‹ Manuel du manœuvrierChapitre 52 sur 56 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

M«ii«eiiirre des embarcations et Notlona rar la manceavre il*an HAtlmeiit A iroilea*

Article 1. — Manoeuvre des Embarcations.

361. Classification des embarcations — Installation de leurs avirons. — Les embarcations sont classées en chaloupes, canots, baleinières, et youyous; elles sont subdivisées en 26 catégories :

10 catégories de chaloupes (de 7" à 13" de longueur).

10 — de canots (de 6"* à lo",50 de longueur). 3 — de baleinières (7", 8™ et 8", 30 de longueur). 3 — de youyous (de 3",50, 4" et 5" de longueur).

Les chaloupes n*ont point de fargues ; leurs platbords sont symétriquement percés des deux bords de trous destinés à recevoir des cabillots en fer, nommés tolets, sur lesquels on monte les avirons au moyen d-'estropes.

Certaines catégories de canots portant le nom de grands canots ont une installation semblable à celle des chaloupes. Mais la majorité des canots est à fargues; ces fargues sont percées d'ouvertures symétriquement disposées des deux bords et destinées à recevoir des dames garnies en cuivre.

Les baleinières sont généralement à fargues, mais les dames destinées à recevoir les avirons n'y sont plus percées symétriquement des deux bords ; elles sont en quinconce.

Les youyous et certaines catégories de baleinières n'ont pas de fargues : les tolets qui prennent place dans les trous du platbord sont h fourche et ils sont également disposés en quinconce.

362. Différentes façons de nager. — i"" Nager à couple, — De ce que les dames ou tolets sont symétriquement disposés dans les chaloupes et dans les canots, il s'ensuit que chaque banc peut porter deux nageurs, et la nage de ces embarcations est dite à couple.

Voici comment on nage à couple dans un canot :

Les canotiers font face à Tarrière; sur un commandement ou un signe du patron, ils placent les avirons dans les dames, les tenant horizontalement et la pelle à plat.

Au commandement : Avant! iousles canotiers s'inclinent vers l'arrière, en allongeant les bras de façon à porter la pelle de l'aviron le plus possible sur Tavant. Bans cette position, ils se tiennent prêts à enfoncer la pelle dans l'eau, en même temps que le premier homme de l'arrière, qui conduit la nage.

Dès que la pelle est dans l'eau, on fait force sur la poignée, en ramenant les bras au corps, et le corps lui-même vertical; quand la pelle sort de l'eau, après le coup d'aviron, on la ramène vivement sur l'avant, tournée à plat. La nage continue, en se réglant sur le chef de nage.

Dans une chaloupe, cette nage est rendue malaisée et pénible à cause de la lourdeur des avirons et aussi de ce que les bancs sont plus serrés les uns contre les autres dans une chaloupe que dans un canot; enfin, dans les grandes chaloupes on met deux hommes de chaque bord par aviron. La nage est, pour ces raisons, beaucoup moins allongée, et on n'y fait plus les mouvements usités dans les canots qui font décrire 170** environ à la pelle de l'aviron; on conserve cette pelle presque verticale.

2® Nager en pointe. — Les avirons d'une baleinière sont armés en pointe, c'est-à-dire qu'il n'y a sur chaque banc qu'un seul homme, qui est placé du bord opposé à celui où se trouve la dame ou le tolet de son aviron.

L'aviron a ainsi plus de longueur, sa puissance est augmentée, et la nage doit être plus allongée que dans un canot à couple.

Le temps d'arrêt entre deux coups d'aviron se fait après que la pelle de Taviron a été ramenée sur l'avant, et avant de la plonger dans Teau. A ce moment, le baleinier aies bras allongés,, le corps penché vers rarrière de l'embarcation, et se tient prêt à faire toute sa force. Lorsque la pelle de l'aviron sort de l'eau, elle est aussitôt ramenée sur l'avant, en ayant soin de la tenir à plat.

3® Godiller. — On se sert, pour godiller, d'un aviron placé à l'arrière de l'embarcation, dans un creux en forme de demi-cercle pratiqué à cet effet à la partie supérieure du tableau. L'aviron, dans ce cas, prend le nom de godille.

L'homme fait face à l'arrière du canot; il tient la poignée de la godille avec ses deux mains et agit alternativement sur elle, de gauche à droite et de droite à gauche, de façon que la pelle, plongée obliquement dans l'eau, décrive une série de huit couchés ( 00 oc).

4® Scier. — C'est agir sur les avirons de façon à ce qu'ils tendent à faire marcher l'embarcation par l'arrière. C'est donc une faconde nager inverse de celles indiquées plus haut : la pelle d'aviron doit attaquer l'eau vers l'arrière du canot pour la repousser vers l'avant; mais dans ce mouvement il est essentiel que les hommes n'aient point le corps penché vers l'avant. Ils seraient ainsi sans force pour résister à la poussée de la mer sur la pelle, si au moment où on commence à scier, l'embarcation avait une certaine vitesse en avant.

