COEUR
En étudiant les graphiques obtenus à l’aide du kymographe à mercure, il est essentiel de se rappeler que la ligne tracée sur le cylindre enregistreur n'est point le graphique des mouvements véritables de l’artère, mais celui des oscillations de la colonne de mercure. Il est vrai que celles-ci sont les résultats immédiats de ceux-là, et que l'élévation de la colonne produite par chaque battement artériel dépend de l’accroissement de la pression latérale, dont le battement est l’expression; mais la courbe tracée n’est pas celle de l’artère, c’est, celle du manomètre. L'artère bat brusquement, le mercure s'élève bien plus lentement, de sorte que, au moment où son mouvement ascensionnel atteint son apogée, l’artère est déjà revenue sur elle-même. Par consé-
quent, si l'intervalle entre deux pulsations consécutives est très court, l’étendue de l'oscillation ou, comme on l’appelle d’ordinaire, del’excursion du manomètre, est trop petite ; et réciproquement, si l'intervalle est très long, l’excursion est relativement trop grande. L’abaissement de la colonne de mercure est presque entièrement indépendante du mouvement de retrait de l’artère. En s’abaissant, le mercure décrit une courbe qui a les mêmes caractères, comme on peut s’en assurer facilement, que la courbe décrite par le levier pour retourner à sa position primitive, quelle que soit la cause qui ait momentanément troublé l’équilibre du manomètre.
S'il en est ainsi, il est facile de comprendre que l’on ne peut tirer aucune conclusion des observations faites avec le manomètre à mercure, soit quant à la durée de l'effet produit par chaque contraction du cœur, soit quant à la durée relative des périodes de dilatation et de retrait des parois artérielles. L’usage de l’instrument est limité à la détermination de la pression moyenne ou de ces variétés de pression, dont les oscillations sont suffisamment espacées pour empêcher qu’elles ne se confondent dans les oscillations propres de l’instrument.
37. Kymographe a ressort. — Si l’on désire obtenir un tracé de la succession compliquée des variations de la pression artérielle qui constitue une pulsation, montrant très exactement l'ordre, la durée et l’amplitude de ces variations, ou un tracé indiquant avec précision l'intervalle de temps qui s'écoule entre la fin d'un battement artériel et le début du suivant, l'instrument dont il faut se servir doit être construit de telle sorte qu'il transmette les renseignements qui lui sont communiqués, sans leur faire subir aucune modification. Le plus connu des instruments qui remplissent cette indication est le kymographe à ressort du professeur Fick (fig. 25). 11 se compose essentiellement d'un ressort creux très mince, courbé en forme de G. La cavité du ressort est remplie d’esprit de vin et communique avec l'artère au moyen d’un tube contenant du bicarbonate de sodium. A mesure que la pression s'accroît le tube tend à se redresser, il tend au contraire à se recourber
CIRCULATION DU SANG
si elle vient à diminuer. Par conséquent si l'une de ses extrémités est fixée, l’autre décrira des. mouvements qui suivront exactement les variations de la pression artérielle. Ces mouvements sont très petits, mais il sont si exacls, qu’ils rendent fidèlement les variations les plus légères et les plus fugitives. Avant de les enregistrer sur le cylindre, on les amplifie à l’aide d’un système de leviers C, D, E, F.
Fig. 25. - Kymographe à ressort de Fick. — A. Ressort en C ; B, B, support; C, tige qui communique les mouvements du ressort au levier D, et par suite au style inscrivant G. H, tube de plomb, qui met en communication la cavité du ressort avec l’artère.
