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CHAPITRE XI Questions diverses concernant la mancenvre

Article 1. — Dispositions de combat.

Généralités — Dès que le branle-bas de combat est ordonné et que la « générale » est entendue, chaque détail du service du bord prend, en ce qui le concerne, les mesures particulières prescrites par le règlement.

Suivant les circonstances et les installations propres au bâtiment, telles opérations qui demandent pour leur exécution un temps relativement long et l'emploi de diverses catégories de personnel peuvent être prises, sur ordre spécial, avant que la « générale » soit battue, afin de conserver, autant que possible au signal la signitication d'appel au combat. Dans ce qui va suivre, il ne s'agit que des dispositions concernant la ma* nœuvre.

Mâture. — Sur les navires à vapeur encore munis de mâtures complètes, les mâts sont calés, les vergues amenées et les bout-dehors rentrés; on les saisit de distance en distance et on bride leur gréement autour des bas-mâts. Les caliornes de bas-mâts sont mises en place et raidies sur l'arrière en prévision d'un abordage. On prend toutes les mesures de nature à prévenir la chute d'espars ou de pièces de gréement. Ainsi, on bosse et on genope avec des serpenteaux, les étais, haubans, galhaubans, et, en général, toutes les manœuvres qui peuvent.

en tombant sur le pont et le long du bord, risquer de paralyser le tir de Tartillerie ou s'engager dans les hélices et le gouvernail.

Sur les navires modernes, les mâts de flèche, le cas échéant, sont calés et saisis contre les bas-mâts, ou mis en drome à moins qu'ils ne soient nécessaires pour les signaux. On pourvoit à la tenue supplémentaire des bas-mâts. Les mâts de pavillon inutiles sont démontés. On prend les mêmes dispositions que ci-dessus pour les étais , les haubans et le gréement en général. Les cornes inutiles pour les signaux sont amenées sur le pont. Certains bâtiments peuvent conserver les goélettes et un foc parés à établir.

Les haubans des cheminées sont mis en place.

On dispose les outils nécessaires pour scier ou couper toute pièce de gréement.

Embarcations. — Les embarcations qui ont été gardées à bord sont amenées sur leurs chantiers aux postes de mer, à l'exception d'une ou de deux baleinières. Elles sont débarrassées de tout le matériel volant susceptible d'être incendié, et revêtues d'étuis mouillés et de filets pare-éclats. On les remplit d'eau s'il y a lieu. Les canots repliables sont mis à Tabrî sous le pont cuirassé. Les porte-manteaux, les bossoirs, sont rabattus ou rentrés suivant leur disposition.

D'une manière générale, les embarcations ainsi que les ponts en bois ou recouverts en bois sont fréquemment arrosés par les rondiers d'incendie.

Ancres et chaînes. — Les ancres sont solidement saisies. Celles qui gêneraient le tir des pièces sont déjalées. Les bossoirs de capon et de traversière sont mis aux postes de mer, c'est-àdire amenés ou rentrés. Les chaînes sont bossées ou complètement lovées dans les puits; au mouillage, on se tient prêt à les démailler et à les filer rapidement.

Paillets lardés. — Afin de pouvoir aveugler rapidement une voie d'eau, les paillets Makarofi* et les paillets lardés sont disposés dans un poste aussi abrité que possible. A cet effet, d'ailleurs, on aura eu soin de passer d'avance et à demeure sous

la quille, en travers du bâtiment, une petite aussière en fil d'acier, ou un bout de chaîne, qui servira le cas échéant à placer les paillets.

Remorques. — Les remorques, disposées sous le pont cuirassé, doivent pouvoir être utilisées immédiatement pour secourir un bâtiment désemparé.

Article 2. — Dispositions extérieures de défense contre les

torpilleurs.

Estacades. — En temps de guerre, lorsqu'un bâtiment ou une escadre, obligés de passer quelque temps au mouillage, la nuit par exemple, doivent craindre une attaque de torpilleurs, ils organisent autour d'eux et dans les passes, des estacades, dans le but d'arrêter ces petits bâtiments.

Le genre de ces estacades dépend des ressources dont les bâtiments disposent, à moins qu'ils ne soient d'avance pourvus d'un matériel spécial; mais, en général, elles se composent toutes d'une ou de plusieurs aussières en acier tendues parallèlement, plus ou moins écartées, réunies par un réseau de filins à bouts libres et pendants, et supportées par des flotteurs. On forme ainsi des tronçons démontables qui peuvent s'assembler bout à bout; on les tend entre deux jetées, ou on les amarre à des bouées ou bien on les mouille sur des ancres de petit bâtiment et de chaloupe.

Les flotteurs sont tantôt des madriers de 4 à 5 mètres, des planches de sapin, des espars, des barres de cabestan, mariées deux à deux, qu'on dispose en travers, en diagonale et quelquefois en long, tantôt des fûts vides ou des barils de galère; parfois certaines traverses sont époinlées vers le large, ferrées et même armées en porte-torpilles.

