Démonstration de l’influence exercée sur le cœur par
CERTAINS NERFS AFFÉRENTS EN RELATION RÉFLEXE AVEC LES NERFS INHIBITEURS CONTENUS DANS LE PNEUMOGASTRIQUE. EXPÉRIENCE DE
bernstein. — Les nerfs inhibiteurs, ou nerfs d’arrêt du cœur, contenus dans le pneumogastrique ont des relations intimes, par l’intermédiaire du centre cardiaque, dans la moelle allongée, avec certaines fibres afférentes contenues dans le système sympathique; de sorte que, l’excitation de ces fibres produit les mêmes effets que l’excitation directe du pneumogastrique. Ces faits peuvent être démontrés dans la grenouille de la façon suivante : — ■ Sur une grenouille, dont le cerveau et la moelle épinière ont été détruits, on ouvre la cavité pleuropéritonéale et on enlève les intestins et les autres viscères, en prenant grand soin de ménager le mésentère, ainsi que les nerfs et les vaisseaux qu’il renferme. Il ne reste plus maintenant que le cœur reposant sur l’œsophage. En divisant la double couche de la membrane sereuse qui forme les parois latérales de la grande citerne des deux côtés, on découvre les deux cordons ganglionnaires (fig. 62), avec les rameaux anas-
NERFS D’AHRÈT DU COEUR 163
tomotiques qui relient séparément chaque ganglion avec la racine antérieure correspondante des nerfs rachidiens. Dans la portion thoracique de la cavité viscérale les deux aortes con- •vergent en bas, et se réunissent au niveau de la sixième vertèbre en un tronc commun, qui donne, à son origine, l’artère mésentérique, dont les rameaux vont se distribuer à l’estomac et aux intestins. Si l’on soulève avec des pinces les deux aortes,
Fig. 62. — Rapports du sympathique dans la cavité viscérale chez la grenouille. — La cloison de la grande citerne a été divisée à droite; le rein droit est renversé à gauche, de manière à découvrir l’aorte et le sympathique droit. L’estomac et la première circonvolution intestinale sont également écartés, pour permettre de voir l’origine de l’artère mésentérique au point de réunion des deux aortes droite et gauche. A sa surface, on aperçoit des filets venant du cordon ganglionnaire (nerfs mésentériques), qui se réunissent avec leurs congénères du côté opposé pour former un plexus. — l, foie; r l, poumon droit; s, estomac; k, rein.
près de leur jonction, on voit que l’un des ganglions du cordon envoie vers l’artère mésentérique une branche, qui se réunit avec sa congénère du côté opposé pour former un plexus nerveux tout autour de l'artère, et que un ou deux nerfs parlent de ce plexus ou Je traversent pour suivre le vaisseau (nerfs mésentériques). C’est dans ces nerfs que sont contenues les libres, qui sont en relation réflexe avec le pneumogastrique. La meilleure méthode pour les exciter, consiste à soulever avec des pinces les aorl.es
CIRCULATION OU SANC
au-dessus du corps des vertèbres, en entraînant en même temps les deux cordons ganglionnaires, puis, de diviser l’aorte abdominale et les deux cordons au niveau de la septième ou de la huitième vertèbre, ainsi que les branches anastomotiques de chaque côlé , et finalement, de placer les deux aortes et les cordons, qui les accompagnent, sur les électrodes, de telle façon que ceux-ci soient en contact avec les deux ganglions situés près de Injonction des aortes. Quand on soulève le levier, le cœur s’arrête en diastole, et recommence à se contracter rhythmiquement comme auparavant, dès que l’excitation cesse. Pour démontrer que l’excitation des nerfs mésentériques est transmise au cœur par l’intermédiaire des nerfs pneumogastriques et de leurs centres dans la moelle allongée, il faut répéter l’expérience dans des conditions différentes, c’est-à-dire après la section des deux pneumogastriques, après la destruction de la moelle allongée ; et après la destruction des hémisphères cérébraux, la moelle restant intacte. Dans le premier et le second cas, l’effet est nul, dans le troisième il n’est nullement altéré ’.
78. Excitation mécanique réflexe du pneumogastrique de la grenouille. Expérience de goltz. — Il y a déjà plusieurs années que Goltz découvrit, que l’excitation mécanique des extrémités des nerfs mésentériques produit le même effet que l’excitation électrique de leur troncs. Pour le démontrer, on fixe sur le dos une grenouille, on ouvre la cavité pleuro-péritonéale et on met à nu le cœur comme précédemment. On frappe alors sur la surface de l’intestin. Au bout de quelques moments le cœur s’arrête en diastole. Si l’on répète l’expérience après avoir divisé de chaque côté le cordon ganglionnaire au niveau de la jonction des deux aortes, il ne se produit aucun effet. Enfin on prépare une grenouille de la même façon, et on coupe, en outre, les deux pneumogastriques ; les coups frappés sur l’intestin sont suivis d’un résultat négatif. Il en est de même, si, au lieu de couper les pneumogastriques, on divise les cordons immédiatement au dessous de la moelle.