Il n’y a pas lieu de décrire la manière de mettre le kymographe à ressort en communication avec l’artère, le modus operandi étant le même que celui qui a été donné § 35. H est à noter cependant que si l'on se propose de se servir du graphique obtenu pour déterminer la pression artérielle absolue, il faut auparavant graduer l’instrument par comparaison avec un manomètre à mercure de la façon suivante : Le kymographe étant disposé comme si l’on voulait faire une observation, on
réunit son tube artériel avec la branche artérielle du manomètre, après l’avoir mis en communication par une ouverture latérale avec un réservoir destiné à produire à volonté des variations de pression. Un baisse le réservoir jusqu’à ce que le liquide qu'il contient soit au même niveau que le mercure dans la branche artérielle du manomètre, on fait mouvoir le cylindre enregistreur, la ligne droite obtenue est la ligne des abcisses. Le réservoir est ensuite élevé jusqu’à ce que la colonne mercurielle dans la branche ouverte soit plus élevée de 10 millimètres que dans la seconde branche du manomètre, et on prend un second tracé. On fait de même pour chaque accroissement de 10 millimètres de pression, jusqu’à 150 millimètres ou plus. En mesurant verticalement les distances, évaluées en millimètres, qui séparent les lignes horizontales ainsi tracées et la ligne des abcisses, on obtient une série de résultats qui expriment en millimètres de mercure la valeur des ordonnées du graphique.
Dans les tracés obtenus avec le kymographe à ressort, on voit que le mouvement d’ascension du levier, correspondant à la dilatation des parois artérielles sous l’action de la contraction du ventricule, est représenté par une ligne abrupte, presque verticale,
et qu’arrivée près du sommet cette ligne change de direction et approche graduellement d’une ligne horizontale tangente à son point le plus élevé. Un voit aussi que la ligne descendante, plus oblique que la première, se termine de la même façon ; elle s’approche graduellement d'une ligne horizontale tangente au point le plus bas de la courbe (fîg.26).
Fig. 26. ' — Tracé artériel normal obtenu avec le kymographe à ressort (chien curarisé).
38. Sphygmotonomètre. — Un désigne sous ce nom un appareil récemment inventé par le Dr Roy, qui enregistre les variations de la pression artérielle, dont l’ensemble constitue le pouls, encore plus exactement que le manomètre à ressort. L’appareil se compose de deux parties, un manomètre enregistreur d’une disposition spéciale et une chambre cylindrique dans laquelle est introduite l’artère. Le manomètre (fig. 27) est un tube vertical
CIRCULATION OU SANG
rempli d'huile, dont l’extrémité inférieure communique avec le tube artériel, tandis que l’extrémité supérieure a est fermée par une membrane très mince et très flexible b découpée dans un péritoine de veau. Sur la membrane repose un piston léger en aluminium d (vu en coupe sur la figure), dont le diamètre a lmm,5 de moins que le diamètre interne du tube. La tige verticale
Fig. 27. — Sphygmotonomètre de Roy. — a. Tube communiquant avec l’artère, rempli d’huile et fermé par une membrane très-flexible b; d, piston d’aluminium reposant sur b ; /, tige du piston guidée dans sacourse par e; h. coupe du lévier enregistreur mis en mouvement par f ; m, m, fils de caoutchouc fixés par une extrémité au sommet de la tige du piston et s’enroulant par l’autre extrémité autour des poulies p,p ; r, bouton servant à faire mouvoir les poulies; ?t, n', fil de fer traversant le levier enregistreur et aux extrémités duquel s’attachent les fils de caoutchouc.
