PETITES ARTÈRES
Les petites artères peuvent être étudiées pendant la vie, à l’aide du microscope, chez les poissons, les batraciens et les mammifères.
46. On se sert, pour l’étude microscopique de la circulation chez les poissons, d’un petit appareil proposé parle D1' Galon de Liverpool (ûg. 36). Il se compose d’une boîte oblongue de gui la
Firj. 36. — Appareil du docteur Caton pour l’étude microscopique de la circulation chez les poissons.
percha, ouverte à une de ses extrémités, fermée à l’autre, et suffisamment large pour contenir une épinoche ou un véron ; celte boite repose sur une plaque de gutta-percha qui est fixée sur la platine d’un microscope de manière que la queue du poisson soit placée au-dessus d’un large orifice percé dans la plaque. La queue est maintenue par une ligature, et la nageoire, qui repose sur un carré de verre, est fixée par deux ressorts faibles. La boîte, qui renferme la tète et les branchies du poisson, contient de l’eau constamment renouvelée à l’aide de deux tubes, dont le supérieur, muni d’une pince à vis, communique avec un vase placé à une certaine hauteur; l'autre tube entraîne l’eau à me-
sure qu’une nouvelle quantité, arrive. Le grand avantage de cette méthode consiste en ceci : c’est que l’on peut observer l’animal aussi longtemps qu'on veut, sans avoir besoin d’employer un 1 1 arco t iq ue quelconque.
Fig. 37. — Diagramme d’une grenouille, vue par la face dorsale, pour montrer les lignes suivant lesquelles doivent être pratiquées les incisions dans les diverses opérations.
Dans le même but on se sert des grenouilles soit à l’état adulte, soit à l’état de larve. Quand on veut observer la circulation dans la queue du têtard, on place l’animal dans un solution de
CIRCULATION DU SANG
curare pas trop concentrée, en ayant bien soin de l’en retirer, avant qu’il ne soit complètement paralysé, c’est-à-dire au moment où ses mouvements deviennent plus lents. On peut aussj le fixer, sans avoir recours au curare, dans un appareil analogue à celui dont il a été question plus haut; cette méthode a l’avantage de laisser l’animal dans un état plus normal, car quelque précaution que l’on prenne dans l’emploi du curare , l’action du cœur est toujours affaiblie. Dans un grand nombre de cas la grenouille adulte est plus utile que le têtard, principalement quand on veut non seulement observer la circulation, mais encore étudier les modifications quelle subit sous l’influence d’excitations produites sur les vaisseaux sanguins par l’intermédiaire du système nerveux.
La grenouille présente trois régions transparentes, le mésentère, la membrane interdigitale et la langue, qui offrent chacune des avantages spéciaux pour l’étude de la circulation. Quand il s’agit de prendre une idée générale des rapports entre les artères, les capillaires, les veines et les vaisseaux lymphatiques, le mésentère doit être préféré aux deux autres. A moins qu’il ne s’agisse de recherches spéciales et exceptionnelles, il n’est pas besoin que la grenouille soit intacte. On peut employer une grenouille, dont on a enlevé les hémisphères cérébraux par une des méthodes indiquées dans la deuxième partie, ou encore une grenouille sur laquelle on place une ligature avec un fil métallique tout autour de la cavité crânienne, de façon que toute la partie de la tète située en avant de la ligne a b (fig. 37) soit physiologiquement séparée du reste du corps. Cette préparation (grenouille sans cerveau) doit être faite la veille du jour où l’on veut faire une observation, et, avant d’y procéder, il faut curariser l’animal; la quantité de curare à employer est pour la rana temporaria d’environ — de grain et pour la rana esculenta le double. On prépare la solution chaque fois que l’on en a besoin, en mélangeant une goutte d’une solution de curare à 1 p. 100, avec 9 gouttes d’eau, mesurées avec la même pipette. On l’injecte sous la peau du dos avec une seringue à injections hypodermiques ordinaire ; son action est le plus favorable lorsqu’elle ne commence à agir qu’au bout de quelque temps.
On prépare le mésentère de la manière suivante : — Après avoir fait subir à une grenouille mâle l’opération indiquée plus haut, on incise, longitudinalement la peau sur le côté droit de l’abdomen, puis on la soulève pour s’assurer de la position exacte des vaisseaux cutanés, et on agrandit l’incision en haut et en bas en ayant soin d’éviter toute hémorrhagie, que l’on peut du reste arrêter au moyen de pinces à pression continue. Les traces de sang sont essuyées avec du papier à filtre et les muscles divisés au fond de l’incision cutanée. Gela fait, l’intestin et le mésentère sont attirés au dehors avec précaution et étalés sur la face antérieure de l’abdomen. Il faut maintenant placer la préparation sur le porte-objet représenté dans la figure 38. Pour cela on pousse la grenouille tout contre la lame
Fig. 38. — Platine pour l’examen du mésentère de la grenouille.
de verre, on retourne l’intestin de façon à ce qu’il repose sur l’espace annulaire qui s’étend entre le disque de verre et le liège qui l’entoure, et le mésentère se trouve de la sorte tendu sur le disque de verre sans faire de plis. On maintient la lame intestinale humide en y versant de temps à autre une solution saline à l’aide d’une pipette. Il faut toujours commencer l’observation avec un faible grossissement. On voit alors que les artères sont plus petites que les veines ; leur diamètre est plus petit d’environ un sixième ; on voit aussi que la rapidité du courant sanguin est plus grande dans les artères que dans les veines, qu’elle est sensiblement accélérée à chaque contraction cardiaque et qu’il existe tout contre les parois artérielles un espace entièrement dépourvu de globules. Le courant de sang artériel est si rapide