363. Mode d'action du gouvernail. — Le gouvernail est actionné au moyen de la barre, levier généralement en fer, qui fait tourner le gouvernail autour de son arête antérieure.

Le gouvernail n'a aucun effet sur une embarcation au repos; il faut, pour qu'il ait quelque puissance, que l'embarcation se meuve de l'avant ou de l'arrière. Cette puissance est fonction de la vitesse de l'embarcation en avant ou en arrière; elle augmente ou diminue en même temps que cette vitesse.

Quand l'embarcation va de l'avant, si on veut venir sur un bord, il faut mettre le gouvernail de ce bord, et pai* suite la barre du bord opposé.

Quand rembarcation va de Tarrière, la barre doit se mettre du bord où on veut que vienne Tavant de Fembarcation.

Mais comme on ne peut donner à un canot marchant par l'arrière une vitesse bien forte, Faction du gouvernail pour la marche en arrière est en général assez peu efficace.

Dans tous les cas, que le canot aille de Tavant ou de Farrière, il faut éviter, en manœuvrant le gouvernail, de mettre la barre toute, c'est-à-dire de coller le gouvernail contre le tableau du canot; on casse ainsi la vitesse de Tembarcation et on diminue par suite Faction du gouvernail, en croyant lui donner plus de puissance. On a constaté, en eflet, que le maximum d'action du gouvernail correspondait à des angles de barre d'environ 45".

364. Manœuvre des embarcations à l'aviron. — Évolutions. — D'après ce qui vient d'être dit, le gouvernail convenablement manœuvré permet de changer le cap d'un canot et par suite de le faire évoluer. Mais on peut venir en aide au gouvernail au moyen des avirons. En effet, si dans un canot allant de Favant on donnel'ordre de lever rames d'un bord, c'est-à-dire de cesser de nager avec les avirons de ce bord, de tribord par exemple, Faction des avirons de bâbord fera venir le canot sur tribord. Si de plus, en continuant à /a/re ava»; avec les avirons de bâbord, on fait scier avec ceux de tribord, Févo»lution sur tribord gagnera encore en rapidité et on verra le canot tourner presque sur place.

On comprend donc que Fon puisse aider puissamment le gouvernail en manœuvrant les avirons en conséquence. Si on a à venir brusquement d'un certain nombre de quarts sur tribord, par exemple, on aura avantage, tout en mettant la barre à bâbord à faire lever rames à tribord ou, ce qui vaut encore mieux, à faire scier tribord.

Il a été dit plus haut qu'un canot culant obéissait peu à son gouvernail; si donc ce canot avait à culer droit, il pourrait se faire qu'une cause extérieure, vent ou mer, vînt l'empêcher, en dépit du gouvernail, de tenir le cap indiqué. Il n'y aura alors pour cela qu'à faire aller de l'avant tantôt d'un bord, tantôt de l'autre, de façon, tout en sciant du bord opposé et tout

en culant, à redresser son canot et à le remettre dans la route voulue.

365. Appareiller à Taviron. — L'embarcation est le long du bord ; le patron commande :

Enlevez les dames! Les avirons sur le bord! ou simplement : Paré à pousser!

A ce commandement, les hommes enlèvent les dames et élongentles avirons en abord, les pelles à plat, un peu en éventail, et débordant sur les fargues de Tavant.

Chaque marin tient à la main d'en dedans la poignée de son aviron.

Le patrojnet Thomnie de la chambre du bord accosté empêchent le canot de heurter l'échelle; les brigadiers, debout sur la plate-forme avant^ maintiennent le canot à l'aide de leurs gaffes et sont prêts à pousser au large.

• S'il y a de la mer ou du courant, les hommes du bord accosté tiennent à la main, par-dessus les pelles d'aviron, la filière ou le faux bras du bâtiment.

Poussez! Les deux brigadiers débordent en poussant le plus possible en travers sur leurs gaffes et à toute longueur de manche. Puis ils les rentrent, s'assoient à leur banc et saisissent leurs avirons à la poignée comme les autres canotiers, à moins que le commandement de : Armez! n'ait été fait. Dans ce cas, ils l'exécutent avec ensemble dès qu'ils sont parés.

En même temps que les brigadiers poussent, les hommes qui tiennent le faux l)ras ou la filière la jettent au dehors et rentrent les défenses, tandis que le patron et le canotier de la chambre baient ou maintiennent l'embarcation. Ils facilitent ainsi l'abattée et hâtent le moment où les avirons pourront être armés. Tous les canotiers engagent la saignée du bras d'en dehors sous leurs avirons.

Armez! A ce commandement les avirons, par un mouvement d'ensemble, sont soulevés un peu au-dessus des fargues et posés doucement dans la dame correspondante au nageur. Ils sont alignés horizontalement et perpendiculairement à la quille, les pelles à plat.

