Démonstration de l’influence du nerf pneumogastrique
SUR LE CŒUR DE LA GRENOUILLE. — DESCRIPTION DU PNEUMOGAS- TRIQUE. — Le pneumogastrique naît chez la grenouille sur la
CIltCULATlON DIJ SANG
face postérieure de la moelle allongée par trois ou cjualre racines, dont l’inférieure est, comme dans le nerf spinal, située en avant des autres. Il sort du crâne par le trou condylien, en dehors duquel il présente un ganglion et a des rapports étroits avec le tronc du sympathique. Après avoir quitté le sympathique, il se divise en deux branches, dont l’antérieure renferme le glosso-pharyngien et la postérieure les nerfs qui se distribuent au cœur, aux poumons et aux autres viscères (fig. 59). Le pneumogastrique et sa branche cardiaque suivent la même direction que l’inférieur des trois muscles pétro-hyoïdiens, jusqu’à l’extrémité de la corne postérieure de l’os hyoïde, où ce muscle s’insère. Pendant cette portion de son trajet, il est accompagné par le nerf laryngé, qui le quitte au niveau de Pin-
est divisé sur la ligne médiane et les deux moitiés de la paroi
Fig. 59. — Rapports du pneumogastrique droit chez la grenouille. — a , aorte droile; B, bulbe aortique; c, corne postérieure de l’os byoïde; g h, muscle génio-hyoïdien; h g, muscle hyoglosse;\p, muscle pétro-hyoïdien (inférieur); H, hypoglosse ; G, glossopneumogastrique ou larynx; s h et o h, espace occupé nar les origines des muscles sterno-t m et omo-hyoïdien,
qui ont été ( >. La préparation est
représentée de de grandeur naturelle. L’œ ge est distendu par
un tube de verre d’un pouce de diamètre.
droite ; B, bulbe aortique;
serlion du muscle. Près de ce même point, il croise le sommet du poumon ; en passant derrière l’artère pulmonaire il donne des filets qui se rendent au poumon en suivant ce vaisseau. Au delà, le pneumogastrique se dirige directement vers Je sinus veineux, mais il est tellement entouré de tissu connectif grisâtre, qu’il est difficile à suivre chez les grenouilles de petite taille.
A son entrée dans le cœur, il est immédiatement appliqué contre la veine cave supérieure et la paroi du sinus.
75. Méthode. — On attachesurle dos une grenouille, immobilisée par la section de la moelle. Le sternum
NERFS D’ARRÊT DU COEUR
thoracique écartées de chaque côté, de manière à exposer le péricarde et les poumons; puis une forte baguette de verre est enfoncée dans l’œsophage. On voit alors (fig. 59) que : — 1° Les deux aortes s’écartent l’une de l’autre sur la ligne médiane, et remontenL en haut et en dehors, tout contre l’extrémité cartilagineuse des cornes postérieures de l’os hyoïde. 2° De chacune de ces cornes, des fibres musculaires se dirigent en arrière et en haut vers la région occipitale : ce sont les muscles pétro-hyoïdiens déjà mentionnés qui s insèrent d’un côté sur ces appendices cartilagineux, et de l’autre sur le rocher. L’inférieur de ces faisceaux de fibres musculaires presque parallèles est toujours longé sur son bord inférieur par le pneumogastrique. 3° En arrière, ces muscles sont croisés par un cordon nerveux blanc, le nerf hypoglosse, qui se dirige en haut et en dedans vers les muscles de la langue. Plus près de la ligne médiane, plus profondément, mais suivant la même direction, se trouve le nerf glosso-pharyngien. 4° Enfin le nerf laryngé croise le larynx au-dessus de l’extrémité de la corne inférieure de l'os hyoïde ; c’est le seul nerf que l’on puisse confondre avec le pneumogastrique. Pour éviter toute confusion, il est bon de couper le nerf hypoglosse.
Le pneumogastrique, avec le ruban musculaire qui l’accompagne, peut maintenant être facilement mis en communication avec les électrodes. Quand on soulève le levier-clef, le cœur s’arrête d’habitude en diastole, avec ses cavités remplies de sang, sans que cet arrêt soit précédé d’aucun ralentissement préalable. Si l’on emploie l’appareil d’induction modifié par Helmholtz, et que l'on place la bobine secondaire à une distance convenable de la bobine primaire, on produit un degré d’excitation insuffisant pour arrêter le cœur, mais suffisant pour diminuer le nombre des battements. Il faut remarquer, que, bien que cet effet soit principalement dû à une plus grande durée des intervalles diastoliques, il est aussi accompagné d’un affaiblissement dans la contraction de la systole ventriculaire , de sorte que, si le cœur est mis en communication avec un manomètre, la colonne mercurielle s’élève moins pendant la période du ralentissement que précédemment. Un autre fait intéressant et très important, c’est que l’effet
CIRCULATION OU SANG
n’atteint son maximum que quelques secondes après le commen- * cernent de l’excitation.
