‹ Manuel du laboratoire de physiologieChapitre 97 sur 120 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

42. Tissus épithéliaux. — Les tissus épithéliaux — ongles, poils, épiderme, épithélium, ainsi que la corne et les plumes — renferment une petite quantité de graisse et une substance qui constitue la plus grande partie de leur masse, et à laquelle ils doivent leur forme. On a donné à cette substance le nom de kératine. On la prépare en faisant bouillir l’un quelconque de ces tissus avec de l’éther, de l’eau et des acides étendus, qui enlèvent la graisse, etc. Gomme les analyses élémentaires qu’on en a donné, ne concordent pas entre elles, il est bien possible qu’elle ne soit qu’un mélange de plusieurs substances; toutefois, cela n’est pas encore prouvé d’une manière certaine. Elle est voisine de l’albumine ; elle donne, en effet, les mêmes produits, la leucine et la tyrosine, lorsqu’elle est décomposée par la chaleur en présence de l’acide sulfurique dilué (voy. § 35). Elle contient du soufre qui paraît lui être uni en combinaison très instable. Le cheveux sont, comme on sait, noircis par du sulfure de plomb lorsqu’on fait usage d’un peigne de plomb. Pour démontrer la présence du soufre, faites bouillir des rognures d’ongles avec une petite quantité de potasse caustique dans un tube à essai, ajoutez ensuite de l’acide sulfurique ou de l’acide chlorhydrique à la liqueur, il se dégagera de Tbydrogène sulfuré reconnaissable à son odeur caractéristique.

43. Tissus connectifs. — Parmi les tissus que l'on range dans ce groupe, il en est plusieurs qui semblent assez différents les uns des autres. Tels sont le tissu muqueux, le tissu connectif or dinaire et réticulé, le tissu adipeux, les cartilages, les os et la dentine. Leur étroite parenté est démontrée par les formes inter-

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médiaires qui les relient et par ce fait qu’ils peuvent passer de l’un à l’autre, en sorte qu’il est impossible d’établir entre eux de limites bien tranchées, et qu’enfin ils peuvent parfois se remplacer. Ils contiennent tous des substances qui sont dérivées de l’albumine, ou qui en sont très voisines.

44. Substances dérivées des matières albuminoïdes. — Ces substances sont azotées; elles ressemblent aux substances albuminoïdes par leur composition, mais en diffèrent par la manière dont elles se comportent avec l’acide acétique, le ferrocyanure de potassium et les acides azotique et chlorhydrique. Ce sont la mucine, la gélatine et la chondrine.

45. Mucine. — On la rencontre dans le tissu connectif fœtal, et, bien qu’ellen’existepasdans les faisceaux connectifs, elle constitue un élément constitutif important du tissu tendineux. Onia trouve aussi dans toutes les sécrétions muqueuses, qu’elle rend visqueuses. Les caractères distinctifs de la mucine sont les suivants : ses solutions ne sont pas coagulées, ni troublées par l’ébullition; traitée par l’acide acétique , elle donne un précipité qui se rétracte dans de l’acide pur, au lieu de se gonfler et de se dissoudre, comme dans le cas des substances albuminoïdes. L’addition de ferrocyanure de potassium à l’acide acétique empêche la coagulation, de sorte qu’il ne se produit aucun trouble dans la liqueur, à moins qu’il n’y ait des substances albuminoïdes. La mucine ne donne pas de précipité avec le chlorure mercurique; sa solution, chauffée avec une solution de potasse et du sulfate de cuivre, reste bleu clair.

Préparation. — (a). Avec les glandes salivaires. — Lavez les glandes salivaires de bœuf ou de mouton, divisez-les en petits fragments, passez-les dans un peu d’eau pour enlever le sang qui a pu rester, puis faites bouillir dans une grande quantité d’eau et filtrez à travers un linge. Ajoutez graduellement au liquide filtré, de l’acide acétique jusqu’à ce qu’il se forme un précipité en partie fibreux et en partie floconneux. Filtrez une dernière fois à travers un linge, et lavez le précipité successivement à l’eau, à 1 alcool et à l’éther pour enlever la graisse.

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(b) . Avec les tendons. — Séparez les tendons de la jambe d’un bœuf ou d’un mouton de leurs muscles, lavez-les convenablement et divisez-les en petits fragments. Épuisez-les par l’eau, puis abandonnez-les au repos pendant plusieurs jours dans un vase clos avec une grande quantité d’eau de chaux ou d’eau de baryte. Filtrez, ajoutez à la liqueur de l’acide acétique étendu afin de précipiter la mucine, lavez le précipité blanc floconneux, ainsi obtenu avec de l’acide acétique étendu, puis avec de l’alcool faible.

(c) . Avec la bile de bœuf. Yoy. § 137.