du piston f, maintenue par un guide e, porte à sa partie supérieure, en A, un levier qui enregistre sur le cylindre ses mouvements. Le piston est mis en mouvement avec une facilité tellement grande, que le plus petit changement de volume du liquide qui remplit l’espace a, est aussitôt indiqué par un mouvement
vertical de la tige f. Le cylindre artériel est un tube droit ayant une longueur de 5 centimètres et un diamètre interne de un demi-centimètre. La portion de l’artère, sur laquelle doit porter l’expérience, est isolée et liée sur deux points situés près de son extrémité périphérique et divisée entre les deux ligatures ; puis, à l’aide d’un lil attaché au bout central, on l’introduit dans le tube. La cavité de ce dernier est fermée par une valvule annulaire membraneuse (formée par une portion d’un intestin de grenouille), placée entre le vaisseau et l’extrémité du tube. L’espace qui entoure l'artère est mis en communication, au moyen d’un tube à parois llexibles, mais inextensibles, avec le manomètre et rempli d’huile d’olive. Il communique en outre par un tube muni d’un robinet avec un appareil qui fournit la pression dont on a besoin. Quand on emploie une pression convenable, c’est-à-dire une pression moindre que celle du système artériel (40 à 50 millimètres quand l’animai en expérience est un lapin), le levier enregistreur trace des courbes qui expriment probablement avec une exactitude presque parfaite les changements successifs de volume de l’artère ; reste à savoir naturellement jusqu’à quel point ces variations peuvent être modifiées parles conditions dans lesquelles se trouve placée l’artère. Il est à peine besoin d'ajouter que le piston doit être appliqué sur la membrane avec une force égale à la pression moyenne du manomètre. Des fils de caoutchouc m, m' réunissent l’extrémité supérieure du piston au sommet du tube du manomètre ; ils peuvent être tendus ou relâchés au moyen des tambours p, p, sur lesquels ils s’enroulent, de façon à ce que la pression exercée par le piston contrebalance celle du liquide contenu dans le tube a». •
39. Observation des mouvements de dilatation qui accompagnent LES CHANGEMENTS SUCCESSIFS DE LA PRESSION ARTÉRIELLE.
— Quand une artère est mise à nu sur un animal vivant, on observe deux sortes de mouvements. La portion de l’artère
' G- S. Roy, The forme of the pulse-wave. Journal of the Phvsiolocv vol. II, p. 66. b
CIRCULATION DU SANG
qui est isolée s’allonge, et son diamètre augmente visiblement à chaque contraction du Cœur. De ces deux phénomènes, le premier est ce que l’on appelle communément la locomotion de l’artère, parce que certaines artères superficielles du corps(principalement quand elles s’élargissent dans un âge avancé), en s’allongeant sont forcées de s’infléchir d'un côté ou de l’autre et par conséquent changent visiblement de place chaque fois qu’elles sont distendues. Le second phénomène, c’est-à-dire le mouvement d’élargissement, porte le nom de pulsation; il a une grande importance pratique, parce que c’est le seul phénomène de la circulation artérielle que l’on peut observer sans être obligé de mettre l’artère à nu, et qu’il constitue par conséquent le seul moyen que nous ayons de connaître ses variations chez l’homme.
Les artères étant élastiques, les variations de leur diamètre indiquent les changements de pression correspondants exercés par leur contenu liquide (non élastique) sur leur paroi interne. Par conséquent, lorsqu’on mesure et qu’on enregistre les mouvements de dilatation d'une artère mise ànu, le graphique 'obtenu est identique au graphique de la pression sanguine donnée par le sphygmotonomôtre ouïe kymographe de Fick. Car, de même que dans ce dernier instrument, les variations de la pression sont transformées dans le ressort en G en mouvements presque rectilignes, de meme l’artère se dilate chaque fois que la pression exercée sur sa surface interne augmente et revient sur elle-même chaque fois que la pression diminue, de telle sorte qu’un point quelconque de sa surface accomplit constamment des mouvements rectilignes par rapport à l’axe, se succédant régulièrement dans des directions opposées.
Dans les deux cas, avec le ressort et l’artère, la dilatation et la pression qui la produit varient dans le même sens pendant le même laps de temps, mais non pas dans le même degré. Avec le ressort on peut facilement déterminer la relation qui existe entre la dilatation et la pression par la méthode de graduation décrite dans un précédent paragraphe, et par conséquent la première sert d’expression à la dernière. Avec l’artère, une semblable graduation empirique est impossible. La dilatation d’une artère ou de tout autre tube élastique, due à un accroissement quel-
conque de pression exercée sur sa face interne, dépend du degré d'élargissement que présente le tube au début du phénomène de
dilatation. Plus cet élargissement initial est grand, et moins l’effet produit sera considérable ; de sorte que le mouvement de dilatation d’une artère est le plus étendu, lorsque ses parois, pendant les périodes de moindre dilatation, sont dans un état voisin d'équilibre élastique. Un moment de réflexion nous montre que deux conditions déterminent le minimun de pression dans les artères :
en premier lieu la diminution de la pression moyenne, et en second lieu la prolongation de l’intervalle entre deux dilatations successives. Il résulte de là que moins les contractions du cœur sont fréquentes et moins la pression artérielle est élevée, plus la dilatation est considérable par rapport à la force qui la produit.