76. Démonstration de l’influence du pneumogastrique sur le cœur des mammifères. — Chez les mammifères les nerfs inhibiteurs, ou nerfs d’arrêt, contenus dans les pneumogastriques sont constamment en action, il en résulte que la sectioji des deux pneumogastriques amène une accélération des contractions du cœur. Cet effet est beaucoup plus marqué chez le chien que chez le lapin, et il est accompagné d’un accroissement de la pression artérielle, que l’on n’observe pas chez ce dernier (voy. fig. 60). D’un autre côté l’excitation électrique du pneumogastrique, qu’il ait
Fig. 60. — Tracés synchroniques de la pression artérielle et de la respiration pris avec le kymographe à levier immédiatement avant la section des deux pneumogastriques (a) et une minute après (6). — Pression artérielle avant la section environ 1S0mm., après la section environ 180 mm. Nombre de pulsations avant la section 110, après la section 260. Nombre de respirations avant la section 24, après la section 10.
ôté sectionné ou non, ralentit les contractions du cœur chez tous les animaux, et, si les courants d’induction sont suffisamment puissants, amène l’arrêt du cœur en diastole (voy. fig. 61).
Pour démontrer ces faits chez le lapin, il suffit de narcotiser l’animal, d’enfoncer une aiguille dans le cœur à la partie supérieure de la région précordiale, c’est-à-dire environ deux centimètres et demi à gauche de la ligne médiane, au niveau du troi-
NERFS D’ARRÊT DU COEURJ
sième cartilage, et de mettre à nu les pneumogastriques des deux côtés du cou. Si maintenant on applique les électrodes sur l’un des nerfs et qu’on soulève le levier, le mouvement de l’aiguille s’arrête, devient irrégulierou est seulementralenti, suivant la force du courant. Pour observer l’effet de la section des pneumogastriques, on place des ligatures lâches autour des deux nerfs, et on abandonne l’animal à lui-même, en ayant soin de
Fig. 61. — a. Tracé de la pression artérielle chez le lapin, recueilli avec le kymograplie de Fick pendant l’excitation par de faibles courants induits du bout périphérique du pneumogastrique. — A. Même tracé ; mais les courants induits sont plus forts. La durée de l’excitation du nerf est indiquée par des astérisques.
compter le nombre des pulsations toutes les quinze secondes. Puis, on coupe a la fois les deux nerfs et on compte de nouveau les pulsations. Le nombre des pulsations s’accroît d’habitude de vingt pour cent. Enfin, on excite l’extrémité périphérique de l’un des deux nerfs, et il se produit les mêmes effets que lorsqu’on excite le nerf intact.
Pour démontrer 1 influence des pneumogastriques sur le cœur chez le chien, il est bon de mettre l’artère carotide et l’artère crurale en communication avec le kymographe, car les effets les plus importants sont relatifs aux changements de la pression artérielle. Le mode opératoire est le même que celui qui a été déjà décrit au § 35. Après avoir placé des ligatures lâches sur les deux pneumogastriques et avoir lait une observation kymograuciidox samdeuso.x, lub. de physiologie. 1 1
phique, afin de déterminer la pression artérielle normale et la fréquence du pouls, on coupe les deux nerf à la fois. La colonne de mercure monte brusquement, et les contractions du cœur deviennent si fréquentes, que l’on ne peut plus suivre à l’œil les oscillations du mercure ; tout ce que l’on peut distinguer est un mouvement vibratoire de la colonne. L’excitation du bout périphérique de l’un ou l’autre des pneumogastriques produit les mêmes effets que chez le lapin. Si le courant est suffisamment puissant pour déterminer l’arrêt du cœur, la colonne de mercure baisse rapidement, traçant sur le papier (fig. 6 1 , -ô) une courbe, dont la forme dépend de l’état du système artériel ; la rapidité de la descente diminue en raison inverse de la résistance artérielle rencontrée par le sang dans son trajet vers les veines. Quand l’excitation cesse, le cœur recommence à battre, d’abord à de longs intervalles, puis plus fréquemment, et la pression s’accroit rapidement jusqu’à ce qu’elle surpasse celle que l’on avait observé avant l’excitation.