CHAPITRE XIV
FONCTIONS DES RACINES DES NERFS RACHIDIENS
La racine postérieure d’un nerf rachidien est dite sensitive et sert à transmettre exclusivement les impressions centripètes, exercées sur les terminaisons nerveuses périphériques, vers certains organes centraux dans lesquels elle se transforment en sensations ou donnent naissance à des actions réflexes, etc. La racine antérieure est dite motrice; elle sert exclusivement à la transmission centrifuge des organes centraux vers les terminaisons nerveuses dans les muscles, etc. La réalité de cette différence absolue dans les fonctions de ces deux ordres de racines est facile à démontrer chez la grenouille.
Les résultats sont plus clairs et plus distincts quand les centres conscients sont intacts, et que l’on se sert des signes ordinaires de sensation pour reconnaître si les excitations exercées sur les terminaisons nerveuses sont transmises ou non au système nerveux central. On peut aussi aisément démontrer ces faits, après l'ablation du cerveau, en se servant de l’action réflexe pour s’assurer s’il y a eu transmission centripète vers la moelle épinière. Dans le premier cas, la grenouille doit être soumise à l’action du chloroforme pendant qu’on met à nu les racines rachidiennes; dans le second cas, il faut sectionner la moelle épinière dans le cou. (Voy. chap. xv.)
La grenouille estplacéesurle ventre, etl’on pratique une incision le long de la ligne médiane du dos, depuis l’extrémité supérieure du coccyx jusqu’au niveaudes membres antérieurs (fîg. 129, g h). Après avoir écarté avec des érignes la peau sur les bords de la plaie, on continue Tincision plus profondément jusqu’aux apo-
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physes épineuses et on dissèque de chaque côté les muscles longitudinaux, de manière à arriver sur les arcs vertébraux ; puis on maintient ces muscles écartés de chaque côté, ou on les coqpe.
Avec une paire de ciseaux petite, mais forte, à pointes mousses, on sectionne de chaque côté l’arc de la dernière (huitième) vertèbre, en ayant bien soin de ne pas pénétrer trop profondément, et on enlève le fragment d’os ainsi détaché* On procède de la sorte successivement sur les arcs vertébraux des deux vertèbres situées en avant (septième et sixième). On aperçoit les racines des nerfs dans l’intérieur du canal rachidien. On retranche le reste des arcs vertébraux de chaque côté jusqu’à ce que les trois dernières (ou quatre) racines soient bien mises à nu, et en prenant bien garde que la pointe des ciseaux n’effleure pas les nerfs, et sans se préoccuper de l’hémorrhagie. Les racines postérieures sont situées à la superficie; elles sont grandes et cachent les racines antérieures. On peut séparer les différentes racines les unes des autres en se servant avec précaution d’une aiguille courbe mousse.
Faites passer doucement une fine aiguille à anévrysme munie d’un fil de soie, ou une fine aiguille à coudre, dont la tête est légèrement recourbée et la pointe fixée dans un manche, sous la volumineuse racine postérieure qui semble appartenir à la dernière paire nerveuse. C’est la racine de la neuvième paire; la dixième paire est beaucoup plus petite, et est accolée au fil terminal. (Voy. fig. 1 30.) La septième, la huitième et la neuvième paire forment le nerf ischiatique, d’où se détachent le nerf crural Ne et le nerf sciatique Ni; la septième fournit la plupart des fibres du crural. Liez lâchement le fil de soie autour du nerf tout près de sa jonction avec la moelle. Évitez soigneusement de comprimer le nerf.
Observation 1. —La grenouille étant à l’état de repos complet, serrez fortement la ligature, et observez l’animal pendant ce temps. Si la grenouille est en bonne condition, vous apercevrez dans quelques parties du corps des mouvements dus à la sensibilité ou à l’action réflexe. Coupez maintenant le nerf entre la ligature et la moelle, il se manifestera encore probablement quelque mouvement.
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Observation II. — Soulevez avec précaution le bout périphérique du nerf au moyen- du fil de la ligature et glissez au-dessous les électrodes recourbés, représentés dans la figure 100, soutenus à la main ou portés par un support mobile. Pour qu’il n’y ait point dérivation du courant, placez un fragment de caoutchouc audessous du nerf et des électrodes, de façon à les isoler de la moelle et des autres nerfs. Appliquez la faradisation. Si le courant est isolé des tissus environnants, l’animal ne manifestera pas le moindre mouvement.
