PUS DES PLAIES
d'une plaie en suppuration, de la surface d'une amputation, par exemple; puis nous passerons en revue les caractères à signaler dans le pus des divers phlegmons, selon leur nature, et selon les tissus où ils prennent naissance ; enfin, nous indiquerons les rapports du pus proprement dit avec le mucus purulent ou le muco-pus des surfaces épithéliales, c'est-à-dire avec le pus qui se forme à la surface de la peau (épiderme), ou des muqueuses (épithélium).
Pus DES PLAIES. — ^ Le pus^dcs plaies, lorsqu'il présente les caractères typiques qui le font dire pus de bonne nature (pus typique, pus normal, si l'on peut ainsi s'exprimer), est un liquide de consistance crémeuse, d'un blanc jaunâtre ou verdâtre, d'une odeur fade, d'une saveur douceâtre, plus rarement un peu saline ; il est homogène et onctueux au toucher, mais sans viscosité (Robin). Il se compose de deux parties bien distinctes : d'un liquide et d'éléments figurés.
Partie liquide du pus. Disons immédiatement que la partie liquide du pus ne présente que peu d'inîtérêt au point de vue microscopique. De ce qu'un «produit est fourni dans l'organisme et éliminé sous Ja forme liquide, il n'en résulte pas toujours cependant qu'il ne puisse donner lieu à des recherches microscopiques : nous avons vu, par exemple, que le liguor du sang contenait un principe normalement liquide, mais spontanément coagulable (la fibrine), qui, sous sa forme figurée, et avec ses produits de désagrégation, nous a particulièrement arrêtés; nous verrons quelque chose de semblable pour les mucus (mucosine)\ enfin, nous reconnaî-
i(fâ ÉTUDE MICROSCOPIQUE DU PUS.
Irons que certains principes cristallisables, tenus en dissolution dans des liquides, peuvent se précipiter et cristalliser sous Tinfluence parfois du simple refroidissement, parfois de réactioDs plus ou moins spontanées (urine).
Nous insisterons, en parlant de Turine sur ces phénomènes que nous avons déjà étudiés à propos du sang pathologique (acide urique). Rien de semblable ne se constate sur le pus des plaies ; et c^est là ce qui permet de distinguer le pus proprement dit du muco-pus ou mucus purulent. — Le pus, en effet, ne rei^ferme de seîs minéraux que dans des proportions^inférieures ou au plus égales à celles du sang. Il faut laisser dessécher le pus pour qu'il se forme de rares cristaux de phosphate ammoniacomagnésien ; le chlorure de sodium y est plus rare encore. Quant aux principes cristallisables d'origine organique, ils sont fort peu abondants dans le pus ; c'est en vain qu'on y a recherché l'urée et l'acide urique ; la cholestérine seule n'y est pas rare et l'on peut en observer les cristaux ; mais ceux-ci n'existent en abondance que dans certains pus particuliers, sur lesquels nous reviendrons plus tard (abcès du bassin, de Tovaire, des testicules). Enfin, l'acide pyique (Delore) ou, chlorodiniçue (BœdekerJ peut donner lieu à des aiguilles cristallines microscopiques, caractérisées par ce fait que le chlore les colore en rose, et se distinguant ainsi des cristaux de stéarine et de margarine. D'autre part, le pus ne contient pas de principe albjaminoïde spontanément coaguldble, si ce n'est dans des circonstances que nous aurons soin de préciser. La pyiney substance albumiaeuse particulière découverte dans le
LEUCOCYTES. i03
pus par Gueterbock, se rapproche davantage de la caséine que delà fibrine. Enfin, la matière colorante du pus, la jfyocyanine, qui a tous les caractères de la matière colorante de la bile, et qui parfois est assez abondante pour colorer fortement le pus en bleu (suppuration bleue), ne se présente d'ordinaire ni à rétat cristallin, ni sous la forme de granulations irrégulières : elle est à Tétat de dissolution, et imbibe particulièrement les éléments figurés que nous allons éftudier (globules de pus), de façon à leur donner une couleur bleue très-visible au microscope *.