40. Isphygmographe. — Chez l’homme on ne peut mesurer directement la pression ou la dilatation d’aucune artère. On essaie d’y arriver en tâlant le pouls, et les résultats que l’on obtient, bien qu’on ne puisse les traduire par des chiffres, sont cependant suffisamment exacts, pour qu’on leur attribue une grande valeur dans la pratique. Le sphygmographe (fig. 28) est destiné à recueillir mécaniquement des informations analogues à celles que le médecin recueille par le taclus eruditus. Les avantages supposés des résultats fournis par l’instrument c’est qu’on peut les estimer en les me-
Fig. 28. — Sphygmographe de Marey appliqué au hras.
CIRCULATION DU SANG
surant, et qu’ils sont indépendants de l’habileté et de la sensibilité tactile variable de l’observateur.
Le but du sphygmographe est de mesurer la succession compliquée des dilatations et des rétractions successives que subit une artère, toutes les fois que le sang est poussé dans son intérieur par les contractions du cœur, d’amplifier ces mouvements et de les enregistrer sur une surface plane animée d’un mouvement uniforme par un mécanisme^d'horlogerie.
Le sphygmographe est si connu qu’il est inutile d’en donner une description détaillée. Il se compose essentiellement de trois parties : un cadre métallique maintenu dans une position fixe sur la face antérieure de l’avant-bras le long du bord interne, un ressort d’acier reposant sur l’artère radiale et mis en mouvement
par les pulsations de ce vaisseau, et enfin un appareil destiné à amplifier et à enregistrer ces pulsations. Ces résultats sont obtenus à l’aide d’un levier de bois du troisième genre, très léger, A A’ (fig. -29), supporté par des pointes d’acier C. Un second levier du même genre B Ë a son point d’appui en E, près du point où le ressort est fixé sur le cadre métallique ; il est traversé par la vis T et porte à son extrémité un couteau vertical D. Quand l’extrémité N de la vis appuie sur le bouton d’ivoire K qui termine le ressort, chaque mouvement imprimé par l’artère au bouton est transmis au levier B Ë et par l’intermédiaire du couteau au levier de bois A, A’. La vis T sert à faire varier à volonté la distance entre le levier de bois et la face supérieure du ressort, sans rien changer au mécanisme transmetteur du mou-
veinent. Gomme la distance entre les pointes cl’acier G et le couteau D est beaucoup moins grande que la longueur du levier, les oscillations du levier A’ sont beaucoup plus étendues que les mouvements verticaux du levier. L’extrémité A’ porte une pointe métallique qui frotte sur une plaque de verre recouverte de noir de fumée.
Quand l’instrument est appliqué d’une manière convenable sur le carpe, l’artère radiale est comprimée entre le radius et le ressort, et celui-ci exécute des mouvements correspondant plus ou moins exactement aux variations de diamètre de l'artère. Ses mouvements sont amplifiés et transmis sous une forme à peine altérée au levier. La durée relative et absolue de ces mouvements est exactement rendue par le levier ; mais quant à l’amplitude, cela n’est vrai qu’autant que le levier suit avec précision les oscillations du ressort et que la force du ressort, c’est-à-dire la pression qu’il exerce sur l’artère, est proportionnée à la pression antagoniste exercée par le courant sanguin sur la paroi interne du vaisseau et à l’amplitude des mouvements qu’il doit mesurer.