Les hommes ont le corps droit et d'aplomb, les mains, les ongles en dessous, saisissant la poignée de Taviron, celle d'en dedans vers la partie évidée, celle d'en dehors sur la partie forte, les deux mains séparées d'environ dix centimètres Tune de l'autre et rapprochées de la poitrine de manière que les hommes du même banc ne se gênent pas dans la nage.

Avant partout ! Les hommes exécutent les mouvements de la nage prescrits au § 362.

Si, au lieu de faire une route voisine du cap que l'embarcation a obtenu en poussant, il faut abattre beaucoup plus (passer près de l'arrière du navire par exemple), le commandement de : Avant partout l se changera en : Avant tribord {ou bâbord) \ Sciez bâbord {ou tribord)\ Et les hommes exécutent, suivant le borddu canot, les mouvements pour aller del'avant ou pour scier.

366. Accoster à raviron. — Le principe général pour accoster un navire est de venir Télonger avec son embarcation, de telle sorte que celle-ci soit, au dernier moment, arrêtée à la coupée du navire et parallèlement à lui. H est par suite indiqué que le canot doit prendre, un peu avant d'arriver à cette coupée, un cap voisin de celui du bâtiment et doit rentrer suffisamment à temps ses avirons pour se présenter sans trop d'erre au point voulu.

Il faut donc, quand on se dirige sur la coupée d'un navire, ne pas arriver avec un cap trop normal au plan longitudinal de ce navire; on aurait trop de peine au dernier moment, pour, d'un coup de barre, se présenter parallèlement à lui, surtout s'il y a un peu de mer. Une bonne indication est^de courir sur son arrière jusqu'à bien distinguer soit le nom soit les insignes qui y figurent, et alors d'arrondir plus ou moins de façon à élonger le navire par avance, parallèlement à lui, à une certaine distance de son flanc ; \în petit coup de barre au moment voulu collera le canot contre la coupée.

Si la mer est plate, on pourra rentrer de bonne heure, dès l'arrière du bâtiment généralement. S'il y a de la mer ou du courant, il faudra parfois s'élever jusque par le travers de la coupée, ne faire rentrer qu'au dernier moment et lancer alors

306 MANLEL DU MANŒUVRIER.

l'avant du canot sur le navire; un faux bras, ordinairement envoyé du bord de ce dernier quand il y a du clapotis, sera parles brigadiers tourné à Tavant du canot, qui, ainsi retenu, viendra sous Teffet du courant ou de la mer s'appliquer rondement contre la coupée.

Dans tous les cas, avant d'accoster on fait le commandement : Rentrez devant.' qui indiquera aux brigadiers d'avoir à rentrer leurs avirons, à mettre leurs dames en place, et à monter sur la plate-forme avant du canot, leurs gaffes en main. Quand on juge qu'on a assez d'erre pour arriver jusqu'à la coupée, on fait le commandement de : Rentrez! en choisissant le moment où les pelles d'avirons entrent dans l'eau.

Les canotiers achèvent leur coup d'aviron, engagent vivement la saignée du bras d'en dehors sous l'aviron, qu'ils font basculer en pesant sur la poignée et en le maintenant à 0^,50 centimètres au-dessus des fargues. Puis avec ensemble, ils reposent les avirons sur les fargues, et les glissent sur les bancs; les hommes de l'avant soutiennent les pelles pendant ce mouvement pour qu'il s'exécute en entier sans bruit ni avarie.

Après quoi, les portières sont remises dans les dames.

367. Voilure des embarcations. — 1** Chaloupes et canots, — Les chaloupes et les canots dont la longueur dépasse 8 mètres portent quatre voiles : /bc, misaine, grand'voile ou tailleventy et tape-cul.

Les chaloupes et canots au-dessous de 8 mètres sont voilés avec un foc y une misaine et une grand' voile,

La misaine et la grand' voile s'établissent le long de deux mâts légèrement inclinés sur l'arrière, qui portent le nom de mât de misaine et de grand mât.

Le tape-cul s'établit au moyen d'un mât parallèle au grand mât et d'un bout-dehors horizontal, dit bout-dehors de tapecul, poussé à l'arrière et en dehors du tableau dans le plan longitudinal.

Le foc s'établit à l'extrémité de son bout-dehors, espars poussé horizontalement et dans le plan longitudinal, à l'avant et en dehors de l'étrave (fig. 224).

2** Baleinières etyouyous. — Les baleinières ont une voilure dite à houari, qui se compose d'un foc et de deux voiles latines (fig. 225).

Fig. 3Â4. — Embarcation à quatre voiles.

Ces deux voiles sont portées par des vergues garnies de deux cercles en fer, qui glisseat le long des mâts. Le foc s* amure sur Tétrave de la baleinière.

Fig. 325. — Embarcation à houari.

30g MANUEL DU MANŒUVRIER.

Les youyous portent un foc et une voile, tantôt à houari comme celles des baleinières, tantôt à /lyarrfe. Cette dernière voile

a la forme d'un trapèze ; elle se transfile sur le mât et s'établit au moyen d'une vergue placée en diagonale appelée livarde (fig. 226).

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