ETUDE MEDICO-LEGALE DES TACHES DE SANG
qui pourront renseigner parfois le médecin sur la nature du tissu qui adonné naissance à rhémorrhagie ; 5* enfin des globules sanguins, les uns libres, les autres adhérents aux filaments du tissu. Leur forme, leur volume, leur couleur les fait reconnaître, bien qu'ils soient souvent aplatis par pression réciproque, ou bien dentelés, parfois gonflés et allongés. On trouvera dans le traité de Briand et Chaude les caractères que présentent les taches produites par du sang de différentes provenances, celles que déterminent les excréments de divers animaux ou encore celles que produisent diverses substances minérales ou végétales.
M. Tourdes (de Strasbourg) pense • que le meilleur procédé pour déceler la présence du sang est la production de cristaux d'hémine (voyez page 78). Le procédé d'Erdmann consiste à opérer sur le porte-objet du microscope. « On y place une petite parcelle de la tache à examiner ; on y ajoute un fragment presque imperceptible de chlorure de sodium ; avec une baguette, on dépose sur la plaque une gouttelette d'acide acétique monohydraté de telle sorte que, par reffet de la capillarité, elle se mette en contact avec le sang. On chauffe avec une petite lampe à alcool jusqu'à ce que le sang soit dissous ; en tenant la plaque de verre à une plus grande distance de la flamme, on finit par sécher la tache, on examine à diverses reprises au microscope et bientôt on voit apparaître les cristaux d'hémine. Les cristaux s'obtiennent mieux quand la plaque de verre qui recouvre l'objet n'est pas trop fortement appliquée. > Ces cristaux ne s'observent d'ailleurs qu'avec un bon microscope et un grossissement d'au moins 300 diamètres. Si l'on n'a pas trouvé les cristaux, on peut arroser le résidu avec de l'eau, filtrer, puis laver le filtre avec une goutte de lessive de soude très-étendue : l'hémine se dissout dans ce réactif, et la solution, évaporée et calcinée, laisse une cendre dont la solution chlorhydrique donne les réactions du peroxyde de fer (Hoppe-SeylerJ". Si le procédé d'Erdmann vient à manquer, ce qui tient souvent à ce que l'acide acétique employé est impur ou bien à ce que l'on a trop chauffé ou encore à ce que la tache a été impressionnée
i. DicUonnq,ire encyclopédique, t. IX, p. 785. 1868.
8i DECOMPOSITION DU SANG EXTRAVASE.
par un acide puissant, par de l'acide tannique (Blondlot) ou de l'alcool, on peut employer le procédé de van Deen : c On introduit dans un tube de verre un demi-centimètre cube d'essence de térébenthine ozonisée et la môme proportion de teinture de gaïac ; on ajoute un peu de sang à ce mélange et > en le secouant, on voit apparaître une couleur bleu clair, et la teinture de gaïac, en se séparant, devient d'un bleu foncé. > Si cette réaction manque, on peut affirmer que la tache à laquelle on avait affaire n*était point produite par du sang (Hepp)* Nous pouvons enfin citer un dernier procédé recommandé par Husson et consistant dans la production d'hémine iodée ou d'iodhydrate d'hématine. On délaye, comme il a été dit plus haut, la tache ou les produits que l'on suppose formés par le sang, à l'aide de quelques gouttes d'eau distillée. On prendra l'aide d'une baguette, une très-petite quantité de ce liquide que l'on évapore sur la plaque porte-objet. Sur la tache ainsi obtenue, on laisse tomber une goutte de solution d'iodure de potassium au ■^. On évapore de nouveau, puis on met le couvre-objet et l'on fait arriver un peu d'acide acétique cristallisable. On chauffe à la lampe à alcool jusqu'au moment où il se dégage quelques bulles ; après refroidissement, on examine au microscope : on voit alors les cristaux d'hémine iodéj, qui se présentent sous forme de petits bâtonnets s'entrecroisant et sciiiblant former des étoiles ou des croix de Malle. Toutefois, hàtons-nous de le dire, tous ces procédés indiquent que l'on a devant soi une tache de sang ; mais ils ne peuvent en rien nous enseigner la provenance de ce liquide. L'analyse microspectroscopique elle-même ne peut nous apprendre si nous avons affaire à du sang d'homme ou bien à du sang provenant d'un animal. Il faut absolument, pour que le diagnostic soit complet, pouvoir reconnaître la forme et les dimensions des globules rouges. Nous renvoyons donc à l'étude du sang normal (p. 33), oii nous avons donné les caractères qui permettent de distinguer les globules de l'homme de ceux qui proviennent de divers animaux.
Enfin le mélange de débris épithéliaux de forme ou de structure différentes pourra servir à reconnaître la provenance du sang. C'est ainsi que le sang menstruel pourra être distingué par l'absence ou la rareté des concrétions fibrineuses ,
MÉLANOSE 85
par la présence des débris d'épithélium provenant de l'utérus et du vagin, etc.
Parmi les produits de décomposition des globules rouges de sang, nous avons indiqué les différents dérivés de la matière colorante et particulièrement Vhématine ou hématosine, qui se présente à Tétat amorphe et granulé (p. 78). L'accumulation de ces particules colorées caractérise la mélanose hématiquey qu'il faut distinguer de la mélanose mélaïnique, que détermine l'accumulation des pigments proprement dits. Ceux-ci se trouvent normalement dans les cellules de la choroïde et dans la couche de Malpighi de la peau (scrotum, peau de nègre). Nous devons insister sur les caractères chimiques propres à faire distinguer, sous le microscope , les matières colorantes qui proviennent du sang, des granules pigmentaires ou mélaniques proprement dits.
Les granules d*hëmatine sont d'un rouge pourpre ou orangé caractéristique, mais ils sont d'autant plus foncés et plus noirâtres qu'ils sont plus petits (Ch. Robin). Ils sont insolubles dans la soude, la potasse, l'ammoniaque, l'eau,, l'éther, l'alcool, la glycérine, les acides acétique, azotique et chlorhydrique. Mais Vacide sulfurique^ placé directement et sans addition d'eau sur ces globules, les dissout en colorant en rouge jaunâtre le réactif et le tissu examiné : cette action met de 15 à 20 minutes à se produire, puis au bout de quelques heures la coloration disparait en passant au violet bleuâtre, puis verdàtro plus ou moins foncé (Ch. Robin). Cette réaction est importante, car souvent les grains d'hématine ont infiltré les éléments cellulaires d'une tumeur, ou les parois d'un abcès^ ou môme des cellules épithéliales glandulaires, de manière à être facilement confondus avec des granules de pigment ; ils remplissent parfois complètement les cellules qu'ils infiltrent de façon à les rendre presque opaques ; aucun