Le rapport entre la pression exercée par le ressort et l’effet qu’elle produit sur l’artère est très complexe. Nous n’en dirons ici que ce qui est nécessaire pour interpréter les résultats donnés par le sphygmo, graphe. Pour faciliter l’exposition, nous appellerons position d’équilibre la position que prend le ressort quand il est abandonné à lui-même, plan d’expansion un plan parallèle à la surface de la peau et tangent à l’artère quand elle est à son maximum de dilatation, et plan de relâchement, le même plan quand l’artère est revenue sur elle-même. Pour simplifier le problème, nous supposerons également que l’artère n’est pas recouverte par la peau. 11 est évident que, si le sphygmographe fonctioünait d’une manière parfaite, la surface inférieure du ressort coïnciderait avec un de ces plans au moment où la pulsation se produit et avec l’autre dans l’intervalle de deux pulsations. La question est de savoir comment doit être placé le ressort pour obtenir un mouvement qui se rapproche autant que possible de cette exactitude parfaite. Il est facile de répondre à cette question. Le ressort doit être placé de façon que dans
la position d’équilibre sa surface inférieure coïncide avec le plan de relâchement. Car, s’il en était plus éloigné, il ne serait mis en mouvement que pendant la période de dilatation artérielle et serait immobile le reste du temps ; et si, d’un autre côté, il en était plus rapproché, l'artère serait comprimée contre l’os pendant la période de relâchement, de sorte que dans ce cas, comme dans le précédent, le ressort resterait immobile pendant la diastole. Il en résulte donc, comme règle générale, que le ressort doit être disposé de façon que la surface supérieure du bouton d’ivoire soit à une distance de la face opposée de l’os, .telle que l’artère soit en contact avec lui pendant toute la durée de la période de dilatation, et sans que cependant les parois de l’artère arrivent à se toucher même au moment du relâchement complet. Dans ces limites, les variations de forme du tracé, ou en d’autres termes les différences avec le tracé réel, sont très minimes, de sorte que les observations faites sur le même individu à différentes époques donnent des forme assez exactement correspondantes. Mais, comme les résultats obtenus avec une pression un peu forte sont moins sujets à des erreurs accidentelles que ceux auxquels on arrive avec une pression plus faible, il vaut toujours mieux commencer par une pression suffisante pour comprimer l’artère, et que l’on diminue ensuite jusqu’à ce que les effets de l'excès de compression aient disparu, c’est-à-dire lorsque l’on voit le levier continuer à descendre jusqu’à la fin de la diastole.
41. Emploi du sphtgmographe pour apprécier les changements DE LA PRESSION ARTÉRIELLE MOYENNE QUI SURVIENNENT
pendant les maladies. — Nous avons déjà vu que le sphygmographe n’est pas un instrument qui puisse permettre de mesurer la pression artérielle moyenne. Il est possible cependant, en comparant les opérations faites à des périodes successives sur le même individu de déterminer si la tension artérielle a changé et dans quel sens ce changement a eu lieu. Nous avons vu que lorsque le ressort comprime entièrement ou partiellement l’artère contre le radius, le levier cesse de se mouvoir. La pression, que le ressort doit exercer pour arriver à ce résultat, varie avec la
Ko
pression du sang dans l'artère; de sorte que si la tension artérielle s’accroît sur un individu quelconque, la pression nécessaire pour comprimer le vaisseau est plus considérable qu’avant. Avec le sphygmographe de Marey il n’est pas [possible de tenir compte de ce principe, parce que l'instrument n’est pas gradué, c’est-à-dire qu'il n’v a aucun moyen de déterminer la pression exercée par le ressort. Pour y remédier je lui ai fait subir les modifications suivantes (fig. 30) : — Le cadre métallique, au lieu d être fixé sur l’avant-bras au moyen d’un cordon, repose fortement sur les os du carpe (principalement sur le scaphoïde) par une plaque de cuivre dont la face inférieure est recouverte de caoutchouc durci. Au milieu de la face supérieure de cette plaque est un trou dans lequel se meut facilement la pointe d’une vis
Fig. 30. — Cadre métallique du sphygmographe reposant sur les os du carpe, vu de face, pour montrer la vis G, qui permet de faire varier la pression exercée par le ressort sur l’artère.
à filets très rapprochés. A l’extrémité opposée la vis porte un bouton G. La vis traverse d'abord un guide, fixé sur la plaque de cuivre, puis 1 extrémité du cadre métallique F du sphygmographe qu’elle élève ou abaisse à volonté.