Observation III. — Répétez la même observation sur la racine de la paire nerveuse située immédiatement en avant (la huitième), mais rapprochez la ligature autant que possible des parois du canal rachidien, divisez le nerf entre la ligature et la paroi et appliquez les électrodes sous le bout central au lieu du bout périphérique.
Ligature et section produisent, comme précédemment, des mouvements. La faradisation très faible appliquée au bout central détermine des mouvements très étendus dans différentes parties du corps, c’est-à-dire des preuves manifestes de sensation ou d’action réflexe, suivant le cas.
La ligature ou la section clés racines postérieures des nerfs rachidiens détermine des mouvements dans différentes parties du corps. L' excitation du bout périphérique ne détermine aucun mouvement ; l' excitation du bout central détermine des mouvements étendus. Ces mouvements , qu'ils soient dus à de simples actions réflexes , ou qu'ils soient des mouvements volontaires complexes mis en jeu par des sensations perçues , indiquent qu'il g a eu transmission centripète dans les racines postérieures et que cette transmission est sensitive.
Observation IV. — Examinez maintenant la sensibilité du membre postérieur, sur lequel vous avez opéré. Si vous pincez les orteils ou la peau à la face postérieure du membre, il ne se produira pas d'action réflexe, ou du moins, s il s en produit, elle sera très faible. La face antérieure de la jambe, par contre continue à manifester une vive sensibilité.
Observation V. — Divisez les racines postérieures des septième et huitième paires, ainsi que celles de la dixième paire . le
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membre tout entier est maintenant complètement insensible ; mais on peut cependant provoquer des mouvements de la jambe en pinçant la peau du dos ou de toute autre partie du corps, sauf la jambe.
La division des racines postérieures arrête la transmission sensitive,mais n empêche pas la transmission motrice.
Observation VI. — Enlevez soigneusement les racines postérieures sur lesquelles vous avez expérimenté. Les racines antérieures, plus minces, sont maintenant visibles.
Répétez sur une de ces racines antérieures (9° paire) Y Observation 11. Il suffit, le plus souvent, de toucher simplement le nerf pour produire un mouvement dans le membre postérieur du même côté. Ce résultat accompagne toujours la ligature et la section.
L’excitation, même très faible, du bout périphérique détermine le tétanos dans le membre.
Observation VU. — Répétez sur la racine antérieure du 8° nerf rachidien Y Observation 111.
L’excitation du bout central n’est suivie d’aucune espèce d’effet.
Les racines antérieures sont le siège des transmissions motrices centrifuges, mais non des transmissions sensitives centripètes.
Observation. Vlll. — Sur une grenouille de forte taille, mettez à nu les racines des nerfs rachidiens et divisez les racines postérieures des 7°, 8°, 9e et 10° paires sur le côté droit, et sur le côté gauche les racines antérieures correspondantes.
La jambe gauche est incapable de mouvements ; elle est traînée par le reste du corps, mais ne peut plus se mouvoir par elle-même. (Si le cerveau a été préalablement détruit ou séparé de la moelle épinière, la jambe droite sera repliée sous le corps, comme d’habitude , mais la jambe gauche restera étendue. Voy. chap. xv.)
Si l’on pince le pied droit ou qu’on excite de toute autre façon la jambe droite, il ne se manifestera ni mouvement dans aucune partie du corps, ni trace de sensation.
Si l’on pince le pied gauche, ou qu’on excite de toute autre façon la jambe gauche ou une partie quelconque du corps, à
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l’excepüon de lajambe droite, il se manifestera des mouvements dans unepartie quelconque du corps, sauf dans lajambe gauche.
Dans ce cas, les racines postérieures de la jambe droite ont été entièrement coupées, de même que les racines antérieures de la jambe gauche. Il n’y a pas de transmission centripète de la jambe droite vers le système nerveux central, ni de transmission centrifuge du système nerveux central vers les muscles de la jambe gauche.
Dans les racines postérieures la transmission est centripète ( sensitive), dans les racines antérieures la transmission est centrifuge {motrice).
ACTIONS RÉFLEXES
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