotate d’urée est presque insoluble dans l’acide azotique étendu; il cristallise sous forme de tables à six faces (fig. 154).
On peut parfois obtenir de grandes quantités d’azotate d’urée avec de l’urine humaine parfaitement concentrée, sans avoir recours à l’évaporation, en ajoutant simplement de l’acide azotique pur. Dans quelques cas on peut le préparer à l’état cristallin en évaporant l’urine à consistance presque sirupeuse, en séparant par décantation la liqueur des sels qui se sont déposés, et en ajoutant ensuite un égal volume d’acide azotique pur.
5° Répétez la même expérience en substituant une solution d’acide oxalique à l’acide nitrique. Il se produit des cristaux d’oxalate d’urée C H4 Az* O, C2 H2 O4 (fig. 155).
6° Prenez un cent, cube d’une solution d’urée pure, renfermant 5 grammes d’urée pour 1QQ grammes d’eau distillée. Ajoutez-y avec précaution une solution d’azotate de mercure, il se produit un précipité blanc floconneux composé de combinaisons d’urée avec l’oxyde mercurique. Une goutte du mélange d urée et d azotate de mercure ajoutée à une goutte d’une solution froide saturée de carbonate de sodium ne détermine aucune réaction, jusqu au moment où le sel mercurique est en excès. Il se produit alors une coloration jaune très caractéristique, due cà
SÉCRÉTIONS
la précipitation de l’hydrate mercurique. C’est sur cette réaction qu’est basée la méthode de Liebig pour le dosage de l’urée.
7° Placez un cent, cube d’une solution d’urée identique à celle qui a été employée dans l’expérience précédente dans un tube à essais, et achevez de remplir ce dernier avec une solution d’hypochiorite de sodium. Retournez le tube une ou deux fois et plongezle dans une cuve renfermant du mercure. 11 se produit un abondant dégagement de gaz; c’est de l’azote.
L’équation suivante explique la réaction, qui se forme :
C IP Az8 O + 3 Na Cl O = 3 Na QL+ C O* + 2 H2 O + 2 Az.
L’acide carbonique, qui prend naissance dans la réaction, est absorbé par la solution d’hypochlorite de sodium.
Au lieu d’hypochlorite de sodium, on peut employer l’hypochlorite de potassium ou de calcium. Voyez aussi § 199.
190. Recherche de l’acide urique, G5 H4 Az4 O3. — Mélangez dans une éprouvette peu profonde 200 cent, cubes d’urine avec 2 à 3 cent, cubes d’acide azotique pur. Au bout de vingt-quatre heures, il s’est déposé un sédiment rouge brique ou brun, formé par des cristaux d’acide urique fortement colorés par le pigment de l’urine. Sous le microscope ces cristaux présentent les formes les plus variées : la plus commune est celle de tables rhombiques ou de plaques en losange. La couleur jaune ou brique qu’ils présentent est tout à fait caractéristique.
Séparez l'urine du sédiment rouge d'acide urique, que vous laverez à l’eau distillée et très copieusement, car l’acide urique exige 1 4,000 fois son poids d’eau froide et 1 ,800 fois son poids d’eau chaude pour se dissoudre. Le sédiment est ensuite recueilli sur du papier à filtre et soumis aux réactifs suivants :
1° Placez une petite quantité de cristaux d’acide urique dans une goutte de lessive de potasse sur une lame de verre; les cristaux se dissolvent et il se produit une solution d’urate de potassium C5 H2 Ks Az4 O3.
Ajoutez maintenant avec précaution un excès d’acide azotique ou d’acide chlorhydrique, l’acide urique se séparera de nouveau sous forme de cristaux.
Il faut bien remarquer que l’acide urique forme souvent un dépôt dans- l’urine qui n’a pas été acidifiée artificiellement et que ses caractères cristallographiques sont très variables et quelquefois embarrassants. La forme cristalline typique est sans aucun doute celle de tables rhombiques à angles extrêmement obtus; mais cette forme est très fréquemment modifiée, c’est ainsi qu’il se produit des fuseaux par arrondissement des angles obtus, ou même des aiguilles disposées. par groupes (fîg. 136). Assez fréquemment la forme primitive s’est métamorphosée en plaques hexagonales. L’expérience que l’on acquiert en comparant fréquemment des dessins exacts de ces différentes formes cristallines peut seule permettre de reconnaître rapidement l’acide urique. Quand on a quelque hésitation, il est bon de dissoudre les cristaux douteux dans la lessive de potasse et de procéder comme ci-dessus, parce que, en neutralisant l’urate alcalin avec un acide, on obtient une des formes les plus communes des cristaux d’acide urique et, par conséquent, les plus faciles à reconnaître.
2° Placez une très petite quantité du dépôt cristallin rougeâtre dans un verre démontré avec quatre à cinq gouttes d’acide azotique, et chauffez avec précaution, en tenant le verre de montre avec les doigts au-dessus d’une petite lampe à alcool. L’acide urique est dissous et, en évaporant à siccité à une température au-dessous de 100°, il reste un résidu jaune rougeâtre. Exposez le résidu à la vapeur d'ammoniaque, ou ajoutez-y, au moyen d’un bâton de verre, une petite quantité de solution d’ammoniaque; il se produit une magnifique coloration rouge pourpre que l’addition d’un peu de solution de potasse caustique fait passer au violet. Cette réaction porte le nom de réaction de la murexide.
3° Dissolvez de l’acide urique dans du carbonate de sodium, et versez goutte à goutte une portion de la solution sur du papier préalablement imbibé d’azotate d’argent; il se produit une tache brune.