La plupart des sphygmographes faits en Angleterre sont construits sur ce type. Dans ceux que M. Hawksley a construits sous ma direction, l’échelle est fixée sur le cadre et graduée de telle sorte qu une simple lecture indique la pression annoncée parle ressort, évaluée eu grammes. Quand on fait usage d’un sphygmographe de ce genre, il faut se rappeler que la pression évaluée est celleque le ressort exerce sur la peau et non point celle qu’il exerce sur 1 artère, et secondement que la résistance de la peau et des tissus sous-cutanés à la pression du ressort diffère avec les individus.
C’est donc là une cause d’incertitude dans les résultats des observations avec le sphygmographe, que nous n’avons jusqu’à présent aucun moyen d’éliminer.
Avec un sphygmographe ainsi construit il est à peine besoin d’expliquer que la distance entre la surface de caoutchouc et le cadre métallique varie suivant le sens dans lequel on tourne le bouton de la vis, et que de la sorte on peut facilement modifier la pression exercée sur l’artère. L’étendue des modifications ainsi produites reste cependant toujours indéterminée, car celles-ci varient suivant la forme du membre et la position relative du bras et de l’avant-bras pendant l’observation. Pour les mesurer il faut avoir recours à une autre méthode à la fois simple et exacte. Il est évident que, tant que le ressort est solidement fixé à sa place, la pression qu’il exerce sur un objet, qui est pressé contre lui de bas en haut, peut être déterminée par la force qui fait aussi effort sur sa face inférieure. Si, par exemple, on retourne l'ins-
Fig. 31. — Manière de mesurer la pression.
trument et si l’on place un poids de 200 grammes sur la face inférieure, maintenant supérieure du ressort, on écarte celui-ci
d’une fraction de pouce en dehors de sa postion d’équilibre ; on constate que chaque fois que le ressort s’écarte d’une fraction semblable, la pression, qu’il exerce sur la surface qui lui est opposée, est de 200 grammes. En répétant l’expérience avec une série d’autres poids, on détermine de la même façon les écarts correspondants du ressort, et on peut, en combinant les résultats obtenus, établir une graduation qui permette de connaître toujours, par l’étendue de la déviation du ressort, la pression qu’il exerce. Le moyen le plus convenable de constater cette déviation consiste à mesurer la distance entre la tête de la vis d’acier (dont la pointe appuie sur le ressort) et la face supérieure du levier de cuivre à l’aide d’une échelle (fig. 31), ou encore mieux à employer une vis graduée.
42. Artère artificielle ou schéma artériel. — Le phénomène du pouls peut être étudié avec fruit sur un appareil construit avec soin et se composant d’un tube élastique dans lequel le sang est chassé par un cœur artificiel, c’est-à-dire par une pompe disposée de façon à chasser son contenu dans le tube et imitant aussi exactement que possible le mode suivant lequel le cœur pousse le sang dans les artères. On a proposé plusieurs appareils de ce genre, depuis le simple schéma de E. IL Weber jusqu’au cœur artificiel compliqué de Marey.
On peut dire d’une manière générale, que les schémas les plus instructifs sont ceux dont la construction est la plus simple, et comme le but qu’on se propose est de représenter le mode d’action d’une artère et non point sa forme, il est peu important que le schéma n’ait qu’une ressemblance superficielle avec les organes de la circulation qu'il représente. C’est môme un désavantage qu’il représente trop fidèlement tous les détails de structure et de forme extérieure, car l’attention, au lieu de se porter sur les conditions fondamentales du phénomène, peut se fixer sur des particularités secondaires. Ce qu’il y a d’essentiel dans un schéma, c’est que la quantité de liquide expulsée à chaque coup de pompe, la durée du phénomène, les variations successives de la pression exercée sur la masse du liquide expulsée et la résistance opposée a son écoulement final en dehors du tube élastique
CIRCULATION DU SANG
soient la représentation aussi exacte que possible de ce qui se passe dans l’organisme.
