‹ Manuel du laboratoire de physiologieChapitre 76 sur 120 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

EXCITATION DES NERFS

Toutes les autres conditions restant constantes, on peut se servir des variations dans la contraction du muscle pour mesurer les variations dans l’état du nerf. Une contraction musculaire est l’indice du passage dans le nerf d’une excitation nerveuse ; l’étendue et le caractère de la première est la mesure de l’étendue et du caractère de la seconde : le tétanos du muscle indique l’existence dans le nerf d’une série d’excitations se succédant avec une certaine rapidité.

38. Effets du courant constant. — Observation 1. — Disposez une préparation de grenouille dans la chambre humide, le nerf placé sur des électrodes impolarisables, le muscle chargé d’un poids de 10 à 15 grammes, le levier attaché, avec son style appliqué sur le cylindre enregistreur, etc.

Ayez une pile formée de deux éléments ou même davantage et intercalez un rhécorde entre la batterie et les électrodes. Laissez en place tous les coins métalliques et poussez les dés remplis de mercure tout contre.

La résistance du rhéocorde comparée à celle des électrodes peut être considérée comme nulle ; par conséquent, aucun courant de la pile ne passera dans ceux-ci, et il n’y aura aucune contraction dans le muscle.

Enlevez un des coins métalliques, par exemple, celui dont l’enlèvement introduit dans le rhéocorde la plus faible résistance au passage du courant. Une fraction du courant traversera alors les électrodes par suite de la résistance introduite dans le courant par l’enlèvement du coin. S’il en résulte une contraction»

EXCITATION DES NEUFS

enregistrez-la sur le cylindre ; s’il ne s’en produit pas, notez également ce fait, en inscrivant sur le cylindre le coin enlevé. Enlevez les coins un par un, et enregistrez le résultat à chaque fois. Replacez les coins l’un après l’autre, en notant aussi les résultats.

On observera qu’une contraction musculaire se produit, que l’activité du nerf se manifeste seulement quand le coin est enlevé ou replacé. Les contractions se produisent soit à l’enlèvement, soit au replacement du coin, soit dans les deux cas, ou bien ne se produisent dans aucun de ces cas ; mais jamais elle ne se produisent dans l’intervalle, soit de l’enlèvement, soit du replacement, tant que le courant de la pile est constant et que l’état du muscle et du nerf est normal.

L' activité d’un nerf n’est mise en jeu que lorsqu'il y a un changement soudain dans l'intensité d’un courant constant qui le traverse ( même quand les changements consistent dans l'ouverture ou la fermeture du courant). Tant que le courant a une intensité uniforme , il n'y a pas de contraction dans le muscle , ni manifestation d'activité dans le nerf.

Les contractions ainsi produites sont de simples- contractions, indiquant l’existence d’excitations nerveuses simples. Très souvent, surtout quand on opère au premier printemps avec des grenouilles d’hiver, les contractions, produites par des variations dans l’intensité d’un courant constant, ne sont pas simples, mais tétaniques. C’est un résultat anormal, qui n’a pas encore été suffisamment étudié.

Ces contractions sont non seulement variables, car elles se produisent, soit par la diminution (rupture), soit par l’augmentation (fermeture) du courant, soit par ces deux causes, mais diffèrent aussi en étendue, c’est-à-dire que les excitations nerveuses diffèrent d’intensité.

Ces variations dépendent de l'intensité du courant, de sa direction et de l’état du nerf.

39. Loi de la contraction. — Observation II . — Placez dans la chambre humide une préparation de grenouille aussi fraîche que possible. Posez le nerf sur un ou deux éleclrodes impolarisables situés à un centimètre l’un de l’autre. Intercalez entre

EXCITATION DES NERFS

les électrodes et une pile de deux ou plusieurs éléments, d’abord un commutateur, puis un rhéocorde. Colorez différemment les fils positifs et lesfils négatifs dans tout l’appareil, et disposez l’appareil de telle sorte que, lorsque la poignée du commutateur est élevée , le courant est ascendant dans le nerf, et descendant quand elle est abaissée.

La poignée du commutateur étant horizontale, et tous les coins du rhéocorde à leur place, éloignez les dés à mercure de quelques degrés et baissez la poignée du commutateur ; ce qui équivaut au passage d’un courant descendant de fermeture extrêmement faible dans le nerf. Ramenez la poignée à l’horizontalité, et déterminez ainsi l’ouverture de ce faible courant; notez le résultat.

Après avoir attendu quelques minutes, répétez l’observation avec un courant ascendant au lieu du courant descendant. On obtiendra ainsi les effets de l’ouverture et delà fermeture d’un courant constant extrêmement faible à la fois ascendant et descendant.

Éloignez les dés à mercure de plusieurs degrés et répétez les mêmes observations. On produit ainsi les effets de la fermeture et de l’ouverture d’un courant descendant et ascendant encore faible, mais déjà plus intense.

Continuez de même, éloignant ainsi de plus en plus les dés jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à l’autre extrémité de la caisse en bois du rhéocorde, puis enlevez les coins un par un, l’enlèvement de chaque coin indique une augmentation correspondante dans l’intensité du courant qui passe par les électrodes dans les nerfs.

Groupez les résultats. Si l’on partage les intensités différentes du courant en quatre catégories, il en ressort la loi suivante :

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