‹ Manuel du laboratoire de physiologieChapitre 95 sur 120 · te · texte numérisé non relu

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396 SUBSTANCES ALBUMINOÏDES

33. Décomposition de l albumine. — L'étude des décompositions de l’albumine sous l’influence des divers réactifs est d’un grand intérêt, car elle seule peut nous faire connaître la constitution de ce corps.

Traitées par des agents d’oxydation puissants, les matières albuminoïdes donnent naissance aux acides formique, acétique, propionique, butyrique, valérianique, caproïque et benzoïque, et aux aldéhydes correspondantes, à de l’ammoniaque et à des bases organiques volatiles.

Ces substances sont toutefois par leur composition trop éloignées de l’albumine; ce ne sont point, en effet, ces produits ultimes de décomposition qui peuvent nous renseigner beaucoup; il vaut mieux avoir plutôt recours à ces corps d’une nature plus complexe qui sont les premiers produits de dédoublement de l’albumine, qui subissent plus tard à leur tour de nouvelles décompositions et produisent des substances d’une constitution simple.

La décomposition la plus importante des matières albuminoïdes est celle qu’elles subissent lorsqu'on les porte à l’ébullition en présence de l’eau ou des acides, ou lorsqu’on les soumet à l’action d’un des ferments pancréatiques. Dans ces circonstances, il se forme d’abord des peptones, qui se décomposent ensuite en produisant de la leucine et de la tyrosine.

34. Peptones. — Les peptones se distinguent des autres substances albuminoïdes en ce qu'elles ne sont point précipitables par la chaleur, les alcalis et les acides, ni par l’acide acétique et le ferrocyanure de potassium. Elles sont précipitées par l’alcool. Elles diffusent facilement à travers le parchemin végétal, ce qui n’est pas le cas pour l’albumine. Traitées par la potasse caustique et le sulfate de cuivre, elles donnent un précipité qui se dissout quand on l’agile; la solution prend alors une couleur rouge qui devient violette après l’addition d’une plus grande quantité de sel de cuivre.

On peut produire des corps très analogues aux peptones formées pendant la digestion, en faisant bouillir pendant longtemps des matières albuminoïdes, telles que la fibrine, avec de l’eau et sous pression dans une marmite de Papin, ou dans un

TABLEAU DES SUBSTANCES ALBUMINOÏDES

tube de verre fermé. Ou les obtient plus facilement en portant ces matières à 1 ébullition en présence d’acide sulfurique étendu ou d’acide chlorhydrique concentré. Nous étudierons plus loin la formation des peptones sous l’action des ferments digestifs.

35. Leucine. — Préparation. — On peut préparer la leucine en faisant bouillir longtemps de la fibrine avec un acide dilué, ou en la faisant digérer avec des fragements de pancréas, mais on la retire habituellement de la corne de mouton. Faites bouillir 2 parties de corne râpée avec 5 parties d'acide sulfurique étendu de 13 fois son poids d’eau pendant vingt-quatre, heures, en ayant soin de renouveler constamment la quantité d’eau évaporée au moyen de l’appareil décrit au § 211. Saturez la liqueur encore chaude avec de la chaux, filtrez-la et évaporez jusqu’à ce qu’elle soit réduite de moitié. Ajoutez de l’acide oxalique pour précipiter l’excès de chaux, filtrez et évaporez une seconde fois jusqu’à ce qu’il se forme de l’écume à la surface de la liqueur; et laissez cristalliser. Il se dépose d’abord une quantité considérable de cristaux de tyrosine; décantez, il se formera alors des cristaux de leucine. Pour les purifier faites les bouillir avec de l’eau et de l’hydrate de plomb, filtrez, enlevez l'excès de plomb par un courant d’hydrogène sulfuré, filtrez de nouveau et évaporez à siccité la liqueur filtrée au bain-marie. Le résidu est enfin traité par de l’alcool faible, à chaud, puis abandonné au repos jusqu’à cristallisation.

La leucine peut-être préparée par voie de synthèse, et si on désire l’obtenir à l’état pur, c’est le meilleur procédé à employer.

A cet effet, on fait bouillir dans une cornue un mélange d’aldéhyde valérique, d’acide cyanhydrique et d’acide chlorhydrique jusqu’à disparition complète delà couche huileuse de valéraldéhydate d’ammoniaque. On évapore la liqueur à siccité, on fait bouillir le résidu avec de l’eau et de l’hydrate de plomb, et l’on purifie le produit par le procédé déjà indiqué.