ÉlémefUs figurés du pus. Les éléments figurés du pus sont : les globules de pus ou leucocytes avec leur.> variétés et leurs déformations plus ou moins rapides (voy. fig. 14); des granulations graisseuses ou des gouttelettes huileuses ; des granulations
1. D'après un travail récent de M. Maur. Longuet, il faut distinguer plusieurs espèces de colorations bleues anormales :
\o Une coloration bleue spéciale du pus, qui est la vraie suppurat'um bleue, c'est-à-dire la coloration primitive du pus par une matière colorante venant de l'économie (sels biliaires ou hématiques isolables par les réactions chimiques appropriées) ;
2* Une coloration bleue, qui est due à la présence de champignons : elle apparaît quand les linges de pansement ne sont pas renouvelés fréquemment; elle a pour cause une simple production de moisissures, ou, d'après Billroth, de vibrions ayant l'apparence de petits cylindres à extrémités renflées, semblables, à des cristaux 4'oxalate de chaux, longs de 3 jJL environ ;
3o Une coloration bleue particulière, qui n'est due ni à la production d'organismes inférieurs microscopiques, ni à une modification du pus, puisqu'on l'a vue se développer sur des parties de peau saine et exempte de solution de continuité, coloration dont la nature est encore inconnue, qui semble naître de préférence quand l'atmosphère humide et chaude contient de l'ozone. (Maur. Longuet, De la coloration bleue det linge* à pansement, krchiv, ^énér. de médec, 1874-75.,)
moléculaires grisâtres; et enfin, comme éléments plus ou moins accidentels, des globules rouges du sang, des débris plus ou moins reconnaissables des tissus enflammés; enfin des vibrions oxjl leptotkria;. Globules du ptis : leucocytes. Les globules du pus sont des globules incolores, que tout le monde aujourd'hui reconnaît identiques aux globules blancs du sang et aux globules lymphatiques : comme ceux-ci, ils peuvent présenter des déformations amiboïdes , mais cela est rare ; le t)lus sojivent, dans les abcès, ils se présentent sous la forme de petites sphères de 8 à 11 millièmes de millimètre de diamètre. Ce sont des globules blancs morls, c'est-à-dire qu'on ne peut y faire apparaître des mouvements en les chauffant vers 30 degrés, et qu'au lieu de l'aspect homogène que présentent les globules blancs du sang examinés à l'état vivant, ils ont une réfringence moins marquée, des noyaux et des granulations apparentes *. Ils paraissent essentiellement composés d'une masse de protoplasma granuleux, sans membrane bien distincte, en dehors de l'action des réactifs. Ils conservent cet aspect dans une solution très-légèrement sucrée ou salée (voy. Introduction), dans la sérosité, l'albumine, le sang. Le contact de l'eau pure les gonfle et fait apparaître dans leur intérieur un ou plusieurs noyaux ; l'adjonction d'acide acétique exagère cet aspect, et l'on voit alors en leur centre un gros noyau unique et plus souvent plusieurs petits noyaux sous forme de vésicules brillantes (Morel). Parfois, malgré l'action de l'acide acétique, on ne
i, Voy. L. Ranvier, Histologie techniqtte, 2* fascicule, p. 177.
GRANULATIONS MOLÉCULAIRES. iOo
voit pas apparaître de noyaux. On a donné à cette variété de forme le nom de globules pyoïdes. On trouve encore à côté des globules de pus de petits globulins, qui ressemblent à un noyau de leucocyte devenu libre, et, en effet, Robin considère ces globules comme des noyaux libres, comme des éléments distincts^ tandis que les partisans de la théorie cellulaire n'y voient que des résidus de globules de pus détruits, éclatés pour ainsi dire à la suite de la multiplication irop active des noyaux à leur intérieur ; d'ordinaire ces noyaux sont entourés d'une mince couche de protaplasma.
Les globules du pus sont les éléments figurés les plus importants de ce liquide : dans le pus de bonne nature, ils forment le quart environ de la masse, c'est-à-dire qu'il y a 250 grammes de leucocytes pour un litre de pus. Nous verrons que cette- proportion peut présenter de grandes variations selon id nature et l'origine du pus.
Les granulations graisseuses et les gouttelettes hnilev^es n'ont pas besoin d'une description spéciale. Parfois elles existent en grande abondance, présentant tout à fait les caractères des globules de lait (abcès mammaires chez les femmes en état de lactation).
Les granulations moléculaires grisâtres mériteraient peut-être davantage de fixer l'attention, car les recherches de Ghauveau tendent à leur donner une importance toute particulière au point de vue de la virulence du pus; mais malheureusement l'observation microscopique n'a encore rien révélé de particulier sur ces granulations moléculaires,
106 ÉTUDE MJCROSCOPigUE DU PUS.
qui, par cela même qu'elles échappent à toute analyse exacte, ont toujours été et sont encore rélément que Ton invoque de préférence dans les théories plus ou moins rationnelles sur les propriétés spécifiques des liquides de l'organisme. Ajoutons immédiatement, toutefois, que les expériences de Ghauveau ont un caractère de précision qui leur donne une valeur incontestable.