Solubilité. — 1° Eau. La mucine ne se dissout pas, mais se gonfle beaucoup ; quand le mélange est filtré, une partie de la mucine passe souvent à travers le filtre, rendant la liqueur trouble. Le mélange avec l’eau n’est pas visqueux, et il ne se forme pas d’écume quand on l’agite. — 2° Solution de chlorure de sodium. Mettez quelques cristaux de chlorure de sodium dans un mélange de mucine et d’eau ; ce dernier deviendra plus clair. Plongez-y un agitateur de verre, vous trouverez qu’il est filant; par l’agitation il se forme de l’écume. Ajoutez une grande quantité d’eau à la solution ou au mélange (car on n’est pas certain de sa nature), et la mucine se précipitera. — 3° L’acide chlorydrique ou tout autre acide minéral très dilué à moins de 1 p. 100, ne dissout pas la mucine. — 4° L’acide chlorydrique étendu dans les proportions de 5 p. 100 la dissout en partie, beaucoup plus facilement après addition de chlorure de sodium. La solution agitée mousse. — 5° L’acide chlorhydrique et les autres acides minéraux concentrés la dissolvent complètement. — 6° La solution de potasse la dissout ; ajoutez à de la mucine une quantité de solution de potasse insuffisante pour la dissoudre complètement et filtrez, la liqueur filtrée n’est pas filante et est neutre. — 7° L’eau de chaux et l’eau de baryte dissolvent la mucine ; employées en petite quantité elles donnent, comme la potasse, après filtration, une solution neutre.

Précipitation de la mucine. — 1 0 Faites bouillir la solution neutre ou légèrement alcaline, elle ne se modifie pas.

2° Traitez par de l’acide acétique; il se forme un précipité. Laissez reposer, décantez le liquide et versez de l’acide acétique

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cristallisable sur le précipité, généralement il ne se redissoudra pas.

3° Traitez par l’acide acétique additionné d'une solution de ferrocyanure de potassium. Si la mucine est pure, la liqueur ne se troublera qu’au bout d’un certain temps.

4° Traitez par le chlorure de mercure; pas de précipité.

5° Traitez par l’acétate basique de plomb ; il se produira un précipité abondant.

Réaction avec l'oxyde de cuivre. — Ajoutez une solution de potasse et une petite quantité de sulfate de cuivre à une solution de mucine. L’hydrate de cuivre se dissoudra. Faites bouillir, la liqueur conservera une couleur bleu clair. Ce caractère distingue la mucine de l’albumine, de la pepsine et de la gélatine, qui prennent une coloration violette ou rouge.

46. Tissu CONNECTIF ORDINAIRE. — TENDONS. — SUBSTANCE GÉ- LATINEUSE, ou collagène. — Celte substance forme la base organique des os et des dents et la partie fondamentale ou fibreuse du tissu connectif, des tendons, des ligaments et des fascias.

Préparation. — (a). Avec les os. — Faites macérer des os dans de l’acide chlorhydrique étendu de 8 à 9 fois son volume d’eau, que vous changerez plusieurs fois. L’acide chlorydrique enlève aux os les sels inorganiques qu’ils contiennent et qui les rendent durs; de sorte que, lorsque les os en sont entièrementdébarrassés, tout en conservant leur forme, ils sont devenus mous et flexibles. Le temps nécessaire, pour que l’opération soit complète, varie avec la grosseur des os; mais, si on les divise en petits fragments, ou si l’on emploie des os minces, tels que les côtes, un jour ou deux suffisent. Lavez les os ainsi traités à l’eau pour enlever l'acide et séchez-les au bain-marie.

[b). Avec les tendons. — Après avoir enlevé la mucine des tendons au moyen de l’eau de chaux ou de l’eau de baryte (voy. §45), dan» lesquelles ils se gonflent, lavez-les d’abord à l’eau, puis avec une petite quantité d’acide acétique très dilué, qui leur font reprendre leur premier volume et les empêchent de se gonfler de nouveau. Faites les tremper ensuite pendant quelque temps et lavez-les dans de l'eau que vous aurez soin de changer fréquemment.

Caractères. — Récemment préparée, la substance collagène est molle, mais elle se rétracte et se durcit lorsqu'on la dessèche ou qu’on y ajoute de l’alcool.

Solubilité. — 1° Elle est insoluble dans l’eau froide. 2° L'eau bouillante la dissout et la transforme en gélatine. En se refroidissant, la solution se change en gelée. 3° L’acide acétique étendu ainsi que les autres acides la font gonfler. 4° A chaud, ils la dissolvent et la transforment en gélatine plus facilement que l’eau bouillante. 5° La solution de potasse chaude produit le même effet.

47. Gélatine (Glutine). — Préparation. — Faites bouillir la substance collagène obtenue en traitant les os ou les tendons comme il a été décrit plus haut. Filtrez la solution chaude, et faites trois parts de la liqueur filtrée. Laissez refroidir l’une d’elle, elle se prendra en gelée; évaporez la seconde jusqu’à siccité au bain-marie et étudiez sur la troisième l’action des agents précipitants.

Solubilité. — 1° La gélatine desséchée se gonfle dans l’eau froide sans se dissoudre; elle est extrêmement soluble dans l’eau chaude. 2° Les acides étendus et les alcalis étendus la dissolvent à froid.

Précipitation. — La gélatine est précipitée : 1° par l’acide tannique, 2° par le chlorure de mercure. Au contraire de l’albumine, la gélatine pure n’est pas précipitée : l°par l’acide acétique et le ferrocyanure de potassium, 2° par un grand nombre de sels métalliques, tels que l’acétate de plomb et les sulfates de cuivre et ferrique. Elle n’est pas non plus précipitée par les acides et les alcalis.

Action de la chaleur. — Faites bouillir pendant quelque temps une solution de gélatine avec un alcali ou un acide. Après re froidissement la solution restera fluide et ne se prendra pas en gelée. Essayez ces réactions, elles sont les mêmes qu’auparavant. Le même effet est produit par ébullition prolongée dans l’eau seule.

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