Caractères. — La leucine se présente sous la forme de lamelles extrêmement minces, blanches et brillantes. Laissez évaporer une goutte d’une solution de leucine dans l’eau ou dans l’alcool sur le porte-objet et examinez-la au microscope. Tantôt elle forme

SUBSTANCES ALBUMINOÏDES

des grumeaux arrondis hyalins et semblables à des globules de graisse, ou à disposition radiée, tantôt des lamelles très minces groupées en étoile. Elle diffère des urates, qui présentent une forme cristalline semblable, en ce qu’elle réfracte plus faiblement la lumière.

Solubilité. — 1» Eau. La leucine pure est soluble dans trentesept parties d’eau froide; elle se dissout très lentement. Elle est plus soluble dans l’eau chaude. Sa solubilité est plus grande quand elle n’est pas pure.

2° Alcool. La leucine pure se dissout, à froid dans 1010 parties d’alcool, et à chaud dans 800 parties. A l’état impur elle est beaucoup plus soluble.

3° Dans la potasse, l’ammoniaque et 4° les acides dilués, elle se dissout facilement.

5° Les acides chlorhydrique et sulfurique concentrés la dissolvent sans décomposition. Quand on les neutralise elle se précipite.

Action de la chaleur. — A 170° elle se sublime sans se décomposer; une température plus élevée la décompose.

Chauffez avec précaution une petite quantité de leucine dans un tube à essai sec ; il s’élèvera des vapeurs blanchâtres qui se déposeront sur les parties froides du tube. Chauffez brusquement ce dépôt et il se développera une forte odeur d’amylamine.

Décomposition. — Décomposée par la chaleur, la leucine donne naissance à de l’acide carbonique, de l’ammoniaque et de l’amylamine.

Pour le démontrer introduisez une petite quantité de leucine dans un ballon en verre résistant que vous réunirez au moyen d’un tube en caoutchouc avec un tube assez long pour arriver jusqu’au fond d’une éprouvette. Disposez deux autres tubes analogues et trois éprouvettes à moitié remplies, la première d’une solution de baryte caustique, la seconde de réactif de Nessler et la troisième d’eau. Chauffez graduellement le ballon, enayantsoinde commencer par la partie supérieure, de façon à ce que, à mesure que la leucine se sublime, ses vapeurs soient portées à une haute température et décomposées. Faites passer ces vapeurs dans la solution de baryte, puis après avoir démonté l’appareil et rem-

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placé le lube de verre muni du lube de caoutchouc par un autre tube, faites les passer dans le réactif de Nessler et dans l’eau. La baryte donne un précipité blanc de carbonate, le réactif de Nessler prend une couleur brune, caractéristique de la présence de l’ammoniaque, et l’eau dans la troisième éprouvette acquiert l’odeur particulière de l’amylamine et une réaction alcaline. Yersez dans la solution de baryte une petite quantité d’acide azotique, elle deviendra claire et laissera dégager un gaz, ce qui prouve que le précipité était formé par du carbonate de baryum. Quand la leucine est chauffée .sans aucun réactif, il ne se produit qu’une petite quantité d’ammoniaque et la caloration du réactif de Nessler est par conséquent très faible. L’addition cl’une petite quantité de chaux et de soude caustique ou de potasse rend le dégagement de ce gaz beaucoup plus abondant.

36. Préparation du réactif de Nessler. — Faites dissoudre 4 grammes d’iodure de potassium dans 250 centimètres cubes d’eau distillée. Mettez de côté quelques centimètres cubes de la solution et ajoutez au reste une solution saturée à froid de chlorure mercurique, jusqu’à ce que le précipité d’iodure de mercure, ne se dissolve plus en remuant; versez dans la liqueur la portion d’iodure de potassium qui a été mise de côté, afin de dissoudre le précipité, puis ajoutez de nouveau et très graduellement du chlorure mercurique jusqu’à ce qu’il se produise un très léger précipité persistant. Si l’on ne met point de côté une petite quantité de la solution d’iodure de potassium, il faut verser le chlorure mercurique avec précaution aün d’éviter un excès. Dissolvez 150 grammes d’hydrate de potassium dans 150 centimètres cubes d’eau distillée, laissez refroidir la solution et ajoutezla graduellement à la solution d’iodure de potassium. Versez le mélange dans une éprouvette ou dans un matras gradué etajoutez de l’eau distillée de façon à obtenir un litre de liquide. Ce réactif doit être conservé dans un flacon bien bouché. Il laisse déposer un précipité brun, devient tout à fait clair et prend une teinte jaune-verdàtre très pâle.

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