Les globules rouges ou hématies se trouvent accidentellement dans le pus, par suite de la rupture des capillaires pendant la destruction des éléments anatomiques qui accompagnent la suppuration. Dans ces conditions, à la surface des plaies, ou bien lorsque ces globules sanguins proviennent de petits vaisseaux ouverts pendant Tincision d'un abcès, ils se présentent à peu près avec leur forme et leur aspect normal (voy. fig. 9); nous verrons qu'il n'en est plus ainsi lorsque le pus est ancien ou s'est formé dans certaines conditions spéciales.
Les débris provenant des tissus enflanmaés et mêlés au pus sont très-variables, selon le lieu de la suppuration. Nous ne parlerons, en ce moment, que de ceux que l'on rencontre à la surface des plaies, et surtout à la suite des amputations : ces éléments ont été étudiés avec soin parZéis et par Ch. Robin: ce sont de petits filaments ou flocons d'un aspect tout particulier, qui ont souvent intrigué les chirurgiens, et que plusieurs ont voulu considérer comme indiquant un bon pronostic, quoique leur présence soit reconnue aujourd'hui comme parfaitement insignifiante. Ces filaments ou flocons sont couleur d'ocre, couleur de rouille : ils sont essen-
tiellement tonnés par des détritus d'éléments anatomiques : fibres musculaires, fibres élastiques, éléments du tissu adipeux; parfois tous ces éléments sont mélangés ensemble (Robin). Le tout forme une sorte de trame lâche remplie d'une matière amorphe, imprégnée d'une couleur rougeâtre ou jaune orangé pâle, qui n'est autre chose que de l'hématosine séparée des globules sanguins détruits pendant le travail d'élimination ou après de petites hémorrhagies des capillaires ; parfois, si l'on conserve quelque temps ces filaments, il s'y forme des cristaux de matière colorante du sang décomposé, des cristaux d'hématoïdine. (Voy. p. 78.)
Les vibrions, leptothris, bactéries, que l'on rencontre dans le pus des plaies (voy., pour la description de ces êtres inférieurs, p. 68), ainsi que divers infusoires, ne peuvent être considérés comme des éléments normaux : ils sont le signe d'une décomposition, d'une fermentation commençante; mais on les trouve si souvent dans le pus en apparence le plus frais qu'il était bon de les signaler ici : ils se développent là comme dans toute infusion placée à une température convenable, parfois on trouve sur le pus des plaies des algues inférieures trèsabondantes, qui donnent au pus une couleur particulière d'un bleu verdâtre. Ch. Robin .a étudié ces causes de coloration du pus, qu'il ne faut pas confondre avec la suppuration bleue dont nous avons parlé précédemment : « Sur les pièces de pansements renouvelés à de longs intervalles, il y a parfois de grandes traînées ou de grandes tacÛô& d'un bleu verdâtre, et lorsqu'on les examine, w Ifes trouve composées par des algues microscopiques,
voisines des protococcus^ section des palmellées. Ces algues unicellulaires présentent des spores de Qmtn^Q05 ^ 0™°»,006 de large et quelques granulations dans leur intérieur; elles sont colorées en bleu verdâtre et faciles à reconnaître au microscope. On peut ainsi distinguer facilement cette variété de coloration des cas dans lesquels les pièces du pansement ou le pus sont colorés par une matière en dissolution qui n'a fait que les teindre. » (Ch. Robin.)
Modifications du pus. — Le pus, une fois formé, peut présenter diverses modifications lorsqu'il reste longtemps enfermé dans une cavité close, ou bien encore lorsqu'on ne l'examine au microscope que 12 ou 24 heures après l'avoir recueilli.
Dans le pus conservé in vitro, ce sont surtout les leucocytes qui s'altèrent. Parfois très-coulant au moment de l'ouverture de certains abcès (abcès ossifluants, Ch. Robin), le pus prend la consistance d'un crachat visqueux tenace, d'un mucus plus ou moins glutineux, quelques moments ou quelques heures après sa sortie. Cela est dû à la coagulation d'une substance organique spontanément coagulable qui, sous le microscope, n'offre pas les caractères de la fibrine. Ces cas sont rares; le plus souvent le pus reste liquide ou même, de très-épais qu'il était après sa formation, il devient peu à peu plus liquide : les globules de pus se déposent au fond de la masse, et l'on peut alors constater que les leucocytes, qui étaient d'abord uniformément granuleux, présentent deux ou trois noyaux et l'aspect qu'on leur donne instantanément par Paction de l'eau et surtout de l'acide acétique. (Voy. p. 37). Il est de la plus haute importance de savoir que les leuco-