Les filières en acier sont réunies aux traverses par des crampons ou par des bridures de façon à donner à l'ensemble une certaine élasticité. Le nombre des bordages varie selon le degré

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de flottabilité désiré, ce qui permet de suspendre des filets de pêche, des toiles ou des filets Bullivant destinés à arrêter les torpilles automobiles et de plus à engager les hélices des torpilleurs.

L'estacade, au lieu de flotter tout entière à la surface, peut se composer d'éléments verticaux: Dans ce cas, on bride des barils de galère aux traverses et on suspend des gueuses à Tune des aussières pour donner à Festacade une inclinaison verticale. Le transfilage des aussières tient lieu de filets. Ce genre d'obstacle a l'avantage de maintenir la filière supérieure hors de l'eau.

On obtient un résultat semblable avec des barriques vides mises bout à bout ou côte à côte ou encore placées de dislance en distance : Tune des aussières est bridée dessus, l'autre passe en dessous.

Enfin 'estacade peut être réduite à un simple barrage avec une ausaière soutenue par des espars, des bancs de table mis en long, ou avec des pièces de bois réunies par des bouts de chaînes ou des amarrages; mais, ainsi constituée, elle n'est plus un obstacle pour un torpilleur qui peut la franchir en l'attaquant directement ou après l'avoir suffisamment immergée au moyen de bagues en filin lestées avec des gueuses.

Filets Bullivant. — Les filets Bullivant sont des panneaux de 6 mètres carrés formés d'anneaux en fil d'acier de 16 centimètres de diamètre assemblés par de petits anneaux circulaires forgés. Ces panneaux sont maillés entre eux de manière à former un tout continu. Jusqu'à ces temps derniers on avait adopté l'emploi de ce genre de filets comme moyen de protection immédiate des navires contre les torpilles. Les filets étaient envergués sur une filière soutenue à 9 ou 10 mètres du bord et hors de l'eau par des tangons munis de bras et de balancines et pouvant se croiser ou se rabattre par un mouvement de rotation d'ensemble; de plus, les filets étaient munis de cargues. Mais en présence des graves inconvénients que présente l'emploi de ces engins, inconvénients qui ne sont pas suffisamment compensés par la protection douteuse qu'ils procurent, on a dô les supprimer abord.

Cependant, en 1899, un mode de défense analogue a paru reprendre une certaine faveur en Angleterre.

Article 3.

Interdire une passe en y coulant un navire. —

Cette opération devant, en général, s'exécuter sous le feu immédiat de Tennemi, exige de la part de ceux qui rentreprennent de rares qualités de décision et une abnégation absolue ; elle demande donc à être conduite par des hommes courageux, énergiques et peu nombreux. On choisit un bâtiment encore capable de marcher à la vapeur et on le charge de matériaux lourds et encombrants, de pierres, de roches, de ferrailles et de ciment. Son équipage se compose de 5 à 7 hommes^ au plus, exercés d'avance à la mise en communication des compartiments étanches du navire et préparés à la manœuvre des prises d'eau qui serviront à le couler. Les moyens de sauvetage du personnel sont également prévus; chaque homme est muni d'une ceinture; le vapeur emmène une embarcation hissée ou remorquée, par exemple une vedette sous pression et une baleinière, et il est appuyé au besoin par des croiseurs et des torpilleurs.

L'expédition étant décidée, le navire est conduit de manière à atteindre par' nuit claire ou au crépuscule l'emplacement voulu, où il mouille. Aussitôt et sans hésitation, les prises d'eau sont ouvertes, les compartiments mis en communication s'ils ne l'étaient déjà, puis l'équipage se réfugie dans ses embarcations' et après s'être assuré du succès, le chef de l'opération s'éloigne et rallie les bâtiments de soutien.

Article 4. — Dispositions a prendre en cas d'incendie.

Incendie à Isord pendant le combat. — 8i un incendie se déclare à bord pendant le combat, la Division per-

manente d'Incendie fournit les premiers secours. Les charpentiers et les hommes munis d'appareils spéciaux pour aller dans la fumée vont sur le lieu de l'incendie. On met en marche les pompes de refoulement au collecteur, si elles ne le sont déjà, et les manches sont élongées. Les soutes inutiles, les ouvertures, les portes et les vannes étanches sont fermées. Les ventilateurs des compartiments atteints sont stoppés et les manches à vent correspondantes bouchées. Les panneaux sont bouchés avec des couvertures et des prélarts mouillés.

Les hommes détenus sont élargis.

Le commandant apprécie s'il convient d'interrompre le tir en tout ou en partie, de fermer les soutes à munitions, de les noyer, et de jeter à la mer les matières explosives et les artifices placés hors des soutes. Quand les premiers secours deviennent insuffisants, il commande w Incendie général à tel endroit ». La cloche sonne le tocsin à coups précipités, et chacun se rend à son poste d'incendie. Tous les moyens dont on dispose pour éteindre le feu sont alors mis en œuvre.