La pompe représentée dans la figure 32, non seulement fonctionne mieux qu'aucune de celles que j’ai vues, mais a en outre l’avantage de pouvoir être facilement construite et de se conserver longtemps sans se détériorer. Elle permet de régler avec précision la fréquence des coups de piston et pour chaque coup de piston la quantité de liquide chassée ainsi que la pression
Fig. 32. — Schéma artériel destiné à démontrer les mouvements des artères. — A. Tube de verre représentant le cœur; B , tube qui fait communiquer A avec un réservoir d'eau placé à une hauteur de dix à douze pieds; C, levier qui fait manœuvrer les deux valvules E et D. En F le tube communique avec un long; tube vertical de verre, dont on ne voit dans le dessin qu’une partie. Il est clos à son sommet et d’habitude séparé de F par une pince à pression continue. En G, le tube passe sous le ressort du sphygmographe. H, Surface noircie du sphvgmographe. A gauche de celleci on voit le cylindre avec son aiguille, destinée à enregistrer le temps qui s’écoule entre l'ouverture et la fermeture de la valvule aortique D.
exercée. Celte pompe se compose d'un tube de verre A fermé a son sommet et portant à son extrémité inférieure deux branches communiquant, l’une avec un réservoir placé à 8 à 10 pieds au dessus de la table, el l’autre avec le tube qui représente I artère,
Des valvules Eet D placées aux extrémités d'un levier horizontal sont disposées de telle sorte, que, quelle que soit la posilion du levier, l’une des branches de communication est fermée, tandis que l’autre reste ouverte,; l’une d'elles fonctionne par conséquent comme les valvules semi-lunaires, et la seconde comme les valvules auriculo-ventriculaires. Au moyen d’un ressort (placé dans la figure à droite de D), quand l’appareil ne fonctionne pas, c’est-àdire pendant la période correspondante à la diastole, la première reste fermée et la seconde ouverte. Dans ces conditions l’ean s’élève dans le tube et comprime la colonne d’air qu’il contient dans une proportion qui est déterminée par la loi de Mariotte. Si par exemple, la pression est d’environ le tiers d’une atmosphère, le volume de l’air diminuera des deux tiers; lorsqu’on vient à ouvrir la valvule aortique D en faisant mouvoir le levier, l'air comprimé se dilate brusquement et chasse l'eau contenue en A dans le tube qui représente l’aorte.
Ce tube artériel, en passant au-dessous de la valvule D, a une épaisseur d’environ quatre lignes. Il se divise bientôt en deux branches de plus petit diamètre, ayant chacune plusieurs mètres de long. L’une de ces branches passe sous le ressort d’un sphygmographe. Toutes les deux vont se déverser dans un trop-plein : sur leur parcours elles portent une pince à vis, avec laquelle on peut les comprimer à ladislance que l’on veut de lapompe. Le but de cette bifurcation est de permettre de faire varier la quantité de liquide qui traverse eu une minute le tube, dont on enregistre les mouvements de dilatation au sphygmographe , sans lui faire subir aucune modification. Pour se servir du schéma avec fruit, il tant confier à un aide la manœuvre du levier ; on a alors toute liberté pour surveiller l’effet des modifications de résistance, etc.., sur la forme du tracé pendant que l’appareil fonctionne. A I aide de cet appareil on peut démontrer les principaux faits de la circulation artérielle.
I. On observe que le pouls artificiel et le pouls naturel ont la plus grande ressemblance, chacun consistant en une succession de mouvements de dilatation et de retrait qui se présentent toujours dans le meme ordre (fig. 33). En décrivant ces moine-
CIRCULATION DU SANG
ments, nous pouvons considérer comme une artère le tube qui
en joue le rôle, et l'élévation ainsi que l’abaissement du levier du sphygmographe comme correspondant aux mouvements de dilatation et de retrait du tube. Ceci convenu, le Iracé montre que l’ouverture de la valvule D coïncide avec une brusque dilatation de l’artère ; qu’aussi longtemps que le cœur continue à agir le vaisseau reste plein, et que la cessation de l’arrivée du liquide détermine un retrait des parois de l’artère aussi brusque que l’avait été leur dilatation. Dès que l’artère est revenue sur elle-même, commence un second mouvement de dilatation inférieur au premier par son étendue et par sa rapidité ; puis l’artère se rétracte finalement et devient de plus en plus petite, jusqu’à ce que la valvule aortique soit de nouveau ouverte.