1 Voy. Bernstein. Untersuchungen über den Mcchanismus des regulcitorischen Herznerucnsystems, Archiv. 5. Anat. et Physiol., 1864, p. 614.
NERFS D’ARRÊT DU COEUR
79. Excitation réflexe du pneumogastrique chez les mammifères. — L’action constante des nerfs d'arrêt du cœur, chez les animaux supérieurs, dépend de l’action constante des nerfs centripètes qui ont des relations réflexes avec eux. On le démontre de la manière suivante: — Chez un lapin, la trachée est mise en communication avec l’appareil pour la respiration artificielle, et les pneumogastriques sont mis à découvert dans le cou; puis, la moelle est divisée, immédiatement au-dessous de la moelle allongée. Quand l’animal cesse de respirer, on pratique la respiration artificielle. On coupe les cordons sympathiques dans la région cervicale et on enfonce une aiguille dans le cœur. On observe alors, à plusieurs reprises, la fréquence des battements du cœur; si on vient maintenant à couper les deux pneumogastriques, on n’observe aucune accélération dans la vitesse du pouls.
Le but de l’expérience est de montrer que, lorsque les nerfs sympathiques afférents, que l’on sait avoir des relations réflexes avec les filets cardiaques du pneumogastrique, sont divisés, il se produit exactement le même effet qu’après la section du pneumogastrique lui-même. Il n’y a aucun moyen d’y arriver directement, sans intéresser d’autres nerfs, qui réagiraient sur le cœur, et rendraient, par conséquent, le résultat douteux. La méthode la plus complète consisterait à enlever le cordon ganglionnaire des deux côtés. Mais, sans compter l’extrême difficulté d’une pareille opération, il est clair qu’elle intéresserait les nerfs accélérateurs (Voy. § 82) et par conséquent, pourrait peut-être produire un effet opposé à celui qu’on attend, c’est-à-dire ralentir le pouls au lieu de l’accélérer. Aussi, quand la moelle est divisée immédiatement au-dessous de la moelle allongée, le résultat est modifié, non seulement par la destruction des nerfs accélérateurs, mais encore par la paralysie générale du système vaso-moteur. Par conséquent, on ne peut obtenir aucune solution de la question par l’observation directe des changements produits dans la fréquence des pulsations du cœur, au moyen d’une opération de ce genre ; de sorte que nous ne pouvons arriver à nos fins que par une voie indirecte. Nous savons déjà que les pneumogastriques sont constamment en action, c’est-à-dire que le cœur est constamment sous leur influence inhibitrice; et que, lorsque celle influence
CIRCULATION DU SANG
est détruite par la section de ces nerfs, la fréquence des pulsations augmente. Il est évident que, si les pneumogastriques n’étaient point constamment en action, qu'ils soient coupés ou non, cela ne ferait aucune différence en ce qui concerne le cœur. C’est sur la considération de ce fait qu’est basée la méthode suivie dans l’expérience que nous venons de décrire, et qui montre que, lorsque l’on a coupé la moelle au-dessous de la moelle allongée, la fréquence du pouls est la même, avant et après la section des pneumogastriques.
Bernstein a fait voir de plus, qu'il en est de même après la destruction du cordon ganglionnaire tout entier, ou de sa portion cervicale, pourvu que la moelle soit en même temps coupée au niveau de la septième vertèbre. Chez le chien la section du cordon diminue généralement la fréquence du pouls. Chez le lapin aucun eflet de ce genre ne se manifeste. Cette différence ne peut s’expliquer, qu’en supposant que, chez le premier de ces animaux, l’activité des nerfs accélérateurs, comparée à celle des nerfs qui ont des relations réflexes avec le pneumogastrique, est moindre que chez le dernier. Chez la grenouille, la section du sympathique, au niveau de la jonction des aortes, n’a aucun effet direct sur la fréquence du pouls par la même raison, c’est-à-dire que, chez cet animal, les pulsations du cœur ne sont pas activées par la section des pneumogastriques.
L’influence de l’excitation réflexe du pneumogastrique par le nerf de la cinquième paire peut être facilement démontrée chez le lapin, en forçant l’animal à aspirer de la fumée de tabac. Suivant la quantité de fumée aspirée, on observe l’arrêt du cœur en diastole ou l’accroissement des intervalles diastoliques.