Incendie en dehors du combat. — Lorsque le feu se déclare en dehors du combat, on rappelle immédiatement à r « Incendie général ». Si c'est pendant la nuit, les gens de quart sont immédiatement envoyés aux postes prévus par le rôle en attendant la Division d'Incendie. En même temps, on fait le branle-bas. Les hamacs sont mis aux bastingages ou sur le pont ; ceux des gens de quart sont montés par des hommes désignés. Chacun se rend ensuite directement à son poste d'incendie général.

S'il y a lieu, le bâtiment fait les signaux appropriés et demande des secours. Les navires témoins de l'incendie envoient aussitôt des embarcations bien armées, pourvues du matériel réglementaire, pompes, manches, crépines, cordages, bachots, etc.

A la mer le commandant fait prendre Tallure la plus convenable pour faciliter l'extinction du feu.

Incendie au mouillage. — Au mouillage, les feux devront être allumés immédiatement et poussés activement pour

pouvoir appareiller. Dans le cas où il n'y aurait pas de chaudière en pression, les pompes à bras mises en action et les chaînes permettraient d*assurer les premiers secours avec le concours des embarcations de la rade et du port.

Si on craint de ne pouvoir se rendre maître du feu et si le port où Ton se trouve dispose de docks ou de bassins de raboub, on demande à y entrer d'urgence pour couler le bâtiment. Au besoin on se fera remorquer après avoir démaillé la chaîne pour la filer dehors. A défaut de bassins, ou si on n'a pas le temps de rallier le port le plus voisin, il restera la ressource de couler le bâtiment à la plage, mais autant que possible par des fonds de sable. Dans ce cas, pendant que le navire est conduit à l'emplacement choisi, on passe sous la quille des grelins-chaîne ou des aussières qui serviront plus tard à élong^er des chaînes de renflouage. Puis les prises d'eau sont ouvertes et on procède, quand l'ordre en a été donné, à l'évacuation du bâtiment par les embarcations. (Voir les chapitres V et X.)

Incendie dans le port. — Lorsqu'on se trouve au bassin, dans un arsenal, un certain nombre de manches doivent être vissées en permanence sur les prises d'eau réglementaires du quai, et sur le collecteur ou le petit drain du bâtiment au moyen des raccords fixés à l'extérieur du navire.

Les pompes à bras sont disposées sur le quai et leurs manches élongées. Quand l'incendie se déclare, le bassin est immédiatement rempli, et on ouvre les prises d'eau des soutes.

Enfin, le navire en feu se trouvant à l'intérieur d'un port, s'il y avait à redouter une explosion dangereuse pour les constructions et les bâtiments voisins et qu'on ne pût ouvrir à temps les prises d'eau et noyer les soutes, on le coulerait avec une torpille. A cet effet, le rôle d'incendie des arsenaux prévoit une embarcation armée en porte-torpilles.

Cas particuliers. — Quand le feu prend dans les soutes à charbon et dans certains compartiments dont les issues peuvent être complètement fermées, on Tétouffe au moyen de jets de vapeur. Les soutes à charbon sont d'ailleurs munies d'un tuyautage de vapeur spécial.

Quelquefois un rideau de vapeur établi en avant du foyer de rincendie pourra servir à le localiser. C'est ce procédé qui permit au paquebot la France, allant aux Antilles, de gagner le port pendant que Tarrière du bâtiment était en feu.

S'il ne s* agit que d'un incendie de peu d'importance, on pourra réteindre ou Fatténuer sensiblement en lançant dans le foyer, de manière à les briser, des grenades en verre remplies d'un liquide spécial.

Incendie à bord d'un navire à vapeur sous voiles. — Les dispositions générales énoncées plus haut restent les mêmes. On combat d'abord l'incendie au moyen des pompes à bras et on allume les feux immédiatement.

Si l'incendie se déclare sur le pont, on cargue les basses voiles et on prend l'allure convenable pour mettre sous le vent la partie incendiée. Ainsi on court vent arrière quand le feu éclate sur l'avant; et s'il se déclare sur l'arrière ou au milieu du navire, on met en panne.

Lorsqu'un mât prend feu, on le débarrasse des manœuvres qui le relient à un autre et on le coupe, de manière à le faire tomber sous le vent pour pouvoir l'écarter promptement du bord.

Lorsque le feu se déclare à l'intérieur, il y a lieu de prendre la panne qui met sous le vent la partie incendiée et de fermer les sabords et les écoutilles, pour intercepter les courants d'air.

Si l'incendie est concentré dans les fonds et qu'on ne puisse s'en rendre maître, il faudra condamner tous les panneaux après avoir monté tout ce qu'on aura pu dégager de vivres; le plancher du faux-pont sera garni de sable et de couvertures mouillées. On fera route pour la terre la plus voisine, en préparant pour un cas extrême tous les moyens de sauvetage dont on dispose.

Les pieds de mâts et les murailles pouvant être minés par le feu; il faudra passer des grelins sous la quille pour servir de point d'appui aux haubans; les bas-mâts seront soutenus dans les batteries et sur le pont par des barres de cabestan accorées avec des taquets.

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