Fig. 33. — Tracé obtenu avec 1’appareil précédent.
2. On peut observer ensuite que, de même que l’élévation du levier est causée par l’ouverture de la valvule aortique, son abaissement est de même déterminé, non point par la fermeture de la valvule, mais par la cessation de l’envoi d’une nouvelle ondée liquide par la pompe, qui correspond à la cessation de la contraction du cœur ou systole. Dans ce but nous nous servons d’un mécanisme qui enregistre sur la plaque du sphygmographe la durée de l’ondée liquide. Il se compose d’un cylindre de buis (fig. 32, H) traversé par un axe horizontal reposant sur des montants et disposé de façon à exécuter son mouvement de rotation dans un plan perpendiculaire au plan suivant lequel se meut la plaque du sphygmographe et à une petite distance d’elle. Sur le cylindre fait saillie une aiguille d’acier qui trace un trait sur la surface enfumée de la plaque, chaque fois que le cylindre tourne. Enfin autour de lui passe un cordon de soie, dont les deux extrémités viennent s’attacher au sommet d’un bras vertical L, fixé sur le levier horizontal E G D. La moitié supérieure du cordon es! rendue élastique par l’interposition
sur son parcours d’un petit morceau de caoutchouc. Tant que la valvule est fermée, l’aiguille reste en contact avec la plaque, mais elle en est écartée au moment où la valvule est ouverte, et de la sorte on obtient sur la plaque du sphygmographe : premièrement une ligne horizontale supérieure, interrompue par des intervalles réguliers, correspondant au temps écoulé entre l’ouverture et la fermeture de la valvule aortique, et secondement
un graphique du pouls (fig. 34). La coïncidence exacte entre le moment où la pompe cesse d'agir et celui où l’artère revient sur elle-même montre, d’une manière évidente, que le retrait des parois du vaisseau dépend de ce que la pompe n’envoie plus d’ondée liquide.
Fig. 34. — Tracé du pouls naturel.
3. Enfin on peut montrer que le second mouvement de dilatation n’est pas, comme on pourrait le supposer, lié à l’interruption de la communication entre la pompe et le tube élastique (fermeture de la valvule), mais qu’il est la conséquence de la rupture d’équilibre produite dans le tube lui-même par le fait même de la dilatation. Pour cela il faut étudier le deuxième mouvement de dilatation dans des conditions variées, par exemple en modifiant le jeu de la pompe de façon que, après l’ouverture de la valvule D, l’action de la pompe sur le liquide continue pendant quelques secondes (les deux valvules restant ouvertes) ; le premier mouvement de dilatation est suivi d’un second, exactement comme auparavant. En répétant l’expérience avec le sphygmographe, on obtient un tracé dans lequel la ligne d’ascension due à l’ouverture de la valvule est suivie d’une ligne de descente, puis d’une seconde ligne d’ascension, le levier prenant une position correspondant à l’accroissement de pression produit par le courant continu qui traverse alors le tube.
Ces expériences nous apprennent que, bien que la communication entre la pompe et le tube qui représente l’artère ne soit pas interrompue, il est évident que le second battement ne peut pas être considéré comme une conséquence de la fermeture de la
CIRCULATION DU SANG
valvule. Elles nous apprennent également que dans l'artère art iticielle le second battement est le résultat de la dilatation de son extrémité centrale et ne dépend d’aucune action secondaire de la pompe.
43. IIetard du pouls. — On constate un intervalle sensible entre le battement de la carotide et celui de la radiale. On peut s’en rendre compte sur soi-même en plaçant le pouce et l’indicateur de la main gauche sur sa propre carotide et en tâtant le pouls de la radiale gauche avec les doigts de la main droite. La cause de ce retard dans la transmission de la pression du centre vers la périphérie est due à l’élasticité des artères. Supposons que ABC soit un tube représentant le système artériel,